‹ Mines d'or de la BeauceChapitre 6 sur 7 · EXTRAIT DU RAPPORT DE M. SELWYN · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU RAPPORT DE M. SELWYN

Avant mon arrivée au Canada en octobre 1861, j'avais passé la plus grande partie des seize années précédentes en Australie, et surtout à Victoria, place connue comme étant la plus riche contrée aurifère du monde. Là, comme directeur de la commission géologique de la province, je consacrai beaucoup de temps et de soin

a examiner les relations géologiques et la structure des roches aurifères. J'avais aussi auparavant, en ma qualité de membre de la commission géologique anglaise, acquis une connaissance intime des rocs aurifères siluriens et cambriens, de la province de North-Wales. Dans ces dernières années, les dépôts aurifères de la Puissance ont attiré l'attention, et des capitaux considérables ont été placés dans leur exploitation ; aussi j'ai cru devoir employer utilement ma première saison passée au Canada, en visitant quelques uns de ses districts, où l'on a trouvé de l'or, pour comparer ses mines avec celles des pays dont j'ai parlé plus haut, espérant aussi me mettre en mesure d'offrir des suggestions pratiques pour leur exploitation.

D'autres soins concernant la commission géologique appelèrent alors mon attention et m'empêchèrent de commencer mes examens avant la fin de juin, époque où je visitai le district de la Chaudière ; c'est de cette rivière et de ses affluents qu'on a tiré jusqu'à présent presque tout l'or trouvé dans le Canada. Cet or, autant que j'ai pu voir, n'a pas été produit par l'exploitation des veines de roc solide.

En prenant des informations sur les travaux exécutés dans ce district, j'appris qu'à l'exception de quelques lavages improvisés faits par les habitants de l'endroit sur le gravier superficiel dans le lit de quelques tributaires, les seuls travaux alors en voie de progrès, étaient ceux de la " Canadian and North-West Land and Mining Company. " Cette compagnie était sous la surintendance de M. W. P. Lockwood. C'est à l'empressement

de ce monsieur à me donner des informations, que je dois tout ce que je pus apprendre dans les environs sur les travaux présents et passés ; je lui dois aussi beaucoup d'obligation pour les facilités qu'il me donna pour visiter tous les terrains aurifères les plus célèbres sur la Chaudière et ses affluents, les rivières Du Loup, Famine, Gilbert et Des Plantes.

Après avoir passé une semaine dans ces explorations, je me rendis au Nouveau-Brunswick par la rivière Du Loup, le lac Témiscouata et la rivière Saint- Jean. Mes observations dans cette province se concentrèrent sur la rivière Saint-Jean dont je suivis le cours en canot sauvage. Comme l'eau avait baissé plus que de coutume, cette circonstance me donna beaucoup plus de facilité pour examiner les roches le long de la rivière. Par ce voyage, j'acquis une connaissance générale de l'aspect et de la suite des formations, entre le Saint- Laurent et la frontière du nord, près de Fredericton, des grands champs carbonifères qui occupent le centre du Nouveau-Brunswick.

Une partie considérable de cette région, dans le Nouveau-Brunswick a été explorée dernièrement, et un rapport en a été fait par M. Robb, d'après les ordres de Sir W. E. Logan, et auparavant encore, en 1864, par le prof. H. Youle Hind, et par le prof. L. W. Baily pour le gouvernement local.

Le peu qui a été fait pour la découverte de l'or dans le Nouveau-Brunswick est constaté dans les rapports de ses explorateurs, et mon passage rapide à travers cette contrée ne me met pas en mesure d'ajouter rien

d'important sur ce sujet à ce qui a déjà été dit pur eux. Les roches présentent certainement tous les caractères extérieurs qu'on rencontre généralement dans les pays aurifères, et par conséquent, il y a raison de croire que des examens conduits avec intelligence et persévérance, pourraient amener la découverte de riches dépôts aurifères. Cependant, il est tout à fait impossible de conclure d'une manière certaine sur ce sujet avant des recherches et des explorations beaucoup plus étendues et plus minutieuses que celles qui ont été faites jusqu'à ce jour, ce que j'espère pouvoir faire plus tard.

