CHAUX CARBONATÉE
Syn. Chaux aérée, Bergm . — Carbonate de-chaux. — Spath calcaire , pierre calcaire. — Marbre.
Caractères : soluble avec effervescence dans l’acide nitrique , réductible en chaux par l’action prolongée de la chaleur.
Forme primitive et molécule intégrante : le rhomboïde obtus dont les angles plans ont envi-
minér. 3
ron ioi° 3a’ et 78°, 27’ ; incidence de deux faces l’une sur l’autre io4° 28’ et 7 5° 3i\ Susceptible d’un très-grand nombre de modificatiôns déterminables. (Haüy en décrit i54, Traité, 2e édit. ; et Bournon en porte le nombre à 616 , Traité complet de la chaux carb. , 3 vol. in-r^0. ) v Formes indéterminables (1) ; cristaux imparfaits : rhomboïdes convexes, lenticulaires , spiculaires : S. canaliculés ; cylindroïdes conjoints ou divergens {madrèporite') ; aciculaires : A. radiés , A. conjoints ; fibreux conjoints. Amorphes: laminaire ; lamellairè-, saccharoïde ; granulaire ; compacte ; dendritique ; schistoïde ; globulaire ( oolithe ) ; grossière, coquillère ; crayeuse ; spongieuse ( moelle de pierre , agaric minéral) ; pulvérulente ( farine fossile , lait de lune. )
Formes imitatives : fistulaire ; cylindrique ; conique ; renflée ou fongiforme ; stratiforme ; tuberberculeuse ; mamelonnée ; globuliforme-testacée ; géodique ; incrustante; sédimentaire ; pseudomorphique , figurant des cames, des cornes d’ammon, des térébralules , des oursins , des cérites , des bélemnitcs , etc. Ces diverses modifications portent vulgairement les noms de stalactite , stalagmite , albâtre calcaire , pisolithe , ostcocolle , tuf calcaire , etc.
Rayant la chaux sulfatée , rayée par la chaux fluatée.
Voyez, pour les déterminations de ces formes, pag. 6 et suiv.
Pesanteur spécifique : 2,7.
Fortement électrique par la pression : dans les fragmens transparcns, le simple contact suffit pour développer l’électricité vitrée.
Transparente, translucide ou opaque.
Réfraction double très-marquée , même à travers deux faces parallèles.
Limpide ; blanche; grise ; noire ; jaunâtre: orangée ; rose ; rouge ; violette ; bleuâtre ; bleue ; vertsombre ; brune. , .
Composition : Chaux, 56 ; acide carbonique, 44-
L’existence comme les usages de la chaux carbonalée sont extrêmement multipliés : aucun terrain n’en est déjpmrvu ; les uns l’admettent comme partie constituante , dans d’autres elle est principe exclusif. Presque toutes les eaux en tiennent en dissolution, et quelquefois les quantités y sont telles que la seule évaporation suffit pour en décider la précipitation , ce qui donne naissance aux incrustations , aux concrétions, aux pseudomorphoses calcaires.
L'un des premiers usages auxquels on a soumis la chaux carbonatée compacte, fut sans doute la taille; celte substance, par ce moyen, est devenue l’un des meilleurs matériaux de la construction des édifices : toutes les variétés peuvent y concourir, mais on donne , avec raison, la préférence aux masses dont le tissu offre le plus de solidité, à celles dont le grain est le plus fin et le plus serré. Les cavités sou-
terraines d’où l’on détache des masses de calcaire compacte , se nomment carrières ; et c’est~uv qu’on les débite qn blocs ordinairement cubiques , avant de les amener au jour où on leur fait subir une seconde coupe plus régulière et subordonnée à la destination des pierres.
