SCÈNE II
LES MÊMES. Entre DELPHIS.
DELPHIS
Salut, ô déesse I Tel, après les dernières nuits glaciales, éclate le sourire du printemps, telle, ô Simsethe, tu m'apparais entre tes compagnes. Tes yeux contiennent tous les désirs. Oh ! passer ma vie près de toi, à t'entendre jouer de la cithare et chanter Artémis, ou bien Athéna aux seins robustes et purs 1
(Use prosterne devant elle.)
Tresser pour toi la couronne de lotos ! Respirer près de toi la tendresse! {La contemplant éper dûment. )l^ulle ne t'égale, ô Simaethe, nulle entre les femmes qui foulent le sol sacré d'Hellas.
SIMiETHE
Flatteur I
DELPHis, indigné.
Flatteur, mol ? [Avec emportement.) Tu as raison, je n'ai pas dit le fond de ma pensée. Tandis que je m'efforce de parler, je brûle. J'ai peine à ordonner mes idées. Ta vue seule me dévore. Tu n'es point une statue^ tu es une femme, tu es toutes les femmes, tu m'apparais comme une divine proie!... Et je te veux.
SIM.ETHE
Tu m'effraies.
DELPms, humble.
Me pardonneras-tu?
SIMiETHE
Assieds-toi près de moi... Mais réponds-moi avec franchise, mon message ne t'a-t-il pas surpris?
DELPHIS
Il était inutile, ô Simaethe! j'en jure par le doux Eros, dès ce soir, je serais venu avec trois ou quatre amis ; je serais accouru, portant les pommes sacrées de Dionysos, la tête ceinte de peuplier,, l'arbre d'Héraclès, et enlacé de bandelettes de pourpre. {Avec fa^ tuité.) Je suis robuste et l^er parmi les hommes...
SIMtETHE
Tu es beau, courageux, et je t'aime.
DELPHIS
Tu es belle, enivrante et je t'adore. Et tu m'as
aussi peu devancé que je n'ai devancé récemment à la course le beau Philénos,
SIM.ETHE, fermant les yeux.
Voici mes lèvres.
DELPms, (// t embrasse avec une hésitation affectée), Simsethe !
sm^TiiE, souriant.
L'aimes-tu autant qu'elle t'aime, ta Simaethe?
DELPHIS
Je l'aime trop. Maintenant ce sont mes lèvres qui ont peur de ne pouvoir se détacher des tiennes.
siMiETHE, riant.
Les miennes n'ont déjà plus peur.
DELPHIS, la couvrant de baisers.
0 fruit céleste ! pulpe sacrée des lèvres de Simœthe ! Amour ! 0 charmes pour lesquels je me meurs, et c'est justice!... 0 ton regard, ton épaule, ce sein, ces mouvements adorables ! 0 Simœthe, Simaethe ! Tu es mon délire... Ce qui m'affole en toi, c'est toi tout entière. C'est la flamme que tu es, et qui me brûle. {Un silence.) SIM.ETHE, caressant les cheveux de Delphis. A quoi penses-tu ?
DELPHIS
Je n'ose parler, tu rirais de moi.
SIMiËTHE
Parle.
DELPHIS
Un rêve, un rêve absurde.
siMiETHE, caressante.
Lequel ?
DELPHIS
Ne jamais me séparer de toi.
SIM.ETHE
Quoi, malgré tes victoires répétées, tu abandonnerais pour moi la palestre ?
DELPHIS
Oui, si tu me le demandais, et tout de suite.
(Une pause.) SIMiETHE
Nous aimer... C'est bien là ton rêve ? DELPHIS, avec emphase.
Il n'est point autre. Ne jamais m'éloigner de toi, ni à rapproche du milieu du jour, ni quand Taurore aux blancs chevaux s'avance vers Zeus, ni à l'heure où les jeunes oiseaux reviennent au nid près duquel les attend leur mère, qui bat des ailes. Car je te voudrais toute à moi, toute, toute, et pour toujours ! siMjETHE, comme en rêve.
Pour toujours !
DELPHIS, violemment.
Je t'aime!...
(Simaethe tend les bras à Delphis qui s y jette avec ardeur )
siM^THE, à Thesiylis, Laisse-nous.
THESTYLIS
Mais...
DELPHIS
Ne contrarie point ta maîtresse, Thestylis. siMiETHE, dune voix faible.
Va!
THESTYLIS, Sortant après avoir jeté un regard attentij sur Delphis et Simœthe enlacés.
Par Diane, Simaethe est folle ! elle cède trop vite. .. (iî/a/i/.)Eux, ils sont tous les mêmes ? Mon amant avait d'aussi belles phrases que Delphis : Aphrodite, me disait-il, ta donné un des charmes de sa ceinture... 0 le coquin !
LE SKOPOS (i)