‹ Michel Servet et CalvinChapitre 29 sur 49 · MATHIEU-PHILIPPE · texte numérisé non relu

MATHIEU-PHILIPPE

Il eût mieux fait de blasphémer contre Dieu. Médire de M. Calvin, c'est médire de l'homme qui tient la République et avec la République toutes nos existences dans ses mains. — N'est-il pas vrai, Pécolat?

PÉCOLAT

En effet, et ce qui confond d'épouvante, c'est que cet homme est tout sans être rien. Il n'est ni syndic, ni magistrat, ni conseiller, ni juge. Il n'est même pas bourgeois de la ville. C'est un étranger, un Picard, fils d'on ne sait qui, d'un tabellion de village, et ainsi fait, cet homme est venu parmi nous, il a prêché contre le pape, il s'est emparé des esprits, il s'est fait un parti formi-

dable de fanatiques venus de France et d'Italie ; la ville est pleine de ses espions, ses amis sont au pouvoir ; le Conseil des Vingt-Cinq, les quatre syndics, le capitaine général, l'État tout entier lui appartient : il parle, on obéit. Quant à nous les Mathieu-Philippe, les Berthelier, les Robert Cop, les Hugues Vandel, nous, les patriciens de Genève, si nous ne courbons point assez bas la tête sous la férule de ce pédant en robe noire, nous sommes insultés, calomniés, chassés de tous les emplois publics, poursuivis pour un mot, condamnés pour un geste, et telle est la puissance de ce faiseur de prônes qu'à sa voix on a dressé ce gibet insolent. (// montre la potence, — le bourreau sort par le guichet de V Hôtel de Ville et monte les degrés qui conduisent au perron ), et que pour mieux nous insulter, nous les fils aînés delà République, on a donné droit de bourgeoisie à cet homme que vous voyez là, vêtu de rouge debout sur le perron de THôtel de Ville. Cet homme c'est le bourreau. {Le bourreau entre dans l'Hôtel de Ville.)

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