‹ MilanChapitre 2 sur 3 · ZURICH · texte numérisé non relu

ZURICH

Etablissement artistique (TOrell Fussli & Cie., Editeurs.

ilt '6 h

Table des matières.

page.

Exposé général 3

Historique 9

Le dôme et la place du dôme ♦ . 12

Autres édifices religieux 24

Autour de la place du dôme 29

Palais 36

Le palais de la Bréra 39

La bibliothèque Ambroisienne 43

Les jardins publics 44

Le château et ses environs 46

Le grand cimetière 51

La Chartreuse près de Pavie . 52

Les Milanais 56

Guide de l'étranger 63

ip Exposé général.

„Milan!" Qui ne se sent inspiré par ce nom gracieux, qui nous parle de printemps et évoque à notre esprit l'image d'un jardin en fleurs? Et c'est un jardin en effet, que la contrée au milieu de laquelle s'élève la belle métropole de la Lombardie, un jardin plein de plantes de toutes sortes, dont les produits servent à profusion à entretenir l'humanité et à embellir sa vie. Sans jamais tarir, des milliers de ruisseaux et de canaux d'eaux vives entrecroisent le sol, venant des glaciers des Alpes pour se perdre dans les beaux lacs qui sont à leurs pieds 5 la vaste plaine, qui s'étend depuis les premiers contreforts des montagnes jusqu'au Pô, est partout fertile et semble plus favorisée du soleil que d'autres contrées situées sous la même latitude. Comme cette vaste étendue est gracieusement bornée au nord par des collines et des montagnes, au versant desquelles mûrissent des fruits de la zone méridionale, et qui au soir reflètent les teintes rosées des sommets des glaciers! A perte de vue s'étendent de tous côtés des champs couverts de toute espèce de culture; chacun d'eux peut être inondé au besoin, grâce à l'excellent système de canalisation dont la Lombardie est dotée depuis des siècles, et qui la préserve de la sécheresse et de la stérilité.

De longues rangées de mûriers, parés au printemps et en automne d'une verdure luxuriante, mais dépouillés et nus à l'époque de la récolte des vers-à-soie, comme le sont pendant l'hiver les arbres des régions plus septentrionales, élèvent leurs têtes rondes au-dessus des semailles des champs. A leurs troncs s'enroulent presque partout des ceps de vigne, dont les • «• rejetons s'élancent comme .des |miri|in4es d'un arbre à l'autre

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et présentent ainsi au temps des vendanges le plus charmant coup d'œil. Dans le voisinage des localités, des pêchers aux petites feuilles, couverts au premier printemps de leurs fleurs d'un rose tendre, et en été de fruits exquis, alternent avec les mûriers , et de nombreux figuiers , avec leurs feuilles larges mais rares, entourent les habitations des paysans et dépassent les murs des jardins. Les bords des nombreux ruisseaux sont plantés de saules , d'aunes et de peupliers, dont le branchage menu est coupé chaque année et fournit le principal combustible. Dans les terrains bas qui s'enfoncent graduellement jusqu'au Pô, s'étendent sur de grands espaces, et toujours sous l'eau, les risières et de grandes prairies irriguées (marcile) qui rapportent incroyablement et sont la source du riche élevage de bestiaux qui se fait à Milan, ainsi que des produits laitiers qui y prospèrent. Une partie assez importante du terrain est consacrée à la culture du lin; à l'époque de la floraison, il est joli de voir onduler ces milliers de fleurs qui font penser aux flots bleus d'un lac.

Dans cette plaine sont parsemées une quantité de localités: petites villes, bourgades et villages , et des fermes de paysans isolées, caséines, élèvent ça et là leurs murs gris non crépis qui dépassent à peine les mûriers qui les entourent et les arbustes longeant le ruisseau voisin.

Le voyageur qui, en passant, jette un coup-d'œil dans les cours tout autour desquelles sont disposées les parties d'habitations et les diverses dépendances, verra toujours les demeures pauvres , et au contraire les bâtisses consacrées au train de campagne spacieuses et comfortables. Au moment de la récoite de la soie, chaque espace disponible est garni de claies et d'espaliers, sur lesquels les chenilles, cette source de richesse, traversent leur période de métamorphose, jusqu'au jour, où transformées en chrysalides ; elles couvrent de leurs cocons blancs, jaunes ou verdâtres les petites gerbes disposées sur les claies; un joli coup d'œil. Dans presque chaque localité s'élève un bâtiment dont les ailes forment cour et d'où partent, depuis le grand matin jusqu'au coucher du soleil, de

gaies chansons féminines, auxquelles les notes finales longtemps prolongées prêtent un caractère particulier. Entrons dans ce bâtiment: c'est une filature (filanda).

Nous voyons des femmes et des filles assises en longues files devant de petits chauderons. Elles sont occupées à dévider la soie des cocons. Venues des localités environnantes et des vallées voisines, elles travaillent joyeusement pour un modique salaire pendant les longs jours d'été , afin , une fois l'ouvrage terminé; en automne, d'apporter aux leurs la somme gagnée. Les découvertes mécaniques du siècle ont introduit dans cette branche de l'industrie lombarde quantité de modifications tout en lui enlevant beaucoup de son charme. Partout dans la campagne sont installés des moulinages (ftlatoj), où la soie dévidée des cocons (greggia, grège) est doublée, en forces diverses, pour la chaîne (organzino) et la trame (trama). — C'est un joli aspect qu'offrent en automne les métairies et les maisons de paysans dans la campagne lombarde, alors qu'elles sont partout garnies d'épis de maïs qu'on met sécher au soleil et qui cachent le gris triste des murailles sous leur éclat doré. Les plus beaux bâtiments d'un village sont ordinairement deux ou trois maisons de maîtres et l'église. Malheureusement les magnifiques jardins des propriétaires sont souvent entourés de hauts murs et ce n'est que par la porte à claire-voie que le passant peut y jeter un coup d'œil. Cependant il faut ajouter à la louange de ces mêmes propriétaires, que, sur la demande des étrangers , ils introduisent volontiers ceux-ci , et il leur arrive même souvent de les accueillir hospitalièrement et de les héberger.

L'église occupe habituellement la principale place du village, sa façade est souvent ornée de statues de la Madone, du saint patron et d'un ange sonnant de la trompette. Quand la portière se soulève, une odeur d'encens et les voix des prêtres chantant les liturgies envahissent un instant la place. C'est sur cette place que sont situés aussi la plupart du temps le café ou l'auberge du village et les indispensables boutiques. Les petites villes de la Lombardie renferment maints édifices

curieux ; dans beaucoup de leurs églises on trouve des tableaux de prix et d'autres objets d'art, dont un grand nombre remontent à l'époque florissante de l'art lombard.

