CORRESPONDANCE
Q.— Comment doivent commencer les lettres suivant les persamnes à qui l’on s'adresse ?
R. —- Dès que la lettre commence à avoir un certain caractère d'intimité on ne met plus seulement à son début Moxrsieur, Madame, ou Mademoiselle, qui sont ou trop secs où trop cérémonreux.
[1 n’est pas nécessaire d'afficher à l'égard mème de ses correspondants une froideur qui serait presque offensante en ce sens, qu’elle pourrait leur donner l’idée qu’on veut %es tenir à distance, ne les jugeant pas dignes d’être de vos amis
En ce cas, il est permis d'ajouter au mot Monsieur, ou Madame le nom de la personne, et le plus souvent alors on fait précéder le tout du mot cher : Cher Monsieur Durand, par exemple, marquera un degré d'intimité plus grand que Cher Monsieur tout court, et moins grand que Mon cher Durand ou Mon cher ami.
Mais on a rejeté comme superflu Mon cher Monsieur, Ma chère Madame. Cher Monsieur, Chère Madame, sont seuls admis actuellement, et jamais Chère Dame, Chère Demoiselle.
Lorsqu'on s'adresse pour la première fois à des parents très éloignés, qui sont plus âgés que vous et que l’on n’a pas encore vus, on peut mettre l’expression un peu cérémonieuse de Madame et Chère Parente, Monsieur et cher Cousin. A des degrés plus rapprochés, on écrit même de
prime abord : Mon cher Oncle, Ma chère Grand’mère.
Q.— Comment doit-on employer, en français, le mot “cher ” pour le début d’une lettre ?
R.—En français, on est beaucoup plus réservé pour l'emploi du mot “ cher ”, en s'adressant à quelqu'un, qu’on ne l’est en anglais. Cependant, quand on écrit à une personne de connaissance, on peut la traiter de “Cher Monsieur ” ou de “Chère Madame ”, “Chère Mademoiselle”. Bien que ces façons de s’énoncer semblent pêcher contre la grammaire, il serait tout à fait contraire à ue d'écrire “ Ma chère Dame ”, “ Ma chère Demoiselle ”,
Q. — Pour écrire à un ecclésiastique, doit-on employer un papier spécial, peut-on se servir d’une carte postale ?
R. — Quel que soit l’âge du prêtre, même s’il vient de recevoir l’ordination, on doit le respect à son caractère. Eût-il été votre camarade d’enfance qu’il faut cesser toute familiarité de formes. Il n’est cependant aucunement besoin d’exagérer.
Le papier spécial serait de trop. Il ne s’agit pas de lettre officielle. Cependant il y a des nuances à observer : évitez par exemple un papier frivole, orné d’une devise ou d’attributs, de fleurs, de fantaisies. Mieux vaut le premier papier à lettre venu. Le chiffre est parfaitement convenable. La carte postale est un peu trop sans façons. Seule, une vieille amitié l’excuserait. Et encore ne faudrait-il écrire rien de personnel. On admet qu’en voyage on puisse tracer en hâte deux mots : “ Bien arrivés ” ou : “ Souvenir respectueux ”. Mais il faudrait bien se garder par exemple d’une phrase comme celle-ci : “Rentrerons tel jour, vous verrons aussitôt”. La même chose, mais sous enveloppe, devient une simple licence que l'on croit pouvoir se permettre, mais qu’au moins on ne se permet pas publiquement.
Q. — Comment écrit-on à un curé ?
R.—A un ecclésiastique on écrit : Monsieur l'abbé, Monsieur le curé ou Monseigneur selon le cas ; et, du moment où l’on est catholique, la femme aussi bien que l'homme placera le mot respect dans la terminaison de sa lettre, s’adressât-elle au plus pauvre desservant de village.
Q. — Une jeune femme peut-elle offrir des vœux à un el ?
prètre :
R.— On peut certainement offrir des vœux à un prêtre agé ou non, fût-on une jeune femme. C’est dans l’expression de ces souhaits que pourrait résider l'inconvenance. Mais si on se borne à dire ou à écrire : “ Veuillez accepter les souhaits respectueux que je fais pour votre santé et pour que l’année vous soit bonne”, — que peuton, trouver à redire ?
Q. — Comment doit-on terminer une lettre adressée à un prêtre ?
R.— De formules spéciales, il n’y en a pas. Pour terminer une lettre, on a le choix entre plusieurs ; mais dans la simplicité de la conversation, on ne peut-être tout à fait “protocolaire”. Tout dépend du degré d'intimité. Dans le cas d’une jeune correspondante, il semble qu’on peut dire : “ J'ai toujours une grande joie à être reçue par vous, monsieur l'abbé... Merci de votre bon acceuil. Croyez à ma gratitude... à ma respectueuse affection. Tout est affaire d'opportunité.
Q. — Comment adresse-t-on une lettre à un docteur ?
R.— Lorsque on écrit à un médecin, on libelle son adresse de la façon suivante “ Monsieur le docteur X.. ee et non “ Monsieur X..., docteur ”. Et même, lorsqu'on appartient au même milieu social, et à moins qu'on ne soit très jeune et qu'on n'ait affaire à un praticien très âgé. il est plus élégant d'adresser ainsi : “ Le docteur’ X...” Le titre permet de supprimer le mot Monsieur.
Q.— Comment doit-on dater une lettre dans le cas de correspondance de politesse ?
R.— La date doit être mise au bas de Îa lettre.
Q. — Comment une femme doit-elle signer ses lettres ?
R.—Une femme qui écrit à des étrangers ou à de simples connaissances signe de l’initiale de son prénom suivi de son nom. Le nom de baptême d’une femme ne doit être connu que de sa famille et de ses amis intimes. Jeune fille, c’est le nom de son père qui suit cette initiale, mariée, c’est celui de son mari. Un homme peut signer de son prénom et de son nom. Lorsqu'il écrit à des étrangers, il fait précéder son nom de sa qualité : le docteur B...
Q. — Quelle est la grande règle de politesse dans la correspondance ?
R. — On doit toujours répondre à toute lettre qui vous est adressée quel qu’en soit l'auteur. Si la lettre provient de quelqu'un qui n’a pas de raison valable pour vous écrire, répondez quand même et, par le ton de votre lettre, faites en sorte de lui enlever l’idée de répéter cette impertinence.
Q.— Quand doit-on envoyer une lettre de remerciement ?
KR. — Une lettre de remerciement perd de son charme et de son à propos avec chaque journée qu'on laisse s'écouler avant de l'envoyer. Il faut autant que possible l'adresser le jonr mème. Cependant, il vaut toujours mieux tard que jamais. Si l’on tarde, il faut absolument s'excuser du retard.
Q. — Quelle formule doit-on employer pour écrire à un grand homme, à un grand artiste?
R. — Les personnes qui ont à écrire à un prince de l’art, de la science ou de la littérature n’aiment guère se servir de l'appellation “ Monsieur” “ Cher monsieur” selon le degré de relations. Elles peuvent dire “* Maître” “ Cher maitre”. On pensera que c'est le terme à employer pour les avocats, les notaires etc. C'est possible, mais l'artiste, le savant, ou l'écrivain comprendront bien qu’on veut dire : “ Maître en votre art, en votre science ”.
Q. — Quelle formule finale doit-on employer dans les différents cas ?
R.— Dans les rapports mondains, une femme ne parle de son respect pour un homme que lorsque celui-ci est assez âgé pour pouvoir prendre à l'égard de celle qui lui écrit une attitude toute paternelle.
En revanche, un homme ne manque jamais à sa dignité quand il assure de son respect une femme beaucoup plus jeune que lui. Il terminera donc n'importe quelle missive en exprimant : ses sentiments respectueux, son attachement ou son dévouement respectueux, ou encore sa respectueuse sympathie, ses hommages respectueux, etc.
À une étrangère, il offrira l'expression de tout son respect.
D'homme à homme on s’envoie l’assurance de sa considération distinguée. À un supérieur, on fera agréer son respect et son dévouement.
Une femme a moins de formules pour terminer .:s lettres qu’elle adresse à un homme ; en dehors de sa considération, elle peut le prier de recevoir l'expression de ses sentiments distingués. Elle pourra employer la mème formule envers une femme de son âge, si celle n’est pas assez intime avec elle pour lui faire des protestations d'amitié, des compliments affectueux, des assurances d’attachement sincère, etc.
“ Agréez l'expression de mes meilleurs sentiments” est une formule très usitée. Si la dame à qui l’on s’adresse est âgée on change ces meilleurs sentiments en sentiments distingués, en sentiments respectueux.
Q.— Comment doit débuter :ne lettre semi-officielle à une jeune personne non mar; : que l’on n’a jamais rencontrée, mais qui vous connait :
R.— La lettre doit simplement débuter “ Mademoiselle”, vous pouvez mettre votre adresse dans le coin du haut de la lettre s’il s'agit d’une communication d'affaires; si c'est une lettre de politesse, l'adresse doit se mettre au bas de la lettre, pourvu toutefois qu'il n’y ait pas d'adresse imprimée ou gravée sur le papier.
