LE PAJ.AIS DE FONTAINEBLEAU
Le palais de Fontainebleau, commencé sous François 1", est une des oeuvres les plus célèbres de la Renaissance française.
Fontainebleau est surtout un paysage d'automne, le plus original, le plus sauvage, le plus doux, le plus recueilli. Ses roches chaudement soleillées, ses ombrages fantastiques, empourprés des teintes d'octobre, qui font rêver avant l'hiver ; à deux pas, la petite Seine entre des
i. AUmioD à lu peraécuUon cent!
Isi Juifs tout Philippe la Bel.
1 Énidit allemand qui étudiait !
fret et l'hébreu.
raisins dorés, c'est un délicieux dernier nid pour reposer et boire encore ce qui resterait de la vie, une goutte réservé* de vendange.
Mais ce sont les blessés surtout, les blessés du cœur, qui ont affectionné ce lieu. Saint Louis, dans ses tristesses profondes sur la ruine du moyen âge, vient prier dans celte forêt. Louis XIV, vaincu, fuit Versailles, ses triomphes en peinture qui ne sont plus qu'ironie, et cherche à Fontainebleau un peu de silence et d'ombre.
Là aussi François I", découragé des guerres lointaines, veuf de son rêve, l'Italie, se fait une Italie française. Il y a refait les galeries, les promenoirs élégants, commodes et bien exposés des villas lombardes qu'il ne verra plus Il fait sa galerie d'Ulysse. Son Odyssée est finie. 11 accepte, la destinée le voulant ainsi, son Ithaque.
Tous honorèrent les artistes. Mais François I*rlesaima.
Les exilés italiens trouvèrent en lui une consolation, la plus grande : il les imitait, prenait leurs manières, leur costume et presque leur langue. Lorsque le grand Léonard de Vinci1 vint chez lui, en 1518, il fut l'objetd'une telle idolâtrie, qu'à son âge de quatre-vingts ans il changea la mode et fut copié par le roi et toute la cour pour les habits, pour la coupe de barbe et de cheveux. Tout le monde, à son exemple, prononçait à l'italienne. On le voit par les lettres de Marguerite*, qui écrit comme elle prononce : chouse pour chose, j'ouse pour j'ose, ows pour os, etc.
Le sac de Rome en 15273,la chute de Florence en I5321, avaient été en quelque sorte une ère de dispersion pour
1. lin des plus grands peintres de 1 3. Par les soldats de Cnirk
la Renaissance, chef de l'école Loiu- en guerre avec le pape,
barde. *. Li république de F
S. Sœur de François I«. 1 tomba au pouvoir des Médici:
Cookie
l'Italie. La concentration fut brisée. L'art italien regarda aux quatre vents. Jules Romain1 s'en va à Mantoue, et y bâtit une ville, avec le palais, les peintures du monde écroulé, la lutte des géants contre les dieux. D'autres s'en vont au fond du Nord, s'inspirent de son génie barbare, et, pour le monstrueux empire d'Iwan le Terrible', bâtissent le monstre du Kremlin3. D'autres encore viennent en France ; dans la matière la plus rebelle, le grès de Fontainebleau, Us trouvent des effets imprévus, singulièrement en rapport avec le mystère du paysage, avec l'obscure et sombre énigme de la politique des rois. De là ces Mercures, ces mascarons effrayants de la cour ovale; de là ces Atlas surprenants qui gardent les bains dans la cdur du Cheval blanc, hommes-rochers qui cherchent encore depuis trois cents ans leur forme et leur âme, témoignant du moins qu'en la pierre il y a le rêve inné de l'être et la velléilé de devenir.
Je ne suis pas loin de croire que ces Italiens, ayant perdu terre, dépaysés, quittes de leur public et de leurs critiques, d'autant plus libres en terre barbare qu'ils étaient sûrs d'être admirés, prirent ici une hardiesse qu'ils n'avaient pas eue chez eux*. Le Rosso1 n'ayant affaire qu'à un maître qui ne voulait qu'amusement, qui disait toujours : Osez, a, pour la petite galerie favorite du malade, fondu tous les arts ensemble dans la plus fantasque audace.
