MÉDICATION ALTÉRANTE
S'il est réellement vrai que les eaux de Miers possèdent sur les phénomènes de la nutrition l’action excitante qu'il semble qu’on doit leur attribuer, elles doivent être regardées comme un des agents les plus actifs d’une certaine forme de la médication altérante. Véritable Carslbad français, Miers se trouve formellement indiqué dans toutes ces maladies très nombreuses, membres d’une même famille qui se touchent et se remplacent et que l’on a fort justement appelées « maladies par ralentissement de la nutrition » : diabète, albuiminurie, goutte, lithiase biliaire et rénale, migraines, diathèse rhumatismale, obésité, etc.
La plupart de ces affections sont du reste depuis longtemps traitées à Miers avec succès, ici encore, la pratique ayant longuement devancé la théorie.
1° Diabète sucré. — En régularisant les fonctions nutritives, l'Eau de Miers rend les combustions plus actives et par suite aide à la transformation du glucose èn acide carbonique. Par son sulfate de soude elle aurait même sur cette transformation une action presque spécifique (Seegen, Rabuteau). Par ses propriétés laxatives, elle remédie en outre, à la constipation opiniâtre dont certains diabétiques sont souvent affligés.
Elles conviennent surtout dans le diabète gras. Il est plus difficile de décider, à priori, de l'opportunité de leur emploi dans l'azoturie. Elles ne sauraient être que très utiles si, sous leur influence, l’urée est réellement diminuée. (Expériences [IT et IV.)
2° Albuminurie. — Gubler parlant de l'emploi d'eaux analogues
ue à celle de Miers, dans le traitement de l’albuminurie dit qu’elles « possèdent une double action : 1° elles réparent les pertes des sels neutres du serum et activent l’hématose ; 2° par le surcroît de richesse minérale qu’elles apportent, elles augmentent la capacité du sang pour l’albumine, dissimulent l'excès de cette substance protéique et en arrêtent le départ par les différentes voies d’élimination. » Il ajoute : « seulement pour obtenir des effets métacrasiques et métatrophiques durables et profonds, la durée de la cure ne doit pas être moindre de quatre à cinq semaines. »
Voilà sans doute pourquoi le malade qui a fait l’objet de l’expérience II, tout en présentant un accroissement dans l'amélioration de son état général, — amélioration qui existait déjà avant l’administration de l'eau, — n’a pas vu diminuer la quantité d'albumine de ses urines.
Chez l’autre néphrétique, la disparition presque complète de l’albumine survenue le premier jour de l'administration de l'eau minérale ne paraît pas devoir être attribuée à l'influence de cette eau. La quantité d’albumine était en effet insignifiante les jours précédents et allait diminuant peu à peu. (Expérience IT).
Il est bon de remarquer à propos du traitement de l’albuminurie par l’eau de Miers, que l'on doit presque toujours rechercher la diurèse et éviter d’aller jusqu'aux effets purgatifs.
3° Goutte. — L'eau de Miers convient aux malades atteints de cette affection, surtout à ceux qui sont dyspeptiques, anémiques ou obèses. Elle agit ici, à la fois, comme diurétique et comme altérante. Cette médication ne doit être employée qu'en dehors des accès, rester sous une surveillance attentive et ne pas être continuée trop longtemps, comme toutes les médications anti-goutteuses, du reste.
4° Lithiase biliaire. — L'eau de Miers, employée contre les manifestations de cette diathèse, coliques hépatiques, catarrhe des votes biliaires, etc. ajoute à son action modificatrice de la nutri-
tion en général, son action toute spéciale sur le foie. C’est ainsi qu'elle exagère la sécrétion hépatique, active la contraction des canaux biliaires et de la vésicule, entraîne les calculs déjà formés, empêche la stagnation de la bile et prévient la formation de nouvelles concrétions.
5° Lithiase urinaire. — C'est contre cette affection principalement que parait avoir été d’abord employée l’eau de Miers. Fabry en cite deux observations que j'ai cru curieux de reproduire (Obs. DEC
Dans la gravelle urique, un effet certain de l'usage de l'eau de Miers c’est l'élimination, en quantité considérable et sans douleur, de cristaux d'acide urique. Se manifeste-t-il ici simplement une action diurétique? L'eau de Miers possède-t-elle une influence sur la désagrégation d’un calcul, sur la formation de l'acide urique lui-même? Toujours est-il que son emploi constitue un fort bon traitement préventif de la gravelle urique, puisque, en faisant éliminer l'acide urique, elle suspend la formation des calculs, empêchant ainsi le retour des coliques néphrétiques et leurs conséquences (Obs. V et VIT).
D’après les expériences IT et IV, l’eau de Miers paraîtrait avoir également une influence sur la formation ou l'élimination de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien. Mais il n’y a eu sans doute là qu’un phénomène transitoire, dû à lPalcalinité des urines.