Q.—Une jeune fille peut-elle commencer une correspondance avec un jeune homme ?
R.— Une jeune fille ne doit jamais commencer une correspondance avec un jeune homme, à moins que ce ne
soit pour le remercier de quelque cadeau ou pour lui recommander un ami, ou pour solliciter son concours! pour une sonne œuvre. , .
Q. — Peut-on écrire des félicitations sur du papier de deuil ?
R.— C'est contraire à l'étiquette. Pour cette occasion on doit employer du papier non bordé de noir, même si
l'on est en deuil.
Q.— Combien de temps emploie-t-on le papier à lettre et les cartes de deuil ?
KR. — Autant que le vêtement de deuil.
Q. — Faut-il répondre à une lettre par laquelle on nous invite à venir assister à des fêtes dans une ville ?
R.— Non, s’il s’agit d’une circulaire destinée à attirer des curieux. — Oui, si l'invitation est personnelle, et faite par quelqu'un qu'on connaît plus où moins.
‘En principe, toute lettre exige réponse.
Q. — Que doit-on faire d’une lettre qui vous est-remise non cachetée ?
R. — Si quelqu'un vous remet une lettre pour la délivrer à une autre personne, naturellement, cette lettre n’est pas fermée, ainsi que l'exigent l'usage et la plus élémentaire politesse. Le messager chcisi doit-il cacheter la lettre immédiatement, en présence de celui qui l’a écrite ? Oui, car on ne saurait exagérer les procédés délicats, et les gens honnêtes sont généralement ceux qui prennent le plus de garanties contre eux. Il y a aussi un autre raison. On peut égarer la lettre; et si elle est fermée, il y a chance qu'elle ne soit pas lue par ceux entre les mains desquels elle tomberait. Du reste la chose doit se faire simplement, rapidement. L'auteur de la lettre ne fera aucune obserration et celui qui cachète n’expliquera rien non plus. L'usage étant établi, le destinataire ne s'étonnera pas de recevoir une lettre fermée des mains d’un tiers. Il ne s’agit pas ici de la lettre de recommandation, qu’on remet ouverte à celui qui l’a sollicitée parce qu’il est convenu, qu'il doit en prendre Connaissance, mais du cas parti-
culier -d'une lettre remise à un tiers pour qu'elle arrive sûrement entre les mains du destinataire.
Q. — Quelle différence y a-t-il entre une lettre d’affaires ct une lettre à propos d’affaires ?
R.— Il y a une légère différence entre ces deux lettres. La première est absolument officielle, destinée très vraisemblablement à être versée à un dossier ou copiée dans un livre comme document. Bien qu’adressée à un bureau ou à l'un de ses membres, il se peut qu'aucun ne la lise luimême et qu’elle soit simplement remise par un secrétaire ou un sténogr-phe au service dont elle dépend. Elle peut étre produite dans un témoignage ou d’une façon ou de l'autre devenir un document public. Pour ces raisons, il existe en matière de lettres d’affaires une étiquette très rigoureuse observée par tous les bureaux bien tenus. Si une femme veut transiger des affaires par correspondance, elle doit d’abord prendre connaissance des termes et formules requis. 11 vaut donc mieux demander à un ami de préparer le document d'une façon convenable où mème au besoin prendre un notaire.
On =ut adresser à toute personne que l’on connaît bien une -e familière à propos de n'importe quelle question d'aft :s. Mais en principe il vaut mieux exclure toute autre matière d’une communication exposée à rester sur le bureau d'un homme occupé ; et à passer, par conséquent, entre les mains des commis, secrétaires et sténographes, sans parler des balayeuses et des garçons de bureau.
La lettre ne paraitra jamais laconique à un homme d'affaires. Il en reçoit des douzaines comme cela par jour et se complaît à leur brièveté et à leur concision.
Q. — Quand doit-on et quand ne doit-on pas joindre de timbres de réponse à ses lettres ?
R.— D'une manière générale, le timbre pour réponse s'emploie lorsqu'on traite une affaire entre gens qui précisément ne sont pas dans les affaires et qui ne se connaissent pas.
Queiques exemples feront mieux comprendre :
Je suppose que je désire obtenir des renseignemerts sur une domestique, j'écris aux personnes qui l'ont préce mment employée, et je joins à ma lettre un timbre pour la
réponse, quelle que soit d’ailleurs la situation des personnes auxquelles je m'adresse. Que j'écrive à un commerçant, à une femme de ministre, à un juge, aux troix. indistinctement j’envoie un timbre. Pour une location dc ma'son. pour une demande de renseignements, de quelque nature qu’elle soit, pour un échange de produits, pour des achats d'animaux : chiens, chevaux, oiseaux de volière, etc. le timbre de réponse est indiqué. |
Mais supposons, maintenant que j'écrive à un commerçant pour lui demander des indications au sujet de ses marcha‘idises habituelles, le timbre pour réponse est inutile, car le commerçant a des frais de correspondance prévus dans son budget. A un notaire, un avocat, ou tout autre homme de loi, pas de timbre non plus si l’objet de ma lettre concerne directement les affaires de leur étude.
De même, je me garderai bien de mettre un timbre si j'écris à une personne en vue pour solliciter son appui, sa protection, sa bienfaisance.
Dans ce cas, le timbre pour réponse serait doublement déplacé. Il est clair, en effet que le don d’une sommc d’argent, si infime qu’elle soit, ne doit pas émaner de l’inférieur et en second lieu, que le timbre, ainsi envoyt semble forcer une réponse que l’on est en droit d'espérer, mais non pas d'exiger.
En résumé, le timbre pour réponse s’envoie aux personnes qu’on ne connaît pas et avec lesquelles on se trouve en relations d’affaires fortuites, relations qui créent une égalité qui n’est souvent que passagère.
Il est bien entendu qu’on n’envoie jamais de timbre pour réponse lorsqu'il s’agit de correspondance amicale.
Dans le même ordre d'idées que le timbre pour réponse, il faut mentionner le télégramme avec réponse payée.
On l’emploiera dans le même sens que le timbre ; toutefois, la demande d’une réponse télégraphique étant une exigence qui peut devenir coûteuse, si elle s’augmente des frais d'un messager spécial, on pourra, sans incorrection aucune, en user avec des amis et même des relations. Sur le terrain d’affaires ou commercial, le télégramme avec réponse payée a également sa raison d’être dans une foule de cas où le timbre serait tout à fait superflu.
Cependant ce mode de correspondance ne devra s’utiliser que pour des choses véritablement importantes et
urgentes. Le télégramme avec réponse payée deviendrait impertinent ou même grossier, s’il semblait motivé seulement par une impatiente curiosité ou par une certaine défiance envers l'exactitude ou la bonne foi de la personne à qui l’on envoie le message.
Un dernier mot, d'ordre purement matériel, cette fois : pour l'envoi de timbres de réponse, se munir, autant que possible, d'un timbre accompagné d’ ne petite bande de papier gommé afin de le fixer sur la 1ettre sans l’y coller directement. Lorsqu'on ne prend pas cette précaution, il arrive souvent que le timbre envoyé adhère si solidement au papier à lettre qu'on le déchire en l'en retirant ou qu'il faut se livrer au petit travail de décollage à la vapeur, épouvantail des gens pressés.
Q.— Que peut-on faire si l’on a ouvert une lettre par crreur ?
R.—Le seul remède est de faire des excuses, mais il n'y a aucun doute que la personne qui souffre de l'erreur est toujours fort mécontente. Il n’y a certainement aucune excuse qui puisse faire pardonner l'ouverture d’une lettre adressée à un étranger sous prétexte de titre ou d'autorité supérieurs. Ce qui nous froisse généralement le plus, c’est qu’en dépit des plus complètes excuses, il subsiste toujours l’idée que l'erreur a été plus ou moins intentionnelle. Dans tous les cas, une fois que l’on s’est excusé, ce qu’il y a de mieux à faire est de ne pas revenir sur la question.
Q.— Peut-on envoyer des cartes postales le jour de l’an ?
R.—On dit qu'on n’échange plus maintenant de cartes de jour de l’an. C’est une erreur, seulement la plupart des cartes sont illustrées. Mais, on ne doit pas oublier qu’elles sont, en somme, familières et ne peuvent s'échanger qu'entre personnes de même condition. La raison pour laquelle on diminue les envois de cartes sous enveloppe, et même qu’on les supprime tout à fait, est que le nombre de relations. croissant pour chacun dans des proportions sans cesse développées, oblige toute personne, un peu en vue, à faire déposer ses cartes par un tiers, ce que tous nous savons, et ce qui, par conséquent, rend cette
politesse — jadis délicate. — parfaitement banale aujourd'hui. De plus, comme dans la bousculade de la saison pas mal de ces petits cartons s’égarent, on ne sait pas si tous ceux qu’on expédie arrivent à leur adresse.
