Microscopes catadioptriques et achromatiques de M. le Professeur J.-B. Amici, construits, pour la première fois, en France, en 1827
t< Le perfectionnement des microscopes, (a dit M. Fresnel » de l’Institut), est, comme celui des télescopes, du plus » haut intérêt pour le progrès des sciences; si les uns éten- » dent le champ des observations astronomiques, les autres » nous font apercevoir les détails les plus délicats de l’orga- » irisation des végétaux et des animaux; ils montrent à nos » yeux une infinité de petits êtres vivons et de phénomènes » cachés, plus curieux peut-être que le grand spectacle des » cieux. Il reste sans doute à l’homme bien plus de décou- » vertes à faire dans ces merveilles dont il est entouré, qui » sont sous sa main, et qu’il peut soumettre à des expé- » riences variées, que dans l’étude des corps célestes. On » doit donc , sous tous les rapports, attacher une grande im~ » portance au perfectionnement des microscopes, et savoir
(*) Trois opticiens du même nom étant sur le même quai, M. Chevalier prévient, qu’en faisant attention qu’il a le prénom de Vincent , et qu’il est au n° 69 du quai, il ne peut y a.nir d’erreur préjudiciable à aucun d’eux.
» gré au savant professeur Àmici , de Modène , de ses lieu— ». reux efforts pour atteindre un but si désirable. »
L’utilité d’un microscope, qui joint à une grande force amplifiante une telle disposition de ses parties, qu’il peut servir à observer commodément chaque espèce de corps, soit fluide ou solide, transparent ou opaque, sans trop le diviser, est donc généralement reconnue par tous ceux qui se sont exercés dans l’art d’explorer la nature jusques dans ses plus petits détails; c’est pour cela que les artistes et les géomètres les plus célèbres, qui se sont occupés de cette partie de l’optique, ont principalement cherché à construire un instrument qui, doué d’un grossissement considérable, ainsi que de beaucoup de clarté et de netteté , put encore être d’un usage facile et universel.
La fameuse découverte de l’achromatisme a été certainement un très-grand pas vers la perfection désirée. Depuis lors, on a imaginé plusieurs forme#) de microscopes, qui ont plus ou moins répondu aux espérances des observateurs. Toutefois, si des mathématiciens renommés et d’habiles artistes, ont perfectionné cet instrument en usant du principe de la réfraction , leurs profondes recherches ne se sont pas beaucoup étendues jusqu’ici sur les microscopes à réflexion ; ceux-ci cependant étaient très-susceptibles d’améliorations. On jugera, par le détail suivant, des avantages nombreux que présente l’un des microscopes de M. Amici.
i° L’observateur regarde horizontalement , et se trouve dans une position plus commode que s’il regardait de haut en bas, comme on est forcé de le faire dans les anciens microscopes ;
•2° Les divers grossissemens s’obtiennent en changeant les lentilles oculaires ; dès-lors, il est facile de faire passer, avec une grande promptitude, l’objet par tous les degrés de grossissement , en le conservant toujours dans le champ de La
vision ;
5° Dans le nouveau microscope, l’objet est constamment à la distance d’un demi-pouce de la paroi du tube; on peut donc observer les corps avec tous les grossissemens, lors même qu’ils sont plongés dans un liquide, jusqu’à la profondeur d’un demi-pouce;
4° Les objets sont éclairés de tous côtés par une lumière forte et bien distribuée ; on peut même faire usage d’une lampe ordinaire, dont la flamme se rapproche à volonté du miroir éclairant, et peut se placer, sans incommoder l’observateur, dans le voisinage de l’axe même du miroir;
5° Le miroir concave elliptique ayant une très-grande ouverture relativement à sa longueur focale, procure beaucoup de lumière, et rend le microscope de M. Amici supérieur à ceux connus, surtout pour l’observation des corps opaques;
6° Une chambre claire, qui s’y adapte, permet de dessiner les objets grossis par le microscope, et par conséquent elle offre un moyen facile et exact d’en reconnaître le degré d’amplification.
Le microscope dont nous venons de signaler les avantages, n’est autre chose qu’un télescope newtonien renversé. Dans l’un, les rayons qui partent de l’objet rencontrent d’abord le miroir concave, et arrivent ensuite au miroir plan, qui les réfléchit vers l’oculaire; dans l’autre, les rayons tombent d’abord sur le miroir plan, et vont à l’oculaire après avoir été réunis par le miroir concave ; (voir, pour plus amples détails, les Annales de Chimie et de Physique , de MM. Gay- Lussac et Arago, tom. vin, août 1821.)
Après s’être servi, pour ainsi dire, de toutes les ressources de la catoptrique dans la construction des microscopes catadioptriques, M. Amici est parvenu, en 1826, à construire un microscope achromatique horizontal, auquel il a donné le plus haut degré de perfection. Au moyen de ces deux instrumens, qui, séparément, offrent néanmoins, et dans un degré supérieur, tous les avantages qu’on peut désirer dans un mi-
croscope, on obtient, en les employant tour-à-tour, le maximum d’effets possibles; c’est-à-dire que, bien qu’on puisse se servir avantageusement de l’un comme de l’autre pour l’observation des corps opaques et des corps transparens , le microscope caladioptrique offrira, pour les corps opaques, un maximum d’effets qu’on n’obtiendra pas du microscope achromatique, tandis qu’à son tour, celui-ci sera d’un usage beaucoup plus avantageux pour les corps transparens.
Le pied ou support a subi aussi d’importantes modifications. Une table mobile permet , au moyen de vis de rappel ingénieusement disposées, de faire parcourir à l’objet le champ du microscope dans tous les sens; cette disposition procure l’avantage, au moyen de la vis micrométrique qui se trouve placée sur le côté, de déterminer les dimensions réelles des objets soumis à l’observation , aussi exactement que peuvent l’exiger les recherches les plus délicates , tandis que la chambre claire donne le moyen d’en suivre les contours, et par’ conséquent d’en mesurer le grossissement.
On peut conclure de tout ce qui précède, que le microscope achromatique de M. Amici, avec sa vis micrométrique et la chambre claire, offre un instrument aussi parfait qu’on puisse (e désirer pour l’observation des corps transparens; et que, si, sur le même pied ou support, on place l’excellent microscope catadioptrique pour l’observation des corps opaques, on aura le maximum de grossissement, de clarté et de netteté, que peuvent procurer les instrumens connus jusqu’ici.
Tel est l’instrument que nous offrons, avec d’autant plus de confiance, auxexplorateurs des secrets de la nature, que nous l’avons exécuté avec le plus grand soin sous les yeux de M. Amici lui-même, lors de son dernier voyage scientifique en France.
Vincent CHEVALIER aîné et (ils.
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(4) Etant trois opticiens tin même nom sur le même quai, M. Chevalier aîné prévient qu’en faisant attention qu’il a le prénom de Vincent et qu’il est au n° 69, il ne peut y avoir d’erreur préjudiciable