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JEANNE DARC VA TROUVER LE ROI

La France était envahie par les Anglais qui s'avançaient peu à peu vers le sud. Ils assiégeaient Orléans qui devait les rendre maîtres de la Loire, quand une paysanne lorraine, Jeanne Darc, partit de son village disant que les saintes lui avaient donné mission de chasser les Anglais du royaume. Elle obtint que son oncle la menât à Vaucouleurs, où se trouvait une petite garnison au service de Charles Vil.

Elle arriva donc dans celle ville de Vaucouleurs, avec

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ses gros habits ronges de paysanne, et alla loger avec son oncle cher la femme d'un charron, qui la prit en amitié. Elle se fit mener chez Baudricourt', et lui dit avec fermeté « qu'elle venait vers lui de la part de son Seigneur, pour qu'il mandât au Dauphin ' de se bien maintenir, et qu'il n'assignai point de bataille à ses ennemis ; parce que son Seigneur lui donnerait secours dans la mi-carême... Le royaume n'appartenait pas au Dauphin, mais à son Seigneur; toutefois son Seigneur voulait quele Dauphin devint roi, et qu'il eût ce royaume en dépôt. > Elle ajoutait que malgré les ennemis du Dauphin, il serait fait roi, et qu'elle le mènerait sacrer. Le capitaine fat bien étonné; il soupçonna qu'il y avait là quelque diablerie*. Il consulta le curé, qui apparemment eut les mêmes doutes. Elle n'avait parlé de ses visions à aucun homme d'Église. Le curé vint donc avec le capitaine dans la maison du charron, il déploya son étole et adjura Jeanne de s'éloigner, si elle était envoyée du mauvais esprit.

Hais le peuple ne doutait point; il était dans l'admiration. De toutes parts on venait la voir. Un gentilhomme lui dit, pour l'éprouver : ■ Eh bien ! ma mie, il faut donc que le roi soit chassé et que nous devenions Anglais. » Elle se plaignit à lui du refus de Baudricourt : c Et cependant, dit-elle, avant qu'il soit la mi-carême, il faut que je sois devers le roi, dussé-je, pour m'y rendre, user mes jambes jusqu'aux genoux. Car personne nu monde, ni roi, ni duc, ni fille du roi d'Ecosse, ne peuvent reprendre le royaume de France, et il n'y a pour lui de secours que moi-même, quoique j'aimasse mieux rester à filer près de ma pauvre mère ; car ce n'est pas là

S.Cb»rle«VII,iln'élaltp««ncore I 3. Artifice du diible.

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mon ouvrage! Mais il faut que j'aille e( que je le fasse parce que mon Seigneur le veut. — El quel est votre Seigneur? — C'est Dieu !... » Le gentilhomme fut touché. Il lui promit t par sa foi, la main dans la sienne, que, sous la conduite de Dieu, il la mènerait au roi. » Un jeune gentilhomme se sentit aussi touché, et déclara qu'il suivrait cette sainte fille.

Il parait que Baudricourl envoya demander l'autorisation du roi. En attendant, il la conduisit chez le duc de Lorraine ', qui était malade et voulait la consulter. Le duc n'en tira rien que le conseil d'apaiser Dieu en su réconciliant avec sa femme. Néanmoins il l'encouragea.

De retour à Vaucouleurs, elle y trouva un messager du roi qui l'autorisait à venir. Le revers de la journée des harengs* décidait à essayer de tous les moyens. Elle avait annoncé le combat le jour même qu'il eut lieu. Les gens de Vaucouleurs, ne doutant point de sa mission, se cotisèrent pour l'équiper et lui acheter un cheval. Le capitaine ne lui donna qu'une épée.

Elle eut encore en ce moment un obstacle à surmonter. Ses parents, instruits de son prochain départ, avaient failli en perdre le sens; ils firent les derniers efforts pour la retenir; ils ordonnèrent, ils menacèrent. Elle résista à cette dernière épreuve et leur fît écrire qu'elle les priait de lui pardonner.

