PRÉFACE
avoir vu circuler de rares exemplaires à
l'état d'esquisse, il n'en était pas moins demeuré à peu près inédit.
. Peu de mots suffiront ici pour en rappeler l'origine.
Dans les derniers mois de 1840, j'avais eu l'occasion de connaître à Marseille le colonel d'Illens. Il arrivait de Milianafa, dont il avait commandé la garnison pendant «m funeste blocus.
Ce digne ofTicier, mon compatriote, voulut bien me raconter le doulouieux événe-
ment qui préoccupait alors tous les esprits.
Il fit plus : il mit entre mes mains, avec une gracieuse obligeance , le journal ma*
nuscrit qu'il avait tenu lui-même à Milianah; et je me souviens encore de Témotion que .j'éprouvai en feuilletaiii, un soir, ces ps^es qui sentaient la poudre, ces pages d'une simplicité toute nulitaire , que le colonel avait tracées au jour le jour, au milieu des plus cruelles épreuves.
Ce fut d'après ces notes mêmes que le po&ne fut écrit : modeste légende du simple soldat^ tracée bien au-dessous des grandes épopées. A défaut d'autre mérite , il avait celui d'une rigoureuse vérité historique.
Comprenant qu'il est de certaines réalités devant lesquelles Timagination perd ses droits 5 je m'étais attaclié, avec un soin
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scrupuleux > k suivre d'aussi près que possible le récit émouvant que j'avais sous les yeux* Si tel détail, tel chiffre, tel nom propre sei3abiaient un peu rebelles aux lois du vens, le devoir de l'auteur était de les y soumettre.
Malheureusement, comme il arrive quelr quefois , Témotion même da poète avait été nuisible à l'œuvre» £lle tenait de rentrainemcnt avep lequel elle fut écrite , un caractère d'improvisation que Je dus m'efibrcer de faire disparaître, quand, plus tard, je la repris et voulus la rendre moins indigne du lecteur.
Depuis lors, j'en avais presque enlière-
ment perdu le souvenir; et je ci*gis bien qu'elle ne serait pas sortie de son ombre si des voix amicales n'étaient venues me la remettre en mémoire.
— Vous écrivîtes ces pages » m*ont- elles dit » comme un hommage à d'héroïques vic^ times. Pensez-^ vous avoir le droit de le leur retirer? Vous vîtes de nol^les soldats trahir leur émotion en retrouvant dans vos vers le souvenir de leurs souffiances; ce simple succès ne devrait-*il pas sufiirG à vous les rendre chers?
Des considérations de ce genre étaient persuasives. Ce poème parait donc aujourd'hui , à peu près comme un tableau qui