CHAPITRE DEUXIÈME
Quelques jours après avoir quitté Spencer Wood, il s'était fait conduire au débarcadère par son fidèle cocher Louis Caron, qui l'aimait autant qu'il en était aimé, et dont il était sur le point de se séparer. Louis lui fit ses adieux, en ajoutant combien il regrettait que ce fût la dernière fois qu'il menait un si bon maître. « Louis, lui dit M. Letellier, qui dès lors prévoyait que sa fin n'était pas éloignée, la prochaine fois que vous me mènerez, je ne vous verrai pas ». Cette parole alla au cœur de Louis ; le bon domestique comprit que c'était une manière indirecte de lui demander de le conduire en terre ; et il se le promit en luimême. Aussi dès qu'il apprit la mort de M. Letellier, il alla trouver le chef du département dont il dépendait (car depuis peu il avait obtenu un emploi de messager), et il lui demanda la permission de se rendre à la Rivière-Ouelle pour les funérailles. Après avoir raconté l'incident dont nous venons de parler, il ajouta : « Je ne puis me dispenser d'aller rendre le dernier devoir à mon ancien maître. Il faut que vous m'accordiez cette faveur; car, malgré que je sois pauvre et que je n'aie que mon humble emploi pour vivre, moi et ma famille, je le sacrifierais plutôt que de n'y pas aller ». Et en effet, ce fut le bon Louis Caron qui conduisit le char funèbre aux obsèques de M. Letellier.
Letellier de Saint-Just et son temps.
P.-B. Casgrain
L'honorable Luc Letellier de Saint-Just, né en 1820, mort en 1881, fit parti du cabinet Mckenzie, puis fut nommé lieutenant-gouverneur de la province de Québec en 1876. Il fut révoqué en 1879.