‹ Midi a quatorze heures: comédie-vaudeville en un acteChapitre 11 sur 12 · FERNAND, CAMILLE · texte numérisé non relu

FERNAND, CAMILLE

FBnilAND.

Toutes! fini, a-t-elle dit... Eh bien oui, tout sera fini ea effet. (Il jette péle^méle tous les papiers dans le carton,)

GAMILLB.

Femand.

PBRIIAND.

Ha cousine, je suis le plus malheureux des hommes, par votre faute.

CAMILLt.

C'est vrai...

PERNAND.

Hais je vous pardonne... adieu. (Il remonte.)

CAMILLE

OÙ allez- vousT

FERNARD.

Je vais me jeter du haut des tours de Notre-Dame, et je tâcherai de tomber devant la porte de madame de Férieux. CAMILLE, à part.

Je dois réparer le mal que j'ai fait... (Haut.) Femand.

FBRNAND.

Pardon, ma cousine, mais je suis pressé... on ne monte plus aux tours passé quatre heures.

CAMILLE

Ëcoutez-moi, je veux... Ah!.. J'entends mon mari... allez au jardin, dans dix minutes, je vous y rejoindrai.

FBRNAND.

Mais..;

CAMILLE

Espérez... Angèle vous aime.

FERNAIVD,

Ciel!., est-il possible?

CAMILLE

tout

Je vous le jure, mais sortez vite... je vous en dirai davantage ut à l'heure.

80ÈNB DIZ-HUITIÂMB 97

FBRNARD»

Elle m'aime ! ah 1 ma cousine !.. merci I merci 1 vous me rendez layie.(// lut 6atM la main et se sauve jpar la gauche, Marcelly^ le chapeau Céfonei sur les yeux^ entre par la droite au moment otî Pemand aisparait : Marcelly ("a vu; il regarde sa femme^ puis sê promené un instant sane parler.)

SCEltfE XVIII.

MARCELLY, CAMILLE

MARGBLLT, à part.

Je suis décidé à faire un coup d*État... ie vais faire un coup d'État... Ne dites rien.

CAMILLE, à part.

N'oublions pas les recommandations d'Ângèle.;.

MARCBLLT^ s*arrétant devarU Camille^ irès-haut, Bfadame.

CAMILLB.

Mon ami...

MARGELLT, à part.

Tiens.:. (Haut,) Je vous préviens que f ai brisé ma chaîne ci qu'à partir de ce jour, je veux marcher dans ma force et dans ma iiDerté... comme Sparlacus.

CAMILLB.

Oui mon ami...

MARGELLT, à part.

Tiens... (Haut.) A partir d'aujourd'hui j'aurai des clieoteB jeunes...

CAMILLB, après un petit mouvemeni.

Oui mon ami.

MARCBLLT.

Jolies.

CAMOLB, mime /en.

Oui mon ami...

MARCBLLT, d part.

C'est bien drôle... {Haut.)ie ferai de la toilette tous les jours... Je serai tout de noir habillé comme le page de M. de Ifarlborough.

CAMILLE

Oui mon ami.

MARCBLLT

J'aurai une lorgnette.

aMILLB.

Oui mon ami. «

MAftCUir.

Dans le monde, Je serai galant, je danserai I Je ferai des compliments aux femmes, je leur ierai des impromptus. .. g-fl m'en vient.

CAiitLLB, un peu émue.

Oui mon ami.

MABCBLLY.

Je leur ferai mômp H cpur pour (qç donner une contenance.

CAMiLLf, de plus en plus émue.

Oui TPOD ami...

MARCELLT, dpart.

Qu*est-ce qu'elle a donc (n^ iemm^^ {Baut.) Je leur baiserai la main si Toccttsion s'en présente.

G4i9||«i.K, retenant se$ h^rmes.

Oui mon ami.

MARCELLT.

Et enfin je...

CAMILLE, laissant échapper un mouvement de vivacité. qein?

