‹ Minéralogie, Volume 3Chapitre 52 sur 99 · CL\SS!FICATION DES MINERAUX · texte numérisé non relu

CL\SS!FICATION DES MINERAUX

§ 150. Béfiaifttaui et etjet «e» èltoftifleattea». — Le mot classification s'étend à toute espèce d'arrangement qu'on peut faire entre un certain nombre de corps, soit qu'on ail pour but de retrouver facilement chacun d'eux au milieu des antres, soit qu'on veuille faire ressortir les analogies ou les différences qu'ils peuvent présenter.

Si Ton a seulement pour objet de retrouver chacun des corps au besoin, comme les livres dans une bibliothèque, la classification peut être quelconque, et il y a une infinité de manières do s'y prendre, toutes aussi bonnes les unes que les autres si l'on y met assez de soin! Par exemple, on peut placer sur chacun des corps un signe distihctif , qu'on consignera ensuite sur un catalogue, ou bien se servir de l'un ou de l'autre des signes les plus apparents que les corps eux-mêmes peuvent donner, comme la grandeur, la forme, la couleur, etc.

S'il s'agit de faire ressortir les analogies ou les différences de divers corps, il n'y a plus qu'un seul mode d'arrangement praticable, et qui résulte d'une comparaison aussi complète qu'il est possible de tous les corps. L'arrangement sera d'autant plus parfait, que la comparaison portera sur un plus grand nombre de points; il se perfectionnera à mesure qu'on trouvera de nouveaux moyens de confrontation, et qu'on connaîtra mieux le degré d'importance des différente rapports, ceux qu'on doit soigneusement observer et ceux que l'on peut négliger sans inconvénient.

§ 1 51 . eiM»iflea*ion naturelle, — C'est évidemment à cette dernière classification qu'on doit s'arrêter pour l'histoire naturelle, qui procède toujours par analogies et différences, et dont le- but est de coordonner rigoureusement les résultats des recherches auxquelles tant d'hommes célèbres se sont livrés. C'est, en effet, celle qui est adoptée partout aujourd'hui, et qu'on désigne sous le nom de classification naturelle ou méthode naturelle, par opposition à tous les arrangements arbitraires, nommés alors méthodes artificielles, qu'on a autrefois imaginés, pour faciliter la distinction et la reconnaissance des différents êtres d'après quelques-uns des signes apparents qu'ils présentaient.

Division de la classification. Toute classification comporte des divisions et subdivisions successives pr le moyen desquelles on

arrive, de la collection totale, à chacun des corps qui la composent. La classification naturelle en est susceptible comme toute autre; elle présente d'abord quelques grandes coupes fondées sur des analogies qui conviennent à un grand nombre d'êtres, puis dans chacune d'elles des divisions et subdivisions par des analogies (fui conviennent successivement à un- plus* petit nombre, jusqu'à ce qu'enfin on arrive à l'individu, c'est-à-dire à un être dont il peut bien exister différents exemplaires, mais entre lesquels il n'est plus possible d'établir de différences importantes. C'est ainsi que toute l'histoire naturelle se divise en trois règnes (animal, végétal , mjnéral) , chaque règne en embranchements et classes, Chaque classe en ordres, chaque ordre en familles et en tribus, chaque famille en genres, et chaque genre en espèces. - On définit généralement ïtspèce, l'ensemble des individus semblables, ou l'ensemble des individus qui ont entre eux plus d'analogie qu'ils n'en ont avec tous les autres.

Le genre est la réunion des espèces qui ont entre elles plus d'analogies de toute nature qu'elles n ? en ont avec les autres.

Les tribus, les familles, etc., sont de même des réunions successives de genres, de tribus, etc., qui ont entre eux plus d'analogies qu'ils n'en ont avec tous les autres.

§ 152. Moyen» de comparaison des eorpo orato.— Pour classer les corps bruts dans l'ordre de leurs analogies, il faut les comparer soigneusement les uns aux autres, et cela se fait par les diverses propriétés physiques et chimiques que nous avons étudiées. Mais ces propriétés ne sont pas toutes capables d'établir des analogies ou des différences du même degré d'importance. Ce serait fort peu de chose, par exemple, que l'analogie qui serait tirée de l'état terreux, sous lequel, pour ainsi dire, toutes les substances peuvent se présenter; ce serait peu de chose encore que la couleur, à moins qu'elle ne fût inhérente à la, nature même des corps, car on sait que souvent un même corps peut être accidentellement coloré de toutes les manières, g 105. 11 faut donc faire un^choix dans les diverses propriétés pour établir des comparaisons capables d'un résultat important.