La facilité et la netteté avec lesquelles , sous le ciseau de l’artiste , les masses de chaux carbonatée peuvent prendre les formes les plus pures et les plus délicates , auront probablement, dès les premiers âges de la civilisation, fait penser à l’employer comme moyen de perpétuer, par une heureuse imitation , des traits chéris , pour éterniser le souvenir de grands services rendus ^pour transmettre aux générations des images durables des divinités qui furent successivement les objets du culte de différens peuples. Des statues ornèrent les temples, les monumens publics et les palais; <^s meubles élégans et solides décorèrent les habitations : on a choisi , pour les premières , le calcaire ou marbre le plus pur et le plus blanc , tel que l’ont fourni aux anciens les carrières de Paros et de Carrare; pour les autres on a varié les couleurs selon le goût et les besoins , et tous les marbres ont été admis. Les carrières de l’Âttique ont produit le cipolin ; le bleu antique fut trouvé par les Romains dans celles de Uztcmma en Toscane , d’où on le tire encore ; le vert et le jaune antiques s’exploitaient près de Lacédémone ; on mettait à contri—
bution les carrières de l’Asie et de l’Afrique pour d’autres variétés. Les principaux marbres exploités et mis en œuvre actuellement , sont : le gris , à Elvire, Aix , etc. , etc. ; le gris-jaunâtre, à Château- Laudon ; le gris veiné de blanc , à Sainte-Anne , Saint-Remy , Grimonville , Angers ; le gris veiné de rouge , à lion ; le grisâtre , taché de jaunâtre et veiné de rouge , à Marquise ; le grisâtre veiné de jaune et de noir à Aste ; le noir veiné de blanc , à Barbançon ; le noir veiné de jaune, dit portor , à Saint-Maximin ; le noir pur, à Namur, Theu, Spa, Osnabruch ; le jaune pâle , dans la Hesse ; le jaune veiné de gris à Troncas, Sienne ; le jaunâtre veiné de gris, de blanc et de vert, à Sky ; le rougeâtre, à Molina; le rouge , à Saint-Romain; le rouge coquillier, à Vérone; le rouge veiné de blanc, à Givet, Rochepot , Rancé , Antin ; le rouge veiné de blanc et de gris , à Left ; le rouge veiné de noir , à Naquera ; le rouge bariolé de jaune et de bleuâtre , dans le Bourbonnais ; le rouge veiné de vert et de grisâtre à Campan ; le vert , à'Pralo ; le vert veiné de rouge et de blanc , à Saint-Bertrand ; , le vert tacheté de gris , à Bergame ; le vert veiné de blanc et de rouge , à Campan ; et tant d’autres variétés qu’il est prcsqu’iinpossible d’énumérer. Les jnarbres riches en débris de coquilles sont distingués par le surnom de Lumachelles. Le marbre se travaille à la scie , au ciseau et au tour , ordinairement à l’aide de sable humecté ; on l’aplanit avec
divers espèces de grès , on l’adoucit avec la pierre ponce , puis on le polit avec un mélange jl’os calcinés, réduits en poudre t rès-fine et d’un peu d’alun. Cette méthode employée pour les marbres blancs qu’il faut chercher à préserver de l’imbibition de tout corps tâchant, serait insuffisante pour les marbres colorés qui sont beaucoup plus durs ; alors on a recours à l’émeril : on en frotte les surfaces, au moyen d'une masse de plomb, et l’on donne le dernier lustre avec un linge imprégné successivement d'un mélange de deux parties de ‘limaille de plomb et d’une d’alun , puis de potée d’étain. Depuis que , dans l’art de la verrerie , l’on a substitué à la soude naturelle, cet alcali obtenu de la décomposition du sel marin, le calcaire est entré en proportions assez considérables dans la composition du verre; il s’est établi pour cela un choix dans la qualité de la pierre qui l’a fait rechercher et en a augmenté la valeur. On emploie aussi dans le travail des minérais de fer, comme principal fondant , la chaux carbonatée connue aux forges sous le nom de Castine.
Une variété de chaux carbonatée compacte qui paraît destinée à jouer un très-grand rôle dans la propagation des arts du dessin et de l’imprimerie , est celle que l’on trouve dans les environs de Munich. Un heureux hasard a procuré à Snefelder, l’occasion de découvrir dans cette variété , la propriété singulière de multiplier les épreuves des traits
ou caractères dessinés sur la pierre avec un crayon gras. Le nouveau mode de gravure résultant de cette découverte , a été nommé lithographie , et peut , dans une foule de circonstances, être substitué avec succès à la gravure sur cuivre.
Un homme, d’un génie spéculatif, ayant remarqué avec quelle promptitude s’opéraient les incrustations sédimentaires aux sources de Saint-Philippe en Toscane, crut qu’on pourrait en profiter pour produire à volonté toute espèce d’empreintes et de reliefs ;*ii imagina de faire tomber goutte à goutte, l’eau de ces sources , sur des moules disposés à cet effet, et il obtint, au bout de quelques mois, un dépôt calcaire assez épais pour conserver, après être détaché du moule r toute la solidité convenable. On sait qu’en d’autreS endroits , il suffit de déposer dans l’eau de certaines sources, des fruits, des matières végétales, et même des dépouilles animales,. pour les retrouver quelque temps après, entièrement encroûtés de chaux carbonatée dont les molécules ont conservé avec une fidélité admirable tous les contours des objets déposés.
La peinture en détrempe fait une consommation assez grande de chaux carbonatée réduite , par la trituration et le broiement avec de l’eau , en pâte d’une grande finesse , dont on forme des pains qu’on laisse sécher et qui , dans cet état , portent Je nom de blanc de Troyes, blanc d’Espagne ou craie. On
peut fabriquer avec ces pains , des crayons , en les taillant en prismes très-allongés.