Toutes ces explications ont surtout pour but de faire comprendre aux gens susceptibles qu'on doit être indulgent envers ceux qu’on croit vous avoir oublié, ou négligé. Tout le monde n'a pas la niêmne manière de voir et les différences d’ap; ‘éciations sur un sujet aussi futile ne nuisent en rit À l'estime, ni même à l'affection.
Q.— Quelle est la méthode convenable pour entamer une correspondance dans les conditions suivantes : Une jeune fille fait la connaissance d'un jeune homme qu’elle avait déjà rencontré souvent, sans jamais lui parler et élle désirerait maintenant entrer en correspondance avec lui. Il ne demeure pas dans la ville et elle l’aperçoit très rarepente. Il ne connait pas son adresse. Que peut-elle aire ?
R.— Dans le cas présent, il faut remarquer d’abord, que ce jeune homme ne parait pas bien désireux de pousser très loin la connaissance ; sans quoi, il aurait pris les devants. Il aurait bien vite connu l'adresse de la personne qui tient tant à correspondre avec lui ou il l'aurait rencontrée. La lettre forcée est souvent une tentative bien risquée. Si la personne en question croit connaître le jeune homme suffisamment pour cela, elle peut lui envoyer une carte de Noël ou une autre carte de circonstance, et essayer à la prochaine rencontre de s’insinuer davantage. Mais, c'est un jeu risqué où une femme court le danger de se compromettre.
Lun à CONVERSATION —
Q. — Quelles sort ies règles du langage dans la conversation ?
R.—I1 faut avant tout un langage, facile sans être négligé, élégant sans rigorisme et se gardant du pédantisme autant que de la trivialité. C'est ainsi qu'en parlant de science ou d’art, on éloignera, si faire se peut,
les mots techniques qui pourraient ne pas être compris du plus grand nombre et sembleraient vouloir transformer une conversation en conférence.
On évitera aussi les liaisons exagérées comme, par exemple, de prononcer cette phrase : “* Nous sommes-7allés-z-à Trois-Rivières-z-hier ”, au lieu de dire avec une seule liaison : “Nous sommes-z-allées à Trois-Rivières hier”. Trop de perfection serait choquant en pareil cas.
Il en serait souvent de même avec les imparfaits du subjonctif, partout ailleurs qu’à la troisième personne du singulier. Voit-on d'ici une personne employer des tournures de phrase dans le genre de celle-ci : “ Je voudrais que vous vous accoutumassiez ”, ou, “il faudrait que vous vous rangeassiez”, ce serait, avouons-le, aussi déplaisant que correct. Certaines personnes, et des plus instruites, ont une telle horreur de cette expression pédagogique, que parfois, surprises par la vivacité du récit, dans une tournure de phrase qu’elles n'ont pas eu le temps de prévoir, elles préfèrent pécher contre la grammaire et employer le présent : “accoutumiez” ou “rangiez”, plutôt que ces “assiez” insupportables. Lorsqu'on veut contenter l’orcille et la grammaire, on prend le sage infinitif et l’on dit avec plus d'élégance et de simplicité : Vous devriez vous accoutumer ou vous ranger, etc.
Par contre, les élisions de certains mots ou de certaines syllabes sont aussi vicieuses que vulgaires comme, par exemple : “ possible ” pour c’est possible ”, ou : “ faut voir ça” pour “il faut voir cela”, “çui-ci” pour “ celui-ci”. ete. On modérera avantageusement cette précipitation en faveur d’une prononciation plus exacte.
Les mots Chose, Machin sont également vulgaires et impolis pour désigner des personnes dont on ne veut pas prendre la peine de retenir le nom. Si la mémoire est rehelle, qu’on écrive ce nom plusieurs fois jusqu’à ce qu’il vous demeure acquis ; mais, par grâce, qu’on ne l'écorche pas : et surtout qu’on ne dise pas et qu'on ne laisse pas dire à ses enfants Mme Chose ou Mr. Machin.
Quand nous voulons faire répéter une phrase mal entendue,, n’employons pas de “hein”? si peu harmonieux ; jadis on disait : “ Plait-il’”’? mais cette expression vieillit. T1 est mieux de dire : “ Vous disiez, monsieur? ou pardon, madame ”.
Les pronoms il, lui, elle, doivent être mis de côté autant
56 MILLE QUESTIONS D'ÉTIQUETTF
que possible pour les personnes dont on parle. Si l’une d'elles est présente on dira : “ Madame me disait telle chose” et non : “elle me disait”. Si clle est absente,
on ajoute son nom et l’on dit : “ Mme D... me disait ”.
Q.— Existe-t-il des règles pour être aimable en conversation ?
R.—1II n'y a pas de règles absolues. Cependant en voici quelques-unes que l’on peut suivre avec avantage :
Choïississez toujours le sujet de conversation qui peut ètre le plus agréable aux autres. Ne parlez ni de vos espérances, ni de vos faits et gestes, ni de vos inquiétudes, ni de votre santé. Ne consultez votre convenance en aucune circonstance ; pensez avant tout à celle de vos Compagnons. Ayez le respect absolu de leurs sentiments. Si vous les ignorez, ne parlez à l'aventure ni de ceci ni de cela ; ou, si vous voyez que ce que vous dites ait l'air de les blesser, de les peiner, changez tout de suite de sujet.
Ne formulez jamais telles quelles les réflexions qui vous viennent à l'esprit sans chercher à adoucir, à estomper. Si vous avez pour voisine de table une grosse dame, ne lui dites pas— que vous n'aimez que les femmes sveltes. N'allez pas imiter — le défaut de prononciation,.tel que le bégaiement, dont peut être affligée une personne présente. Ne faites aucune plaisanterie sur telle disgrâce physique ou telle singularité dont peuvent souffrir les personnes de votre entourage. Ne parlez pas continuellement. S'il se produit une accalmie, une pause, ne croyez pas de votre devoir de rompre le silence, comme si vous craigniez qu'on ne perdit un temps précieux. N'interrompez pas, alors même que vous croiriez placer une remarque juste, Ou parce que vous trouvez que ce que l'on dit n’est pas intéressant et que vous voulez introduire un sujet “ plus palpitant ”; attendez votre tour.
Quand vous entendez pour la dixième fois raconter la même histoire, ayez assez de patience pour ne pas vous écrier, même à la fin: “Mais cela est connu depuis des siècles”. Vous n'avez aucunement besoin de donner une leçon d’humilité à ce narrateur qui croyait avoir brillé.
Ne contredisez pas toutes les assertions, en renforçant votre opinion d'une voix tonnante, vous inquiétant peu de l'ennui qu’une discussion peut apporter à votre entourage. Soutenez encore moins que vous avez raison, contre
toute évidence. S'il vous faut absolument — soit par simple honnèteté, soit par générosité — vous élever contre une affirmation fausse, faites-le avec grande modération, pour défendre, selon votre conscience, la cause ou la personne incriminée, mais en évitant de froisser votre adversaire ; cela est toujours possible, quand on sait se dominer et quand on a cultivé en soi la bienveillance envers tous.
Ne racontez pas beaucoup d'histoires, fussent-elles très bonnes, et surtout après qu'un narrateur vient de faire fiasco, qu’il en a conscience et que les autres compagnons le sentent.
Ne malmenez pas les livres des personnes chez lesquelles vous vous trouvez. Ne critiquez pas leurs auteurs préférés, n'allez pas dire :
“Je ne saurais lire de telles sottises, de telles billevesées ”. Taisez-vous, mais si on vous demande votre opinion, comme il ne faut pas mentir, répondez : “Ils ne me plaisent pas, ou pas beaucoup, selon le cas ”, ajoutant : “ Vous savez, des goûts et des couleurs...” À
Si vous êtes forcé d'écouter des bavardages ou des pauvretés, ne souriez pas d’un air de pitié méprisante. Restez impassible, ne répondez que les oui et les non indispensables. Soupirez encore moins ; un soupir en dit trop, bien souvent.
Les gens agréables sont très indulgents pour les autres, mais ils ne sont pas aussi facilement contents d’euxmêmes. Ce n’est pas dans cette catégorie que vous trouverez ceux qui se croient incompris, qui pensent que ce n’était pas leur heure de naître.
Q. — Comment s’y prendre pour plaire dans la conversation ?
R.—Si l’on voulait nous en croire, on chercheraîit beaucoup moins à briller qu’à plaire dans la conversation. Et, pour cela, rien ne vaut autant que de savoir écouter les autres avec intérêt, ce qui n'implique nas qu'on doive dédaigner de causer d’une façon intéressante quand vient le tour de parler.
Il est nécessaire, certainement, d'être doué de patience et d'être dénué d'égoïisme pour en agir de la sorte. Mais la sympathie va aux personnes douces et généreuses. On peut donc choisir entre être aimé ou admiré.
