LES MÊMES, STROGOFF
Michel Strogoff entre et reste immobile, militairement. Le gouverneur l’observe un moment sans parler.
LE GoUvERNEUR.-Tu te nommes Michel Strogoff ? STROGOFF.—Oui, Excellence.
LE GoUvVERNEUR.—Ton grade ?
Srrocorr.—Capitaine au corps des courriers du czar.
LE GouvERNEUR.—Tu connais la Sibérie ?
STROGOFF.—Je suis né à Kolyvan.
LE GouvERNEUR.— As-tu encore des parents dans cette ville ?
STROGOFF.—Oui... mon vieux père !
Le GouverNEUR.—-Tu ne l’as pas vu depuis ?.…
SrroGorr.— Depuis deux ans !.. mais je viens d'obtenir un congé pour aller le revoir, et je vais partir.
LE GOouvERNEUR.—Il n’est plus question de congé ! Il n’est plus question de ton père! Je vais te remettre une lettre que jete charge, toi, Michel Strogoff, de porter au Grand-Duc, frère du czar.
… STROGOFF.—Je porterai cette lettre.
* Le Gouverneur.—Le Grand-Duc est à Irkoutsk. StRoGorr.—J'irai à Irkoutsx.
Le GouvERNEUR.—Mais tu ignores que le pays est envahi par les Tartares, qui auront intérêt à
intercepter ta lettre, et il faudra traverser ce pays! :
STROGOFF.—de le traverserai.
LE GoUvERNENR.—Passeras-tu par Kolyvan ?
SrroGorr.—Oui, puisque c’est la route la plus’
directe.
Le GouverNEUR.— Mais, si tu vois ton père, tu risques d’être reconnu !
STROGOFF.—dJe ne le verrai pas.
LE Gouverneur.—Tu seras pourvu d'argent et.
muni d’un passeport au nom de Nicolas Korpanoff,
marchand sibérien. Ce passeport te permettra de :
requérir les chevaux de poste. Il autorisera, en outre, Nicolas Korpanñoff à se faire accompagner, s’il le juge à propos, d’une ou plusieurs personnes, et il sera respecté même dans le cas où tout gouverneur ou maître de police prétendrait entraver
ton passage. Tu voyageras sous le nom de Kor panoff. .
STROGOFF.—Oui, Excellence:
Le GouverNeuR.—Voici cette lettre de laquelle dépend, avec la vie du Grand- Duc, le salut de toute la Sibérie !
STROGOFF.—Elle sera remise à ‘Son Altesse.
LE GoUvERNEUR.—Il se peut que dans quelque
circonstance grave, désespérée, tu sois contraint de :
l'anéantir !… Il faut donc que tu saches ce qu’elle
renferme, afin de pouvoir le redire au Grand -Duc,
si tu arrives jusqu’à lui.
STROGOFF.—J'écoute.
LE GouvERNEUR (lisant la ler. —" Le, colonel ‘Ivau Ogareff s’est enfui de la forteresse de Pols
‘‘tock. Il veut pénétrer dans Irkoutsk, et livrer l: |
* ville aux Tartares. Il importe donc de se défier # de ce traître. Si, comme nous l’espérons, ce mes- #“ sage arrive en temps utile à Son Altesse, le Grand- 4 Duc est prévenu qu’une armée de secours sera en f‘ vue d'Irkoutsk le 24 septembre, et qu’une sortie t générale, exécutée ce jour-là, écrasera les ennemis
‘entre deux feux... (JL referme la lettre. À Strogoff.) Tu as entendu et tu te souviendras ?
SrRoGoFF.—J'ai entendu et je me souviendrai.
LE GouvERNEUR.—Tu traverseras les lignes de Tartares ! Tu passeras quand même!
STROGOFF.—Je passerai ou l’on me tuera.
LE GoUuvERNEUR.—Le czar a besoïn que tu vives ! 1 SrroGorr.—Je vivrai.. et je passerai.
LE GoUvVERNEUR.—Jure-moi que rien ne pourra te faire avouer, ni qui tu es, ni où tu vas.
! Srrocorr.—Je le jure. °° ©
| Le GouvERNEUR:—Pars done, et quand il s'agira ‘de surmonter les plüs grands obstacles, de braver les plus menaçants périls, redis-toi ces paroles sacrées : ‘‘ Pour Dieu, pour le czar...” ai … SrroGorr.—Pour la patrie! (Il sort par la droite
après avoir salué militairement.) .
—LA TOILE TOMBE