NAISSANCE DE MICHEL SERVET. — SES PREMIÈRES ANNÉES. — SON ÉDUCATION
... « Des flammes brillent sur le plateau de Champel, au-dessus du lac de Genève. Là, autour d'un bûcher, se presse en foule le peuple protestant. Sur le bûcher, attaché à un poteau, un homme apparaît. Une couronne de soufre entoure sa tête ; il est assis sur un billot; deux livres sont liés à ses flancs.
« Il a quarante-deux ans à peine, mais la souffrance a blanchi sa tête. Sur son visage ovale sont empreintes la gravité, la tristesse, la douleur. C'est l'espagnol Michel Servet-y-Revès.
« Ce matin encore, cet homme à l'esprit puissant, à l'âme de feu, à la fierté chevaleresque s'est humilié, a demandé pardon à Calvin, son haineux adversaire. C'était dans une prison ténébreuse, dont l'air vicié et froid avait mis en péril les yeux du prisonnier. Calvin s'est détourné de ce malheureux.
« Puis on a mené Servet, dont les vêtements étaient
rongés par la vermine, devant l'hôtel de ville de Genève. Il a écouté la lecture de l'arrêt de mort qui le condamnait à être brûlé vif. •
« Quel est son crime?
« Il a écrit que Jésus était le Fils du Dieu éternel, au lieu d'écrire, ainsi que l'aurait voulu Calvin, que Jésus était le Fils éternel de Dieu !
« Ce qu'il a écrit était dans sa pensée, en l'honneur de Dieu. Croyant à l'unité divine, il tenait pour inacceptable la doctrine d'un Dieu en trois personnes. Inébranlable dans sa piété déiste il se déclare prêt à mourir, mais il supplie qu'on lui accorde la grâce de la mort par le glaive. Les juges sont inexorables, il leur faut le bûcher ; — ce bûcher dont les flammes ne s'éteindront plus et dont on apercevra les lueurs à travers les siècles.
« Encore une fois Servet proteste de la pureté de ses intentions et prie Dieu, à haute voix, de pardonner à ses accusateurs. Vers midi, il arrive à l'endroit du supplice. Là, il se jette le visage contre terre, et prie de nouveau, et prie longtemps son Dieu, — le Dieu qu'il a défendu contre le polythéisme des trinitaires, — de pardonner à ses bourreaux. Il demande ensuite à ceux qui l'entourent d'intercéder pour lui auprès de Dieu.
« Maintenant le feu s'allume ; la flamme jaillit du bûcher. A cette vue : Misericordias ! Misericordias ! s'écrie le martyr, avec l'accent espagnol ; et sa voix est si pénétrante que le peuple tressaille et pâlit d'efl'roi. Mais le bois ne veut pas brûler ; les fagots sont verts. On dirait que le feu et le bois avaient honte d'être complices des hommes dans ce crime abominable.
« Par pitié, quelques assistants jettent sur le corps de Servet des fagots secs et enflammés. Le martyr resta une demi-heure dans la fumée et les tourments. Tout à coup, rassemblant ses dernières forces, il s'écrie -