Ajoutons qu'on ne doit s'attendre à aucune réciprocité Des gens vous raconteront à plusieurs reprises et lon &uement toutes leurs maladies, les événements qui les touchent ; vous les écouterez, chaque fois, sans témoigner d'ennui et avec la méme attention soutenue.
Eh bien ! s'il vous arrive de parler de vous-même ou des autres revenant deux fois sur le méme sujet, vous verrez souvent, même à la première fois, votre interlo- Cuteur donner des signes non équivoques de fatigue et de distraction pour vous engager à changer de sujet. Ne vous fâchez pas, ne rendez pas la pareille, si vous tenc/ à l'amitié ou à la bienveillance de ces gens, qui ont peutètre par ailleurs, d'autres qualités. Mais, profitez de la leçon et restez désormais silencieux sur ce qui vous concerne.
— Mais alors, dira-t-on, s'il faut éviter de dire ceci, de conter cela, de quoi voulez-vous que je parle ?
— Faites parler, c'est infiniment plus commode et très sûr : vous êtes certain qu'on ne s'ennuira pas auprès de vous.
— Mais il y a des personnes qu'on ne peut faire parler, mème d’elles-mêmes ?
Evidemment, les choses et les natures parfaites sont rares.
Deux recommandations seulement mais elles sont importantes : Prenez garde aux impairs. Tâchez d’être bien renseigné sur les gens avec lesquels vous causer, sur leurs tenants et aboutissants, Pour ne pas les froisser involontairement.
Et, ce qui est plus sérieux encore : Ne trahissez jamais. en répétant à la personne intéressée ou à d’autres les propos peu obligeants qui auraient été tenus sur quelqu'un dans l'entrainement de la conversation ; ne trompez pala confiance qu’un ami, une simple connaissance, a mise en vous, Un honnête homme garde le secret de la çonfession, le médecin, le secret professionnel.
O0. — Est-il toujours nécessaire d’avoir une forte édu-
cation pour étre agréable en conversation ?
R.— Non, pas toujours. Il est des êtres privilégiés, doués du don de la parole: leurs infiexions sont harmonieuses, l’élocution est juste, le charme s'impose lorsqu'ils parlent fût-ce de banalités, de futilités. Leur bagage est
pourtant fort modeste; analysé il n'en resterait pas grand chose : mais ils ont l’art exquis de dire des riens et de leur donner une importance capitale par le charme de leur parole.
Une maitresse de maison qui a su acquérir une teinture suffisante de chaque chose, peut avec une instruction qui n'est pas très poussée acquérir un renom de femme érudite. Elle évolue gracieusement dans le monde, ayant une parole aimable pour chacun, causant, intelligemment avec les littérateurs, les artistes, les magistrats, les mondains, etc, connaissant les principes de l'étiquette, du cérémonial, sachant donner à chacun le titre, le grade qui lui est dû. Jamais elle ne commet d'impairs et cette science du monde la fait rechercher de tous.
Q. — Comment peut-on suppléer au défaut d'esprit de conversation ?
R.—Ily a des gens supérieurs qui n'ont pas l'esprit de conversation si prisé dans le monde, et des gens d'intelligence ordinaire qui en sont doués jusqu'à un certain point.
Ceux qui sont absorbés par un sentiment, les personnes distraites, les gens nerveux qui, sentant l'ambiance contraire, se déconcertent, causent peu ou causent mal ; ct, encore, beaucoup de savants, de penseurs, d'artistes, d'intellectuels, qui, tout à leur idée, éprouvent, après les heures de travail où d'inspiration, une sorte de fatigue à exprimer leurs pensées.
Les gens très bien élevés se gardent, par élégance, d'une verve trop étourdissante ; et, à défaut de haut sentiment. leur bonne éducation leur défendant d'attaquer les absents ct de froisser les personnes présentes, ils sont privés d'un élément trop ordinaire de la conversation. .
Il en arrive autant aux gens naturellement bienveillants qui, par bonté, retiennent la parole humoristique qui monte à leurs lèvres, l'observation fine. le trait mordant, l'allusion transparente dont pourraient ètre blessées au cœur ou dans leur amour-propre les personnes présentes, ou dont recevraient une atteinte fâcheuse les persones absentes.
L'esprit ne va pas sans un peu ou beaucoup de méchanceté. Ceux qui le possèdent n'ont aucun souci de la peine qu'ils peuvent faire à autrui. Ils n'ont qu'un idée, briller... füt-ce aux dépens de celui dont ils sont . .nés,
dont ils ont reçu des preuves d'amitié ou de sympathie. Le rôle d’amuseur de l'assemblée leur parait le plus enviable d': tous.
Mais, après tout, est-ce là de l'esprit ? Il n’est rien de si facile que de saisir le côté faible des gens. Tous les hommes, même les sots, sont plus ou moins capable. de reconnaître chez autrui les travers, les singularité: dont aucun de nous n’est exempt.
Presque toujours, avec le causeur qui ne recule pa. devant l’odieux de ridiculiser des amis ou des gens inoffensifs, en leur absence ou en leur présence — et qui fait pis, bien scuvent,— on ne doit pas penser à faire appel au sens moral, à aucun bon sentiment. On perdrait ses peines. Il fant lui démontrer que, la plupart du temp: il leur appartient moins qu'à d’autres, de se moquer de leurs semblables, de les dénigrer.
En général, ce sont les gens laids qui signalent, le:
premiers, la disgrâce physique dont peut être affligc quelqu'un de leur entourage ; les monomanes, qui n’ont pas assez de raillerie pour ceux qui professent trop exclusivement un goût, un culte; lexcessive raideur qui s’indigne d’un léger laisser-aller. Une personne jeunc accuse les personnes âgées de radotage, qualifie leur salon de “monde où l’on s'ennuie”, où l’on se narcotise. Les vieillards pourraient lui reprocher les insanités qu’elle débite dans son ignorance de la science de la vie, et son égoïisme, son “ moi haïssable ”, son manque de monde, etc.
Rien n’est plus aisé que de se servir comme d’une cible d’une personne absente où qui n’a pas l'esprit de riposte. Ou qui aime trop sa tranquillité, pour rendre attaque pour attaque. N'ayez crainte que ces “ brillants ” causeurs s’en prennent à leurs pareils ou à forte partie.
En somme il sera: beaucoup plus habile de s’accorder une mutuelle indulgence.
Q.—Les citations sont-elles de mise dans la conversation ?
R. — On doit généralement éviter les citations grecques ou latines qui ont une allure pédante, insupportable. Si l'on fait une citation en langue étrangère, il faut se garder de la traduire et de donner ainsi à entendre à vos auditeurs que vous ne les jugez pas aussi instruits que vous.
Si vous avez peur de n'être pas compris, donnez la traduction sans citer l'original.
Q.— Que doit-on faire si l’on ne partage pas les avis exprimés dans une conversation ?
R.— Il ne faut jamais exprimer sa désapprobation d'un sujet que des personnes plus âgées discutent en votre présence. Il est de mauvais ton de démentir des aînés à moins qu'il n’y ait pas d'autre alternative. Si vous pouvez trouver une excuse, retirez-vous ; sinon, taisezvous; si l’on s'adresse directement à vous, vous avez toujours la ressource de répondre : “Je regrette, mais je n'ai pas suivi la discussion ” ou “Je n’ai pas d'opinion arrêtée à cet égard ”, ou “ Si l’on me permet, je préfère ne pas me prononcer ” ou quelque chose de ce genre.
Q.— La conversatior :oit-elle être générale ou particulière dans un salon ?
R.— Les avis diffèrent. La coutume ordinaire est de se consacrer à la personne voisine. Ceci fournit l’occasion de faire amplement connaissance et l’on arrive vite à préférer cette méthode à celle qui consiste à s’asseoir au milieu du salon et à parler de la même chose, tout le monde ensemble. Dans la meilleure société, on n’aime pas beaucoup les gens qui cherchant ainsi à briller et à accaparer l'attention générale. On peut très bien s’abstenir de parler et jouer le rôle de bon écouteur. Quelques hommes et femmes d'esprit adorent cette attitude qui repose et qui amuse en permettant de constater la folie de tant de gens qui causent sans s'arrêter.
Q. — Peut-on se permettre dans une réunion d’adresser la parole à un invité que l’on ne connaît pas ?
R.— Certainement et cela montre qu'on a l’habitude du monde. Naturellement, cela n’imrose n2s des relations postérieures, à moins que la conversation n'ait été spécialement intéressante et qu’il n’y ait eu un désir mutuellement exprimé de se revoir: ce qui peut provoquer une invitation à faire une visite. Un jeune homme peut cependant ne pas se hasarder à adresser la parole à une jeune femme sans présentation formelle,
Q. — Une femme de trente ans peut-elle dans la conversation parler et discuter d'ouvrages dont la lecture n'est pas généralement l'apanage des jeunes filles ?