Dans les localités de quelque importance situées sur les routes qui, de Milan, conduisent aux deux grands lacs, et principalement dans la direction du lac Majeur, plusieurs branches d'industrie, telles que l'industrie de la laine et du coton, et la fabrication du papier, se sont développées sur une vaste échelle, et apportent aux populations un gagne-pain et de l'aisance. Cette contrée et les vallées avoisinantes du Piémont sont les plus industrieuses de l'Italie.

Yoilà ce que nous avions à dire au sujet de la contrée privilégiée au centre de laquelle s'élève la ville de Milan. Ce n'est pas à des avantages spéciaux que cette cité doit sa fondation, mais bien plutôt au fait que là est le point central de la région fertile qui a pour limites le Tessin, l'Adige et le Pô. A cela pourraient être ajoutés, comme causes en même temps de la suprématie qu'elle s'est acquise vis-à-vis de ses voisines , le fait de certaines époques historiques , la force de volonté de plusieurs de ses hommes éminents et la ténacité du caractère populaire milanaise qui s'est surtout montrée , dans le moyen-âge. La situation de Milan ne se distingue pas le moins du monde par la beauté du paysage ; aucun pli de terrain, nulle colline jouissant d'un beau panorama n'apporte la moindre variété à la monotonie de la plaine.

Comme la capitale se présenterait autrement bien si elle était située à quelques lieues à l'est ou à l'ouest, sur les flots bleus de l'Adda mugissante, ou bien sur les bords du Tessin abondant? Comme des quais et des ponts ajouteraient à son embellissement, et quelle magnifique perspective ils offriraient des hauteurs environnantes! Ou encore, comme l'effet serait plus beau si Milan s'élevait là où les gracieuses collines de la Brianza se perdent, se confondant avec la plaine, et où le gai ruisseau de Lambro, jaillissant d'un limpide lac alpin, roule ses fraîches eaux? Non, la ville avait une autre destinée! Elle s'est développée dans un site privé des beautés de la nature;

deux mesquins petits ruisseaux, POlona et le Seveso, coulent à ses pieds et ne se sont pas dispensés d'emprunter, au moyen de travaux de canalisation très dispendieux, les eaux du Tessin et de l'Adda afin de vivre, de se développer, et de se mettre en communication avec le reste du monde. La nature, d'autre part, n'a pas non plus apporté la plus petite facilité pour la défense de la ville, ce qui, au moyen-âge, n'était pas de moindre importance. Pour aide et protection c'est aux seules mains de

l'homme que tout devait

être sans que , sur un seul point, une chute de terrain ou bien une élévation leur facilitât le travail.

La ville est entourée de remparts,aujourd' hui transformés en promenades ombreuses qui forment une ligne presque circulaire et au pied desquels, du côté extérieur, s'étendent un fossé et une allée d'arbres.

Ce qui est enfermé dans cette enceinte s'est développé et étendu graduellement, de même que les couches annuelles de l'écorce d'un arbre, en partant du Dôme situé au centre même de la ville, et actuellement en maint endroit les constructions se prolongent hors des murs. Un canal navigable, il Naviglio , dont la force motrice a pu être utilisée à plus d'un endroit grâce à des écluses, entoure la vieille ville. C'est là qu'aboutissent les riches jardins des maisons patriciennes, offrant de belles perspectives, tandis que non loin sont les emplacements pour les matériaux de construction et le combustible. Les cris et les rires des lavandières se font entendre à maint endroit du canal, ainsi que le

Pont de St. André (Naviglio).

ciseau du tailleur de pierres, qui travaille le granit et le marbre apportés du lac Majeur sur le Naviglio.

Entre la Porte Garibaldi et la Porta Nuova, le Canal (Navigliq délia Martesana) venant de l'Adige entre dans la ville, et devant la Porta Ticinese il se réunit au Naviglio grande dont les eaux sont prises au Tessin. Sous le nom de Naviglio di Pavia les deux eaux réunies coulent vers les régions plus basses qu'elles relient à Milan, et répandent partout la salubrité et le bien-être.

Il est à remarquer pour la topographie de la capitale lombarde, que les rues principales, partant des portes de la ville, vont toutes concentriquement au Dôme. En y comprenant le passage qui mène à la gare, Milan a treize portes. Ce sont, en commençant par le passage susnommé et se dirigeant vers l'est : La Porta Venezia, la Porta Yittoria, la Porta Romana, la Porta Vigentina, la Porta Ludovica (San Celso), la Porta Ticinese, la Porta Genova, la Porta Magenta, la Porta Sempione, (Arco délia Pace), la Porta Tenaglia, la Porta Garibaldi, la Porta Nuova.

Les murailles de Milan ont une longueur de 12,348 mètres et enceignent une [ surface de 8,182,389 mètres carrés. La ligne, tirée de l'Àrco del Sempione à la Porta Romana, mesure 3465 mètres.

Un service d'omnibus parfaitement bien organisé, joint aux tramways , permettent de parcourir la ville d'un bout à l'autre rapidement, commodément, et à très bas prix. La circulation est aussi grandement facilitée par la complète platitude du sol sur lequel la ville est bâtie, par le pavage bien entretenu, des trottoirs commodes et des pierres de voie qui sont encastrées dans les rues. Malheureusement Milan manque d'eau courante. Celle qu'on tire des nombreuses sources est, il est vrai, abondante et fraîche, mais elle laisse à désirer comme pureté. On caresse depuis longtemps l'idée d'alimenter suffisamment la ville en faisant venir l'eau de la région montagneuse des basses Alpes, au nord de la plaine. Un travail de cette nature serait certainement d'une utilité incontestable pour une ville qui, en été, souffre tellement de la chaleur.

Historique.

Florissant déjà du temps des Celtes, Milan, ainsi que la riche contrée environnante, fut pris par les Romains en l'an 220 et transformé en province romaine sous le nom de Gaule cisalpine. A l'époque des empereurs, cette province acquit toujours plus d'importance.