MARCS LLT, à pari, erqyant avoir réussi à ^émouvqir. Ah I... je savais bien...

CAMILLE, se levant et jouant le calme.

Oui mon ami.

MABCBLLT» avec inquiétude, pst-çe que tu es malade ?

camulb.

Mais non, pourqupi?

MARCELLT.

Pour rien... Ainsi, c'est bien convenu... liberté toute entière. - . 1

CAMILLE, se contenant.

Oui mon ami.. Tai reconnu mes torts... un homme doit être libre... je ne te gênerai plus... Tu pourras aller et v^nir A ton gré... sortir quand tu voudras... As-^ quelque affaire?., quelque course î... ppl^ue référé?...

|IARCB|.IT.

Non...

CAMILLE

Eh bien ! Que)e ne te retienne pas... va, va...

MAi(ÇBLLT, étonné.

Mais...

CAMILLE

Tu désires peut-être faire un tour de promenade t...

SCÊNB bl^-NKUVIÂ3IÉ $9

MAHGBLLT.

Haispasdutottt.

CAMILLE

Va... Ne rinquièle pas de moi, je broderai en t'atiendant... Va te promener mon ami.

UARCiLLT^ à part.

Elle m'envoie promener.

aviLLi, hpomsanU

Va...va...

MARCtLLT.

Ab! ça, madame....

CAMkLLB.

Tu préfères rester?... reste... Tu désires être seul, peut-être.

MARCELLT.

Mais non.

CAMILLE

Jeté laisse mon ami... adieu... adieu... (A part.) Oh \ que c'est difficile déjouer la comédie... Courons rejoindre Fernand. (Elle sort par le fond, à gauche, tout en faisant un signe d'adieu à Marcelly qui la regarde avee stupéfaction.)

SCEIVE JLnL.

MARCELLY, seul, puis GFIÊGORET.

MARCELLT, rêvant.

Ça n'est tms naturel... Il y a quelque chose là-dessous... on m'a changé ma femme... celte résignation... Cette soumission... et puis... ces éternels : oui mon ami... oui mon.... qui est-ce qui m'a pris la femme que j'avais ce matin ?.. Du reste, qu'il la garde... J'aime mieux celle-ci... quoique cependant.. Âhl c'est bien drôle!.. Je ne sais pas, mais... (Se touchant le front,) J'ai quelque chose là... (vivemevA.) Ce n'est encore

qu'une inquiétude... une inquiétude vague, mais c'est égal

jça me gène... (Bêmnt.) Oui mon ami... Oui mon ami... GRéGORBT, entranlt.

Ah I te voilà?... Eh bien, tu es raccommodé avec la femme P

VLKMSLVi^'demêm».

Oui mon ami... Hein?... ah ! oui.

6RÉG0RET.

Tant mieux... entre nous, tu avais tort... tu te plains que la mariée est trop belle... ta femme est jalouse, parce qu'elle t'aime d'abord, et ensuite parce qu'elle est sage...

MARCELLT.

Oui, je 8ai8 bien.

CRiGORBT.

Elle ne te pardonne rien, parce qu'elle n'a rien à se faire pardonner c'est clair...

MABCBLLT, tin peu frou6/^.

Ah !.*. oui... comme cela si elle avait quelque chose à se faire pardonner?

CRÉGORET.

Oh ! mon cher elle ne serait plus du tout la mémef plus du tout.

MARCELLT, ifiquiet.

Ça se peut bien.

GRÉ60BBT.

Moi, je me méfie des femmes trop indulgentes... Elles ont quelque chose à se reprocher généralement. . Il y a des exceptions...

MARCELLT, vivemenU

Il y en a.

CRéGORET.

Moi, je n'en connais pas.

MARCBLLT

Tu n'en connais pas?

GRÉGORBT.

J'aime une femme qui parle haut, qui épluche la conduite de son mari... Cela prouve qu'elle ne craint pas qu'on épluche la sienne.

