Fer
Les éléments impondérables sont des fluides incoercibles, à l'hypothèse desquels on est forcément conduit par les phénomènes de la chaleur, de l'électricité et de la lumière, dont les mouvements exigent nécessairement la présence d'un corps, soit pour la production, soit pour la transmission.
§ 5. caractère des corp» bruts. Origine. — Les corps bruts se trouvent souvent dans la nature sans qu'on en connaisse l'origine; ou bien ils se forment immédiatement chaque fois que quelques particules élémentaires, se trouvant en présence, peuvent librement agir l'une sur l'autre et céder à leur affinité mutuelle. Il s'en fait tantôt une espèce, tantôt une autre, suivant les cas fortuits de rencontre des divers éléments, et même à notre volonté, puisque nous pouvons en composer beaucoup d'artificiels.
Forme non essentielle. — Une fois constitués, plusieurs de ces corps peuvent se trouver indifféremment à l'état solide, à l'état liquide, à l'état de fluide aériforme, suivant les circonstances dans lesquelles ils sont placés : c'est ainsi que l'eau, par exemple, est solide au-dessous de zéro, liquide au-dessus, et gazeuse à 1 00 degrés; c'est ainsi que le sucre, le sel commun, naturellement solides, peuvent être tenus à l'état liquide par la présence de l'eau, les résines par l'alcool, etc. De la, il résulte que la forme n'est pas toujours essentielle dans le corps brut, et que c'est par une nouvelle opé-
* Les métaux suivants, encore peu connus, terminent la liste générale : Di^me, Erbiura, Lanthane, Niobiuro, Pelopium, Ruthénium, Terbium; ils sont mélangés avec le cérium, l'yttrium, le tantale, le titane, le tungstène, etc.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES
ration, indépendante à la fois de la formation et de l'existence» qu elle vient à se manifester.
Accroissement indéfini et extérieur. — Le corps brut solide peut conserver le volume et la forme sous lesquels il s'est manifesté lors de sa formation ou de sa consolidation; mais il peut aussi s'accroître, et cela se fait toujours à l'extérieur, par une nouvelle agrégation de particules qui se groupent autour des premières et peuvent ainsi en augmenter indéfiniment la masse, Cet accroissement peut se faire d'une manière continue, mais il peut aussi être interrompu et repris successivement à des époques indéfinies, qui dépendent uniquement des circonstances extérieures.
Variation de formes. — Dans ces changements accidentels de volume, la forme du corps solide peut se conserver constamment la même, ou bien varier de toutes les manières, sans ordre comme sans époque déterminée. Elle peut être purement accidentelle» comme aussi elle peut tenir à une certaine propriété que possèdent les matières brutes de s'agréger sous diverses formes régulières et toutes géométriques, qui elles-mêmes peuvent varier à l'infini dans la même substance. Le même corps peut avoir d'abord une forme déterminée, puis en prendre successivement plusieurs autres, suivant les circonstances.
Pour s en convaincre, qu'on place, par exemple, un fragment irrégulier d'alun, suspendu par un fil, dans une solution convenablement concentrée du même sel, on le verra s accroître et prendre une forme régulière qui est généralement octaèdre. Qu'on le suspende alors dans une autre solution du même sel, dans laquelle on aura préalablement délayé de la craie, jusqu'à ce que l'effervescence ait très-sensiblement diminué» on le verra s'accroître encore et passer à la forme cubique. Si on le remet dans la première, il repassera à l'octaèdre en s'accroissant encore, etc. Enfin, qu'on le suspende au-dessous du vase, au bord d'une ouverture presque capillaire, par laquelle le liquide puisse suinter lentement, il s'accroftra encore par de nouvelles couches; mais alors il s'arrondira, s'allongera, et finira par prendre une forme conique irrégulière, par offrir ce qu'on nomme une stalactite.