Milan était un des principaux points d'appuide l'empire romain, maître du monde, et en même temps une ville pleine d'éclat et de magnificence; plusieurs empereurs le préférèrent à Rome et en firent leur résidence. Au milieu du IVe siècle le préteur impérial, plus tard évêque Ambrosius, acquit une grande influence à Milan. L'église de Milan qui se fondit, peu à peu dans l'église romaine, tout en conservant quelques particularités ritualistes, honore en Ambrosius son fondateur. A tout instant on retrouve aujourd'hui encore les traces de son activité, et son nom est tenu en grande vénération parles Milanais. A l'époque des migrations des peuples, Milan et son territoire devinrent la proie des Goths et plus tard des Lombards; ces derniers pénétrèrent en Italie en 568 et firent de Pavie la capitale de leur royaume. En l'an 773, Charlemagne enleva au roi des Lombards, Didier, la domination de l'Italie, et se fit sacrer à Rome empereur romain en 799. De cet acte important datent les prétentions sur l'Italie des successeurs de Charlemagne, les souverains allemands, qui étaient en même temps empereurs romains , prétentions qui furent la source de guerres séculaires et aussi de la dépendance de l'Italie du joug étranger. Comme les empereurs ne résidaient pas constamment en Italie, leurs vassaux, de nombreux ducs, comtes et margraves, s'étaient érigé une autorité arbitraire presque sans bornes. L'empereur Othon I. de la maison de Saxe fit valoir le droit régalien, et afin d'affaiblir les petits souverains devenus insolents, il morcela leurs seigneuries, leur laissa le territoire rural, donna aux grandes villes, à Milan entre autres, le titre de villes de l'empire, les entoura d'une banlieue „Corpi Santitt, placée presque toujours sous la sauvegarde de l'autorité épiscopale, et confia l'exercice de l'autorité impériale aux évêques, et aux prévôts (vis-conti) nommés par eux. Dans ces circonstances se développèrent les communes italiennes, arrivées à une haute importance, et parmi lesquelles Milan fut avec Florence la plus considérable et la plus forte. La position conservée aux villes par les empereurs saxons servit à celles-ci pour affaiblir l'autorité impériale, et Milan, plus que toute autre ville italienne de l'empire, devint le rempart de l'esprit national italien contre l'autorité impériale, le joug étranger. Milan se déclara déjà contre les empereurs franconiens (Gibelins) et combattit les armes à la main, comme une ville toute guelfe, anti-impériale et animée de sentiments nationaux, les empereurs de la maison de Hohenstaufen, et particulièrement le plus vaillant de tous, Frédéric I. Barberousse. Après de rudes combats et une résistance

opiniâtre, Barberousso prit la ville en 1162 et la détruisit de fond en comble. Mais le glorieux nom de Milan, ce nom qui figure sur une des plus belles pages de l'histoire d'Italie et nous parle de relèvement national et de noble esprit d'indépendance, ne devait pas périr. Tout ce qui restait de valide se mit à la tête d'une confédération de beaucoup de villes de la Haute-Italie, la „Ligue Lombarde", et le serment de fidélité fut prêté dans le cloître de Pontida, entre Lecco et Bergamo, au mois d'avril de l'an 1167. Après une ferme résistance à l'autorité impériale détestée, on reprit les armes en 1176. La ligue lombarde avec Milan à sa tête vainquit l'empereur près de Legnano, localité sur la route qui va de Milan au lac Majeur. Malheureusement, toute cette résistance etla victoire glorieuse n'amenèrent pas l'indépendance nationale.

Les successeurs de Frédéric firent sentir à la ville et à son territoire le joug étranger comme aux époques antérieures; le parti impérial s'y fortifia de plus en plus, et la famille guelfe Délia Torre qui après le succès de la résistance, s'était élevée dans la ville à une puissance presque souveraine, dut céder le pas à l'influente famille gibeline des Yisconti. Celle-ci arriva à son tour à la plus haute dignité et gouverna bientôt d'une manière presque absolue la cité et un vaste territoire dont elle fit la conquête. Le véritable fondateur de la puissance de cette maison fut Matteo Visconti (f 1322).

Les armoiries des Visconti, le serpent portant un enfant dans sa gueule, devinrent celles de Milan. La ruse, la trahison, l'assassinat, la rapacité et les prodigalités fastueuses, voilà ce qu'on trouve à chaque page dans l'histoire de cette famille. Gian Galeazzo, qui s'était traîtreusement emparé de son oncle Barnabe, l'avait enfermé et probablement empoisonné (1385), fut nommé par l'empereur Wenceslas duc de Milan (1391). Ce souverain autoritaire et indomptable, le plus éminent des ducs de Milan, est le fondateur du Dôme et de la Chartreuse de Pavie. Le dernier des Visconti fut Filippo Maria (f 1447). Si impérieuse qu'ait été cette famille des Visconti, si déloyale et cruelle qu'elle se soit montrée, cependant on ne peut nier qu'elle n'ait beaucoup contribué à l'élévation de Milan. L'énergie qu'elle déploya toujours servit en beaucoup de cas les intérêts des habitants, pour le développement du commerce et de l'industrie, pour le progrès des travaux artistiques. Le successeur du dernier Visconti fut le condottiere Francesco Sforza, que son énergie et son génie militaire avaient élevé du rang de simple soldat au pouvoir et aux honneurs, et qui était devenu le gendre de Filippo Maria. Le quatrième successeur de Francesco Sforza fut Ludovic le More connu par l'éclat de sa cour et la- protection qu'il accorda à Bramante et à Léonard de Vinci.

Il eut constamment à soutenir la guerre contre la France à cause des prétentions de celle-ci à son duché; fait prisonnier à la journée de Novare, il fut conduit en Franee, où il resta toute sa vie prisonnier

de guerre dans la forteresse de Loches. Pendant bien des années Milan resta sous la domination française. Avec l'aide des Suisses cependant, le fils de Ludovic, Maximilien Sforza, reprit le duché de Milan. Seulement, à la suite de la „bataille des géants" à Marignan, dans laquelle François I fit subir aux Suisses une défaite sanglante, mais qui lui coûta cher, Maximilien dut de nouveau abandonner le trône; il alla en France et y vécut d'une pension que lui fit son adversaire victorieux. Encore une fois, pendant la guerre entre François I. et Charles-Quint, le duché milanais échut à la famille Sforza, mais à la mort de François II, le 1er Novembre 1535, il tomba au pouvoir de l'empereur Charles-Quint, lequel, lors de son abdication et du partage des immenses états autrichiens-espagnols, en fit don à son fils Philippe II. Jusqu'à la fin de la guerre de succession espagnole, Milan resta à l'Espagne, et par la paix d'Utrecht en 1713, il fut placé sous la domination de la maison d'Autriche. Pendant la guerre de la succession de Pologne, il y eut un moment où les Autrichiens furent chassés de Milan et de la Lombardie par les Français commandés par Villars, et par le roi Charles Emmanuel de Piémont; celui-ci s'intitulait déjà duc de Milan. Mais bientôt les Autrichiens rentrèrent victorieux dans la métropole lombarde et ils y restèrent jusqu'en 1796, où le général Bonaparte les en expulsa. Réuni à d'autres territoires de la Haute- Italie , le Milanais forma la république cisalpine et fut organisé sur le modèle de la république française.