. — En arrivant à la trentaine, une jeune femme qu’elle soit célibataire ou en puissance de mai, a acquis une certaine maturité d'esprit ou de caractère, une connaissance de toutes choses, à moins qu’elle ne soit une sotte ; ct il est tout à fait absurde et choquant de jouer à l’innocente de dix-huit ans.
À trente ans une demoiselle n'affecte pas, dans la conversation, une pruderie farouche, elle ne feint pas unc ignorance absolue des choses de la nature et de la vie.
Si on veut prendre une certaine place dans le monde. et échapper à la qualification de fille mûre, il faut savoir sc donner l'apparence d'une jeune femme.
Une femme de trente ans doit toujours essayer d’orner son esprit afin de ne pas occuper une place effacée dans le monde. Sans lui conseiller de lire des œuvres immorales, pas plus que ne doit le faire une femme mariée, eüt-elle atteint la soixantaine, on peut lui dire : “ Faites donc des lectures intelligentes, abandonnez les fades petits romans écrits pour les-petites filles ”.
Elargissez le cercle de vos idées, lisez les grands romanciers honnêtes ; leurs œuvres contiennent beaucoup de philosophie sous une forme agréable ; lisez les poètes illustres de votre âge, vous pouvez ouvrir Musset et Hugo ; faites quelques incursions dans la science .Si vous occupez ainsi votre temps, il ne vous en restera pas pour cultiver les manies tant reprochées aux vieilles filles.
Q. — Quelle conversation tenir dans une visite de condoléances ?
KR. — Le tact le plus strict est nécessaire en telle circonstance. Le visiteur doit se garder d'aborder, le premier. le sujet du deuil; mais ses façons sympathiques, la chaleur de sa poignée de main, doivent montrer qu'il n'oublie pas le chagrin que ses amis ont éprouvé. Certaines personnes ne peuvent pas entendre parler de leurs défunts par des étrangers; et d'autres personnes sont soulagées en causant avec des amis de ceux qu’elles ont perdus. Prenez un ton réconfortant plutôt que vif et tâchez de détourner leur esprit sur des sujets moins tristes. Avant de partir donnez quelques nouvelles pour
introduire un peu de vie extérieure. Surtout ne restez pas longtemps.
Q. — En quoi consiste la bonté en conversation ?
R. — Sous ce nom de bonté, à la fois doux et profond, en abrite trop souvent un tas de petits sentiments légers, futiles, incolores et vagues, qui n'ont avec elle qu’un rapport lointain. Les gens ont souvent des attendrissements passagers, des paroles obligeantes, des phrases polies et de menues complaisances qu’ils prennent pour de la bonté ; ; ils éprouvent des emballements subits du cœur, qui leur font déverser, en une fois, tout ce qu’il contient de généreux et de charmant. La bonté telle que nous l’imaginons et nous la vénérons ne doit pas aller à l'aveuglette, comme une petite folle ; ni courir de-ci de-là, au hasard ; ni s’aventurer imprudemment pour rebrousser chemin ensuite ; ni s’étourdir de mots et de gestes ; ni s'effondrer dans les larmes et demeurer sans courage après que les yeux ont séché ; ni voisiner avec la faiblesse pas plus qu'avec l’étourderie.
La bonté puise sa source la plus pure dans un cœur réfléchi. Il peut être pitoyable et tendre à souhait, maïs avant toit, il faut savoir “discerner” et ne point confondre la sensiblerie avec la sensibiiité, les bontés avec la bonté.
Or la plupart des gens qui se croient bons, ne font que suivre, en grand désordre, l'impulsion de leurs nerfs, ou obéissent soudainement au caprice de leur imagination ; ils ont des bontés successives qui se contredisent ; quelques-unes sont exagérées, d’autres indignes de leur objet ct ils jouent avec ce grand sentiment, comme on s'amuse avec un toutou qu'on renvoie à sa niche après qu'il a exécuté ses tours.
Nous nous étonnons toujours que la vraie bonté soit si souvent détournée de sa signification réelle et s'’accommode d’être confondue avec la faiblesse qui est, à coup sûr, sa plus intime ennemie.
Il y a, par exemple. de ces mères sans caractère qui possèdent des enfanis désobéissants, insupportables, et jettent sur eux des regards attendris, dans le moment même où ils se rendent coupables des pires sottises.
D’autres personnes faibles aussi, mais dans un ordre d'idées différent, accordent leurs faveurs, leurs dons et
leurs générosités non aux malheureux qu’elles jugent intéressants et méritoires, mais à ceux qui, sachant demander, quémander, revenir à la charge, tourmenter et harceler tournent autour d'eux comme des mouches qui piquent et dont il fait bon ds se débarrasser.
.On pourrait multiplier les exemples et parler des vaniteux qui ne peuvent trouver le geste de la bonté que lorsqu'on les regarde, où des égoïistes qui ne s’apitoient sur la misère d'autrui que dès qu’elle leur apparait sous une forme tangible et impressionnante ; donnant l’aumône au pauvre de la rue qui tend son moignon, et laissant mourir de faim la pauvre créature qu'il faudrait aller visiter dans son grenier.
En somme, la bonté tient suitout sa beauté du courage, et c'est par son ünion avec ce sentiment qu’elle devient d'essence divine.
La bravoure, jointe à la réflexion du cœur, conduit tout droit à cette bonté charmante, qui fait le bien discrétement, le poursuit sans faiblir et marche à son but hautement, sacement, sûrement.
Les bontés, où plutôt, les menues frivolités auxquelles on donne ce nom, sont, peut-être, à la bonté, ce que les amitiés vaines et les banalités sont à l’amour.
Q.—En quoi consiste la franchise : pour mériter le renom d'homme franc, faut-il dire tout ce qu’on pense, laisser la vérité sortir toute nue de son puits qui est la conscience ; est-on tenu d'éviter les ménagements, les atténuations, enfin esi-on obligé de mettre quelquefois ses intérêts en péril, pour n'avoir pas su se taire ; ou, pour la même raison peut-on, sans scrupule, peiner les autres ?
R.— Un être sincère ne dit jamais que la vérité, mais. il sait se taire lorsqu'il est inutile de parler, c’est-à-dire lorsque la vérité put désobliger les autres ou leur être fâcheuse, et qu’une nécessité plus haute que leur satisfaction ou leur intérêt n’oblige pas à laisser échapper cette vérité Un homme franc a souvent beaucoup de peine à retenir l'expression de sa pensée, quelque pénible ou dangereuse et inutile qu’elle puisse être pour son semblable.
La sincérité est réfléchie, calme, souriante ; la franchise est impulsive, toute de premier mouvement, emportée ou hérissée, selon l'humeur.
La sincérité sait tenir cachés les secrets qu’on lui a confiés ; la franchise, parfois compromettante, ne sait pas toujours les garder.
La sincérité est très rarement désagréable ; la franchise est quelquefois brutale.
C’est que la franchise est, surtout, une qualité du caractère. Elle en indique le plus souvent la noblesse. Mais, souvent aussi, elle ne témoigne que de l'indépendance et de l’orgueil de la nature ou de la naïveté. La sincérité est une qualité du cœur, dont elle fait connaître la fierté, adoucie par la bonté, montrant en même temps la maturité de l’esprit de celui qui en est doué, et son empire sur lui-même.
Elle ne croit pas qu’il soit permis de faire des leçons aux autres, comme la franchise s’y autorise fréquemment. A moins qu'on ne lui demande son opinion, elle ne se croit pas forcée de la donner, si une impérieuse et généreuse raison ne l'y engage. La tempétueuse franchise n'attend ni l'interrogation ni la nécessité.
La sincérité pense que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, s’il n’y a pas obligation morale de passer par-dessus les conséquences mauvaises pour soi ou pour les autres. Mais, elle ne s’abaisse jamais aux basses flatteries.
L'élcge mérité lui est parfois plus facile qu’à la franchise. Il arrive à la franchise d’être avare de louanges. Mais où ‘a franchise critique inutilement, sans espoir d'améliorer — quand il s’agit, par exemple, d’un défaut physique non corrigible, d'un manque d'intelligence, etc., — la sincérité se garde de prodiguer des censures blessantes, qui ne peuvent obtenir aucun résultat.
Q. — Qu'est-ce que la tolérance en société ?
R.— Cet esprit vraiment divin Ge tolérance est un rayonnement doux et puissant, sans lequel les rapports que nous échangeons avec nos semmiables seraient arides à la manière d’une terre privée à jamais des clartés du soleil, et nous ne concevons guère la vie civilisée autrement qu’adoucie, réchauffée par cette aménité indulgente que nous appelons tolérance et qui n’est qu’une des formes de la bonté, mais de la bonté silencieuse, discrète, ne s'immisçant dans la conscience d’autrui qu'avec pudeur,
et dans un grand sentiment de respect et de justice.
Nous admirons toujours l'intrépidité avec laquelle chacun se croit en possession de la vérité et prétend l’imposer au reste du monde, sans souci des différences d'âge, d'éducation, de naissance, de race, de caractère, de tempérament, de milieu... et de cent autres distinctions, qui créent la personnalité, bonne ou mauvaise, ou supérieure, et qui sont à un individu ce que l’ombre et la lumière, les montagnes et les plaines sont à la nature faite d’espaces, d'air et de diversités..….
