‹ Miers et son eau minéraleChapitre 16 sur 25 · TABLEAU IV · texte numérisé non relu

TABLEAU IV

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ALES PSS MERE » » 250 500 500 500 500 Quantité d'urine. ....} 1,500 1,300 | 1,600 1,700 1,600 1,700 1,800 Urée par litre... +... 23 29, 50 23 20 21,50 |" 21,60 |" 17,20 Urée totale. . ..!. | uso |! 3838 | 36,80 | 075401065940 | 3672 [50:00

La densité n’a presque pas varié. Le 30, les urines étaient neutres et contenaient des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien.

Une selle par jour régulièrement. Le régime alimentaire n'a pas été modifié.

La quantité moyenne des urines par jour est montée de 1,400 grammes à 1,680 grammes,

L’urée a baissé de 36842 à 34:57.

En résumé, dans ces trois expériences, un effet diurétique s’est produit d’une façon très nette et très constante.

Chez un des malades, il y a eu un effet laxatif assez précis, le nombre de selles par jour ayant été régulièrement porté à 2 peu après le commencement du traitement (Expérience IT).

L'augmentation de l’urée, observée la première fois, ne s’est pas reproduite. Il y a même plutôt une baisse sensible (Expériences IIT et IV). D'où il faut conclure que l’eau de Miers ne possède pas, à doses faibles, sur l’élimination de l’urée l’action particulière que j'avais cru d’abord. Peut-être l'augmentation de l’urée observée sur moi-même (Expérience I) était-elle le résultat des doses purgatives, et que, expérience qui n’a pu être faite, le même phénomène reparaîtrait après les mêmes doses. Enfin, il est bon d’ajouter que, si au dire de Rabuteau, de Gubler, de Chaudol, le sulfate de soude, principe actif de l’eau de Miers, possède la propriété d'augmenter la production de l’urée et de l’acide carbonique, Seegen, cité par Rabuteau lui-même, prétend que ce composé salin modère la transformation des matériaux azotés et active simplement l'oxydation de la graisse. Il diffère encore en cela des autres purgatifs salins, dont le fait communest d’abaisser la température et de diminuer l'urée.

Quoi qu’il en soit, ces oscillations dans la production de l'urée prouvent au moins que le sulfate de soude et l’eau de Miers ont

une action considérable sur les phénomènes intimes de la nutri- 6C

SA tion. C’est la conclusion que l'on peut légitimement tirer et de la discordance de mes expériences et des assertions contradictoires des auteurs.

Si maintenant on confronte les résultats fournis par les expériences rapportées plus haut avec les observations des médecins de la région et les dires des buveurs, on arrive, en complétant et en corrigeant les uns par les autres les renseignements qui proviennent de ces diverses sources, aux conclusions suivantes :

10 À la dose de 200 à 300 grammes environ, le matin ou aux repas, l’eau de Miers est simplement eupeptique, reconstituante, un peu diurétique peut-être.

20 De deux à six, huit, dix verres, elle est purgative et diurétique ; plus spécialement diurétique si les doses sont faibles et considérablement espacées; surtout purgatives, si on en boit six, huit, dix verres ou plus, en un espace de temps très court.

3° Enfin elles deviennent altérantes si l'usage en est considérablement prolongé et à une dose un peu forte.

Ces effets ne sont pas évidemment aussi nettement tranchés et séparés les uns des autres que semble le dire cette division. Cette division très artificielle indique seulement la physionomie un peu particulière que prend le résultat final suivant la dose et le mode d'emploi.

De ces diverses actions, l’action purgative paraît la principale ; c'est elle du moins, qui, directement ou non, tient sous sa dépendance, de l'avis de tous les auteurs, la plupart des indications thérapeutiques.

On peut se demander auquel de leur principe les eaux de Miers doivent cette vertu purgative. C'est bien évidemment au sulfate de soude; c’est du moins à lui qu’en revient la part la plus considérable.

Il ne saurait être question ici de faire une étude même ébauchée

de:

de cet agent. Il suffit de dire que c'est un purgatif salin, dialytique de Rabuteau, qu’il peut même être regardé comme le type de cette classe de médicaments.

Une objection se présente. À la dose à laquelle le sulfate de soude est absorbé, cinq grammes environ seulement, lorsque l'on prend la quantité énorme de deux litres d’eau minérale, c'est de la constipation qu'on devrait observer, semble-t-1l, et non pas un effet purgatif.

À cela on peut répondre d’abord que l’action constipante des petites doses de sulfate de soude, qui se rencontre en effet quelquefois, paraît avoir été un peu exagérée pour les besoins de certaine théorie sur le mode de purgation de ce médicament, la théorie de l’osmose. Or, cette théorie, émise par Rabuteau, acceptée par Moreau, Legros et Onimus, etc... est combattu par Vulpian, Luton, etc. Pour ces derniers, les purgatifs salins comme les autres, agissent, au moins pour une certaine part, en irritant légèrement la muqueuse intestinale. Cette irritation est le point de départ d’un réflexe dont le point d'arrivée est aux terminaisons nerveuses musculaires et sécrétoires. Sous son influence, les contractions de l'intestin augmentent et les glandes deviennent plus actives. Ce qui semble bien démontrer qu'il en est ainsi dans le cas actuel, que le rôle du système nerveux est prépondérant, c’est ce fait déja signalé que, dans un traitement de longue haleine, la série des effets purgatifs est quelquefois coupée par de la constipation. Cette alternance d'effets contraires sous l'influence d’une même cause est le propre du système nerveux et du système nerveux seul, qu'il y ait lassitude, épuisement ou inhibition.