En 1804, lorsque la république française fut érigée en empire, c'est dans le dôme de Milan que Napoléon posa sur son front la couronne de fer des rois d'Italie, en prononçant ces fières paroles : „Malheur à qui la touche." Son beau-fils, Eugène Beauharnais, gouverna le nouveau royaume avec le titre de vice-roi. La chute de Napoléon en 1814 ramena les Autrichiens à Milan, et par le traité de Vienne la possession de la Haute-Italie sous le nom de royaume lombard-vénitien leur fut garantie. Ce ne fut qu'à contre-cœur que Milan se soumit de rechef à la domination autrichienne; des complots et des troubles continuels témoignaient assez de l'aversion générale contre la domination étrangère. Milan participa à toutes les tentatives d'indépendance de l'Italie, et dans la tourmente révolutionnaire de 1848 la garnison autrichienne fut expulsée de la ville après un combat acharné dans les rues. Avec l'aide des Piémontais, l'Autriche fut repoussée de toute la Lombardie, mais après la bataille de Pavie si désastreuse pour Charles Albert, elle reparut à Milan. L'aversion contre les étrangers s'accrut toujours davantage, et après que Cavour eut réussi à gagner Napoléon III. comme allié dans sa lutte contre l'Autriche, celle-ci se désista de la Lombardie à la suite des batailles décisives de Magenta et de Solferino en 1859, et elle la céda au roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel, qui prit le titre de roi d'Italie. Depuis cette mémorable réorganisation, Milan s'est

montrée comme autrefois une ville éminemment patriotique. Sous la bannière de l'indépendance italienne, elle a pris sur tous les terrains un puissant essor et mérité le nom de capitale „moraleu de l'Italie.

Le dôme et la place du dôme.

De loin déjà, avant que les tours et les toits de la ville soient visibles, celui qui arrive à Milan aperçoit le dôme admirable et grandiose, qui semble surgir seul de la plaine. Sur ses hautes aiguilles rayonne jusque très loin l'image dorée de la Vierge.

Bientôt l'étranger est en face du gigantesque édifice de marbre dont la vive blancheur réjouit sa vue par son doux éclat.

Mais ce n'est pas le dôme seul qu'il contemple, il admire aussi la place qui s'étend devant lui et les superbes bâtiments qui l'entourent de trois côtés. Il y a peu d'années encore que s'élevaient devant le dôme des mas de vieilles maisons qui ne laissaient de libre qu'un petit espace. On les a démolies afin d'obtenir une grande et large place telle qu'elle est aujourd'hui. Sous les colonnades des palais actuels s' alignent de riches magasins dans les montres desquels sont exposés comme objets de luxe et de parure tout ce que l'œil le plus avide peut convoiter. Du grand matin jusqu'à minuit le flot humain s'écoule de ci et de là à travers les arcades, et des voitures toujours pleines arrivent incessamment sur la place, pour recevoir aussitôt de nouveaux occupants et de se hâter vers d'autres parties de la ville.

Le créateur des édifices de la place du dôme aussi bien que de la galerie avoisinante de Victor-Emmanuel est l'architecte Joseph Mangoni de Bologne. Une triste destinée attendait cet homme de mérite; le 30 décembre 1877, quelques jours avant l'achèvement de la grandiose arcade qui conduit dans la galerie par la partie nord, il tomba à pic de l'échafaudage et fut relevé à l'état de cadavre. Une inscription que le Conseil municipal a fait graver sur le côté gauche de l'arcade commémore ce triste événement.

Le célèbre dôme, le puissant édifice, un des plus grands temples de la chrétienté, fut fondé par le duc Jean Galéas Visconti (voir au chapitre „ historique").

Une petite table commémorative encastrée dans le longcôté méridional de l'intérieur du dôme porte ces mots : El principio Dil Domo, di Milano, Fu Nel Anno

Là où le dôme s'élève aujourd'hui , s'élevait dans les temps anciens une des deux églises métropolitaines de Milan, la cathédrale d'hiver de Sainte Marie Majeure. Mais ce temple modeste ne satisfaisait pas l'opulent Galéas, Seigneur de la riche cité et gouverneur impérial. Afin de satisfaire sa soif de luxe et en même temps imposer au peuple, il résolut de bâtir une cathédrale dont le renom courût par tous les pays et glorifiât à jamais son nom et celui de Milan.

Quant à la question, de qui provient le plan de cette œuvre grandiose, elle a été déjà souvent et vivement discutée. Les uns nomment comme architecte original tantôt Marco, tantôt Jacopo, tantôt Simone da Orsenigo de Campione sur le lac de Lugano, pour d'autres c'est Heinrich Arler de Gmûnd en Souabe (Enrico da Gamodia) et d'autres encore croient que c'est Jean Galéas lui-même qui fit le plan. Que l'influence allemande se soit fait sentir, c'est indiscutable. Les prélats allemands, les chevaliers et les savants, à l'occasion de leur voyage à Rome visitaient souvent la cour ducale de Milan ; nul doute qu'ils n'aient entretenu le fier Yisconti des belles cathédrales gothiques des bords du Rhin et d'autres contrées, sur lesquelles probablement ils ne tarissaient pas d'éloges. Afin de rivaliser avec les villes et les princes ecclésiastiques au-delà des Alpes, et si possible de les surpasser, Jean Galéas réalisa la pensée d'abandonner les styles roman et lombard et d'orner sa ville d'un grandiose édifice de marbre dans le style gothique. A côté des noms des Campionais et de divers autres italiens,

dont les noms sont attachés aux origines du Dôme, viennent aussi des noms allemands, comme Hans de Fernach, Hans de Fribourg (Suisse), Henri de Gmiïnd, Hans Marchenstein, Ulrich de Ensingen, et quelque Flamand et Français, venus de contrées où florissait le style gothique, Jacques Coiia de Bruges, Jacques Campamios de Normandie, Jean Mignot de Paris.

Dans les nombreuses divergences d'opinion qui se manifestèrent déjà dès les commencements de la construction e allèrent toujours en empirant entre les architectes allemands et les français, Jean Galéas paraît s'être toujours rangé du côté des artistes allemands. D'après l'état actuel où en est arrivée la question, il semble ressortir d'une manière certaine que ce n'est pas un seul architecte, mais tout un collège architectes qui, conformément au désir du fondateur, ont jeté le plan de l'édifice et plus tard l'ont changé de diverses manières. L'historien artistique milanais, G. Mongori, dont l'ouvrage précieux „L'Arte in Milano" fournit de riches renseignements sur l'histoire de l'art à Milan en vient dans ses considérations sur les origines du Dôme à la conclusion suivante: „L'opinion que le Dôme de Milan est une création de l'art allemand, qui du premier moment a été modifiée ou si l'on veut abâtarie par des architectes lombards , serait difficilement contestée."

Après la mort de Galéas (3 septembre 1402), les Lombards prirent la haute main, les noms allemands et français disparurent; seulement, de même qu'au commencement on ne remarque aucun chef architecte, et l'édifice paraît aussi dans sa continuation être l'œuvre de plusieurs conceptions.

