COMPOSITION GÉOLOGIQUE DE LA FRANCE
g 322. idéM sénéraifMi. — Pour connaître à fond la composition géologique de la France , il n'y a rien de mieux à faire que d'étudier sérieusement les résultats de l'immense travail entrepris depuis longues années par MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont, avec les descriptions et les cartes que ces savants ont successivement publiées. Mais si nous sommes forcé de renvoyer, pour tous les détails, à ces grands ouvrages , nous allons essayer d'en extraire des généralités, et d'en tirer ce qui peut faire connaître les relations et les dispositions des principaux terrains qui constituent notre sol.
Le terrain jurassique , § 255 à 268 , est celui qui offre le plus d'étendue relative à la surface de la France et qui s'y montre surtout de la manière la plus continue. Il se présente en quelque sorte comme une moyenne placée tout exprès pour distinguer les* différents terrains que nous avons à décrire , étant plus moderne que les uns sur lesquels il s'appuie, et plus ancien que les autres quo ses pentes supportent de toute part. Son expansion , ses contours et ses nombreuses ramifications partagent d'ailleurs la France en quatre
régions principales, fig. 353, dont deux sont antérieures, comme la Bretagne avec une partie du Poitou , de TÂnjou , du Maine et de la Normandie , et au centre, le Limousin avec la Marche , l'Auvergne , le Lyonnais et une partie du Languedoc. Les deux autres , an contraire, sont postérieures, comme le grand bassin de Paris, et celui qui s'étend de TÀngoumois au pied des Pyrénées. Dans la partie orientale de la carte , on voit ce calcaire limiter encore quelques dépôts du même genre placés entre ses ramifications.
§ 323. Détails sur les régions antéjurassiques. — La Bretagne se compose de deux chaînes granitiques : Tune au nord, formée d'une multitude dllots, dont l'ensemble se dirige de l'est à l'ouest ; l'autre plus continue, de Brest vers Poitiers. Entie ces deux chaînes se présentent les dépôts cumbrien , silurien et dévonien , § 230 à 23i; le premier ne se trouvant nulle autre part en France , le second se représentant dans les Àrdennes, l'Eiffel et le Hundsruck, peut-être dans les Pyrénées ; enfin le troisième se retrouve d'une part entre Avesnes et Liège, de l'autre dans les Pyrénées ; il forme en outre quelques petits dépôts dans les montagnes de Tarare et du Beaujolais et au pied méridional des Vosges.
Le Limousin , et les provinces adjacentes, se composent principalement d'un granité gris, au milieu duquel s'élèvent çà et là des sbuttes de granité divers. Cette région se prolonge au sud en presqu'îles, l'une vers Carcassonne , l'autre jusqu'au Vigan ; une ti-oiièmo au nord vers le Morvan.
On retrouve des roches granitiques dans les Vosges, avec les indice? du terrain dévonien, puis en Provence, entre Toulon et Antibes. Quant à celles qu'on remarque dans les Alpes , sur la direction N. N. E., elles ont traversé le calcaire jurassique et se sont épanchées au-dessus , § 205; elles sont donc postérieures à cette formation.
La formation houillère, § 237 à 244, se voit en Belgique ainsi que dans la Prusse rhénane ; elle se trouve en France autour du plateau central et à sa surface, puis en Poitou, en Bretagne , dans le Cotentin ; enfin on en revoit des traces au sud-est de Toulon.
Quant à la formation pénéenne, § 247, elle n'offre en France que le grès rouge , dont il y a de faibles traces dans les Vosges. Le grès vosgien , plus étendu , ne s'est encore trouvé que dans la contrée dont il a pris le nom et sur les bords du duché de Bade.
Le trias , § 250 , se trouve avec ses trois parties dans cette contrée, où il occupe un espace assez considérable. Ailleurs il n'offre le plus souvent que les grès ou les marnes irisées , comme dans la Manche, l'Allier, la Corrèze, le Tarn, l'Hérault, l'Aveyron, puis dans les Pyrénées ; on retrouve les grès et les calcaires dans le Var.
