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UNE PROUESSE PHYSIQUE DU POÈTE FRÉCHETTE

On sait, et celui qui écrit ces lignes s'en porte garant, que Fréchette, avant que l'âge fut venu tempérer sa puissance, était bâti en athlète et que sa force physique était remarquable. Nous n'en donnerons qu'un exemple qui nous a été cité par l'honorable M. David.

C'était en 1870, pendant l'Année Terrible. Fréchette vivait à Chicago comme son ami Alphonse Leduc, qui lui, non plus, n'était pas un faible. Chaque matin, les deux amis allaient lire les bulletins du « Chicago Herald ». C'était toujours des défaites et les Allemands, si nombreux dans la ville du Michigan, n'avaient ni assez de joie grossière à faire éclater, ni assez d'allusions sournoises envers ces pauvres Français. Naturellement, Fréchette et Leduc passaient pour Français et, avec leur finesse lourde, les Teutons ne leur cachaient pas leurs sentiments. Un beau jour, les deux amis en eurent assez.

« Assommons-en une couple chacun, se direntils, les autres braillards détaleront ».

(1) C'est de cette famille, que descend notre distingué sculpteur : Philippe Hébert.

Le lendemain, c'était la nouvelle foudroyante du désastre de Sedan qui arrivait, et les Allemands ne cachèrent pas leur satisfaction.

Alphonse Leduc donna le signal. Les deux amis tapèrent dans le tas, quatre hommes tombèrent. Les autres ne demandèrent pas leur reste et, comme les Canadiens se l'étaient promis, ils détalèrent.

La Presse, 1 juin 1908.

Louis Fréchette est né en 1839 et il est mort en 1908. C'est le plus grand poète lyrique produit parle Canada.

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