La construction alla d'abord très rapidement; déjà en l'an 1392, la grande messe fut célébrée au maître-autel, les murs s'élevaient à la hauteur des bas-côtés inférieurs, les piliers de l'intérieur étaient achevés et l'édifice fermé par une façade provisoire en briques. Plus tard, différentes causes ammenèrent des retards, de telle sorte qu'après la mort de Jean Galéas le travail n'avança que lentement. On serait dans l'erreur de donner tout le mérite de la réussite de cette œuvre à Galéas

Visconti; à qui revient, il est vrai, le renom do la fondation et du zèle infatigable. L'esprit de sacrifice et l'enthousiasme artistique religieux du patriciat et <le la bourgeoisie do Milan y contribuèrent beaucoup, et do cette source principalement découlèrent les moyens d'élever le gigantesque édifice. La Fabbriceria (conseil de fabrique) acquit de ses propres deniers la carrière de marbre délia Candaglia, sur la route du Simplon, non loin de Baveno sur le lac Majeur, et fit élargir le canal du Tessin à Milan pour faire arriver par cette voie les beaux matériaux. Des aumônes, des collectes instituées régulièrement, des legs (principalement des familles Carelli, Litta, Cagnola, Pusterla, Pirovano et Carcano) accrurent le fonds de construction, Des mas entiers de maisons et plusieurs palais durent être achetés et démolis, sacrifiés pour le Dôme, et d'autres étaient destinés au même sort, car on pensait joindre à l'édifice un baptistère et un cimetière avec portiques comme celui de Pise.

Parmi les successeurs de G aléas, Ludovic le More de la maison de Sforza (voyez l'historique) se distingua comme zélé promoteur de l'œuvre commencée. Il statua que Antonio Omedeo (Amedeo), habile architecte , serait choisi comme conducteur des travaux. Celui-ci s'en acquitta supérieurement, bien qu'il soit à regretter que, abandonnant le pur gothique, il ait constamment fait des concessions au style architectural méridional. Puis vint l'époque du schisme. Avec un zèle presque aussi grand que celui dont il fit preuve dans les luttes lors de la Kéformation, l'archevêque Charles Borromée travailla à l'achèvement du Dôme. Son architecte particulier était Pellegrino Tibaldi, surnommé Pellegrini.

La relation entre le zélé prélat et Pellegrini, lequel, avec tout son talent, ne savait en aucune manière apprécier le style gothique, eut une grande importance pour le dôme de Milan.

A la demande du cardinal, Pellegrini dessina la façade, telle qu'elle dépare actuellement le dôme. Mais elle ne fut pas exécutée sur le moment, et d'amères critiques se firent jour déjà, au sujet de ce malencontreux amalgame des deux

styles. Ce ne fut que pour satisfaire aux volontés de Charles Borromée canonisé sur ces entrefaîtes, que son cousin le cardinal- archevêque Frédéric Borromée (1616) se détermina à se mettre à l'œuvre et à faire élever la façade sur le croquis de Pellegrini. D'après les dessins de cet architecte, dont l'élément était le pompeux style plein-cintre, on avait déjà auparavant érigé dans l'intérieur de la cathédrale bien des choses en complet désaccord avec l'idée première.

Le plus ardent promoteur de la construction du dôme dans les temps modernes a été Napoléon I, qui en 1805 donna l'ordre de reprendre les travaux et assigna pour cela les sommes nécessaires. En mémoire de quoi une des tours à pilastres de l'aile sud a été couronnée de sa statue. Pendant la domination autrichienne, de 1814 à 1859, les progrès furent sensibles. Dans les dernières années on n'a avancé que lentement, et, s'appliquant à l'économie, on semble se borner de préférence à des travaux de restauration et à l'achèvement du strict nécessaire.

Pour contempler V extérieur du dôme dans son ensemble aussi bien qu'au point de vue de l'effet pittoresque, on peut conseiller aux touristes trois emplacements: la place du dôme (côté de la façade), le voisinage du palazzo di Corte près de l'embranchement de la via Bastrelli (coupd'oeil sur le long-côté, le toit et la coupole) et l'entrée du Corso Vittorio Emanuele (vue du chœur et de la coupole). C'est au clair de lune qu'il faut voir aussi le colosse de marbre, l'effet est alors réellement magique avec ces niches, ces tourelles, tout ce fouillis d'ornements noyés dans la lumière bleuâtre ; on croiait voir un palais de glace. Mais il n'est pas moins beau par une pure journée d'été; en se plaçant dans une des rues étroites et obscures on le voit planer audessus des toits et des pignons noirs; et cette masse blanche se détachant sur le ciel d'un bleu foncé vous donne l'impression d'une apparition aérienne souriant au monde des mortels.

La façade s'élève au-dessus d'un large escalier de granit rouge de Baveno. Malgré ses riches ornements, son aspect nous laisse froids car il blesse notre sentiment du beau par le mélange des deux styles. Les magnifiques bâtiments dont on a orné l'immense place du dôme des deux côtés, ont malheureusement causé un certain préjudice à la façade et la font paraître moins grandiose ou plus mesquine qu'elle n'est en réalité. Le spectateur peut à peine se persuader qu'il est en

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face du même édifice qui lui semblait si imposant} si élevé dans le ciel, vu du Corso Vittorio Enianuele.

Pareillement à l'intérieur, la façade est subdivisée en cinq champs. Des piliers doubles séparent le champ de la nef centrale des grands bas côtés, et de simples piliers le champ do ces derniers des petits bas côtés; les angles sont formés par de triples piliers; les montants et les architraves sont ornés de riches sculptures.

Dignes de remarque sont le3 peintures en forme de fleurs et de fruits du grand portail.

Le nombre des basreliefs exécutés sur les piliers est de 52, ils représentent en général des scènes tirées de l'Ancien Testament.

Quarante statues colossales et vingt-six autres également plus grandes que nature décorent la façade. Les cinq portes avec les fenêtres qui les surmontent sont dans le style du plein-cintre, tandis que les fenêtres supérieures de [la nef centrale et des grands bas-côtés sont de style ogival. L'inscription

„Mariae Nascenti" fait allusion, si l'on en croit légende, au vœu de Jean Gallas, de dédier ce magnifique temple à la mère de Dieu si, par son intercession, il lui était accordé une postérité mâle.