% 324. Régions post jurassiques. — Dans la région basse dont Paris est le centre , on trouve successivement , sur les pentes des dépôts jurassiques , les deux formations crétacées , § 271 à 282 , dont la supérieure se prolonge en Normandie sous des dépôts superficiels. Par-dessus vient le calcaire parisien , § 283 , qui se prolonge en Belgique , puis la molasse, § 289 , qui s*étend jusque vers le Poitou et la Marche. Cette dernière forme même une multitude d'îlots sur le calcaire jurassique , qui , d*un côté , vont rejoindre la Rochelle , et de Tautre, se lient à des dépôts analogues de TAuvergne. Les dépôts subapennins , § 295, ne se montrent qu'au nord , en flaques nombreuses, au sommet des montagnes de la haute Normandie.
La région de la Guyenne présente au nord le terrain crétacé inférieur , puis un petit dépôt de calcaire parisien autour de Bordeaux; la molasse s'étend ensuite jusqu'au pied des Pyrénées , d'où elle va rejoindre , par un canal étroit , les dépôts analogues de la vallée du Rhône ; toute la partie occidentale est formée de terrains subapennins. A la limite sud du bassin , les Pyrénées nous offrent de nouveau les terrains crétacés intérieurs , avec un léger dépôt supérieur à l'extrémité orientale. Ces deux formations se retrouvent au delà du dépôt dévonien , sur la frontière d'Espagne.
Le. Dauphiné et la Provence nous offrent de grands dépôts du terrain crétacé inférieur , où la formation néocomienne est surtout très-développée. La craie supérieure ne se trouve qu'autour deBarcelonnette, d'où elle se prolonge en petits dépôts jusqu'à Port- Maurice. Il n'y a pas do traces de calcaire parisien, et l'on ne trouve que la molasse étendue dans tout le bas de la vallée du Rhône et en Suisse. Les dépôts subapennins s'étendent de Valence jusque très-haut dans la vallée de la Saône ; on les retrouve en Suisse à la hauteur de Bâle , et au sud , dans la Provence , entre Aix et Sisteron ; enfin on en voit le commencement à l'est de Turin.
Les dépôts diluviens, § 302 , outre qu'ils se trouvent sous forme de dépôts erratiques dans une multitude de localités , se présentent encore dans toutes nos grandes vallées, surtout dans celles du Rhin, du Rhône, du Pô, etc., où ils sont souvent peu distincts des alluvions modernes, qui ont formé les deltas, les cordons littoraux et les plages de sable. Ce sont ces derniers dépôts qui se manifestent le plus communément, depuis l'embouchure du Rhône jusqu'à Perpignan, de Rayonne à la Rochelle, de Calais jusqu'en Hollande , etc.
Les dépôts volcaniques se trouvent depuis l'Auvergne jusqu'au milieu du Languedoc , puis aux environs de Brignoleset de Toulon; mais les centres principaux d'éruption, offrant des trachytes, des basaltes et des laves, se trouvent autour de Clermont, au mont Dore, au
I ÉPOQUES BELATIVBS DES SOL'LËVEMENTS. 285
Cantal, au Mezin, dans le Velay et )b Vivaraia. On trouve d'autres centressur les bords du Rhin, â la hauteur deCoblenlzetdeCiaasel.
V AGES RELATIFS DES PniNCIPALE9 CATASTROPHES DU GLOBB.