MARCBLLY, 8$ grattant VoreUle,

Âh !... tu crois que quand elle épluche...

GKéGORET.

Si je me marie, ce sera pour moi le thermomètre de l'amour... Si ma femme devient douce, confiante, d'un agréable commerce, enfin, cracl je la renvoie à sa famille...

MARCELLT.

Ah ! tu me dis des bêtises...

GRÉGORET.

Mais, mon cher, j'ai cent exemples à te donner... Tiens, justement, Beauregueil, Thuissier, sa lemme était comme la tienne, jalouse, emportée et fidèle, bien entendu... pour moi, c'est une conséquence.

MARCELLT^ très-itiquiet.

Tu m'ennuies.,.

GRÉGORET.

Beauregueil s'est fâché ; il a déclaré gu'il ne voulait plus d'opposition à ses volontés, qu'il entendait que sa femme fut toujours de son avis.

MARCELLT.

Eh bien?

. GRÉGORBT.

A partir de ce moment, elle répondait toujours...

SCèNB DIX-NEUVIÈME 41

MARCELLT, ffQ^^é d'uTiT idée. Oui, mon ami ?

ORÉGORBT.

Précisément.

HAACBixT, marchant avec agtUUiùiu

Oniy mon ami.

GRÉGORET.

Et c'est ce qui a perdu Beaurcgueil.

Aie de Voltaire chez Ninon.

Pour prouver sa soumission^ A tout ce qu^il exigeait d'elle, ^

Sa femme en toute occasion | Suivait la formule nouvelle, Afin de plaire à son mari.

Elle s'en faisait une étude.

Bref, elle a dit si souvent : oui, Qu^elle en a gardé Thabitude.

MARCELLT, à part^ trèS'inquiei^ El Camille qui, tout à riieure...

CRéGORET, le suivant.

Eh bien... et Dubief ? . .

UARCELLT.

Tu m'ennuies avec tes histoires. ' ^

GRéGORET.

Dubief...

MARCBLLT.

Je te dis que tu m'ennuies...

GnÉGORBT.

Dubief!... c'est absolument la même chose : sa femme l'empêchait de sortir, il s'est fâché, et maintenant elle renvoie se promener...

HARCELLT, sautatit, à part.

Comme ma femme, tout a l'heure...

GRÉGORET, riont.

Et il y va.

MARCBLLT, tragiquement.

Mais moi je n'y vais pas.

GREGORET.

Et pendant ce temps... madame Dubief... Ah! ah ! ah !... MARCBLLT, qui sc trouvc prés de la fenêtre, poussant un cri. Ah ! ah !. .

GR^GORBT.

Quoi donc P..»

iî MIDI A QTJATOREE HBURBf

■ABCBLLT, à part Là-bas, derrière cette charmille... Fernand el ma femme... Il Kl quittait tout à Theure... et il semblait joyeux. CK^GOABT, effrayé.

Marcelly 1

lUMfcLLT, géstïcufaî^.

Je vois tout... je comprends tout... La résignaliôh de Camille... et ses soupçons... c'était pour détourner les miens.

CREGORET, à pOYt.

Est-ce qu*il devient fou?

liARCBLLTy de même.

Quel horrible complot!... quel machiavélisme!... Fernand aime ma femme, qui dit à Angèle de feindre d*aimer Fernand... et Camille m'accuse d'aimer Angèle, afin de cacher son amouf pour Fernand, qui me prie de parler à Angèle, pour qu«^ ]o nq me doute pas que lui, Fernand, aime Camille.., c'est clair!... c'est horriblement clair !.... (li tombe sur un siège.)

SCfinrE TLJL.

LES MftMBS, CAMILLE, FERNAND) ANGÈLE, puis GERMAIN.

GRéGORET, qui a été au-devant teux, bas à Camille. Je ne sais p&s ce qu'a Marcelly.

CAMILLE

Ah ! mon Dieu ! {Elle descend.)

