‹ MicheletChapitre 110 sur 181 · C'«tl-»-dit» bypecrilei · texte numérisé non relu

C'«tl-»-dit» bypecrilei

Je voudrais que chacun pût l'entendre comme moimême...»

Ces paroles rendaient prise aux juges. Après une longue pause, ils revinrent à la charge avec un redoublement de haine, et lut firent coup sur coup les questions qui pouvaient la perdre.

Les voix ne lui avaient-elles pas dit de haïr les Bourguignons ?... N'allait-elle pas, dans son enfance, à l'arbre des fées? etc... Ils auraient déjà voulu la brûler comme sorcière.

A la cinquième séance, on l'attaqua par un côté délicat, dangereux, celui des apparitions.

L'évêque, devenu tout à coup compatissant, mielleux, lui fit faire cette question : « Jehanne, comment vous ètes-vous portée depuis samedi? — Vous le voyez, dit la pauvre prisonnière chargée de fers, le mieux que j'ai pu. »

t Jehanne, jeûnez-vous tous les jours de ce carême? — Cela est-il du procès ? — Oui, vraiment. — Eh bien ! oui, j'ai toujours jeûné. »

On la pressa alors sur les visions, sur un signe qui aurait apparu au Dauphin, sur sainte Catherine et saint Michel. Entre autres questions hostiles et inconvenantes, on lui demanda si, lorsqu'il lui apparaissait, saint Michel (tait nu ?... A cette vilaine question, elle répliqua, sans comprendre, avec une pureté céleste : « Pensez-vous donc que Notre-Seigneur n'ait pas de quoi le vêtir? s

Le 3 mars, autres questions bizarres, pour lui faire avouer quelque diablerie, quelque mauvaise accointance avec le diable. < Ce saint Michel, ces saintes, ontils un corps, des membres? Ces figures sont-elles bien des anges ? — Oui, je le crois aussi ferme que je

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crois en Dieu. > Cette réponse fut soigneusement notée.

Ils passent de là à l'habit d'homme, à l'étendard : c Les gens d'armes ne se taisaient-ils pas des étendards à la ressemblance du vôtre ? ne les renouvelaient-ils pas ?

— Oui, quand la lance en étail rompue. — N'avez-vous pas dit que ces étendards leur porteraient bonheur? — Non, je disais seulement : Entrez hardiment parmi les Anglais, et j'y entrais moi-même. *

t Mais pourquoi cet étendard fut-il porté en l'église de Reims, au sacre, plutôt que ceux des autres capitaines?...

— Il avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fut à l'honneur. »

( Quelle était la pensée des gens qui vous baisaient les pieds, les mains et les vêtements? — Les pauvres gens venaient volontiers à moi, parce que je ne leur faisais point de déplaisir; je les soutenais et défendais selon mon pouvoir. »

Il n'y avait pas de cœur d'homme qui ne fût touché de telles réponses. Cauchon crut prudent de procéder désormais avec quelques hommes surs et à petit bruit. Depuis le commencement du procès, on trouve que le nombre des assesseurs varie à chaque séance ; quelques-uns s'en vont, d'autres viennent. Le lieu des interrogatoires varie de même; l'accusée, interrogée d'abord dans la salle du château de Rouen, l'est maintenant dans la prison. Cauchon, t pour ne pas fatiguer les autres », y menait seulement deux assesseurs et deux témoins (du 10 au 17 mars). Ce qui peut-être l'enhardit àprocéder ainsi à huis clos, c'est que désormais il était sur de l'appui de l'inquisition; le vicaire avait enfin reçu de l'inquisiteur général de France l'autorisation de juger avec l'évéque.

HORT DE CHAELtS LE TEMERAIRE

Le plus puissant adversaire de Louis XI, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, travaillait à devenir maitre de tout le pays entre la Meuse, le Rhin et les Alpes. 11 fut arrêté du côté du sud par les Suisses, du côté de la Lorraine par René de Lorraine, et Tut tué dans un combat au siège de Nancy.

L'hiver, cette année-là, fut terrible, un hiver de Moscou1.

Le duc éprouva (en petit) les désastres de la fameuse retraite. Quatre cents hommes gelèrent dans la seule nuit de Noël, beaucoup perdirent les pieds et les mains. Les chevaux crevaient; le peu qui restait était malade et languissant. Et cependant comment quitter le siège larsque d'un jour à l'autre tout pouvait finir, lorsqu'un Gascon échappé de la place annonçait que l'on avait mangé tous les chevaux, qu'on en était aux chiens et aux chats?

La ville était au duc, s'il en gardait bien les en tours, si personne n'y pénétrait.

René, avec ce qu'il avait ramassé de Lorrains, de Français, avait près de vingt mille hommes, et il savait par Campobasso que le duc n'en avait pas quatre mille en état de combattre. Les Bourguignons entre eux décidèrent qu'il fallait l'avertir de ce petit nombre. Personne n'osait lui parler. Il était presque toujours enfermé dans sa tente, lisant ou faisant semblant de lire. M. de Cliimai1, qui se dévoua et se fît ouvrir, le trouva couché

4. Allusion li l'hiver de 1S1Î, qui I î. Un des seigneurs de un et- Gt périr l'armée do Napoléon 1" carte, iproj l'incendie de Moscou. '

tout vêtu sur un lit et D'en tira qu'une parole : c S'il le faut, je combattrai seul. » Le roi de Portugal, qui vint le voir, était parti sans obtenir davantage.

On lui parlait comme à un vivant, mais il était mort... La Comté1 négociait sans lui, la Flandre1 gardait sa fille en olage; la Hollande, sur le bruit de sa mort qui se répandait, chassa ses receveurs (lin décembre...) Le terme falal était arrivé. Ce qui restait de mieux à faire, s'il ne voulait pas demander pardon à ses sujets, c'élait de se faire tuer à l'assaut ou d'essayer si la petite bande très éprouvée qui lui restait ne pourrait passer sur le corps à toutes les troupes que René amenait. Il avait de l'artillerie et René n'en avait pas (ou fort peu). Il avait peu d'hommes, mais c'étaient vraiment les siens, des seigneurs et des gentilshommes pleins d'honneur, d'anciens serviteurs, très résignés à périr avec lui.

Le samedi soir, il tenta un dernier assaut que les affamés de Nancy repoussèrent, forts qu'ils étaient d'espoir et de voir déjà sur les tours de Saint-Nicolas a les joyeux signaux de la délivrance. Le lendemain, par une grosse neige, le duc quitta son camp en silence et s'en alla audevant, comptant fermer la route avec son artillerie. Il n'avait pas lui-même beaucoup d'espérance; comme il mettait son casque, le cimier tomba de lui-même : c Hoc est signum Dei*, > dit-il. Et il monta sur son grand cheval noir.

Les Bourguignons trouvèrent d'abord un ruisseau grossi par les neiges fondantes; il fallut y entrer, puis, tout gelé, se mettre en ligne et attendre les Suisses*.

1, La Franche -Comté appartenait I 3. Village i u duc de Bourgogne. I Nancy.

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