^§3^S. Bemartiuea prcllmlnalreit, Si la terre n'avait jul^is subi aucun bouleversement , les couches siidimentaires dont se compose son écorce solide, rigoureusement concentriques, se recouvriraient toutes successivement, et la dernière, enveloppant toutes celles qui l'ont précédée, se trouverait eile-mêrae sous les eauï., qui s'étendraient en une mer sans bornes. Il n'y aurait dès lors aucune terre visible , et le genre humain n'existerait pas ; d'où il suit qu'avant toute création terrestre , il est d'absolue nécessité que le globe ait été le théâtre de diverses catastrophes . pour élever successivement les terres au-dessus des eaux , et établir un ordre de choses plus ou moins analogue à celui que nous voyons. 11 fallait que l'aride parût, et l'observation nous permet d'ajouter, il fallait qu'il parût par portions successives pour déterminer toutes les variations de nature, de forme, d'humidité, de sécheresse, dont l'ensemble devait procurer à l'homme la somme de bien-être que le Créateur lui destinait ici-bas. La recherche des apparitions successives des terres est un des plus beaux points de vue sous lesquels on puisse envisager la géologie; et nous devons à M. Elle de Beaumont de nous avoir ouvert la route , en établissant l'ordre chronologique des principales catastrophes arrivées en Europe , et autour desquelles se grouperont tous les faits du même genre. N'a us allons duDuer une idée générale de ce travail; mais, avant de raconter ces grands événements, il est bon de faire voir comment on parvient à les distinguer les uns des autres.
g 326. Lorsque nous voyons quelque part des couches sédimenlaires inclinées, nous pouvons prononcer qu'elles ont été dérangées de leur position originaire , et qu'il y a eu soulèvement , g (52 à 171. L'époque de cet accident reste d'abord indéterminée; mais si , au pied des proéminences plus ou moins élevées que ces couches redressées produisent , nous trouvons d'autres sédiments , a, b, c, etc., ûg. 35i, en couches horizontales appuyées contre les f^g j5^, précédentes, il devient évident que le
soulèvement des premières a eu lieu - ,, avant la formation des secondes, qui !. a se trouvent encore telles qu'elles ont été produites sous les eaux. Nousavont jots un ternie de comparaison , et si nous parvenons à reconnaltit
l'âge relatif du dépôt horizontal , nous avons aussi une ^[)oque relativement déterminée de la catastrophe q.ui a produit le redressement de l'autre. Or, partout on reconnaît de ces différences de stratification sur les flancs des montagnes, et Ton observe alors que les divers dépôts sédimentaires ne sont pas indifféremment dans Tune Fig. 355. ou Tautre des positions. Dans cer-
tains lieux, on voit, par exemple,
'^ le terrain a redressé, fig. 355, et le
a terrain 6 horizontal. Dans un autre,
o et 6 sont redressés à la fois , Rg. 356 , et c'est le terrain c qui est horizontal ; dans un troisième, a, 6, c sont relevés ensemble, et un autre terrain d s'appuie horizontalement sur eux , fig. 357 , etc.
Fig. 356. Fig. 357.
On conclut nécessairement de ces observations qu*un premier soulèvement s'est fait après la formation de a et avant celle de 6 ; qu'un second s'est fait entre 6 et c , un troisième entre c tid, etc., et ainsi de suite, chronologiquement, tant qu'on en observe.
§ 327. Système de scaléTemeiit. — Remarquons maintenant que si la position inclinée des couches sédimentaires nous révèle rexistcnce des soulèvements, la direction de ces couches, qui n'est autre chose que celle de la ligne de faîte produite par leur bombement, ou la crôte qui résulte de leur rupture, § 467, nous montre Talignement qu'a suivi le phénomène. De là il suit qu'on peut à volonté prendre un des faits pour l'autre comme base d'observation , et que les directions diverses des chaînes de montagnes sont aussi les indices de diverses sortes de soulèvements. En effet, d'un côté , il est parfaitement établi que l'inclinaison des couches est en relation intime avec la direction des chaînes, sauf les perturbations qui résultent des croisements ; de l'autre, on sait que le phénomène du redressement d'un nombre de couches déterminé s'étend aussi loin que la chaîne elle-même. Il est également constaté que les chaînes parallèles correspondenten général à la môme époque desoulèvement ; c'est-à-dire que dans ces chaînes ce sont les terrains du même âge qu'on trouve partout redressés , et que les suivants sont placés horizontalement. Il suit de cette circonstance qu'un soulèvement ne s'est pas fait purement sur une ligne mathématique, maissur une bande de terrains plus ou moins large, sur laquelle il s'est mani-
f KPOQUES KELATIVES DES SOIILEVEHENTti 287
feslé par plusieurs créles parallèles. Remarquons aussi que la même ligne n'est pas toujours continue d'un bout à l'autre, qu'il s'y trouve çà el Ih des parties hautes el des parties basses , et que celles-ci sont souvent cachées par des dépôts postérieuis; c'est donc l'alignement des diverses crêtes élevées qu'on doit prendre pour direction.