Quand nous disons : “ Nous admirons ”, c'est une façon de rarler. Tl ect plus exact de dire que la chose nous stupéfie. Que l’on tienne à ses opinions, rien ne nous semble plus juste et plus digne, à la fois ; car, lentement, elles sont entrées en nous par atavisme d’abord : par ambiance, ensuite, puis par la volonté qu’on eut de les choisir, parce qu’on les croyait bonnes ou généreuses et qu'elles cadraient parfaitement avec les idées dont notre enfance fut imprégnée, et avec celles qu’on acquit soi-même en ouvrant les yeux sur les événements que la destinée offrit à nos regards. Mais, justement, en raison des causes multiples qui forment le jugement particulier de chaque être vivant, et dont quelqnes-nnes neuvent échapper à notre entendement, la sagesse la plus élémentaire commande de respecter toutes les opinions, même celles qu’on ne partage pas, — pourvu, — c'est là l'essentiel — qu’elles partent d'un cœur sincère et vrai. Vous n'êtes pour rien dans le fait que la Providence vous donna des parents élevés dans la religion où le Christ, que nous adorons, prononça cette parole admirable : “ Aimez-vous les uns les autres ”. Vous l’enseignerez à vos enfants comme elle vous fut enseignée, avec la foi très consolante que les générations futures y puiseront les germes de charité et d'amour qui furent cultivés en vous. Mais, vous auriez fort bien pu naître dans une famille où l’on honore pieusement la Bible ou dans celle où l’on attend toujours la venue du Messie ; et c’est agir vilainement que d’insulter cette dernière religion, qui a sa grandeur, ses traditions, ses martyrs, en décernant à ses adeptes des épithètes comme celles que l'on entend journellement leur aopliquer.
On ne choisit guère, à moins de grâce spéciale sa religion, pas plus qu’on ne choisit la forme de son nez, le lieu de sa naissance, sa nationalité et la couleur de sa peau.
Ce n’est pas d’appartenir à telle ou telle religion transmise par nos ascendants, qui fait notre mérite : il se trouve tout entier dans la façon dont nous pratiquons les vertus fondamentales de cette religion, ajoutant, pour l’honorer, notre part de travail, le bien dont nous sommes capables. Et nous nous imaginons que celui qui tient làhaut, dans ses puissantes mains le fil de toutes les destinées humaines, doit débrouiller sans peine le bon catholique, le bon protestant, le bon israëlite, et même, sinplement l’honnète homme, car la bonté est la fleur exquise qui pousse dans toutes les religions et meurt dans les champs desséchés où souffle le mauvais, le détestable vent d'intolérance.
Q.—En quoi consiste la loyauté ?
R.—En amitié, en affaires, en politique, en amour, si des deux parts, la loyauté présidait aux relations, aux rapports, la vie serait débarrassée de ses épines, de ses difficultés. Ce serait le bonheur des uns et des autres ; la facilité, le succès dans toutes les transactions, d’un côté cet de l’autre. La loyauté est le fond du savoir-vivre. “Ne fais pas à l’autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fit”. La traitrise est punie un jour ou l’autre. Nous n'avons jamais à nous repentir d’avoir apporté une scrupuleuse honnêteté dans les petites comme dans les grandes choses, quand nous avions, en face du nôtre, l’intérèt d’un autre. Celui qui trompe, dupe, exploite, reçoit un jour ou l’autre le choc en retour. La loyauté est encore une élégance étant la première vertu du gentleman. Mettons donc notre orgueil à devenir absolument francs et intègres. Pratiquons la vieille devise française : “Fais ce que dois ”.
Q.—Que doit-on penser de la délation ?
R.—1I1 est odieux de répéter aux gens les réflexions malveillantes, méchantes, qu'on a faites contre eux, ou seulement d’insinuer qu’on les a faites —à moins qu’agir de la sorte n’ait pour but (ce qui est rare) de les prémunir contre ceux qui les censurent, de leur épargner des ennuis graves.
Mais quand on vient dire ou seulement faire comprendre : “ Vous avez été ridiculisé dans telle maison ;
on pense ceci de vous ; on raconte de vous cela : ceux que vous aimez vous trouvent exagéré dans votre affection, etc.” c'est le plus souvent avec le désir d’humilier, de faire de la peine, d'appuyer sa propre opinion de celle d'autrui, ou d'amener une brouille entre ceux qui ont imprudemment parlé et ceux qui ont été l’objet des critiques.
Eh bien ! nous ne nous contenterons pas de condamner cette conduite au point de vue mondain, qui la réprouve d’une façon absolue, au nom de l'élégance ; nous l’examinerons au point de vue moral et on ne nous contredira pas si nous affirmons que c’est une double mauvaise action.
On a trahi la confiance de la personne qui a eu le tort immense de parler contre son ami ou, même, contre un indifférent, mais qui avait pu compter sur la discrétion de celui auquel elle s’adressait. Et on a sûrement froissé l’'amour-propre ou, ce qui est pire, meurtri le cœur de celui auquel on a rapporté des propos qu'il devait ignorer, ou encore, on a augmenté son dédain de l’humanité, tous résultats déplorables. On peut faire naître des haines, des ruptures, amener les malheurs ; on fait sûrement souffrir, ce qui est très coupable, n’aurait-on fait verser qu’une larme.
Les personnes bien élevées ou sensées qui reçoivent des confidences de cette natute, les ensevelissent dans l'oubli. On leur a enseigné, ou elles ont observé que, des deux parts, on en veut à celui qui a fait le vilain office d’intermédiaire entre l'offenseur et l’offensé ; et qu’il retombe justement sur lui-même une part du mal qu’il a déchaïné.
Les gens généreux motivent lc1r silence de façon plus haute (où nous ne dirons pas qu’il n'entre quelque mépris pour celui qui s’est épanché ainsi avec eux.). Ils craignent, avant tout, d’infliger une douleur à celui qui a été, sans le savoir, en butte à la malveillance de quelqu'un qu'il aimait peut-être, et d'amener entre les deux personnes un conflit dont !Ls suites seraient toujours regrettables pour l’une et pour l’autre.
aisons-nous donc pour les raisons à l'appui dictées par notre nature. Nous aimerions qu’on fût déterminé par des motifs purement élevés. Mais c'est beaucoup déjà d'obtenir que les gens fassent silence dans leur propre intérêt.
. Nous ajouterons : si vous ambitionnez le titre de gentilhomme, n'assumez jamais le role de délateur, meme en e qui concerne les médisances les plus anodines.
Q. — Quelle attitude doit-on tenir dans le cas d'attaques piquantes, faut-il riposter ?
R. — On est trop souvent en butte dans le monde à la méchanceté envieuse des rivaux et des rivales. Et ce sont des piqüres d’épingle, des impertinences voilées, des attaques traitresses.
Naturellement, les gens ardents sont tentés de riposter : coup pour coup, dent pour dent. Eh bien ! ces duels de paroles sont aussi absurdes que les autres.
Mais le soin de la dignité ? La dignité est sauvegardée, quand on n'entend pas. Et il ne faut pas entendre; jamais prendre la chose pour soi. Rien de tel que d'opposer une impassibilité absolue ; l’agresseur se dit : “Il n'a pas compris, donc je ne l'ai point atteint”. Ainsi les balles passeront au-dessus de votre tête.
Il est bon de se cuirasser par avance contre la malignité de ses semblables, de se faire un cœur de diamant que rien ne saurait entamer. Mais pour ces circonstances seulement, car on serait trop à plaindre, si l’on perdait les dons de pitié, de bonté, de fraternité réelle dont on peut être doué.
Il est très difficile aux natures passionnées d'acquérir cet empire sur soi-même. Mais elles doivent essayer ct ne pas se décourager parce qu'elles n'arrivent pas du premier coup à se dominer. Elles y parviendront sürement, à force de volonté et de persévérance.
Où il est plus malaisé d'agir comme nous le conseillons, c'est quand l'attaque vient d’une personne que nous aim'ons, à qui nous avions donné notre sympathie. La souffrance étant plus aiguë, le calme est plus méritoire. 11 faut pourtant s'efforcer de le sarder même en ces circonstances particulièrement pénibles, douloureuses même.
Q.—Que doit-on penser des femmes qui s'amusent à se lancer des pointes dans la conversation ?
R.— Beaucoup de femmes ont des tendances à lancer dans les discussions des pointes désagréables à leurs adversaires sur quelque imperfection physique, au lieu de
faire des raisonnements.
Le bel argument que voilà ! On ne peut, certes, s'empêcher d'apercevoir les défauts physiques des gens, mais les leur reprocher quand on a contre eux quelque sujet de colère, à l'occasion d’un dissentiment ou d’une simple discussion, cela est une petitesse d'esprit, et il est regrettable de voir que les femmes sont trop enclines à se servir de telles armes.
