‹ Minéralogie micrographique roches éruptives françaisesChapitre 8 sur 150 · POUR L OBSERVATION MICROSCOPIQUE · texte numérisé non relu

POUR L OBSERVATION MICROSCOPIQUE

Les roches, destinées à être étudiées au microscope, peuvent être mises souâ forme de poudre ou sous forme de lames minces; nous allons décrire sucessivement la façon de les préparer dans l'un et l'autre cas. Poudres. La préparation d'une poudre est à peu près celle qui a été employée

par Gordier. On commence par pulvériser la roche dans un mortier d'agate, si elle est de dureté moyenne, ou préalablement dans un mortier d'Abich, si sa dureté est très grande, en ayant soin de procéder par écrasement et non par trituration; on tamise au tamis de soie très fin (fils écartés de 0"'.002 à O^.OOS). Deux tamisages sont nécessaires; dans le premier, on recueille la poudre qui passe et on rejette ce qui reste sur le tamis; dans le second, au contraire, on rejette les parties qui passent les premières, à cause de leur trop grande finesse. On dépose alors la poussière recueillie en un petit tas sur une lame de verre; on y verse trois ou quatre gouttes d'une dissolution de baume de Canada dans le chloroforme ou plus simplement dans la benzine (environ 2/3 de baume et 1/3 de benzine) . Il vaut mieux se servir d'une dissolution de baume dans la benzine ou dans le chloroforme, plutôt que de baume rendu fluide par la chaleur : la dissolution mouille beaucoup mieux les poudres et fournit plus facilement des préparations exemptes de bulles d'air. On recouvre ensuite le tout d'une plaque de verre mince, sur laquelle on exerce avec le bout du doigt une pression qui éparpille la poudre. On dépose alors la préparation à plat et

Ofn la charge jusqu'à parfaite dessication, c'est-à-dire pendant quelques jours, avec une balle de plomb cylindrique qui maintient l'adhérence.

Les inconvénients de cette méthode sont les suivants : les cristaux sont brisés, l'agencement mutuel des divers minéraux composant la roche est détruit, ce qui rend indistincte la structure de celJe-ci; les cristaux, brisés dans le sens de leur clivage facile ont une tendance à se déposer à plat, d'où résulte l'impossibilité d'observer d'une façon complète leurs formes et leurs propriétés optiques. En revanche, l'étude microscopique des poudres présente certains avantages; il est toujours possible de mettre ce procédé en pratique sur le terrain et de se procurer ainsi immédiatement un grand nombre de données sur les roches que l'on recueille; la méthode permet donc de jeter de la sorte un coup d'œil sur un grand nombre d'échantillons dans un laps de temps très court. Elle est, en outre, très commode pour observer les réactions chimiques et les résidus provenant de l'action des réactifs; c'est naturellement la seule possible pour les matières pulvérulentes du genre des sables ou des cendres volcaniques; elle permet de reconnaître et d'étudier les inclusions, si fréquentes dans certains cristaux. Ënhn, par cela même que les cristaux concassés se brisent suivant leurs faces de clivage, on a là un moyen sûr et facile de pouvoir observer les propriétés optiques de certaines faces cristallines bien déterminées et généralement importantes, tandis que par le procédé de la taille en lames minces, les cristaux d'une roche sont coupés dans toutes sortes de directions et l'orientation d'une section en particuher n'est jamais connue qu'approximativement.

Sans entrer ici dans la description détaillée de la préparation d'une Plaques minces, plaque mince, nous nous bornerons à en mentionner les principales périodes. En ces sortes d'études, une ou deux journées passées dans l'atelier d'un préparateur habile et un petit nombre de tentatives personnelles en apprendront beaucoup plus qu'une description écrite, quelles que soient son étendue et sa minutie.

On fait choix d'un fragment plat d'environ 2 centimètres de côté; ce Échantiuonnage.

fragment est obtenu soit par un coup de marteau donné adroitement, soit par un sciage.