6° Migraine. — « L'eau de Miers a la propriété d’éteindre la disposition à cette maladie » (Fraisse). Elle agit ici sans doute en modifiant l’anémie, le rhumatisme, la goutte, etc., conditions ordinaires de la production de cette maladie (Obs. VI).
7° Obésité. — « Depuis longtemps déjà, dit Gubler, quelques stations thermales étrangères sont en possession de la clientèle des sujets obèses, polysarciques, clientèle nombreuse et riche, dont il serait désirable que le courant pût être détourné vers les eaux françaises. La cure dite de réduction ou d'émaciation se pratique
à Drisberg, à Ems, à Kissingen, en Allemagne, et principalement à Marienbad en Bohême.
» L'action altérante et purgative de ces eaux minérales est favorisée par une alimentation insuffisante, un exercice forcé et une sudation exagérée.
» Rien ne serait plus facile que d'obtenir les mêmes succès par de semblables movens auprès d’un certain nombre de nos stations hydro-minérales pourvues d'eaux laxatives ou purgatives, par exemple à Brides, à Miers.… »
C'est en effet dans le traitement de l'obésité que semble se trouver une des indications les plus nettes de l'emploi de l’eau de Miers. Cette indication découle en effet, à la fois, et de sa composition chimique et de son action physiologique et de sa comparaison avec des eaux similaires. C’est du reste l’opinion des médecins de la région, celle d'Audhoui, celle de Rabuteau, etc.
Rien n’est installé à Miers pour la cure de l'obésité : les obèses qui y viennent n'y suivent d'autre régime que celui de leur bon plaisir. Et cependant à chaque saison on peut constater des résultats satisfaisants, ainsi que je l’ai fait moi-même (Observ. IV).
Telles sont les affections qui semblent relever plus directement de l’usage des eaux de Miers. Dans d’autres, elles pourraient, en outre, être employées pour préparer ou pour compléter certaines cures dont elles deviendraient ainsi un auxiliaire très précieux.
« Pourquoi, dit Gubler, ne pas soumettre un eczémateux herpétique, chargé de graisse et gonflé de lymphe, d’abord à la cure réductrice et même émaciante par les eaux purgatives, puis à la
cure spéciale par les eaux sulfureuses, alcalines ou arsenicales? »
Cette longue énumération des maladies justiciables de l’eau de Miers ne les contient certainement pas toutes. Elle renferme au moins les principales. « Il faut étudier, dit Durand Fardel, non pas toutes les affections que peut guérir une eau minérale, mais celles où elle convient mieux que d’autres. »
OBSERVATIONS I et IL (FABRY).
Coliques néphrétiques.
.….Je ramènerai ici un exemple durévérend Père Désiré, de la Compagnie de Jésus, lequel était travaillé de douleurs néphrétiques à cause de la pierre. Ayant parcouru les plus excellentes fontaines minérales sans fruit, trouva dans l’usage des eaux de Miers un merveilleux soulagement, où il rendit quantité de sable et trois petites pierres.
J'en dirai un autre d'un paysan de la baronnie de Gramat, nommé Peyrauty, lequel, affligé depuis dix ans de mêmes douleurs néphrétiques, était sur le point de se faire couper par un opérateur; mais il fut du tout guéri par les eaux de Miers après avoir rendu quantité de sable et de petites
pierres.
OBSERVATION II (D' LAGASQUIE)
Dyspepsie.
Peychemagre (Antoine), de Salviac (Lot), âgé de 19 ans, d’un tempérament nerveux et d'une constitution frêle, subit, il y a quatre ans, les premières atteintes de l’état profondément maladif que je vais décrire et qui a surtout empiré depuis un an : perte d’appétit, digestion très lente et souvent douloureuse, accompagnée même de vomissements fréquents et d’une constipation habituelle. Lorsque le besoin d'aliments se fait sentir, le malade ose à peine le satisfaire en vue des lenteurs et des souffrances du travail digestif. Sa maigreur est effrayante : il a la figure pâle, terne et tout osseuse ; le regard est cave, triste, languiss ant. Depuis quelques mois, l’amaigrissement et la faiblesse ont fait de tels progrès que Peychemagre se traîne à peine et ne peut plus se livrer à aucun travail. Le pouls est petit, sans fréquence, la peau fraîche, la langue large et humide. Rien de particulier dans l’exploration de l’abdomen,
Après douze jours d'usage de l’eau de Miers, dont les effets avantageux étaient journellement plus sensibles, l'appétit est bon, les digestions assez
promptes et peu pénibles; il n'y a plus de vomissements ; le visage, qui 8 C
était avalé, terne, presque cadavéreux, reprend de la fraîcheur et de l’animation ; l'embonpoint commence à renaître, et le retour des forces est assez prononcé pour que le malade, qui est tout étonné lui-même de ce changement, espère pouvoir reprendre, en rentrant chez lui, les travaux agricoles que la souffrance et la faiblesse l'avaient depuis longtemps con-
traint d'abandonner.