Du reste, c’est du dénigrement, un travers tout féminin. On comprendrait encore qu'en certaines circonstances, on puisse faire honte à quelqu'un — étant en désaccord avec lui, — d’un défaut moral se rapportant aux débats, mais l'attaquer sur sa bouche, son front, sa chevelure, c’est vraiment très misérable.
Ce sont surtout les femmes, répétons-le, qui se rendent coupables de cette sottise. Ecoutez-les parler entre elles d'une personne qu’elles n'aiment pas : Elles critiquent sa manière de s'habiller, sa figure, sa tournure, la forme de sa main, de ses yeux, etc, sans exclusion de son caractère, de sa conduite, de ses défauts... lui en attribuant même beaucoup qu’elle ne possède pas : mais c'est toujours principalembnt la personne physique qui est prise à partie.
L'habitude de dénigrer est tout à fait mesquine. Le savoir-vivre, l'élégance, la générosité, la proscrivent absolument.
En s’accoutumant à réprimer en soi le besoin de critiquer les autres, on arriverait tout doucement à se corriger réellement d’une habitude très vilaine.
Q.— Quelle réserve doit-on observer pour les sujets personnels dans la conversation ?
R.—On s'interdira les compliments trop directs dont l'effet est de gèner la personne qui en est l'objet. Il est difficile de répondre à un trait flatteur vous arrivant à brüle-pourpoint. Les personnes quelque peu modestes en souffrent et se voient obligées de témoigner leur reconnaissance pour une chose qui leur était indifférente.
On ne parlera pas non plus de ses propres défauts physiques, car derrière la critique qu'on en fait, perce peut-être aux yeux des autres l'intention de la voir réfuter par ceux à qui l'on s'adresse, et qui croient alors poli de le faire, souvent contre leur gré. D'ailleurs. parler de soi le moins possible et ne jamais chercher à se mettre en avant, doit être pour tous une règle absolue.
Q. — Que doit-on penser des personnalités dans la conversation ?
R. — Une personne bien élevée ne doit pas s'en rendre coupable. Aucun trait d'esprit, si fin quil soit, aucune ironie si piquante qu'elle paraisse, ne peut empécher une remarque personnelle d’être grossière et vulgaire.
Q. — Que doit-on penser des femmes qui disent à tout propos du mal des hommes ?
R.— La femme qui dit qu' Ile n'a jamais aimé la société des hommes est une femme qui confesse tout sottement. qu'elle n'a jamais eu assez de charme pour attirer l'attention du sexe fort. Après tout, la connaissance des hommes que peut posséder une femme de ce genre est assez limitée : ce ne sont que oui-dire et bavardages, ce n’est pas expérience acquise.
Lorsqu'une femme mariée dit sérieusement que l’homme est une brute maussade et brutale ; lorsqu'une femme affirme que l'homme est incapable d'amour sincère et de fidélité ; cela veut dire tout simplement qu'elle n’a jamais été capable d’'inspirer un tel amour à un homme, ou qu'elle a eu la mauvaise chance d'avoir été trompée, autrement dit d’être mal tombée.
Cela arrive ; mais ce sont des expériences personnelles ; rien de plus.
C’est une vérité indéniable que les jolies temmes disent du bien des hommes ; que les femmes qui sont aimées disent du bien des hommes ; que les femmes qui ont de bons maris disent du bien des hommes.
Les femmes qui ont eu des succès auprès des hommes, qui ont été recherchées et aimées d'eux, disent du bien du sexe fort. Celles qui, par manque de beauté ou de gräce, ou de toute autre qualité qui rend une femme désirable, ont été négligées par les hommes ou maltraitées par eux ; celles qui ont eu le malheur d’être unies à des hommes indignes condamnent le sexe mâle et le déclarent irrémédiablement mauvais.
Une femme laide, délaissée, femme à l'oreille de laquelle on n’a jamais murmuré un mot d'amour, ne devrait pas être assez sotte pour en convenir ; elle devrait avoir assez de diplomatie pour dire du bien des hommes.
Q. — Quelles précautions doit-on prendre au sujet des noms qui peuvent être cités dans la conversation :
R.— —Il est du plus mauvais goût de parler des personnes que l'on ne connaît pas ou que l’on connaît peu en donnant seulement leur petit nom. Les gens mal élevés commettent souvent cette erreur pour essayer de faire croire qu'ils connaissent mieux les personnages en question qu'ils ne les connaissent réellement. Un homme du monde doit porter la plus grande attention à ce qu'il dit de ses amis ou même de ses connaissances en présence des étrangers. Il ne doit citer leurs noms que si c'est absolument nécesaire et alors seulement en les désignant comme M. où Mme Une Tel, jamais en employant leur surnom Jack ou Bessie.
Q. — Quelles précautions doit-on prendre dans la conversation en parlant d'amies qui semblent être en froid ?
R.—Si vous avez des raisons de croire qu'une personne de votre cercle a rompu ses relations avec l’une de ses connaissances, — ou, seulement gun peu de froideur s'est glissée dans leurs rapports, —« itez de demander : Voyez-vous toujours M. ou Mme Une Telle ?
On vous garderait peut-être r ‘cune de cette intervention maladroite ou méchante. Puis, considération à laquelle il faut toujours obéir, vous raviveriez peut-être une peine, ou vous pourriez causer un embarras, une gène.
Le silence est d’or en cette circonstance, comme en une foule d’autres.
Q.— Quelle attitude doit-on prendre dans la conversation avec des étrangers ?
R.— C'est un manque d'éducation et d'habitude de la société de s'offusquer de certaine apparence de particularité dans les manières ou la conversation d’un étranger, qui reste strictement dans les convenances au point de vue des usages les mieux reçus de son pays. Parmi les gens de race latine il est non seulement permis, mais même de rigueur pour un homme, d'adresser des compliments à une dame à qui il vient d’être présenté. Il serait ridicule pour une anglaise de se froisser d’une allusion qu'on pourrait faire à ses “beaux yeux ” ou à sa “ magnifique chevelure”,
quand même ces expressions, dans la bouche de ses compatriotes, pourraient paraître une liberté répréhensible.
Q. — Que doit-on faire si on converse avec un étranger ?
R.—En conversant avec un étranger, + ‘rahissez jamais d’impatience s’il a du mal à s’expr': " c! :.e vous moquez pas si son langage est défectueu: ; «one pr: sa langue, vous devez l’en informer au «but © ia on versation. Ce n’est pas de la vantardise : le la charité
Q. — Quelle conversation est per:
à l'hôtel ?
R.—Ce n'est pas l'habitude d voya assis à la même table au restauran, de ‘au »
cependant s’il y a évidence d’un désir iv | relation, on peut se laisser aller mutuell:ment à instinct. La conversation est alors limitée à ! ‘aesticns purement impersonnelles. Tout essai de ia le lin ou de l’autre pour savoir le nom ou l'occupation ou d'autres détails intimes de la personalité de son interlocuteur serait indiscret et offensant.
Q.—Que faut-il faire pour éviter d'entamer la con-. versation dans un tramway ou dans un lieu public avec une connaissance indifférente ?
R.—Il est certainement ennuyeux d’avoir à tenir une conversation avec une connaissance indifférente que le hasard a placée à cèté de vous, par exemple, pour un long trajet en tramway. Avec un peu de finesse, on arrive assez facilement à s’épargner cette épreuve. Dans un tramway, on n’est pas censée reconnaître les personnes, même que l’on connaît, à moins de se trouver absolument nez à nez. Il est bien facile de regarder vaguement par une fenêtre qui vous fait vis à vis, ou bien de tenir les veux baissés, si l’on se sent incapable de soutenir la conversation. Ces petites manœuvres sont parfaitement comprises par tous les gens de tact qui admettent fort bien qu'une personne ait envie de se reposer l'esprit et qui n’ont garde de s’en offenser.
Q.—En quels termes un homme marié doit-il parler de sa femme dans la conversation ?
R.—Dans la conversation, un mari parlant de sa femme ne dit jamais : “ Madame ”, ni même “ Madame X.”, mais tout bonnement “ma femme ”. autre façon de s'exprimer, malgré ou plutôt à cause de ses allures prétentieuses, est une inélégance.
On ne dit pas non plus dans la conversation ” la dame d'un de nos amis”, mais bien “la femme d’un de nos amis” ou “ Madame X. ; ni notre 1mi dont la dame ” mais “notre ami dont la femme ”.
Ce n’est pas une faute grammaticale, c’est une faute de goût, d'élégance, d'usage.