Le sciage s'exécute à l'archet, au moyen d'un fil de fer tendu sur un arc en bois qu'on manœuvre sur la pierre, solidement maintenue et arrosée par un mélange d'émeri et d'eau. On peut aussi employer une sorte de scie circulaire ou fraise, consistant en un disque de fer mû mécaniquement et animé d'une grande vitesse, auquel on présente le bloc à découper. Ce système a le désavantage de pratiquer des entailles très larges et irrégulièrement béantes.

Usure Le fragment convenable étant, détaché, on en use une face sur un

a première ace. ^^^^ ^^ fontc., dc ziuc OU dc glacc rccouvcrt d'émcH, dont la grosseur varie en raison de l'avancement plus ou moins grand du polissage. Au lieu d'un pareil plan, il est préférable d'employer une petite meule en grès, dont la partie plane sert à l'usure; dans ce cas, il convient de terminer le polissage avec des poudres déposées sur un plan fixe, ou sur le plateau d'un tour d'opticien (disque plan, vissé sur un axe vertical; le mouvement est communiqué par une poulie, sur laquelle s'enroule une corde de buffle, entourant une roue horizontale à grand diamètre, mue par une manivelle) . Nettoyage et collage Cette prcmlèro facc étant parfaitement polie, on la nettoie et on la

e apremi re ace. ^^y[q gur un petit morccau dc glacc de quelques centimètres de diamètre, offrant assez d'épaisseur pour que l'opérateur puisse sans danger tenir la glace à la main, quelle que soit la minceur du fragment de roche. Ce collage se fait au moyen d'arcanson ou de baume de Canada cuit, qu'on dépose sur le plan de verre préalablement chauffé, et sur lequel on glisse le fragment, en appuyant fortement la face polie. L'adhérence est parfaite, quand on a vérifié qu'en regardant par transparence à travers le plan de verre, il n'existe pas la moindre bulle d'air interposée, dont la présence provoquerait infailliblement le décollement de la préparation.

Le baume de Canada est facile à manier, quand on l'emploie en petits culots, déjà cuits et solidifiés à l'extrémité d'une baguette de verre ; on l'obtient sous cette forme, en chauffant à une douce température le baume sirupeux du commerce, de façon qu'il donne à peine quelques vapeurs pen-

dant une heure environ ; il convient de faire cette cuisson dans un creuset de 30 centimètres cubes de capacité, en platine ou en porcelaine. Lorsqu'on s'est assuré, au moyen d'une prise d'essai, que le baume se solidifie, on plonge une baguette de verre au centre du creuset, et on la maintient verticale pendant le refroidissement. Quand le baume est solidifié, on réchauffe brusquement les parois du creuset, et le culot, fixé à la baguette, sort tout entier. Il faut préserver le culot, ainsi obtenu, du contact de la poussière et des doigts.

Pour amener le baume à la température de fusion, on chauffe directement les plaques de verre et onles touche ensuite avec le baume, qui fond et se répand à leur surface. Il faut éviter la production de bulles de gaz et, d'autre part, amener le baume à un degré de fusion parfaite; on peut •

employer commodément pour cet usage une plaque épaisse de métal aplanie, préalablement chauffée, par exemple un fer à repasser. On dépose sur la surface plane un verre mince enduit de baume, qui sert pour ainsi dire de témoin : tant que le baume bouillonne, la température est trop élevée; quand le dégagement de gaz cesse, on a plusieurs minutes pour opérer à une température convenable.