L'ensemble des directions sur une même ligne, et des directions parallèles, forme ce qu'on nomme un sysléme de soulèvement, expression synonyme de système do fractures, système de couches redressées, et même système de montagnes, mais dans un sens plus déterminé qu'en géographie. Four désigner les différents systèmes, on a emprunté des dénominations aux lieux où chacun d'eux se Irouve particulièrement développé : c'est ainsi (pi'on dit système des l'j/rénées, sysléme des Alpes occidentales, etc.
Les diverses catastrophes qui ont eu lieu à la surface du globe paraissent toujours avoir été brusques. En effet, loin des lieux où la discordance de stratification se manifeste, on trouve souvent les mêmes dépâls en stratilication concordante, et même liés entre ens par des passages graduels ; d'où il suit que la sédimentation n'a pas élé suspendue, que le mouvement du sol a été local, et que l'intervalle pendant lequel il s'est opéré a dû être extrêmement court. C'est ce qu'on voit clairement, par exemple, à l'époque du sysléme du Rhin, où le grès vosgien s'est trouvé soulevé sur une certaine étendue sans que le grès bigarré ait participé à l'action ; et cependant, à peu de distance, les deux dépôts arénacés, là où leur stratification est concordante , sont tellement liés entre eux que l'on ue sait où l'un commence et où l'autre finit. II en est de même des terrains crétacés ; si plusieurs de leurs dépôts sont discordants en quelques points, ils sont tout à fait concordants ailleurs, et ils offrent alors de tels passages de l'un à l'autre qu'on les . a longtemps confondus en une seule formation.
§ 32R. TerralDB ■Mkmcrséa et décoaTcrta. — Les couches sédimenlaires appuyées horizontalement sur les flancs des montagnes, annoncent que les mers sont venues battre au pied des escarpements produits par les soulèvements antérieurs ; de là les expressions de mer de tel ou tel terrain, comme mer crétacée, mer jurassique, etc., qui indiquent les eaux sous lesquelles chacun de ces dépôts sédimentaires s'est formé. L'absence d'un dépôt, sur une étendue plus ou moins considérable, nous indique que le terrain précédent était alors au-dessus des mers, et y formait une lie ' plus ou moins élevée. C'est ainsi que le plateau central de la France a dû être à sec dès les époques les plus reculées, et qu'au moment ■ de ia formation parisienne, la plus grande partie de l'Europe mémo
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devait itre découverle , puisque nous voyons à peine quelque» tracM de ces dépâU ailleurs qu'aux environs de Paris oii <ie Burdoaux. Hais il arrive aua^ que les parties qui se trouvaient à ^ on un certain mauieot ont été ensuite recouvertes par des sWiinonU plus modernes, d'où il faut conclure qu'elles se sont affaissées pour recevoir ces nouveaux dépôts : c'est par de tels affais^ menu que certaines catastrophes sont surtout caractérisées.
g 339. Dlreetlan d«a dinn BratèmeH. — Les sOulèvuMnli
jusqu'id classés se distinguent éminomnicnt par leurs direcliom, cl c'fel pour en donner une idée que nous les avons tracées, Sg. iS^. bien que pour cela il eût été convenable derapporter toutes les dirwlions au méniL' méridien, ce qui est impossible dans une seule Bgur;.
ÉPOQUES HELATIVES DES I
L'urdre'de succesaion et les directions exactes, ilu moins i^ti moyenne, sont indiqués dans le tableau suivant ;
("SoDl*vmieiil[VBndcel N -N.-o. rapprlé k Vaiities
3" — (T.ongmyDd N.ïS"E, — i \annes
*■ — (Morbihan) O.ïB-N. ~ a Vannes
(Hundsrucli) O. 3l°S. — au BineCfioch