L'intérieur, où nous pénétrons par le grand portail, fait une impression prodigieuse. Personne, sans en excepter les critiques d'art les plus sévères, ne pourra se défendre d'un saint saisissement en passant de la place toute lumineuse et bruyante dans le clair-obscur du dôme immense. A travers la muraille de colonnes colossales pénètre une faible lumière tamisée de bleu, d'or, de vert, qui éclaire comme d'un

magique reflet certaines parties du temple; les lumières de l'autel paraissent rougeâtres dans leur éloignement, et l'on perçoit les chants lithurgiques comme venant d'une grande distance et résonnant doucement sous les voûtes. Mais dans les fêtes de l'église, quand l'orgue tonne, accompagnant les voix métalliques des enfants de choeur chantant le Cantus firmus, que les nuages blancs de l'encens montent du chœur obscur et se répandent entre les voûtes dorées, on est alors involontairement saisi d'un sentiment religieux que l'on ne saurait éprouver pleinement que dans un lieu aussi grandiose. L'espèce humaine paraît bien petite dans ce temple sublime, mais non son esprit et son génie qui savent créer une chose si grande et si belle. — Il ne peut entrer dans le cadre de notre petit ouvrage de faire connaître au lecteur toutes les raretés de cet édifice aussi bien que des autres de Milan, mais nous ferons cependant droit à ses désirs en le conduisant à tout ce qui a une valeur artistique ou historique.

L'intérieur de la façade est, comme l'extérieur, en complète désharmonie avec l'ensemble. Les fenêtres cintrées font un singulier effet dans le haut espacement en ogive, comme si elles appartenaient à un autre ouvrage d'architecture. L'ascension de Marie, les vitraux 'peints de la fenêtre de la grande nef sont de Giovanni Bertini, exécutés d'après un carton de Sabatelli. Les deux statues de la balustrade, audessus des deux monolithes de granit rouge de Baveno, sont remarquables, c'est un Saint- Ambroise de Pompeo Marchesi (moderne) et un Saint- Charles de Gaetano Monti (moderne). Au-dessus du grand portail, une inscription rappelle la consécration du maître-autel par le pape Martin Y, (Ottone Colonna) le 16 octobre 1418, et la bénédiction du dôme entier par Saint-Charles Borromée, le 20 octobre 1572. La tige de laiton encastrée dans le sol en avant des premières colonnes, et qui traverse le dôme dans toute sa largeur, indique le méridien de Milan, tel qu'il fut déterminé en l'an 1786 par les astronomes de la „Brérau.

Long-côté de droite. Sarcophage brut renfermant les restes de l'archevêque guerrier Ariberto de Intimiano (1045). Sarcophage de marbre rouge de Yérone, mausolée de deux archevêques de la famille Yisconti, Ottone et Giovanni (f 1354). Le tombeau qui suit est élevé à la mémoire du riche patricien et marchand Carelli (f 1394) qui laissa ses grands biens au dôme; les trois autels venant ensuite témoignent bien par leur emplacement anormal qu'ils n'existaient pas dans le plan original. — Ce sont des conceptions de Pellegrini.

Dans le transept de droite, on remarque le monument que le pape Pie IY (de la famille milanaise des Médicis) fit élever à son frère Gian Giacomo, le farouche Condottiere du lac de Corne (f 1556). Excellentes figures de bronze do Leone Lioni. On attribue à Michel Ange le dessin du monument entier. Près de la porte, au pied de l'escalier conduisant sur le toit du dôme, un riche autel, présent de Pie IY,

statues de enivre doré. L'autel à l'extrém4té du transept est maniéré et eontiont des légendes sur la vie de l'archevêque San Giovanni Bono (f 060). A la place qu'occupe cet autel, s'ouvrait jusqu'en l'an 1568 le portail du transept méridional qui correspondait à celui du côté nord. Comme peu à peu cela dégénérait en habitude de se servir de cette croisée comme de passage public, jusqu'aux porte - faix qui le traversaient avec leurs charges, Charles Borromée fit murer les portes et élever les autels actuels. Depuis 1868 on a r'ouvert près de l'autel une triple porte; celle du milieu conduit au couloir souterrain qui met on communication le palais archiépiscopal avec la cathédrale. Contre le mur occidental de la nef transversale l'autel de la présentation de Marie avec une Sainte-Catherine et deux bas-reliefs latéraux de Busti (Bambaja 1470—1550). Dans le voisinage de cet autel la colonne statuaire de Saint-Barthélémy; il est écorché et porte sa peau sur son épaule. Le peu modeste sculpteur, Marco Agrate (1500), insinue dans l'inscription, que Praxitèle aurait été à peine en état d'exécuter un tel chef d'oeuvre anatomique.

Le choeur. En entrant dans ce dernier, nous remarquons les deux chaires qui, à droite et à gauche, sont placées contre les piliers des colonnes. Elles datent de l'époque des deux cardinaux Charles et Frédéric Borromée. Les appuis sont revêtus de plaques de cuivre doré, sur lesquelles sont représentés des épisodes de l'Ancien Testament (à droite) et du Nouveau (à gauche). Les stalles des deux chapitres de chanoines du dôme sont des chefs-d'œuvre de sculpture sur bois et représentent, avec une riche ornementation, des scènes de la vie de Saint-Ambroise et autres prélats milanais. Le maître-autel s'élève dans le centre du choeur; il est couronné d'un temple avec une coupole supportée par huit colonnes dorées. Sous la coupole se trouve le tabernacle dont Pie IV fit présent au dôme, travail d'une grande valeur artistique; il est originaire de Rome et porte le nom des frères Lombardi del Solare. Quatre anges agenouillés soutiennent le ciboire aux riches ornements d'or, orné des statuettes des apôtres et qui rappelle la forme d'un clocher. Haut au-dessus de l'autel on remarque au plafond une niche entourée d'une auréole d'or et fermée par une claire-voie dorée. Elle contient „un des clous de la crucifixion de Notre Seigneur/'

A droite et à gauche du choeur sont placées les deux orgues et les tribunes. Les orgues sont d'une puissance majesteuse. Elles datent du commencement du XYIe siècle, mais depuis ce temps elles ont subi de nombreuses transformations tant dans leur travail intérieur que comme apparence.

En redescendant les marches du choeur, nous apercevons sous la coupole, entourée d'une claire-voie, l'entrée de la crypte, de l'espace souterrain dans lequel est conservé comme une précieuse relique le corps

de Saint-Charles Borromée richement enveloppé, dans un cercueil d'argent. La frise représente des scènes de la vie du saint, et les ouvrages de stuc du plafond et des murailles sont de la plus grande richesse.

Si nous retournons au transept de droite, pour nous enfoncer dans le pourtour du choeur, une élégante porte gothique, des tout premiers âges du dôme, conduit dans la sacristie du sud. C'est dans ses bahuts que sont conservés les trésors de l'église: calices et encensoirs précieux, ornements d'église, reliures remarquables par leur antiquité, reliquaires, bustes et statues d'argent de grandeur naturelle.