Q. — Que doit-on penser de l'emploi immodéré du pronom “on” dans la conversation ?
R. — Au lieu de dire : “ Nous sommes allés nous promener ”, “nous irons au théâtre demain”, “nous avons vu telle chose”, bien des gens ont pris l'habitude de dire : “On est allé se promener ”, “on ira au théâtre demain ”, “on a vu telle chose”, etc. Cette manière de parler est inélégante, parce qu’elle est imprécise. Or, l’imprécision est presque une offehse à notre langue, dont la beauté est
la clarté. C’est dans l'enfance qu'est prise cette habitude d'employer le “on ’ au lieu de “ nous ” et les parents ne la corrigent pas, ravis qu’ils sont de ce langage enfantin, où le français est, très souvent, beaucoup plus maltraité encore. Les mères parlent très volontiers bébé — pour ne pas dire nègre — c'est ainsi que l'on entend souvent cette énormité : “ Venez embrasser sa mère ”. Tout ceci est d’un mauvais goût achevé contre lequel protestent à la fois le bon sens et la grammaire, et on doit se garder de ces minauderies absurdes ct d’un effet pitoyable sur les gens qui écoutent ces fadaises.
Q.— Quand et comment peut-on employer les termes “Un homme ”. “Une femme ” ?
R. — Une personne élégante, pour désigner, hozs de leur présence, les individus de l’un ou l’autre sexe, dira fort bien : “Un homme”, “Une femme ”, “Un homme de mes amis”, “Une femme charmante”, plutôt Jun monsieur de mes amis”, “une dame charmante ”.
Il-y a un grand charme dans la simplicité, et C’est par une politesse excessive qu’on emploie les désignations “un
monsieur”, “une dame”. Cela n’a pas une importance énorme, mais où ces façons cérémonieuses deviennent ridicules, c’est quand on se montre scandalisé d’entendre les autres se servir des premières expressions, naturelles et sans prétention.
Maïs, demandera-t-on, comment agiriez-vous dans le cas suivant ? Un inconnu vient vous faire une visite pour vous solliciter en faveur d’une œuvre, cet inconnu ne vous trouve pas au logis et dit à votre domestique : “ Je reviendrai demain ”, oubliant ou négligeant de donner son nom. Quand il se représentera, ui direz-vous : Vous êtes l’homme ou la femme qui est déjà venu hier ? N’estil pas infiniment plus poli de s'exprimer autrement : “Vous êtes le monsieur ou la dame ou encore vous êtes la personne qui est déjà venue hier en mon absence ” ?
Eh bien, ce n'est pas encore ainsi que se tirerait d'affaire une personne vraiment habile et élégante Elle trouvera cette inte--ogation gracieuse : “ C’est vous, monsieur ou madame qui, hier déjà, avez pris la peine...” Cela n’a pas une importance considérable au fond, cependant, c'est de ces petits riens qu'est formée la distinction des gens bien élevés.
Q.— Les parents doivent-ils dire “ ma fille ”, en parlant de leur enfant ? .
R. — Beaucoup de parents ne diraient pas “ ma fille ”, en parlant de leur enfant. Ils croiraient employer une expression malséante. Ils ont trouvé un autre terme : “Ma jeune fille”. Naturellement cette disposition à
éviter le terme de “ma fille” provient de l'habitude pitoyable aue l’on a de dire “la fille” pour “la bonne”.
On dira : “ Mademoiselle votre fille”, ou “ Mademoiselle X...”. Mais les parents manquent totalement de simplicité et, par suite, de chic, quand ils hésiter: à dire ma fille, mes filles. ;
Les étrangers, parlant d’une jeune fille, diront poliment : “ Mademoiselle X...” plutôt que “la fille de M. X...”
Q. — Quelle est la vraie signification du terme ‘“ garçon ”?
R.—1I1 est de mauvais goût de dire : “ Quand j'étais s L1 2: . : À jeune homme. Quand vous étiez jeune homme”. On
dit “quand j'étais garçon, quand vous étiez garçon”. Etre garçon, c'est être célibataire n'importe à quel âge. Un jeune homme peut être marié. Il est vrai qu’on dit mieux : “ C’est un homme jeune” dans ce cas.
Q. — Quelle différence y a-t-il entre “ jeune homme ” et “garçon”, entre “ demoiselle ” et “ jeune fille”, entre “ femme ” et “ dame ”?
R.— On ne dit pas “ Quand il était jeune homme”, mais “Quand il était garçon”. Ni “Quand elle était: demoiselle ”, mais “ Quand elle était jeune fille ”.
On dit : “La femme du sénateur ”, et “Les dames du sénat ”.
Q.—Le mot “ Au revoir” peut-il être pris pour une invitation ?
R. — Certainement. D’une jeune fille à un jeune homme “ Au revoir” peut très bien être pris pour une invitation. 3
Q.—Que doit-on éviter en parlant à une personne directement ?
R.—On doit éviter de répéter à chaque instant son nom dans la conversation.
Q. — Quelle différence y a-t-il entre “avoir l'avantage ” et “avoir l'honneur ” ?
R. —On n’a jamais l'avantage de rencontrer quelqu'un : on en a lhonneur, si c’est un homme parlant à une femme ; et le ;laisir, si c’est la femme qui s'adresse à l’homme.
Entre femmes, c’est encore le plaisir qui prévaut, l'honneur n’est employé que par une femme envers une dame âgée ou qu’elle connaïitrait à peine.
Q.—Que doit-on penser de l'expression : un monsieur prêtre ?
R. — Elle est ridicule ; on dit : un prêtre où monsieur
l'abbé Un Tel.
Q.— Doit-on cor:tamment adresser son titre à un dignitaire ecclésiastique, un grand vicaire par exemple ?
R.— Non ce serait fastidieux. Il faut varier et au cours de la conversation dire Monsieur, ou Monsieur
l'abbé.
Q. — Comment doit-on s'adresser à des interlocuteurs religieux ?
R. — Lorsqu'on s'adresse à un prêtre qu'on sait etre titulaire d’une cure, on lui dit : “ Monsieur le curé”, à un vicaire : “ Monsieur l'abbé”, à un religieux portant le titre de Père : “ Mon révérend Père ”, à un Frère de la doctrine chrétienne : “ Mon Frère”, à un ministre protestant : “ Monsieur ”.
Q. — Une jeune fille peut-elle s'informer de la santé
d'un prêtre qui lui demande lui-mème comment est la sienne ?
R, — On peut, même étant jeune fille, s'informer de la santé d’un prêtre qui vous demande lui-même comment est la vôtre. Il suffit d'éviter le ton familier. La familiarité n’est jamais convenable, mêime si l’on connait depuis
longtemps la personne revêtue de l’habit religieux, qu’elle soit un homme ou une femme. Il est évident qu’il existe une nuance très sensible entre : “ Comment allez-vous ” ? et “ J'espère, monsieur l’abbé, que vous êtes toujours bien porté”. Pour prendre congé, la jeune fille ou la jeune femme n'offre jamais la main.
Q. — Doit-on employer dans la conversation ce terme “notre sexe” ou “le sexe” pour désigner la collectivité féminine ?
R.—Il est tout à fait inélégant de désigner la plus faible moitié de l'humanité par ces mots “ Le sexe”. Bien des gens trouvent même l'expression grossière. Il y a une vingtaine d’annnées, on disait encore : “Le beau sexe ”, “le sexe faible ”, Barhey d’Aurevilly avait trouvé “le petit sexe”. Toutes ces locutions sont discrètes... comme disait un écrivain fameux. Aujourd'hui, on dit plus simplement ‘le sexe féminin ”, “les femmes ”. C’est infiniment moins prétentieux et absolument plus convenable.
Q. — Quelle attitude doit-on prendre quand on vous annonce un événement heureux sour les autres ?
R.— Le savoir-vivre proscrit les exclamations de surprise exagérées à l'annonce d’un événement heureux qu’on vient vous apprendre. On félicite chaudement, si la chose en vaut la peine ; mais on ne semble pas dire, par la manifestation d’un étonnement trop profond : “ Je ne vous aurais jamais cru digne d’une pareille faveur ”, ce qui, on en conviendra, friserait l’impertinence.
Q. — À quoi faut-il veiller en répondant à une question ?
R. — Répondre rudement à une question polie, ou même répondre avec impatience est une faute de tenue. Mème si la question vous dérange, ou vous ennuie, cela ne prend pas plus de temps de répondre d'une façon aimable et polie que d'une façon blessante ou brutale.
@ — Comment doit-on parler des personnes que l'on fréquente ?
R.—On ne doit jamais parler à un homme de ses
qualités devant lui, ni de ses défauts derrière lui.
Q.— Quels sont les quatre mots à éviter en conversation ?
R.—Ce sont les mots : “ Je — Moi — Mon — Mes ”.
Q. — Quels sont les sujets de conversations interdits ?
R. — Un homme ne doit pas jamais parler à une femme de ses affaires de bureau : une femme ne doit jamais parler à un homme de ses affaires de bureau.
Q. — Peut-on proposer ou conseiller des remèdes à des personnes malades sous les soins d'un médecin ?
R.— C'est une faute d'étiquette et de plus c’est quelquefois un risque dangereux de conseiller des remèdes à un malade qui est sous les soins d’un médecin.
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