MARCELLY, à Grégoret, Que lui as-tu dit? hein? Tu l'as prévenue ?

FERNAND, à Angèle.

Cette seconde lettre doit lever tous vos scrupûléë, Madaàe, el vous pouvez me pardonner. [Angèle lui tend la main)

ilARCkLLr.

Assez de comédie, je sais tout... (À F^rhûnà, ^i' a uHe fleUr à sa boutonnière.) Qu'est-ce que c'est que ça P

FEB^titij baisant les mairie d' Angèle.

C'est l'olivier de la paix.

MARGEtLT;

Ce n'est pas vrai... {A Camille.) Pourquoi vos accrftch'e-fcéûrs sont-ils défrisés, madame ? {S'élaftçaiM sur le panier à ouvrage de Camille^ que Fernand touche machitmiemerà.) Qu^èl-dé que lu caches là*? [Il vide lepani^ à i^uirage^ puis saute sur la lettré queCamiilè tieni à /a9haiH.)Dotine2-moibett6 lettre, Madame I

CAltllLft.

Mais elle appartient à Angèle, qui vient de la recevoir à l'instant.

SGÂNB VINGTIÊlfB 43

MiK€ELLT.

Ce n*est pas vrai. (Lisant,) « Ma chère amie, tu peux aimer » M. Fernand ; sa fiancée est Tépouse d'un autre ! » {A part.) Fichtre 1 j'ai fait une bôtise !

GAMiixB, avec douceur.

Mon ami... comprenez-vous la jalousie, maintenant?

MARCELLT, embarrossé.

Certainement... C'epl-à-dire que... (Frappé d^une idée.) Ahl (S^cffàrçant de rire,) ah ! ahl ah!... c'était hiçn joué» n'estrce pas ? Tu m'as cv\x jaloux?

CAMILLE

Comment? ^

MARCBLLT, avec aplomb.

C'était une leçon... J'ai voulu te montrer... Tu vois comme c'est ridicule d'avoir des soupçons., comme c'est (néte d'itlter chercher midi à quatorze heures... Tu vois... tu vois...

CAHILLB.

Quoil Monsieur, c'était une plaisanterie t.-

MARCBLLT.

Ohf mon Dieul pas autre chose... (Apcirt.) Ce n'est paa maladroit.

ÀN6ÈLE, bas à Camille, liment; il est jaloux..;

CAMILLE, de mime.

Tant mieux.

GR^GORBT.

Âhl came rappelle...

MARCBLLT.

Va-t'en au diable avec tes histoires...

Ah ! pourtant... celle-là...

MARCBLLT.

Tu la conteras à table... quand nous en serons sortis.., GERMAIN, entrant son paquet sous le bras^ d Marcelly.

Monsieur, comme il n'y a rien à faire ici... vous n'avez paî besoin d'un domestique, et je viens vous prier de me mettre à la porte.

MARCBLLT.

Par exemple! J'augmenterais plutôt tes gages.

GERMAIN, reculant.

Eh bien, c'est ça qui serait drôle!

ENSEMBLE

Ai& nouveau.

Que toujours la défiance.

S'éloigne de notre cœur, En amour, la confiance Est la moitié du bonheur.

VAACKLLT i'avanee pour chanter au public; Camille s'approche vi» vement et reaarae dans la saUe dun œil scrutateur ; Marcellff la rassurant,) Je ne connais personne dans la salle; parole d'honneur...

Voyons, est-ce que tu vas encore ôtre méchante?

CAMILLE

Non, mon ami. {Elle remonte.)

MAHCKLLT.

A la bonne heure.

{Au public.)

Aia de Céline»

La crise me semble apaisée.

Et da mal qui la fait souffriri

La guérison doit être aisée,

Si vous daignez y concourir.

Du médecin, je sais que la présence»

Pour la malade est d*un heureux secour»!

Hâtez donc sa convalescence,

Eo venant la voir tous les jours,

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