De Fredericton je me rendis à Saint-Jean, et, traversant la baie de Fundy, j'arrivais à la Nouvelle-Ecosse le 5 août : je fus alors occupé sans interruption jusqu'au treize septembre à visiter et à examiner plusieurs districts aurifères dans les comtés de Halifax, Hants, Colchester et Gruysborough, où se trouvent Waverley, Oldham, Montague, Lawrencetown, Tangier, Mooseland, Musquodoboit, Mount TJniacke, Renfrew, Gray's River, Wine Harbour, Sherbrooke et Isaac's Harbour,

Le 7 octobre j'étais encore dans la Nouvelle-Ecosse et j'y fus occupé jusqu'au 4 novembre à examiner les parties sud-ouest de la province, depuis Digby, passant par Weymouth, jusqu'à Yarmouth, Turket, Barrington, Shelbourne, Liraford, Lunenbourg, " the Ovens," Grold River et Chester. De Chester je me dirigeai par New- Ross vers Dalhousie, Settlement, et de là je descendis la rivière La Hère jusqu'à Bridgewater, et je revins à Annapolis par Liverpool. Ainsi, autant que des observations faites en deux mois sur une si graille éteii-

due de pays peuvent le permettre, je me suis efforcé d'acquérir une connaissance générale des principaux caractères de la géologie et de la nature particulière des mines d'or de la Nouvelle-Ecosse ; ceci me permettra de les comparer avec les mines des autres pays et sera très utile pour diriger des observations géologiques détaillées, qui sont nécessaires pour bien comprendre la structure géologique de la province, et par lesquelles seules la géologie pourra prêter un concours utile au mineur pour développer ses ressources minérales.

Au Canada, comme dans la Nouvelle-Bretagne et en Australie, les veines de roches aurifères connues se trouvent renfermées dans les couches de l'époque éozoïque ou palœozoïque ; ces rochers sont principalement siluriens, mais on les trouve aussi dans des rochers cristallins d'une formation plus récente, mêlés en dvkes, en veines ou en masses. Les veines sont ordinairement composées de quartz vitreux, d'un blanc opaque ou laiteux, qui présente cependant une grande variété dans sa couleur, sa structure et son apparence extérieure ; cette variété dépend de son caractère plus ou moins ferrugineux et d'autres circonstances en rapport avec sa position ou son mode de formation. Il est presque toujours accompagné de fer arsenical ou de pyrites ; les sulfures de plomb, de zinc* de cuivre d'antimoine, et raremeièt de bismuth caractérisent aussi plusieurs des veines, en même temps que le spath rhomboïdal, le spath calcaire, le sulphate de baryte, et d'autres minéraux, dont aucun cependant n'est en quantité suffisante pour qu'on y porte attention.

Les couches palœozoiques dans les districts aurifères que je connais, sont toujours alliées plus ou moins intimement avec diverses espèces de roches cristallines (ignées ?). A Victoria et dans la Nouvelle-Ecosse ces roches sont surtout granitiques et gneissiques, tandis que dans la province de Québec et dans la Nouvelle-Bretagne, les serpentines, les diorites et le feldspath dominent. Comme il est dit plus haut, elles se présentent en lits, en dykes, en veines ou en niasses quelquefois parallèles, mais souvent transversales aux strates. Je n'ai pas eu connaissance qu'aucun de ces rochers cristallins aient fourni de l'or ni dans la Nouvelle Bretagne, ni dans la Nouvelle-Ecosse, et les cas où ils en ont fourni en Australie ne sont pas nombreux ; les plus remarquables de ces cas sont ceux de dykes dioritiques coupés horizontalement par de riches veines de quartz aurifère, dont on a trouvé un grand nombre dans les mines d'or de Wood's Point, Victoria, traversant des ardoises et des graviers, probablement d'une époque silurienne reculée. J'ai fait reproduire fidèlement la section de l'un d'eux dans mes " Notes sur la géologie et la géographie physique de Victoria, planche IV.