La craie devient d’un usage plus important et plus étendu dans l’agriculture ; elle est l'une des trois substances dont les justes proportions paraissent être indispensables pour obtenir de la terre tous les fruits quelle peut produire; elle absorbe avec avidité , retient d’abord , puis distribue uniformément, lorsque le besoin s’en fait sentir, l’humidité versée par l’atmosphère. On a observé qu’elle favorise et développe au moyen de la chaleur qu’elle conserve , la fermentation des engrais ; que par l’extrême ténuité à laquelle peuvent être réduites ses molécules , elle augmente considérablement les facultés végétatives des plantes ; aussi voit-on le cultivateur soigneux s’empresser d’apporter sur les terrains trop riches en argile comme en sable , les proportions de calcaire qui leur manquent. L’action continue de l’air et de l’eau , opère à la longue ce que ferait aussitôt une force mécanique quelconque , la division des particules ; et c’est autant de main-d’œuvre épargnée.
La chaux carbonatée , dépouillée de l’acide carbonique qui la portait à l’état de sel, et réduite à celui de chaux ou d’oxide de calcium des chimistes, lorrne la base de tous les mortiers ou bétons. Pour enlever à la pierre son acide , il ne s’agit que de la soumettre à une température fort élevée : la chaleur » • .
volatilise l’acide carbonique et la base reste isolée. Cette opération se pratique en grand dans des fours auxquels on donne la forme de' cônes renversés. Le fourneau se trouve à l’ouverture inférieure ; on y place d’abord de la houille môlée„de menu bois pour l’allumer; on ajoute un lit de pierre calcaire , puis un lit de combustible, et ainsi alternativement jusqu’à ce que le foiy s.oit rempli ; quand la cuisson est terminée , la pierre calcinée et entièrement refroidie , on enlève les barreaux du fourneau , et la chaux s’écoule par cette ouverture. Lorsqu au lieu de houille * on est forcé d’employer le bois à la cuisson de la pierre , on donne au four une Tonne cylindrique , et la combustion du bois s’opère dans le fourneau ; on dirige le feu de manière à ce que la flamme parcourrc alternativement tous les interstices que laissent les pierres entre elles , afin que l’action du feu soit autant uniforme que possible.
La pierre fournit selon son degré de pureté ou selon l’état d’agrégation de ses molécules , des chaux maigre ou grasse ; la première a rarement une couleur blanche ; elle absorbe peu d eau lorsqu on l’éteint , et conséquemment augmente peu en volume ; elle exige peu de sable pour la confection du mortier , mais elle jouit de la propriété de se durcir considérablement et en très-peu de temps , à l’air comme sous l’eau. La chaux grasse durcit rarement sous l’eau ; mais elle absorbe , par son extinction , près de trois fois son volume de ce li-
Digitize
quidc ; elle peut admettre le mélaDgc d’une grande quantité de sable, niais le mortier qui en résulte a peu de solidité, et ne saurait être employé que dans la maçonnerie qui ne doit opposer qu’une faible résistance , soit- aux fardeaux, soit aux intempéries. On doit suivre , relativement à la préparation et à l’emploi de la chaux, dans les constructions, les excellons préceptes de lord St^ihope.
Le badigeon dont on recouvre les murailles , n’est autre çliose qu’un délayement de chaux dans une quantité d’eau suffisante pour en former une bouillie claire : on l’applique à la brosse. Celte coûche de chaux , absorbant insensiblement l’acide car-> bonique de l’air, repasse à létal de carbonate, et récupère sa dureté primitive.
Ainsi que son carbonate , la chaux est employée avec succès à l’amendement de certaines terres de culture; mais, à cause de la grande causticité de celle dernière , son usage exige beaucoup plus de précaution. La chaux est encore d’une grande utilité dans beaucoup d’autres arts : c’est à son action que le tanneur doit la dépilation ou le débourrement des peaux ; le savonnier, la causticité des lessives alcalines auxquelles la chaux enlève l’acide carbonique qui les neutralisait.
Celle substance , douée de la propriété de s’opposer aux ravages de la putréfaction, en préserve, jusqu’à un certain point, les matières animales : dans lelü pays où l’industrie s’attache à dessécher le
poisson , l’on a soin de le saupoudrer de chaux éteinte à l'air. L’eau , saturée d’autant£«htl<jchaux qu’elle peut en dissoudre , sert au fabf-iqiiant de colle-forlc à bien dégraisser et nettoyer les matières animales qui font la base de ses fabrications ; dans l’art de la teinture , elle donne le pied à certaines couleurs ou,lcs avive ; elle procure au rafïineur une liqueur désacidifiante qui favorise la cristallisation diusucre.
Mais il est temps de mettre un terme à celte énumération des usages du calcaire; peut-être même la trouvera-t-on déjà trop longue. Cependant, comme il est un des minéraux dont les propriétés utiles sont généralement reconnues , il était assez difficile de garder le silence sur les principales 'entre elles.
APPENDICE. . -
Chaux carbonatée unie à différentes substances qui en ont altéré la nature , sans la changer totalement.