C'était un rude voyage et bien périlleux qu'elle entreprenait. Tout le pays était parcouru par les hommes d'armes des deux parti.1!. Il n'y avait plus ni route ni pont, les rivières étaient grosses: c'était au mois de février 1429.

1. Le duché de Lorraine ne 'aiaait I été vaincue par le» Anglais en e#-

S'en aller ainsi avec cinq ou six hommes d'armes, il y avait de quoi faire trembler une fille. Une Anglaise, une Allemande, ne s'y fût jamais risquée jl'iiirf^/i'cafesse d'une telle démarche lui eût fait horreur. Celle-ci ne s'en émut pus; elle était justement trop pure pour rien craindre de ce côté. Elle avait pris l'habit d'homme, et elle ne le quitta plus; cet habit serré, fortement attaché, était sa meilleure sauvegarde. Elle était pourtant jeune et belle. Mais il y avait autour d'elle, pour ceux même qui la voyaient de plus près, une barrière de religion et de crainte.

Elle traversait avec nne sérénité héroïque tout ce pays désert ou infesté de soldats. Ses compagnons regrettaient bien d'être partis avec elle; quelques-uns pensaient que peut-être elle était sorcière; ils avaient grande envie de l'abandonner. Pour elle, elle était tellement paisible, qu'à chaque ville elle voulait s'arrêter pour entendre la messe : « Ne craignez rien, disait-elle, Dieu me fait ma route ; c'est pour cela que je suis née. » Et encore : c Mes frères de paradis me disent ce que j'ai à faire. »

La cour de Charles VII était loin d'être unanime en faveur de la Pucelle. Cette fille inspirée qui arrivait de Lorraine et que le duc de Lorraine avait encouragée, ne pouvait manquer de fortifier prés du roi le parti de la reine et de sa mère, le parti de Lorraine et d'Anjou*. Une embuscade fut dressée à la Pucelle à quelque distance de Chinon s, et elle n'y échappa que par miracle. L'opposition était si forte contre elle que, lorsqu'elle fut arrivée, le conseil discuta encore pendant deux jours si le roi la verrait. Ses ennemis crurent ajourner l'affaire

indéfiniment en faisant décider qu'on prendrait des informations dans son pays. Heureusement, elle avait aussi des amis, les deux reines, sans doute, et surtout le duc d'Alençon1, qui, sorti récemment des mains des Anglais, était fort impatient de porter la guerre dans le Nord pour recouvrer son duché. Les gens d'Orléans, à qui, depuis le f2 février, Dunoiss promettait ce merveilleux secours, envoyèrent au roi et réclamèrent la Pucelle.

Le roi la recul enfin, et au milieu du plus grand appareil; on espérait apparemment qu'elle serait déconcertée. C'était le soir, cinquante torches éclairaient la salle, nombre de seigneurs, plus de trois cents chevaliers étaient réunis autour du roi. Tout le monde était curieux de voir la sorcière ou l'inspirée.

La sorcière avait dix-huit ans; c'était une belle fille, assez grande de taille, ta voix douce el pénétrante.

Elle se présenta humblement, c comme une pauvre petite bergerette », démêla au premier regard le roi, qui s'était mêlé exprès à la foule des seigneurs, et quoiqu'il soutint d'abord qu'il n'était pas le roi, elle lui embrassa les genoux. Hais, comme il n'était pas sacré1, elle ne l'appelait que Dauphin: i Gentil Dauphin, dit-elle, j'ai nom Jehanne la Pucelle. Le roi des cieux vous mande par moi que vous serez sacré et couronné en la ville de Reims et vous serez lieutenant du roi des cieux, qui est le roi de France. » Le roi la prit alors à part, et après un moment d'entretien tous deux changèrent de visage; elle lui disait, comme elle l'a raconté depuis à son confesseur : f Je te dis de la part de Messire, que tu es vrai héritier de France et fils du roi. »

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