‹ MinervaChapitre 17 sur 294 · IL L'ALPHABET LATIN · texte numérisé non relu

IL L'ALPHABET LATIN

9. Origine de l'alphabet latin. — Les plus anciennes inscriptions des différents peuples de l'Italie présentent plusieurs alphabets distincts, quoique assez semblables entre eux, qui paraissent tous dériver de l'alphabet grec du type chalcidien. Cet alphabet se répandit en Italie à la faveur de l'influence de Gumes, ancienne colonie de Chalcis fondée vers 800av. J.-G.

Voici les formes de l'alphabet chalcidien telles qu'on les trouve dans les inscriptions grecques de l'Italie :

ABCDEFiri®IKVAANOrQR^TVX(DV,

avec les valeurs respectives

Si Ton excepte i ('<;) et les aspirées, cet alphabet correspond exactement à ce que devait être à l'origine l'alphabet latin. La septième lettre, x, fut probablement conservée d'abord pour marquer le son s entre deux voyelles, mais elle tomba en désuétude lorsque, par le phénomène nommé rliotacisme^ le son s se changea en r (par ex., amase devenu

12 SIGNP:S de NUMERATION.

amare, ar6osis devenu arboris^ etc.). A l'époque du censeur Appius Glaudius Gœcus (312 av. J.-C), sa place fut occupée par une nouvelle lettre, le G, qui était devenue nécessaire, le C ayant pris le son de k. La lettre K, ainsi devenue inutile, subsista toutefois pendant plusieurs siècles comme initiale de certains noms propres, KALENDAE, KAESO, etc., et le C conserva sa valeur primitive de g dans les abréviations C, Cfi., pour Gains, Gnœus, Les lettres Y et z furent ajoutées à l'alphabet romain après Tan 100 av. J.-C, époque où les mots grecs devinrent d'un usage fréquent dans la langue latine, mais elles ne furent jamais employées en dehors des mots d'origine hellénique.

Il faut se souvenir que l'alphabet latin ne distinguait pas i voyelle de i consonne (j), ni «^voyelle de u consonne (v).

10. Signes de numération. — Les aspirées chalcidiennes ®, 0, W, étant sans utilité pour la langue latine; paraissent avoir été employées comme signes numériques. Le signe X est d'origine incertaine, peut-être étrusque; V= 5. est probablement la moitié de X = 10. On suppose que le signe ^F devint 1 et enfin L = 50, que ® désigna la centaine et que 0 fut employé pour 1000. Ces deux derniers signes furent remplacés par C et M, lettres initiales de centum et de mille; mais D, moitié du signe CD, resta toujours l'équivalent de 500, et les multiples de 1000 reçurent les formes ^, $, etc.

11. Capitales et minuscules. — Plusieurs essais furent tentés à des époques diverses, notamment par l'empereur Claude, pour ajouter d'autres lettres à l'alphabet romain ; mais ils restèrent toujours stériles, et la série des lettres capitales n'a pas varié dans son ensemble depuis 300 avant J.-G. jusqu'à nos jours ^

L'histoire de l'écriture courante chez les Romains est

1. Nous avons déjà mentionné rintroriuction des signes Y, Z, et les innovations modernes J, V; celles-ci sont d'ailleurs repoussées dans la plupart des éditions savantes.

CAPITALE, GURSIVE. 13

analogue à celle de cette écriture chez les Grecs. 11 y avait deux manières d'écrire en lettres capitales : tantôt les caractères, tracés avec soin, étaient nettement séparés les uns des autres; tantôt ils étaient joints par des ligatures el leurs formes primitives plus ou moins gravement altérées. Cette dernière écriture est ce qu'on appelle la capitale cursiye.

L'écriture capitale soignée (non cursive) se subdivise ellemême en deux types, la carrée et la rustique, différant l'une de l'autre par le plus ou moins de régularité dans la forme des lettres. Un type postérieur d'écriture posée, quoique aussi fort ancien, est celui de l'écriture onciale, où certains caractères se prolongent en dessus ou en dessous des lignes et où quelques lettres (A, D, E, H, M, U) affectent régulièrement des formes arrondies.

Ces variétés de l'écriture capitale restèrent longtemps en usage parmi les copistes de livres; mais, dans la pratique journalière, on employait une écriture cursive dont les plus anciens spécimens connus sont les (ablettes de cire découvertes à Pompéi, les inscriptions ou graffites écrits par les passants sur les murs de cette ville ou dans les catacombes romaines. Cette écriture cursive, en se développant, finit par produire un système de minuscule cursive qui donna naissance à plusieurs variétés dans les principaux pays de l'Occident : c'est ainsi qu'on distingue la cursive lojnbarde en Italie, la cursive mérovingienne en France, visigothique en Espagne, etc.

Tandis que la cursive romaine se développait de cette manière, il se formait un autre genre d'écriture, mélange de formes onciales et cursives tracées avec soin, qui fut bientôt employé aussi par les copistes de livres et peut être appelé la semi-onciale romaine. Des manuscrits écrits en semionciales furent introduits en Irlande et devinrent le modèle de l'écriture dite irlandaise, puis de l'écriture anglo^ saxonne.

14 MINUSCULE GAROLINK.

Au IX® siècle, lors de la renaissance passagère qui marqua l'époque de Gharlemagne, les écritures nationales tendirent à s'effacer* devant un autre type, la minuscule caroline\ celle-ci, à son tour, ne tarda pas à donner lieu à des variétés dans les pays de civilisation romane. Les imprimeurs allemands du xv^ siècle, en adoptant les caractères dits gothiques^ et les imprimeurs italiens avec leurs italiques^ n'ont fait que reproduire les dégénérescences de l'écriture minuscule Caroline, qui dominait à leui' époque en Allemas^ne et en Italie.

L'étude des styles si variés de l'écriture, de leur extension géographique et chronologique, forme l'objet de la science du paléographe.

Les abréviations sont assez rares dans les manuscrits latins en capitales, et celles qu'on y rencontre ne soulèvent pas de difficultés. Elles affectent généralement la dernière syllabe des mots; ainsi l'on a Q- pour que^ B- pour -bus, Y pour 'Um, D'autres fois , elles sont placées au milieu des mots : ANVS = annus^ QNM - quoniam. Dans l'écriture minuscule, les abréviations sont bien plus fréquentes et présentent souvent des difficultés sérieuses, caria même forme se trouve employée pour désigner plusieurs syllabes différentes; ainsi l'on a eyi — enim, tji = nisi, ps = posset. D'autre part, des mots assez longs sont quelquefois fortement abrégés : rô = ratio, cà - causa, sp - super. Avant de lire facilement un manuscrit écrit en minuscules, il faut s'être familiarisé par une longue pratique avec les habitudes des scribes.

Les plus anciens manuscrits latins ne présentent pas de ponctuation, mais quelquefois seulement une division plus ou moins régulière en paragraphes. Plus tard, on employa des points de différentes formes pour marquer les repos de la voix, à la façon de la ponctuation moderne.

1. Lécrilure v'isigothique ne disparaît qu'au xii* siècle, la lombarde au XIII*.

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