Dans le corridor du choeur, à côté des tombeaux et des tables commémoratives, ce qui attire avant tout notre attention, c'est la colossale fenêtre du chœur avec ses riches vitraux peints. Dans les panneaux supérieurs de la fenêtre centrale se voient encore quelques carreaux d'une époque ancienne, bien conservés. Ils remontent à Stefano Pandino (1416). Le reste des vitraux est l'œuvre de Giovanni Bertini (f 1849) et de son fils Giuseppe. Ces deux artistes, qui égalent les anciens maîtres pour le coloris, les surpassent en maint endroit pour le dessin. Les autres ouvrages curieux du pourtour sont: la Madonna del Parto (de l'heureuse naissance) devant laquelle s'agenouillent souvent les femmes dont le terme approche. Le tombeau de marbre noir du cardinal Marino Caracciolo (f 1538), les statues en sont de marbre blanc. Ce tombeau est une des dernières œuvres d'Agostino Busti (Bambaja). La statue de marbre du pape Martin V où il est représenté assis et étendant la main droite pour bénir, œuvre de Jacopino da Tradate (1421).

La porte de la sacristie du nord, de Giovanni Grassi (1395), est une véritable œuvre d'art et se distingue par la richesse de son ornementation. Il est à regretter que la lumière par trop ménagée empêche souvent de jouir de ces œuvres exquises. Dans le transept de gauche il faut avant tout remarquer: la chapelle du salut et le candélabre de bronze à sept branches. Les superbes reliefs de ladite chapelle représentent des scènes de la vie de Marie et sont dûs à Busti, à Solari, à Angelo Siciliano et autres maîtres habiles, tandis que les sculptures de l'autel datent de l'époque de la décadence de l'art au siècle passé. Le candélabre de bronze à sept branches devant cet autel, qui est censé rappeler celui du temple de Salomon, a cinq mètres de haut et peut contenir vingt-huit cierges. Les sept branches, formées de fins rinceaux et ornées d'un grand nombre de pierres précieuses , sortent d'un chapiteau central auquel s'appuient quatre monstres ailés. Ceux-ci sont reliés à leur tour par des rinceaux et des entrelacements, et dans les intervalles des pampres et du feuillage apparaissent des figures humaines pleines de vie et de vérité, qui représentent des épisodes de l'Ecriture Sainte. Le candélabre, chef-d'œuvre d'orfèvrerie du moyen-

âge, lut donné au dômo en 15G2 par l'archiprêtre Trivulzio. Il n'est malheureusement pas possible de savoir quel est l'artiste qui l'a fait. Les deux statues de marbre de l'autel angulaire, à gauche Saint-Jérôme et à droite Saint-Augustin, sont estimées être de Cristoforo Solari. Sur le long-côté nord du dôme on remarque parmi les autels édifiés par Pellegrini : au premier autel, un Saint-Ambroise avec l'empereur Théodose, peint par Baroccio (1600), et au troisième [un bas-relief de Pompéo Marchesi (moderne).

Les fonts baptismaux placés entre les colonnes du grand et du petit bas-côté, consistent en un bassin de porphyre rouge d'Egypte, et proviennent vraisemblablement des Thermes près de San Lorenzo (Porta Ticinese). D'après le rite ambroisien la tête du baptisé n'est pas aspergée d'eau; on le plonge dans l'eau par le sommet de la tête. L'édicule qui recouvre les fonts baptismaux ainsi que le autres décorations de ceux-ci sont de Pellegrini, l'ingénieux déformateur de l'édifice gothique.

Le toit du dôme. Personne ne doit négliger de monter au toit du dôme de Milan; c'est depuis là haut seulement qu'on peut se rendre compte de l'immensité du travail minutieux qui a été, et est;, encore exécuté pour l'ornementation de cet édifice. Le passage à travers la forêt de tours et de tourelles qui s'élèvent élégantes sur leurs piliers, devant les arcs-boutants surchargés d'arabesques et de rinceaux, le panorama dont on jouit depuis la haute plateforme, sur la vaste plaine lombarde, sont ce que la Haute-Italie présente de plus beau. Il faut choisir, pour monter au faîte du dôme, une heure matinale où l'on ne soit pas incommodé par les rayons suffocants du soleil et où les vapeurs qui, pendant la journée, s'étendent sur la plaine, ne gênent pas encore la vue.

Une porte qui se trouve à l'angle occidental de la croisée de droite donne accès à l'escalier qui conduit au faîte. Il n'est pas permis à une personne seule de monter; il faut absolument être accompagné par un guide ou se joindre à un second. Après avoir gravi 158 marches de granit, on atteint le premier palier de la toiture, entre les bas-côtés du dôme; en gravissant encore 328 marches, on arrive à la plate-forme la plus élevée. On marche sur les larges dalles de marbre, dont la pente est peu sensible, entre les arceaux et les piliers, comme sur une promenade aérienne. Il n'est pas rare d'y rencontrer des

familles ou de petites sociétés, qui sont venues là haut consommer leurs provisions à l'ombre d'une tourelle ou d'un arc-boutant, et se payer une partie de plaisir.

Bien au dessus des tours latérales qui portent, sur leurs pointes et dans leurs niches, une armée de statues tantôt bonnes, tantôt médiocres, s'élève la tour centrale, flanquée de seize tourelles généralement extrêmement élégantes. Cette tour centrale, œuvre de l'architecte Croce (1769), est couronnée par la resplendissante statue de la Vierge, dont nous avons déjà parlé ; on sait que la Yierge est la patronne du dôme et de la cité.

Cette statue représente Marie au moment où elle s'enlève de la terre pour aller rejoindre les chœurs des saints et des bienheureux; elle est l'œuvre de l'orfèvre milanais Giuseppe Bini (1770); elle est un assemblage de plaques de cuivre dorées et mesure 4,16 mètres de hauteur. Depuis le niveau de la place jusqu'aux pieds de la Yierge, la hauteur est de 108 mètres. Si l'on se trouve sur cette sommité pendant l'office divin, on remarquera le son mystérieux que produisent les notes de l'orgue s'élevant de l'intérieur de la cathédrale et se mêlant au timbre de la grosse cloche qui, ainsi que les petites cloches, a été placée dans les combles, à côté de la coupole.

Jouissons encore une fois, depuis ces sommités, de la superbe vue qui s'offre à nos yeux, et dirigeons nos regards au delà des tours et des toits de la ville. Quel admirable panorama !