En second lieu, le sulfate de soude n'agit pas seul : à son action vient s'ajouter celle des autres composés salins contenus dans l’eau de Miers. Parmi ces composés, le chlorure de magnésium, qui s'y trouve à près d'un gramme par litre, joue certainement un rôle considérable. Le chlorure de magnésium, étudié par

SE Rabuteau en 1871, par Laborde en 1870, est en effet un excitant puissant des sécrétions intestinales. « En injectant une solution de chlorure de magnésium dans les veines de différents chiens, Laborde constata des contractions énergiques des anses intestinales qui, après s'être montrées d'abord dans l'intestin grêle, s étendaient de proche en proche à l'intestin tout entier, ainsi qu’à l'estomac. En même temps avait lieu une abondante sécrétion biliaire se traduisant par une distension progressive de la vésicule et des canaux d'excrétion et par la présence d’une quantité insolite de liquide biliaire dans une grande étendue des premières portions de l'intestin grêle. »

Peut-être faut-il dire aussi que la quantité considérable d'eau minérale qu'ingurgitent certains buveurs réclame sa part d'action dans la purgation produite et que les effets mécaniques d’une véritable indigestion viennent s'ajouter aux effets biologiques des principes absorbés.

L'action diurétique est ici intimement liée à l’action purgative. C’est, en effet, une loi générale de thérapeutique que tout purgatif dit salin, passé dans le sang, devient plutôt diurétique. Ainsi s'explique ce fait qu'un purgatif se montre en général efficace en sens inverse du temps pendant lequel il est soumis à l'absorption.

En outre, tous les sels de soude sont diurétiques.

L'action eupeptique et reconstituante des petites doses s'explique très bien par la présence dans l’eau de Miers des chlorures et des terres alcalines « qui excitent les sécrétions gastriques » (Gubler, Leçons de thérapeutique), et par celle du fer dont l’action élective sur les globules rouges est bien connue.

Enfin les propriétés altérantes de l’eau de Miers paraissent être le résultat de la perturbation profonde apportée dans les actes intimes de la nutrition; perturbation difficilement définissable, mais dont les modifications dans l'élimination de l’urée est la preuve,

dont la diminution du poids du corps est le témoin irrécusable.

Il est possible que ces longues considérations n’expliquent pas complètement par la nature et la quantité des principes qu'elle contient, les actions diverses de l’eau de Miers. Il ne faut pas trop s'étonner de ces différences entre les effets d'une eau minérale et les effets de ses éléments minéralisateurs, lorsque ces éléments sont un produit de nos laboratoires. Quels que soient les progrès de la chimie moderne, la constitution intime d’une eau minérale reste bien obscure, et, par suite, la raison dernière de son mode d'action nous échappe. Les eaux minérales sont quelque chose de vivant ; la chimie, suivant l'énergique expression de Chaptal, « n’opère que sur leur cadavre ».

Cette idée que, pour la plupart des eaux minérales, l’analyse chimique n’explique nullement leurs propriétés; que, par suite, les résultats de cette analyse sont primés par les faits d’une observation rigoureuse et loyale, j'en ai recueilli la confirmation, au moins théorique, aux leçons de l'honorable professeur qui a bien voulu accepter la présidence de cette thèse.

Je ne saurais, du reste, mieux faire que de reproduire ici les lignes suivantes où cette idée se trouve développée :

« Nous ne connaissons jamais, dit le professeur de Fleury, le mode de combinaison intime, c’est-à-dire la constitution d’une eau minérale naturelle quelconque : l'architecture des atomes, le groupement des molécules nous échappent; assurément, la méthode dite des flammes, aidée des procédés de spectroscopie, permet de pénétrer loin pour la recherche de la composition; mais, outre que les températures souvent excessives, que le chimiste est obligé de créer pour arriver à ses fins, peuvent parfaitement modifier les rapports des éléments et conduire à desrésultats dénaturés, on ne doit pas oublier que, soustraite à l'émergence du griffon, une eau minérale perd immédiatement deses caractères physiques. Veuillez donc n'oublier jamais qu’une eau thermale, quel que soit

le produit de son analyse chimique, représente essentiellement

une unité indivise, une individualité synthétique; qu’elle est une force vive et que sa constitution physique a pour corollaire physiologique une valeur biocratique proportionnelle.

» De telle sorte que, après avoir isolé tous les radicaux, toutes les bases et les combinaisons salines décelées par les réactifs, il convient encore de considérer tous ces radicaux comme combinés entre eux de manière à influencer collectivement toutes les bases semblablement associées, et pareillement engagées entre elles dans une promiscuité impénétrable. Une eau thermale à composition stable est une personnalité physico-chimique; elle appartient à une famille, elle relève d'une espèce. En dehors de ses éléments chimiques pondérables, elle recèle certainement des inconnues qui dépassent l'expression d'une formule de chimie. »

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