‹ Michel Servet et CalvinChapitre 31 sur 49 · CIGOGNE · texte numérisé non relu

CIGOGNE

Messires, je suis votre serviteur. Mais prenez donc la peine de lire les ordonnances criminelles rendues sous les auspices de ce bon M. Calvin, — et voyez la grosse besogne qu'elles infligent à monseigneur l'homme rouge. — A celui qui aura blasphémé, — la mort! A celui qui aura maltraité la doctrine de M. Calvin, — la mort ! A celui aura pris par mégarde la femme de son voisin pour la sienne, — la mort! A celui! — qui se] sera fait dire la bonne aventure dans un blanc d'œuf,] la mort ! — Voilà pour les crimes de premier ordre, les crimes épouvantables et sans rémission. Quant à ceu3 qui jouent aux cartes, oii qui dansent, ou qui chantea( des airs gaillards, ou qui portent des cheveux longs o\ qui aiment trop le vin d'ivorne, — pour ceux-là nouj avons le poteau, les chaînes, les verges, les tenailles, le feu, le soufre et la poix fondue... Et qui est-ce qu^ nous pend, et qui est-ce qui nous coupe la tête, et nous

casse les bras, et nous disloque, et nous marque, et nous hache, et nous charcute avec une patience de bon Dieu? C'est le bourreau! toujours le bourreau ! Et vous lui pleurez sa bourgeoisies' — Ah! messieurs, c'est de l'ingratitude! fi ! {On rit.)

BOIVIVARD

Il me semble qu'au lieu de'rire aux impertinences de ce drùle, nous ferions mieux de chercher quelque remède à tant de maux.

CIGOGNÇ

Eh! que ne le trouvez-vous, ce remède, M. de Bonivard, vous le patriote, vous le grand citoyen, vous qui vivez depuis vingt ans sur votre renommée d'ancien prisonnier de Chillon!

BONIVARD

Moi, je ne ris pas ; c'est déjà quelque chose.

CIGOGNE*, à pari.

Vieux fourbe !

PÉCOLAT

Nous ne manquons ni de cœur, ni de courage, M. de Bonivard; mais où est la tête qui doit conduire nos bras? Certes î si nous avions pour chef ce fougueux et spirituel ennemi de Calvin, ce Michel Servet, qui vient de s'échapper des prisons de Vienne, à la bonne heure ! Voilà l'homme qu'il nous faudrait, Uestcommel Arioste, puissant avec la plume, intrépide avec l'épée...

BONIVARD

Et si vous l'aviez dans vos rangs, ce Michel Servet, qu'en feriez-vous?

CIGOGNE, à part.

Bon !... Voilà le Bonivard qui travaille.

PÉCOLAT

Ce que nous en ferions 1 Écoutez donc, M. de Boni-

vard. Calvin n'est pas un homme, c'est une doctrine, — et l'on ne tue pas une doctrine avec l'épée. Or, nous autres nous n'avons que des épées, tandis que Servet a quelque chose de mieux trempé que le glaive : — la parole!

ROBERT COP

Bah! un coup d'escopette est un argument comme un autre. Mort le docteur, morte la doctrine I

BONIVARD

Quoi ! Un meurtre !...•

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