11 suffit de se rappeler les détails divers que nous avons donnés, pour voir que les propriétés réellement importantes, pour la comparaison des corps bruts, sont les formes cristallines, le clivage, les phénomènes çle refraètion simple ou double, la polarisation par réflexion, l'état élastique, la dureté, le poids spécifique, la composition chimique. Parmi les autres propriétés, les unes sont accidentelles, et par conséquent inutiles à la comparaison, et

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tes autres sont ou variables suivant des lois que nous ne connaissons pas, ou applicables à trop peu de corps.

Remarquons aussi que les corps bruts sont fréquemment privés de formes régulières, et n'offrent que des structures d'agrégation incapable de montrer le clivage ; que souvent ils sont opaques, et par conséquent qu'on ne peut pbserver la réfraction ; qu'ils sont ternes, et que dès lors l'angle de polarisation reste inconnu. Il en résulte que la composition chimique, après une discussion préalable des analyses, est souvent le seul moyen possible de comparaison, et que, dès lors, c'est en réalité ce qu'il y a de plus important dans les minéraux.

g 153. ladivUki nteér*ioci*ae« — Tant qu'il ne s'agit que des êtres organisés, on se fait toujours une idée parfaitement nette de Vindividu; car, tous ces corps se composant de parties qui ont des formes et des positions relatives définitivement arrêtées, on ne peut en général les diviser sans les détruire : c'est là ce que signifie l'expression même individu (indivisible).

Dans les matières brûles, il n'est pas aussi faeile d'acquérir l'idée d'individualité, et l'on ne peut même y parvenir tant qu'on les considère sous des rapports purement physiques. Cela tient à ce que ni la forme ni la structure ne sont essentielles à ces corps, § 3, et que dès lors ils peuvent être divisés et subdivisés à l'infini sans cesser d'exister : la moindre parcelle possède en effet les mêmes propriétés que le tout. Mais dès qu'on envisage les corps bruts sous des rapports chimiques, la question change de face, et l'individu devient manifeste. En effet, il y a certaines opérations chimiques que Ton ne peut pratiquer sur ces corps sans les dénanaturer, sans les divisjr en parties hétérogènes s'ils sont composés, sans les faire passer dans de nouveaux corps s'ils sont simples. Ces opérations sont donc les limites de la divisibilité des corps bruts, et pour elles ces corps deviennent des individus.

11 résulte de là que Vindividu minéralogiqm ne peut être qu'un corps simple, tin élément, ou bien un assemblage d'un certain nombre d'éléments en certaines proportions relatives.

§ 154. Espèce minéraiogique. - D'après cela, l'espèce minérallogique, qui doit être la rôunion des individus semblables, ou des individus qui ont entre eux plus d'analogie qu'ils n'en ont avec tous les autres, se définit naturellement la réunion des corps formés des mêmes principes et en mêmes proportions.

Les corps qui sont réunis d'après ce principe se ressemblent aussi le plus souvent par toutes les propriétés physiques importantes; toutefois il faut excepte.* les cas de dimorphisme et d'iso-

morphisme, où il n'y a plus d'accord entre les caractères physiques et les caractères chimiques,

Quelques naturalistes, prenant le di m orphisme en considération, ont un peu modifié la notion précédente et défini L'espèce minérale, la réunion des corps formes des mêmes éléments, en même proportion et au même état d'agtfgation moléculaire. D'où il résulte qu'un même corps, sous deux systèmes de formes différentes, doit constituer deux espèces, qui sont alors caractérisées par les propriétés physiques.

g 155. Genres ■tiBéralotique». — Le genre doit être la réunion des espèces qui ont entre elles plus d'analogies qu'elles n'en ont avec toutes les autres. Or, sous le rapport chimique,, les espèces les plus analogues sont celles qui renferment ies mêmes principes combinés en proportions différentes; en sorte que des corps tels que Pb Su, Pb Su*, Pb Su 5 , etc., sembleraient former naturellement un genre, dont les espèces seraient caractérisées par les proportions relatives.

Cependant cette manière de grouper les espèces ne satisfait pas à la condition de réunir celles qui ont le plus de ressemblance sous tous les rapports. Il en est une autre où, avec des analogies chimiques d'un ordre différent, les espèces ont en même temps de telles analogies physiques, qu'on ne peut souvent, au premier abord, les distinguer les unes des autres. C'est es qui a lieu quand des corps isomorphes viennent à se remplacer dans une combinaison ; ainsi les corps tels que Pb Su, Ag Su, Zn Su, etc., dont les bases sont isomorphes et le principe électro-négatif commun, ont entre eux des analogies physiques très-étendues.