Si l'on couvre le corps d'une légère couche de carmin, avant chaque immersion dans la solution, on distinguera facilement ensuite dans la masse les formes diverses qui ont eu lieu, et les accroissements successifs. Or il se présente souvent des circonstances semblables dans les corps naturels, et par là on reconnaît qu'ils ont éprouvé de même divers changements.
Existence indéfinie. Destruction. — Les corps bruts, une fois con*
stitués, peuvent exister indéfiniment : on connaît, en effet, dans les monuments, des matières qui ont plusieurs milliers d'années, et dont rien n'annonce la destruction prochaine. Ce n'est jamais que par l'action d'une cause extérieure qu'ils peuvent cesser d'être; mais il faut distinguer une destruction apparente et une destruction réelle. La destruction apparente est souvent une désagrégation pure et simple des particules qui avaient été réunies sous une forme ou sous une autre; la manière d'être est alors changée, le corps est devenu pulvérulent, il a été dissous, il a été mis en fusion, mais il n'a pas cessé d'exister*. La destruction réelle est le résultat d'une séparation, totale ou partielle, des éléments dont le corps est formé : c'est ce qui arrive, par exemple, dans la calcination de la pierre à chaux, qui perd alors l'acide carbonique; dans l'efflorescence d'une multitude de sels, qui perdent tout ou partie de leur eau de composition; dans l'azotate d'ammoniaque, matière solide qui se convertit en eau et en protoxyde d'azote par la chaleur. Les corps naturels nous offrent une multitude de destructions de ces diverses sortes.
§ 4. Caractère de* tmrpm vivant*. Naissance.— Les êtres vivants diffèrent essentiellement des corps brute par tous leurs caractères. Ils naissent toujours d'individus déjà existants et semblables à eux, et les espèces se perpétuent ainsi par génération, sans subir de modifications importantes; aucune circonstance ne donne lieu à ce qu'il s'en forme de nouvelles, et nous ne pouvons en produire artificiellement.
Forme essentielle et définie. — Dès que le corps vivant existe, il a nécessairement une forme propre et déterminée, parce que la vie exige les fonctions et les actions mutuelles de diverses parties qui ont des formes arrêtées, et dont les positions relatives sont rigoureusement ordonnées.
Accroissement limité et intérieur. — Les corps vivants s'accroissent toujours après leur naissance et toujours de la même manière, le plus souvent jusqu'à un certain terme, qui n'est jamais dépassé. Cet accroissement se fait intérieurement, par suite de la nutrition, ou faculté que possède le corps vivant d'attirer dans sa composition et de s'approprier, par diverses modifications, une partie des substances environnantes, en même temps qu'il expulse une portion de celles dont il est déjà en possession.
* 11 y a aussi une destruction apparente qui résulte de ce que le corps entre comme partie constituante dans une combinaison nouvelle; c'est ainsi que le fer M convertit en rouille en se combiuant avec l'oxygène et l'eau de l'atmosphère.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES
Constance de la forme. — La forme se conserve alors constamment; ou bien, si elle subit quelquefois certains changements, c'est toujours dans un ordre rigoureusement déterminé, et à des époques fixes, qui ne sont sujettes à aucune variation.
Existence limitée. Mort. — Ce mouvement de composition et de décomposition qui constitue la vie n'a jamais lieu que pendant un temps limité; il s'arrête sans retour en un certain moment, et le corps vivant n'est plus. La mort est la suite inévitable de la vie, et il ne reste alors qu'un amas de particules qui, à l'instant même, commencent à agir tout autrement les unes sur les autres et sur les corps environnants; de là résulte une destruction plus ou moins complète de ce qui existait, et la production de quelques matières nouvelles de la classe des corps bruts.