L'influence des roches cristallines, ou des causes qui les ont produites, sur la formation des veines de quartz qui contient généralement l'or, n'a pas été déterminée encore en aucun cas d'une manière satisfaisante.

Il semble cependant, qu'à part les causes secondaires qui ont rapport aux alluvions, une ressemblance générale dans les conditions et les associations géologiques, où l'or se trouve, existe dans toutes les régions aurifères,

soit que les veines rocheuses, comme au Canada, dans la Nouvelle-Bretagne et en Australie soient jointes à des strates éozoïques on paléozoïque ; on, comme en Californie et en Suisse, a des formations mérozoïques ; ou, comme en Hongrie et en Transylvanie, a des roches de l'âge tertiaire ; et ainsi la probabilité de l'existence de veines produisant l'or, ou quelqu'autre métal ou minerai dans une région en particulier, ne peut jamais être déterminée seulement par l'âge géologique des rochers ; mais plutôt par les conditions physiques et les influences des transformations, des soulèvements, des fractures, des dislocations, et de l'introduction des roches installives, auxquels elles ont été sujettes partout depuis leur déposition primitive.

Mon opinion est que la plupart des veines minérales et leur contenu sont dues à l'infiltration et à la séparation des matières minérales (causées principalement par des gaz chargés de minéraux et des eaux thermales, qui pénétrèrent et s'infiltrèrent dans des conditions favorables à travers des ouvertures faites dans la croûte terrestre par une action séismique, plutonienne ou volcanique, ou par le dessèchement et le refroidissement qui causèrent des contractions et des cavités) ; dans ce cas il n'y a aucune cause physique, chimique ou géologique qui ait pu pousser tout, ou la plus grande partie de l'or contenu dans les veines aurifères, vers ces endroits en particulier qui aujourd'hui sont à la surface, mais qui à une époque plus reculée étaient certainement à plusieurs centaines de pieds sous terre.

Dans quelques parties de l'Australie et sans doute

aussi ailleurs, on a suivi des veines qui faisaient saillie sur des hauteurs considérables, à travers les vallées adjacentes, et ces veines s'élevaient encore du côté opposé sur des collines d'une hauteur égale, sinon plus grande ; or dans une même veine on a constaté des endroits tout aussi riches au fond de la vallée que sur les sommets les plus élevés. Dans des cas semblables les vallées représentent au moins une grande partie de la dénudation éprouvée par les strates depuis la formation des veines ; et si on creusait les veines sur les hauteurs, je ne vois pas de raisons pour que le quartz au fonds de ces puits ne fut pas aussi riche en or qu'à la surface, ou à toute autre profondeur équivalente dans les vallées, puisque le niveau relatif des deux points serait égal et que la vallée s'est creusée à une époque comparativement presqu'aussi récente que celle du percement des puits d'exploitation. Disons encore que s'il existait réellement une proportion relative et constante entre la profondeur et la quantité d'or, dans tous les cas semblables à celui que je viens de citer, cette proportion devrait être indiquée par la plus grande richesse du minerai recueilli sur le sommet des collines, même en admettant que la veine n'eût pas subi une dénudation aussi considérable que ne semble l'indiquer la profondeur de la vallée. Mais, à ma connaissance, on n'a jamais observé aucune relation semblable, et en effet il ne paraît pas encore qu'on ait trouvé aucune loi bien définie et d'une application pratique universelle touchant la distribution de l'or dans les veines ; on n'en connaît pas d'autre que cette irrégularité constante qui domine et qui caractérise plus ou moins les

dépôts de minerai de toutes espèces dans tous les pays. Dans le district aurifère de Montague, M. Brown, surintendant de la mine de Montague, dit qu'il y a un grand nombre de veines transversales dont quelques-unes sont très-riches, tandis que d'autres sont complètement stériles. Dans un lieu en particulier cependant, il y a certainement des indications de plusieurs espèces et dont la connaissance, acquise par une longue pratique, est un guide très-utile pour diriger le mineur dans ses explorations ; mais ces indications ne sont pas applicables en dehors du district ou de la contrée où elles ont été observées.