Il résulte de là que, pour réunir en genrçs les espèces les plus analogues par l'ensemble de tous leurs caractèree, il faut rassembler celtes qui renferment des bases isomorphes, combinées, suivant les mêmes relations atomiques, avec le même principe électro-né^ gatif. Telle est la définition qu'on peut donner du genre naturel, qui est alors caractérisé par l'élément électro-négatif et par les propriétés physiques.

g 156. Tribus niinéraloffique*. — Les espèces minérales isomorphes ne résultent pas, seulement de la substitution d'une base à une autre, il s'en fait aussi par des substitutions de principes électro-négatifs isomorphes; de sorte qu'il y a des genres isomorphes qui ont par conséquent entre eux les plus grands rapports, et qu'il faut dès lors placer les uns auprès des autres. De là résulte encore de nouveaux groupes très-naturels, qui peuvent être désignés sous le nom de tribus minéralogiques. Par exemple, les corps ;

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Pb Su, Ag Su, etc., forment un genre de sulfures isomorphe*.

Pb Se, Ag Se, etc., forment un genre de séléniures isomorphes entre eux et avec

les sulfures correspondants.

Pb Te, Ag Te, etc., forment un genre de telluriures isomorphes entre eux et a?ec

les composés précédents.

Ces trois genres constituent un groupe de corps très-analogues,

I tant par les caractères physiques que par les formules de composition, et qu'on peut appeler une tribu. Des genres caractérisés par d'autres formules, comme Cu» Su et Cu* Se, Ag Su -h Cu* Su et Ag Se -H Cu* Se, etc., formeraient d'autres tribus, voisines des précédentes et distinguées par d'autres analogies physiques.

§ 1 57 . *Panailtefl MiaéraUffaiiie». — L'idée de la famille se présente maintenant d'une manière toute naturelle ; c'est la réunion de diverses tribus formées par les différents genres d'isomorphismes qui résultent des proportions diverses où Ijes corps peuvent se trouver dans les composés. Ainsi, dans le tableau suivant, les différents genres isomorphes de sulfures, séléniures, telluriures, etc , simples, doubles ou triples, forment diverses tribus ! dont l'ensemble constitue une famille ou même plusieurs, en pre- | nant en considération le nombre des éléments réunis.

1" tribu, ou groupe de genres isomorphes.

Pb Su, Pb Se, Pb Te,

t M espèce.

Ag Su, Ag Se, Ag Te,

*• espèce.

ZnSu, etc., 1" genre, etc., 2* genre, etc., 3 e genre.

3« espèce.

1 er genre.

2* genre.

Tribus diverses.

(Sb* Su 5 + 3Cu* Su) + 2(Sb* Su 5 + 3Pb Su) (Sb'Su 5 •+ 9Cu* Su) + 4(Sb* Su 5 + 9Ag Su) 2(Sb a Su* + 4Cu a Su) + (Sb* Su 5 + 4Fe Su)

•rdre». La réunion de ces sortes de familles constituerait d'autres groupes de corps analogues, qui se trouveraient caractérisés par les principes électro-négatifs isomorphes, et qu'on pourrait appeler des ordres.

Classes. — Pour grouper les ordres, on aurait la considération de l'état où se trouvent les prinfijpes éjectro-négatifs dans les composés. Ainsi les sulfures, séléniures, telluriures, formeraient des familles dont l'ensemble constituerait un ordre. Les sulfates, * séléniates, telluriates, formeraient un autre ordre, et ces sortes de groupes composeraient une. classe facile à caractériser paries propriétés chimiques.

La disposition des. classes entre elles résulterait de la Comparaison des différents corps simples qui leur servent de types, et elle dépendrait de la classification même de ces corps d'après leur plus ou moins d'analogie.

Remarques. — Dans l'état actuel de nos connaissances et quoique le nombre des composés naturels découverts soit déjà assez considérable, il est impossible d'établir complètement cette sorte de subordination des groupes; il s'y trouve des lacunes énormes, que nous ne pouvons pas même combler par les produits actuels de laboratoire. Très-fréquemment il n'y a qu'un seul corps pour tout représenter, depuis la classe jusqu'à l'espèce. Ailleurs, il y a une multitude d'espèces, dont chacune est le type d'un genre qui pourra se remplir par la suite ; mais il y a peu de genres analogues, ou même pas du tout, et Ton ne peut établir ni tribus ni familles : ces espèces forment dès lors un grand tout à peu près indivisible qu'on ne sait comment nommer. De là il résulte que l'ensemble des minéraux connus ne présente que des groupes d'espèces isolées, souvent nombreuses, et çà et là quelques indices de classes avec quelques divisions incomplètes : c'est ce qu'on voit dans l'extrait du tableau des espèces qui termine cet article.

