SCÈNE II
LA. MAGICIENNE, puis SIM^THE
Bonsoir, enfant.
SIM^THE
Bonsoir, mère.
LA MAGICIENNE, la prenant par la main. Par ici. Il fait déjà sombre.
SIM^THE
Horriblement.
Dans les cœurs aussi? Explique-toi. (M/e la regarde avec attention.) Tu aimes !
SIM^THE
Comment le sais -tu?
LA MAGICIENNE, essuyant du revers de son manteau le visage de Simœthe, Ne pleures-tu pas ?
LES MAGICIENJNES Sg
siMiETHE, se redressant avec orgueil.
Je ne pleure pas et je ne souffre pas.
LA MAGICIENNE, souriant.
C'est bien, c'est bien. Conte-moi ta douleur comme si je ne la connaissais pas déjà.
(Simaîthe hésite un instant, puis s'assied aux pieds de la Magicienne, et, à voix basse, lui confie en peu de mots sa détresse ; elle se relève rapidement.)
SIM/ETHE
Je t'ai tout dit ; maintenant, le remède à ma souffrance.
LA MAGICIENNE, pesaiit ses paroles.
Que désires-tu ?
SIMiETHE
Le contraindre à m aimer.
LA MAGICIENNE, secouaut la tête. Tu crois que Tamour se peut forcer ? L'amour d'un homme ?
SIM.ETHE
Gela dépasse ton pouvoir ?
Je ne dis pas.
siM^THE, frappant du pied.
Explique-toi donc, à ton tour.
4o MIMES ET BALLETS GRECS
Ne frappe pas du pied et écoute-mol. Pourquoi ton amant t*a-t-il quittée ? Pour une rivale plus jeune que toi?
siM^THE, méprisante.
Plus jeune !
LA MAGIGIENNE
Riche ?
siMiETHE, secouant la tête avec dédain.
Ce n'est point cela.
Le nom de la femme ?
SIM^THE
Doris.
La fille de Polydeukès ?
SIMJîTHÈ
Elle-même.
Prépare-loi à ne plus le revoir. Elle tient bien les hommes. Elle quitte ses amants, ou paraît les quitter. Pas un homme ne Ta quittée, elle.
SIMJETHE
Es-tu sûre que cette femme soit si puissante?
LES MAGICIENNES l^l
Enfant ! Ne Tas-tu pas entendu dire ? Ne t'en es-tu pas aperçue? Tu ne la connais donc pas ? Tu n'as donc pas subi réclair de son regard ?
siM^THE, se voilant.
Alors, je suis perdue.
Aime quelque autre beau jeune homme. Il n'en manque point dans Athènes.
SIMiETHE
Je ne suis pas venue ici pour que tu m'outrages, mais pour que tu m'assistes. {Une pause.) Que peux-tu pour me venger ?
LA MAGICIENNE, la regardant fixement.
Le tuer. . .
siMiETHE, sur le point de défaillir.
Oh!
LA MAGICIENNE, lu SOUteUaut.
Tu ne veux pas ?
SIMiETHE
Je... je ne sais pas. {Elle éclate en sanglots.)
(Long silence.) LA MAGICIENNE
Que veux-tu donc ?
SIM^THE
C'est moi qui dois mourir.
Et lui?
SIM.ETHE, avec emportement.
Qu'il meure, après tout ! ou plutôt que Tinexorâble Dikè le poursuive et Taccable.
Comment ?
siM^THE, avec hésitation.
Gomme il plaira aux dieux.
Bien.
siMiETHE, faiblement.
Mais. . . que je ne le A^oie pas mourir. . .
Que tu meures et que la fatalité fasse son œuvre .^
SlMiETHE
Ton pouvoir va-t-il jusqu'à guider la fatalité sans la contraindre.^
LA MAGICIENNE, SOUviant,
Oui, petite. Mais réfléchis ; tu es presque une enfant. Est-ce bien ce que tu souhaites ? N'obéis pas au caprice — on ne revient point sur l'effet de mes philtres.
SIM^THE
Ma volonté est irrévocable.
A la bonne heure. . . {La caressant,) Pourtant. . . C'est ton premier amour... Et Tamour d'un homme ou celui d'un autre homme. . .
SIM.ETHE
Encore?... Ne blasphème pas, mère... Tes philtres,
J'ai des scrupules.
siMiETHE, lui donnant une bourse.
Tiens, voici pour tes scrupules.
LA MAGICIENNE, riant.
Tu as une manière de vous tenter. . .
siMiETHE, la main tendue.
Mon argent, ou tes philtres.
LA MAGICIENNE, allant les chercher.
Attends un peu, que je les trouve et que je te dise la manière de t'en servir.
SIMJETHE
Je comprendrai vite.
Lorsque tu auras bu ce flacon, — un soir — tu ne verras pas l'autre soir.
SIMiETHE
Bien, et lui .^
Pour lui, tu feras les invocations que je vais t'indi quer. Ecoute bien.
(Elle lui parle longtemps à voix basse ; en Técoutant Simciethe sourit, tressaille et pleure tour à tour.)
simtEthe, avec angoisse.
Et tout cela finira?
Comme il plaira aux dieux !.. [Silence,) N*est-cepas ce que tu m'as demandé ?
SIM.ETHE
Tu ne me trompes point ?
Non, par Hécate!... Allons, embrasse-moi.
siM^THE, la repoussant.
Je n*embrasse plus personne.
Les dieux t'assistent 1
SIMiETHE
Adieu.
(Elle sort.)