§ 5. C%rps fcratfl 4'orifftae •rsABique, et mimérMX. — Les corps bruts composés sont de diverses sortes; il en est qui paraissent ne pouvoir se former que quand l'affinité des principes élémentaires est mise en jeu sous l'action lente et prolongée des fonctions vitales, au moyen desquelles un petit nombre d'éléments peuvent se combiner en des proportions très-variées pour former une multitude de corps. Tels sont les sucres, les gommes, les résines, certains acides, etc., en un mot, toutes les matières inertes formées dans les corps vivants; et qu'on peut en retirer de diverses manières. D'autres corps, au contraire, se forment constamment, ou se sont formés, sans aucune participation des forces vitales : telles sont les combinaisons salines, pierreuses, métalliques, etc., que nous trouvons dans le sein de la terre, ou dont nous pouvons produire un grand nombre à volonté.
Ce sont ces dernières matières qu'on a plus particulièrement nommées minéraux, et ce sont elles qui sont l'objet de la minéralogie. Toutefois on a pris l'habitude d'y joindre l'étude de diverses substances, d'origine organique, enfouies jadis dans le sein de la terre, où elles ont pu subir diverses modifications. On y ajoute même les corps liquides et gazeux qui se trouvent à la surface du globe; car, si le nom de minéraux paraît peu leur convenir, ce ne sont pas moins des corps bruts qu'on ne peut pas toujours ranger parmi ceux qui se forment à l'aide des fonctions vitales.
Quant aux matières inertes que produisent les corps organisés, leur étude comme corps naturels appartient à la physiologie, qui s'occupe des phénomènes que la vie détermine dans les êtres qui en sont doués. D'ailleurs, ces sortes de corps bruts, aussi bien que les corps artificiels, que nous laissons à la technologie, présentent les mêmes propriétés générales que tous les autres, et nous n'a-
vous nullement besoin de les étudier d'une manière spéciale pour apprendre à connaître ce qu'ils offrent d'important sous le rapport que nous avons en vue.
g 6. Manière d'étudier. — Il n'y a qu'une seule manière d'étudier les corps : c'est de les examiner individuellement, et de tenir note de toutes les propriétés qu'ils peuvent présenter. C'est la méthode analytique, la seule que le naturaliste puisse employer pour arriver aux connaissances qu'il doit posséder. Mais, lorsque les recherches spéciales se sont suffisamment étendues, il en résulte un ensemble de faits généraux que l'on peut présenter synthétiquement, et qui deviennent l'expression de ce qu'il y a de plus important à connaître. C'est alors qu'on peut comparer rigoureusement tous les corps, établir leurs analogies ou leurs différences, et parvenir à les classer de manière qu'un petit nombre d'entre eux puissent donner une idée suffisante de tous les autres. Nous sommes arrivés à ce point pour les corps bruts, aussi bien que pour les corps vivants, et nous pouvons en traiter d'une manière générale, qui devient indispensable à toute bonne éducation.
Les faits d'organisation et les fonctions de chaque organe, comparés dans tous les êtres, constituent ce qu'il y a de plus général et de plus important dans l'étude des corps vivants, et les proprié- - tés physiques et chimiques offrent alors peu de valeur: C'est le contraire pour les corps bruts : il n'y a ni organisation ni fonction; mais les caractères physiques ou chimiques prennent une grande importance par l'étonnante variété de faits qu'ils présentent. D'un côté, les formes, les structures, l'élasticité, les propriétés optiques, la composition, nous offrent une multitude de faits à recueillir; de l'autre, les relations de ces diverses propriétés et des circonstances qui les font naître eu les modifient n'ont pas moins d'importance que les phénomènes physiologiques des corps vivants : ce sont là autant d'objets à traiter dans la minéralogie proprement dite.
Mais, si dans l'étude des corps vivants les habitudes, les relations avec le sol, la distribution géographique, sont autant de connaissances du plus haut intérêt; de même, les associations naturelles des minéraux, leur manière d'être dans le sein de la terre, l'étendue et les limites des dépôts qu'ils peuvent former, les relations de ces dépôts entre eux, les phénomènes dont ils sont ou ont été le théâtre, etc., sont autant d'objets dignes de notre attention, et souvent d'une haute utilité dans nos usages. Les faits qu'on connaît sous ces différents rapports constituent une science particulière, la géologie, dont nous ferons un livre à part.