OBSERVATION IV (personnelle) Obésité.
Mme L..., 54 ans, demeurant commune de Panazol, près de Limoges, Polysarcie ayant débuté vers l’âge de 35 ans et s'étant accrue très rapidement à la ménopause. De taille assez petite, elle pesait à 20 ans 50 kilogrammes; elle en pèse aujourd’hui 77.
À des asthmatiques et des calculeux dans sa famille.
La ménopause s’est établie assez difficilement. Il y a eu à cette époque des métrorrhagies abondantes et de fortes coliques utérines.
Actuellement, elle présente un essoufflement facile, de fréquentes congestions céphaliques avec vertiges et la marche lui est très pénible.
Elle a fait trois saisons à Miers, en 1886, en 1887 et en 1888.
La cure dure 10 à 12 jours. Elle se rend à pied tous les matins, à la fontaine, distante de 2 kilomètres environ de son hôtel. Elle boit par verres, à 10 minutes d’intervalle environ, deux litres d’eau dès le premier jour et monte rapidement jusqu’à trois litres. Au retour prend un bouillon. Selles très nombreuses, urines en grande abondance.
Ne suit aucun régime, mange à sa faim, boit à sa soif, ne fait guère d'autre exercice que sa descente quotidienne à la source minérale,
Au départ, les congestions céphaliques se sont en général amendées, la marche est plus facile. Elle se sent dans un état beaucoup plus dispos.
Lors de la prémière saison qu'elle fit à Miers, en 1886, eile ne songea pas à évaluer son poids.
A la deuxième, elle pesait à l’arrivée 77 kilos et au départ 74.
Après la troisième saison, en 1888, son poids, qui était remonté à
77 kilos, avait baissé de 3500 et restait à 73 500.
OBSERVATION V (personnelle)
Colique néphrétique.
M. Elie R..., âgé de 43 ans, demeurant à Cahors.
Antécédents héréditaires et personnels insignifiants.
À eu, en 1873, une première attaque de colique néphrétique. Cette première attaque le surprit sur la route de Miers où il se rendait pour soigner une gastralgie opiniâtre. Elle présenta une violence considérable. La douleur fut si brusque et si cruellement vive que le malade, suivant sa propre expression, faillit être renversé sur le chemin. Il put néanmoins se rendre jusqu’à Miers, où il fut soigné par le docteur Fraisse, alors inspecteur de la station. M. R... prit les eaux pendant 20 jours et élimina une quantité considérable d'acide urique.
Depuis cette éqoque, M. R... va régulièrement à Miers tous les ans. Il y fait une saison de deux semaines environ en buvant deux litres d’eau par jour. Il ne descend pas à la fontaine et prend l’eau à l'hôtel transportée et chauffée : chauffée, parce qu’il a les bronches sensibles ; transportée, parce que, sous l'influence de l'exercice et de la marche, l'effet diurétique est facilement remplacé chez lui par une diaphorèse abondante.
Dès les premiers jours de la cure apparaît régulièrement dans les urines, qui sont très augmentées, une quantité considérable de gravier. Les urines se clarifient ensuite et deviennent parfaitement limpides. M. R... repart tous les ans très soulagé. Sa gastralgie a complètement disparu depuis longtemps. Les coliques sont excessivement rares, et il ne voit du sable
dans ses urines que pendant la cure ou après une transpiration exagérée.
OBSERVATION VI (personnelle).
Migraine.
M. S..., demeurant à Bordeaux, 48 ans. Arthritique. Souffrait, il y a une dizaine d'années, de fréquents accès de migraine et de crises très douloureuses de gastralgie.
La migraine revenait en moyenne tous les mois ; la céphalée était très
vive ; il y avait des vertiges, des nausées, quelquefois des vomissements.
Divers moyens de traitement dirigés contre l’accès lui-même ou contre la diathèse restaient sans résultats bien appréciables.
M. S... fit, à cette époque, une saison à Miers. Il y resta 15 jours et but environ par jour deux litres d'eau minérale,
Dès cette première saison, il éprouva une amélioration sensible. La gastralgie ne fut modifiée que momentanément, mais les accès de migraine devinrent beaucoup plus rares.
Les années suivantes, M. S... revint à Miers et il s’y rend encore régulièrement à peu près tous les ans.
Sa saison est de 15 jours environ, et il boit deux litres d’eau, tous les matins, à la source. Il a trois selles en moyenne dans la matinée. Pendant son séjour, son appétit est considérable; la digestion s’accomplit en général très bien. Cependant il a éprouvé quelquefois dans le courant de la cure les phénomènes d’intolérance que j'ai signalés plus haut.
Aujourd’hui, au point de vue de son ancienne affection, l’état de M. S...
est très satisfaisant. Quelques crises de gastralgie se présentent encore à
de longs intervalles ; mais, depuis plusieurs années déjà, l’hémicranie n’a
point reparu.