Quoiqu'il ne soit pas difficile de démontrer que la grande majorité des dépôts de quartz aurifère exploités jusqu'ici sont de formation plus récente que les roches dans lesquelles ils se trouvent, il est rarement possible de déterminer exactement à quelle époque snbséquente ils ont été formés. Dans la Nouvelle-Ecosse il semble assez évident par la présence bien constatée de l'or dans les agglomérations carbonifères à Gray's River, qu'au moins quelques-unes des veines sont d'un âge plus reculé que celui de la houille, mais d'un autre côté rien n'empêche de croire que beaucoup d'autres veines ne soient de l'âge tertiaire, ou même de celui qui précéda immédiatement les dénudations par lesquelles se sont formées les alluvions aurifères plus récentes.

On suppose communément que, quand des veines sont interrompues par le haut à la ligne de contact plus ou moins accusée entre deux formations ou masses de rochers, cette circonstance même prouve que de telles

veines ont été formées à une période antérieure à la déposition de la formation supérieure et plus récente ; et sans doute bien souvent c'est le cas. Mais ceci n'est pas un axiome à mon avis, et on ne devrait l'appliquer qu'avec précaution ; il faut considérer qu'il est non seulement possible, mais bien probable que des conditions favorables à la formation de cavités, de pentes et de fissures, où se seraient introduits des minéraux, auraient affecté les matières d'une formation, sans aller plus haut ni plus bas, dans des roches d'un caractère physique et minéral bien différent et dont l'âge géologique n'est pas le même. J'ai donné ailleurs des raisons portant à croire que des veines de quartz dont l'âge et les minéraux qu'ils contiennent, ne sont pas du tout les mêmes, et qu'on peut à peine distinguer les rocs des autres par aucune marque extérieure, se trouvent dans les rocs siluriens métamorphiques et ardoisés des mines d'or de l'Australie. M. "W\ P. Blake en citant mes remarques sur ce sujet dans son rapport si soigné et si étendu sur les métaux précieux» ajoute : " c'est un fait bien connu de ceux qui exploitent les mines de quartz en Amérique, non seulement en Californie, mais aussi dans les mines des monts Apalaches, et il fait croire à la possibilité qu'il puisse exister des veines de quartz de deux ou plusieurs périodes distinctes en Amérique, comme en Australie. " (Rapports des commissaires des Etats-Unis à l'exposition universelle de Paris, 186Ï. Vol. II.)

Je n'ai pas vu de places dans la Nouvelle-Ecosse où les procédés hydrauliques en usage en Californie et en Australie pouvaient être adoptés avec succès, parce que

les graviers actuels semblent reposer pour la plupart dans des bas-fonds qui sont au-dessous du niveau du drainage du pays, rarement ils sont sur des côtes ou sur des plateaux élevés au-dessus des vallées. J'ignore si c'est aussi le cas au Nouveau-Brunswick. Dans la province de Québec, sur la Chaudière et sur ses tributaires, les dépôts semblent reposer dans certains cas sur des élévations considérables au-dessus des principaux cours d'eaux, et ceci a été remarqué depuis longtemps par Sir W. E. Logan. On n'a cependant encore rien fait pour essayer la valeur des graviers. Dernièrement, grâce à l'initiative du " manager " de la compagnie ci-dessus mentionnée, comme étant la seule aujourd'hui en opération dans ce district, on a prouvé qu'ils s'étendaient à des profondeurs de cent pieds. C'est dans ces anciens lits profonds qu'on doit chercher les plus gros morceaux d'or, et avec ce qu'il faut pour dessécher le sol, il y a tout lieu d'espérer qu'un champ très vaste et d'une grande valeur sera ouvert dans la province de Québec à l'exploitation des mines d'or, surtout si l'on considère le fait bien connu que l'or se trouve sur une vaste étendue dans cette région ; ceci a été prouvé abondamment par les recherches de Sir W. E. Logan et on en trouvera les détails dans un pamphlet intitulé : " Notes sur l'or dans le Canada-Est," publié en 1864 par la commission géologique. Ce pamphlet contient un sommaire de toutes les informations sur ce sujet jusqu'à cette date ; et dans le rapport de M. À. Michel adressé à Sir W. E. Logan, et publié dans la Géologie du Canada, en 1866, on trouvera des informations plus amples et plus récentes.

