PREFACE
Un charme indicible s'attache aux poètes qui meurent jeunes. Ils ressemblent à ces arbustes qui tombent après s'être parés de fleurs brillantes, et laissent le regret des fruits qu'ils auraient pu donner. Leur poésie est le plus souvent douce, gracieuse, facile et abondante. On dirait qu'ils mettent toute leur âme dans cette première floraison, comme s'ils pressentaient que Tété leur manquera pour tenir les promesses du printemps.
Parmi ces aimables génies, Jacques Tahureau n'est pas un des moins attrayants. Ses vers n'ont reçu d'autre inspiration que celle de l'Amour et des Muses légères ; mais, dans sa veine juvénile, on sent bouillonner cette ardeur passionnée, cette puberté naïve, cette exubérance de sève, qui nous ravissent, dans ce premier épanouissement littéraire du XVP siècle.
C'est à la Muse de Tahureau que Jean de la Taille, son contemporain, aurait dû réser^'er cette strophe ravissante, consacrée à une jeune fille dont la jeunesse se passe sans amour :
Elle est comme la rose franche Qu'un jeune pasteur, par oubli, Laisse flétrir dessus la branche, Sans se parer d'elle au dimanche, Sans jouir du bouton cueilli.
Nos lecteurs pourront respirer cette fleur des poésies de Tahureau, dont les œuvres, devenues de plus en plus rares, sont aujourd'hui d'un prix inabordable.
N'ayant pu donner à la présente sédition le mérite de V ancienneté, tant prisé des Bibliophiles, nous avons tâché de la rendre aussi complète et aussi correcte que possible. Elle est précédée de la vie du poëte, par Guillaume Colletet, empruntée aux manuscrits de la Bibliothèque du Louvre. Nous l'avons accompagnée de recherches généalogiques (dont la plupart sont dues au savant bibliothécaire du Mans, M. Manceau) et de notes bibliographiques, littéraires et historiques, laissant, au milieu de cet entourage un peu sérieux, le Catulle du XVP siècle ressortir d'autant plus, avec toute la grâce de sa poésie et tout l'éclat ae ses ardentes amours.