CHAPITRE XI
SERVE! DÉNONCÉ PAU CALVIN
Les précautions dont Servet avait entouré la publication do son livre, Tamitié que lui portait Tarchevèque Paulmier, la reconnaissance que lui vouait tout un peuple dont il avait généreusement soigné et guéri les malades, semblaient le mettre à l'abri de tout péril.
Mais une dénonciation, c'est-à-dire un appel au meurtre, surgit. Ce fut l'œuvre de Calvin et de ses
amis.
Cet acte est un des crimes les plus abjects de l'histoire : ainsi en ont jugé tous les écrivains renseignés et impartiaux, et même quelques-uns des publicistes les plus favorables au calvinisme. « En cette occasion, écrit le pasteur Gaberel, Calvin se montre tellement égaré par le fanatisme qu'il arrive à n'avoir plus de notion distincte du bien et du mal (i). »
Le professeur en Sorbonne, Emile Saisset, l'un de nos spiritualistes les plus classiquement religieux, ne peut s'empêcher d'écrire : « Ecoutant les conseils de la
(1) Histoire de Genève, t. II, p. 246.
SERVET DÉNONCÉ PAR CALVIN
haine, Calvin n'hésite pas à former contre Servet un des desseins les plus perfidement atroces que la fureur théologique ait jamais inspirés. »
Pendant que Servet faisait imprimer son ouvrage, et durant les jours qui suivirent sa publication, une polémique religieuse se poursuivait entre un réfugié français, habitant Genève, entièrement dévoué à Calvin, et un catholique résidant à Lyon. L'ami de Calvin se nommait Guillaume de Trye, seigneur de Varennes, son correspondant lyonnais s'appelait Antoine Arneys (i).
Arneys, ardent catholique, cherchait à ramener au catholicisme le protestant de Trye. Ce dernier, n'ayant point (ainsi qu'il l'avouait lui-même) assez d'érudition théologique pour réfuter le catholique lyonnais, communiquait à Calvin les lettres de son correspondant et Calvin conseillait ou dictait les réponses qu'il fallait
faire.
Or, dans une lettre, datée du 10 février 1553 (Calvin ayant déjà en main un des exemplaires de la Kestilniion du chrislianisme), Guillaume de Trye écrivait à Antoine Arneys : « Je me suis ébahi comment vous m'osez reprocher entre autres choses que nous n'avons nulle discipline, ni ordre... et, cependant, je vois (Dieu merci) que les villes sont mieux corrigées ici que dans toutes vos oflicialités. Et quant à la doctrine qui concerne la religion combien qu'il y ait plus grande liberté iï^i qu'entre vous, néanmoins, l'on ne soullrirapas que le nom de Dieu soit blasphémé et que l'on sème les doc-
(1) De Trye vivait en pleine intimité avec Calvin. Le 29 juillet 15U), il avait acheté pour 110 écus soleil la maison de la Chanirerie, près de Saint-Pierre, par conséipient près de la rue des Glianoines dans la«iu<'lle habitait Calvin. Il épousa, en 1:j50, Marguerite de Biidé. Le 8 septembre UrJl, il fut reçu bour^^eois pour 80 écus. Il fut membre des Deux Cents, pour le (4uartier de Saint-Pierre en i:Jo9-15G0, 15G1, 1562. Il mourut celte année-là, laissant au Réformateur la tutelle de ses enfants.
Irines et mauvaises opinions sans que cela soit réprimé. Et je vous puis alléguer un exemple qui est à votre grande confusion, puisqu'il le faut dire. C'est que Ton soutient de par là un hérétique qui mérité bien d'être