C'est la nature, et c'est un ravissement.
Plus François I" déclina, plus il fut amoureux des
de l'école romaine
*. A l'Époque on erojall que 1
arts. On sait son mot à Cellini1 : « Je ('étoufferai dans l'or.» Et, quand la petite galerie lui fut ouverte par Rosso, il dit : « Je te fais chanoine. » Ce pieux artiste eut un canonial de la sainte Chapelle.
Rosso n'en profita guère. Pour un chagrin, il se tua. Et ce fut aussi le sort du grand et charmant André del Sarte'. Du moins, avant son malheur, il ramassa tout son génie, et fit pour François I" le plus frémissant tableau qui ait été peint jamais : cette chose vivante et brûlante comme une haleine de Dieu, la Charité (qui est au Louvre) !
Pour orner sa chambre, François I*r n'appela pas un étranger ; il prit un Français, un jeune homme, la main ravissante de ce magicien Jean Goujon3, qui donnait aux pierres la grâce ondoyante, le souffle de la France, qui sut faire couler le marbre comme nos eaux indécises, lui donner le balancement des grandes herbes éphémères et des flottantes moissons.
Les cariatides de cette chambre mystérieuse semblent un essai du jeune homme, essai hardi, incorrect et heureux. Oùa-t-il pris ces corps charmants, si peu proportionnés, nymphes étranges, improbables, infiniment longues et flexibles? Sont-ce les peupliers de Fontainebelle-eau, les joncs de son ruisseau, ou les vignes de Thomery* dans leurs capricieux rameaux, qui ont revêtu la figure humaine ? Les rêves de la forêt, les songes d'une nuit d'été', qui ne se laissaient voir que dans le sommeil pour être regrettés au matin, ont été saisis au passage par cette main vive et délicate. Les voilà,, ces
i. Ciseleur italien (1500-1511). i t. Village au sud-onott de Fonlai-
î. Peintre italien. ! nebleau.
3. Sculpteur, né en 1530, lue eu I 5. C'est le litre d'une féerie de.
157ï,lejourdelaSaint-Barlliélemj. | Shakespeare.
396 1. MIT. HELET.
nymphes charmantes, captives, fixées par l'art ; elles ne s'envoleront pins.
Cette chambre, qui n'est pas très grande, la galerie rabelaisienne, chaude et basse de plafond, qui domine Ee petit étang, ce furent les abris des dernières années de François I*r, les témoins de ses conversations. 11 était curieux, inlerrogalîf. Et jamais il n'y eut tant à dire qu'en ce temps. Les murs parlent. Comme les paroles gelées que rencontra Pantagruel ', et qui dégelaient par moment*, îl ne tient à rien que les conversations peintes par le Rosso ne se détachent des murs. Ils content les découvertes récentes, l'Asie, l'Amérique. Le coq d'Inde, oiseau bizarre qui surprit tellement d'abord, l'éléphant coquettement orné d'une parure de sultane, vous y voyez par ordre ces nouveaux sujets d'entretien.
L'art au milieu du siècle avait déjà décliné.
Il suppléait par la noblesse à ce qui déjà manquait d'agréments. En bâtiment, comme en littérature, commençait le genre noble et le style soutenu. L'effort y est, et la grâce sérieuse. Adieu la fantaisie. Que trouver désormais qui ressemble à Chambord3, à l'exquise petite galerie de Fontainebleau ?
L'ITALIE DU CORBÉOE
H ichelet décrit l'aspect du pays lombard qui a fourni tes paysages des tableaux du Corrège, le plus gracieux des peintres italiens.
La Lombardie n'était plus au zvi* siècle ce qu'elle
t. Geint nu
ie.t L'uniss héroi di
i 1 biier et qui décèlent
iu prinlimp..
te lia bêlais.