g fl58. Nomenclature. — Il résulte aussi des lacunes que nous venons d'indiquer dans la série des corps bruts, qu'il n'y a que les espèces qui aient reçu des noms; on ne s'est pas trouvé dans la nécessité de faire des noms de genres, et, s'il en existe quelquesuns, c'est parce que les corps qui s'y rapportent avaient été con~ sidérés autrefois comme une seule espèce, qui a été divisée plus tard par suite de l'avancement de la science. A plus forte raison n'existe-t-il pas de noms de tribus, de familles, d'ordres et de classes, puisque la plupart de ces divisions, que l'ensemble de nos connaissances fait apercevoir pour l'avenir, ne sont en réalité aujourd'hui que des cadres vides.

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De là il résulte encore qu'en minéralogie les êtres ne sont plus désignés par deux noms, l'un de genre, l'autre d'espèce, comme dans les autres parties de l'histoire naturelle" où ce système de nomenclature a rendu d'éminents services.

§ 459. variétés de l'espèce. — Dans le règne minéral, comme dans toutes les autres parties de l'histoire naturelle, l'espèce peut se sous-diviser en variétés. La distinction est ici fondée sur la diversité des formes, qui peuvent être régulières, oblitérées, empruntées et accidentelles d'un grand nombre de manières; sur les diverses sortes de structures, sur les degrés de transparence ou d'opacité, sur l'éclat, sur les couleurs accidentelles, sur les diverses sortes de mélanges, etc. Chacun est à peu près le maître de distinguer ce qu'il voudra, en se bornant toutefois à des choses d'une certaine importance.

Métis minéralogiques. — 11 y a dans les animaux des espèces voisines qui peuvent se croiser de toutes les manières, et qui donnent lieu â des êtres qui participent de l'un et de l'autre de leurs parents, comme le mulet et le bardeau ; on leur donne le nom de métis, et on les place dans la méthode auprès de l'espèce avec laquelle ils ont conservé le plus de rapports.

Il y a aussi de véritables métis dans les minéraux, et ils résultent du mélange des matières isomorphes en toutes proportions. Lorsque dans ces mélanges il y a une matière qui domine, on doit placer évidemment le corps auprès de l'espèce que cette matière constitue; mais, lorsque toutes les matières sont mélangées en parties à peu près égales, il n'y a plus d'autres moyens que de les placer en appendice à la fin du genre dont toutes les espèces mélangées font essentiellement partie.

§ 160. Takleau des espèeea. — Dans le tableau suivant où nous avons réuni une grande partie des espèces minérales, nous avons moins songé à donner une nomenclature qu'à indiquer les diverses analogies que les matières peuvent avoir entre elles. On peut y lire, à la fois dans le sens vertical et dans le sens horizontal ; et il est impossible, par cette double lecture, qu'on ri 'aperçoive pas les relations de composition, qui donnent, en général, celles de tous les autres caractères. Nous avons indiqué aussi les réunions d'espèces qui forment des types de genres et de tribus, dans les diverses classes, plus ou moins artificielles, qui partagent l'ensemble des minéraux connus.

EXTRAIT DU TABLEA

Palladium Ta

Or

Argent Mercure

Au Ag Hg

Amalgame A g Hg 4 Arquerile Ag Hg 6

Sidéride*.

Fer Fe

£ ( Oligiste

El ■

Limonite I Gœthite Aimant

Fe ou Fe

Fe*Aq

Fe 71 Aq fe Fe}

Franklinite (fe, Zn) Fe*

PREMI kl

Manganide*.

Pyrolusite Braunjte

Acerdèse * llausmanite

Mn

Mn ou Mn

Mn* Aq mn Mn*

Zinc oxydé rouge Zn Mn* ?

Psilomélane

Ba Mn* + 2 M

DEDXIÈl

Molybdide*. Taogftîdef. TanUlide*.

Acide molybdique Mo ou Mo Acide tungst. Tu ou Tu Mélinose Pb Mo* Wolfram (fe, mn) Tu* Columbite

Bayerine

Uranîde*.

Pechurane Û* ii Schelite Ca Tu* Tantalite

Uraconise U Schelitine PbTu* Yttrotantale

Pyrochlore Aeschynite

)ES ESPÈCES MINÉRALES

Plomb Pb Hume Cu

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