Le 14 février dernier, M. Lockwood m'informa que dans le puits alors en voie de percement (sur le numéro Y de la concession " Saint-Charles ") on avait frappé le lit de roc à cent pieds au-dessous du niveau de la rivière Gilbert, et que son inclination sur la longueur du puits était de trois pieds. Ceci indique un terrain encore plus profond comme l'indique aussi le caractère de l'or qu'on y a rencontré ; M. Lockwood rapporte : " Nous avons trouvé près d'une once d'or hier, et aujourd'hui six penny iveights treize grains. C'est tout de bel or écaillé et, je crois, venant tout du gravier. Nous avons trouvé des colors depuis la première fois, à vingt-huit pieds à peu près." Ceci doit être considéré comme un commencement très satisfaisant et qui suffit amplement pour garantir l'exploitation sur une plus grande échelle.

Beaucoup de l'or qu'on a trouvé par le lavage des basfonds du district de la Chaudière semble usé par le frottement et est relativement pesant, mais, à mon avis, ceci n'indique pas qu'il ait été amené là d'une grande distance, mais plutôt qu'il a été soumis pendant longtemps à des frictions et des écrasements continus, quand les alluvions s'amoncelaient. Je crois qu'il est strictement d'origine locale et qu'il vient des veines de quartz du voisinage. La principale raison pour laquelle les riches dépôts exploités jusqu'ici sont si peu étendus, est qu'ils représentent les places où les anciens lits sont traversés par les cours d'eau actuels et coupés jusqu'au lit de roc ; le contenu de l'ancien lit s'est trouvé ainsi disséminé de nouveau le long du lit actuel, et est venu enrichir ainsi sur un espace limité les alluvions récemment formées. Si

an lien d'étendre l'exploitation, comme on l'a fait communément, seulement dans la direction et snr le cours des rivières présentes, on les poussait hardiment dans toutes les parties des rives adjacentes où n'apparait aucune excroissance de rocher, il est tout probable que les anciens lits, auxquels les cours actuels ont enlevé l'or qu'ils contiennent, seraient bientôt découverts et récompenseraient souvent avec munificence le courage du mineur. Ce sont des faits bien connus en Australie, et c'est en en tenant compte qu'on a obtenu les plus beaux résultats. Ici, personne ne semble y avoir attiré l'attention et on n'en a parlé dans aucun des rapports publiés sur les mines d'or de ce pays.

M. Lockwood dit dans son rapport aux directeurs de la compagnie, daté du 4 août 18Y0 : " Pendant les cinq dernières années j'ai suivi de près tous les travaux exécutés, et je n'ai pas vu un seul effort intelligent fait pour connaître la nature et l'origine des riches dépôts alluviaux ; personne, excepté moi, n'a rien fait pour prouver le fait que les alluvion^ doivent leur origine aux rocs de cette localité même, et qu'il y a tout un réseau bien distinct d'anciens lits de rivières à un niveau bien plus bas que celui des rivières actuelles."

" Sur le lot No. 15 le filon laisse le lit de la rivière et se détourne sous le terrain élevé ; là on a découvert l'ancien lit d'une rivière ; il est entre trente-cinq et cinquante pieds au-dessous du lit actuel. On a pratiqué un tunnel de 250 pieds à travers ce lit, mais comme l'eau menaçait et que le terrrain allait en s'enfonçant, il nous fut impossible d'en déterminer la largeur. Tout le

gravier qu'on y a trouvé contient de l'or, et il est composé entièrement de matières provenant des strates locaux. Dans le sable qui le recouvre, on a trouvé du bois à quatre-vingt pieds à peu près au-dessous de la surface."