Du côté du sud, nous apercevons la Chartreuse de Pavie, fondation de celui qui érigea le dôme, Gian Galeazzo Visconti. Plus loin nous distinguons les tours de Pavie; plus loin encore la chaîne des Apennins avec la coupure par laquelle passent les routes pour Gênes. Sur la gauche on voit Crémone, Créma, Lodi et des centaines de villages qui se détachent en gris sur le vert de la plaine. Celle-ci s'étend à perte de vue dans la direction de l'Adriatique où l'horizon est indiqué par une ligne arquée comme si l'on regardait au delà de l'océan; tournons nos regards plus à gauche, nous apercevons des collines qui

surgissent de la plaine, dans une vapeur bleuâtre, et derrière ces collines, des montagnes aux aspects variés. Les murailles de Bergame apparaissent blanches et s'allongent au-dessus les coteaux, et dans le lointain, on distingue les champs de glaces du groupe de l'Adamello. Du côté du nord et du nord-ouest, les Alpes forment une longue chaîne, et, dominant les collines de Brianza, les montagnes de Corne et du canton du Tessin, on voit scintiller les sommités des alpes centrales, dont les glaciers donnent naissance au Rhin, à la Reuss et au Tessin ; plus loin, nous distinguons encore les montagnes du Valais et de l'Oberland bernois; entre tous ces géants alpins, se remarque surtout le Mont-Rose, cette tour saillante de la forteresse des Alpes qui s'avance dans la plaine et à laquelle les Italiens ont donné sont beau nom parce que, vers le soir, elle brille d'un reflet rose au firmament de la contrée. Les Alpes enferment le Piémont dans leur vaste courbe; les tours et les coupoles lointaines de Novare et de Verceil nous saluent, aussi bien que la chaîne des collines du Montferrat, sur le versant desquelles croissent les vignobles d'Asti, et que couronne l'église servant de lieu de sépulture aux rois de la maison de Savoie, Superga, qui domine le pays au loin. A nos pieds, c'est un fouillis de toits, de tours et de coupoles; la vaste et bruyante ville nous envoie ses rumeurs de voitures et de foules humaines toujours en mouvement, toujours agitées. De la place du château montent les bruits guerriers des trompettes et des tambours ; le corso Yictor Emmanuel nous envoie les cris stridents des marchands ambulants et l'écho des orgues de barbarie. Ce n'est qu'à regret que nous quittons ces hauteurs marmoréennes, et que nous détournons nos regards de cet immense jardin de l'Europe, pour la possession duquel tant de sang a été versé et qui n'est arrivé à appartenir à ceux-là seuls qui y ont droit, qu'au prix de si grands sacrifices.

Pour terminer, disons encore que le dôme possède une fortune particulière considérable, et reçoit de l'Etat une subvention annuelle de 100 à 120 mille francs. L'autorité chargée de l'administration et de l'entretien de l'édifice, la „ Veneranda

Fabbrica del Duomo" est nommée par le gouvernement, soit par le préfet, sur la présentation de l'archevêque.

Dimensions du dôme. Longueur mesurée entre les parois intérieures 148 mètres. Axe du transept 88 mètres. Hauteur de la façade 56 mètres. Hauteur depuis le sol jusqu'au sommet de la statue de la Yierge, 108,50 mètres. Largeur des cinq nefs 57,67 mètres. D'après César Cantù, le nombre des statues dans l'intérieur est de 700, et celui des statues extérieures, de 2000.

Autres édifices religieux.

Après le dôme, c'est la basilique de St-Ambroise qui occupe le premier rang. Elle est située dans la partie occidentale de la ville, à côté d'une caserne qui était anciennement un couvent de bénédictins. Cette basilique fut érigée en l'an 386 par St-Ambroise, en l'honneur des martyrs Gervais et Protais. Sa forme primitive a été considérablement modifiée dans la suite des temps. Son caractère principal est celui du IXe siècle, dans le style duquel les archevêques Angilbert et Ansperto da Biassono la transformèrent et l'ornèrent. L'empereur Frédéric Barberousse, lorsqu'il détruisit Milan, ménagea le vieux temple de St-Ambroise, et c'est ainsi que cet édifice a traversé les siècles; dans la restauration qu'il subit en 1858 et qu'il a heureusement supportée, il s'est trouvé reconstruit de telle manière, qu'il nous offre désormais le type original d'un édifice religieux de l'époque lombarde.

Dans la suite des siècles, le terrain de la cité, autour de l'église, s'est élevé, et aujourd'hui on est obligé de descendre sept marches pour atteindre l'atrium qui la précède. Quel monument respectable ! Comme il rappelle bien l'esprit d'âges depuis longtemps oubliés ! Autour du parvis court un portique dont les colonnes sont surmontées de chapiteaux à arabesques. Dans les murailles de ce portique sont encastrées des urnes, des pierres d'autel, des tombes et des tables commémoratives, qui présentent un très grand intérêt pour l'antiquaire. La

plupart de ces objets furent retrouvés, pendant la restauration de l'édifice, au-dessous du sol de l'atrium et de l'église; quelques autres ont été amenés d'ailleurs. La façade de la vénérable basilique s'élève, dans un style sévère et simple, à l'extrémité de l'atrium; deux tours carrées simples, rongées par le temps, surmontent le toit. Entrons par l'une des trois portes dans l'église à trois nefs; nous avons devant nos yeux l'intérieur d'une basilique lombarde dans toute sa simplicité. Par hasard notre regard se porte sur le maître-autel, dont le baldaquin est orné de quatre reliefs dorés; l'autel est très estimé par les connaisseurs d'antiquités, qui admirent surtout les reliefs en feuilles d'or et d'argent qui le parent; ces reliefs remontent au 9e siècle; ils sont l'œuvre d'un certain Yolvino et ont une valeur historique et artistique considérable. La chaire, d'une forme tout à fait particulière , nous montre une foule de figures curieuses; elle est supportée par des arceaux qui reposent sur de légères colonnes. Les chapelles latérales renferment de belles fresques de Gaudenzio Ferrari et de Bernardino Luino. Une œuvre de Paretti, une statue représentant Ste-Marceline, la sœur de St-Ambroise à genoux, est moderne. Dans la crypte au-ctessous du maître-autel se trouvent, dans un riche cercueil, les ossements des martyrs Gervais et Protais, ainsi que ceux du fondateur de l'église.

A l'extrémité orientale de la ville, près de la porte Magenta, se trouve une église qu'aucun étranger ne devra oublier de visiter; c'est celle de Sta-Maria délie Grazie. Sa coupole , construction particulière et curieuse avec salles voûtées, domine la contrée au loin. L'église était en grande faveur sous les Sforza et il est probable qu'elle fut reconstruite sous la direction de Bramante. Dans le réfectoire qui est attenant à cette église, se voit l'un des chefs-d'œuvres les plus précieux de l'Italie, la célèbre Cène de Léonard de Vinci qui occupe la paroi septentrionale du réfectoire, mais qui a beaucoup souffert de l'humidité des murs. Les retouches qui ont été faites à cette peinture l'ont également beaucoup gâtée, néanmoins malgré ces inconvénients elle produit toujours un grand effet sur les visiteurs, et dans son état actuel on admire encore en elle l'une des plus belles créations de l'art italien. Près de la Porta ticinese, à l'endroit où se voient, au milieu de la rue, les 16 colonnes antiques, les colonnes de San Lorenzo, qui proviennent

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