On procède alors, sur le tour d'opticien et comme précédemment, au ponssage polissage de la seconde face, en ayant soin de se servir de plateaux diffé- ^^ ^* seconde face. renls pour chaque grosseur d'émeri. Quand les disques ne sont plus plans, il faut les redresser en les frottant l'un contre l'autre. On termine le polissage de la seconde face en la frottant doucement à la main sur un disque immobile et recouvert d'émeri excessivement fin. Il convient auparavant, et seulement pour cette dernière partie de l'opération, d'enlever, avec un canif émoussé et par quelques lavages à l'alcool, l'excès de baume qui entoure la plaque mince ; les grumeaux qui en proviennent pourraient arracher une partie de la préparation ; grâce à ce tour de main, on peut facilement pousser certaines plaques à un état de minceur extrême.

La lamelle est près d'être achevée dès qu'on peut lire au travers ; quand elle est terminée, son épaisseur varie de i à 3 centièmes de millimètre.

Transport et collage définitif.

Cas particuliers.

selon les cas. Les couleurs du feldspath, entre les niçois croisés, doivent être alors d'un gris bleuâtre.

On chauffe doucement le plan de verre et la préparation qui y est fixée; on décolle celle-ci en la faisant glisser tangentiellement avec une petite spatule de bois, sur le plat de laquelle on enlève délicatement la plaque mince, une fois qu'elle a dépassé le bord de son support ; on la nettoie à la benzine et on la porte sur une plaque de verre enduite de baume de Canada préalablement solidifié, mais qu'on liquéfie de nouveau par la chaleur au moment de s'en servir ; on recouvre à chaud par une seconde plaque de verre très mince, et dès lors la préparation, qui se refroidit immédiatement, est prête à être examinée.

Lorsque la plaque mince est très fragile, il convient d'en opérer le nettoyage sur la glace même, qui a servi de support pendant le polissage ; pour cela, on chauffe doucement cette glace, on verse sur elle quelques gouttes de benzine et on les décante. On répète trois ou quatre fois cette opération, puis on fait évaporer lentement l'excès de benzine. La plaque mince se trouve ainsi lavée et détachée. Sur le verre qui doit servir de support définitif, on dépose du baume de Canada, à la façon ordinaire ; on trempe dans ce baume fondu le bout d'une baguette d'ivoire ou de verre. La baguette, ainsi préparée, est appliquée légèrement contre la préparation qu'elle attire, et reportée ensuite sur le verre définitif; la lame mince se détache alors et s'enfonce dans le baume qu'on a soin de maintenir à sa température de fusion. Il ne reste plus qu'à couvrir la préparation d'un verre mince.

Quand on doit préparer des échantillons de roches très peu cohérentes, on a la précaution, avant de les user, de les laisser séjourner pendant un certain temps dans du baume de Canada, rendu très liquide par la chaleur. Celui-ci pénètre dans les pores, s'y durcit, et on continue alors l'opération comme sur une roche compacte ; dans ce cas, on décolle, à froid et au moyen de la benzine, la préparation une fois polie. Cette opération demande beaucoup de dextérité et n'est pas toujours possible. On peut encore conserver, comme porte-objet définitif, le morceau de glace qui

a servi de support pendant le polissage de la seconde face ; seulement on le débarrasse difficilement des grains d'émerî, même après avoir doucement frotté avec un pinceau imbibé d'alcool.

On peut aussi employer la gomme-copal dissoute dans un mélange d'essence de lavande et d'alcool, pour consolider les préparations de matières sans cohésion. On les imbibe de cette dissolution que l'on évapore ensuite à chaud; puis on opère comme d'habitude, en collant la préparation avec du baume de Canada. L'avantage principal de ce procédé est que la gomme-copal est beaucoup moins soluble dans la benzine que le baume, de telle sorte qu'on peut décoller la plaque mince, sans dissocier les parties agglutinées.

Pendant le polissage, de quelque façon qu'il s'exécute, l'opérateur pourra acquérir de précieuses données sur la dureté de son échantillon, la diversité d'éclat des minéraux qu'il contient, enfin sur la présence de certains éléments, tels que le fer oxydulé, la pyrite et en général tous les minerais métalliques qui, même réduits au dernier degré de minceur, restent complètement opaques sous le microscope.

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