D'après les profits obtenus jusqu'ici, M. Lockwood estime le rendement moyen de l'ancien lit à $45,000 par acre, et les dépenses de l'exploitation à $12,500 par acre. Il est presqu'impossible cependant de faire un calcul de cette espèce, sur lequel on puisse se fier pour des applications pratiques.

Les veines de quartz de ce district ont déjà été examinées et décrites dans des rapports et leur qualité aurifère a été établie. J'ai examiné plusieurs de ces veines à leur surface ; M. Michel en a recueilli des spécimens qui ont été essayés avec soin par le Dr Hunt. Il ne semble pas qu'on ait fait aucun effort pour leur développement depuis la date des rapports dont je viens de parler. Les résultats des essais faits par le Dr Hunt ne furent certainement pas très encourageants, mais quand on les compare à d'autres essais faits par le Dr Hayes de Boston, ils ne prouvent, comme il en fait lui-même la remarque, rien autre chose que " l'irrégularité avec laquelle l'or est distribué dans les veines."

Quelques unes des veines sont bien situées pour l'exploitation et autant qu'on en peut juger par l'étendue bien restreinte des travaux faits jusqu'à présent, on n'aurait pas de difficulté à extraire de grandes quantités de quartz. Si l'on considère le caractère de pesanteur d'une grande partie de l'or alluvial du district de la

Chaudière, il est plus que probable que quelques unes de ces veines seraient assez riches pour donner de beaux profits à ceux qui se livreraient à leur exploitation, puisque l'or trouvé jusqu'à présent provient certainement de déchets enlevés à ces veines ; il est extraordinaire qu'on ait fait si peu jusqu'aujourd'hui pour en tirer profit."

Il est bon de remarquer que les plus importantes découvertes dans le quartz de cette région ont été faites depuis la publication des rapports ci-dessus.

Depuis quelque temps le bruit court que des capitalistes de Québec, de Montréal, de New- York et de Boston, se proposent de creuser des shafts d'une grande profondeur dans quelques-unes des veines où l'on a trouvé de l'or, pour en faire un parfait examen. Si les essais réussissent, comme je n'en cloute pas, des moulins à broyer le quartz (crushers) seront érigés, et des centaines de travailleurs y trouveront de l'emploi.

Comme on peut le voir par les détails de cet opuscule, détails puisés dans les rapports pour la plupart officiels, dont personne ne peut révoquer en doute l'authenticité, les ressources minérales du district de Beauce sont d'une grande richesse, et nul ne peut me taxer d'exagération en disant qu'elles égalent celles d'Australie, de la Californie et du Colorado. D'après les meilleures informations, on voit que depuis 1863, il y a eu 79,000 onces d'or d'extraites dans la vallée de la Chaudière, et

çjue chaque mineur a recueilli en moyenne $5.25 par jour. Et en supposant même que les mines en question lie seraient pas aussi riches que celles des Etats-Unis, les mineurs peuvent encore en retirer de grands bénéfices, car la main d'oeuvre et tout ce qui est nécessaire à la vie y coûtent moins que dans les Black Hills, dans le Montana et dans la Caroline du Sud.

D'ailleurs ce qui encourage les étrangers à venir exploiter les mines de la Beauce, c'est que l'or est distribué dans les leads avec une grande régularité, contrairement à ce qui est constaté dans les mines alluviales des Etats-Unis, qui, dans quelques endroits, fournissent de l'or en quantité prodigieuse, tandis que dans plusieurs autres les mineurs travaillent en pure perte.

Donc, ce qu'il faut pour développer les ressources de la province de Québec, pour leur faire produire des revenus extraordinaires, ce sont des hommes de courage et d'initiative, des capitaux employés avec intelligence. Et si les canadiens-français, pris de cette fièvre de l'émigration qui, depuis nombre d'années, dépeuple nos belles campagnes, au lieu d'aller demander du travail dans les mines du Colorado et du Nevada, allaient tenter la fortune dans les mines de la Beauce, ils se rendraient utiles à leur pays, et s'y procureraient des avantages qu'ils ne trouveront pas à l'étranger.

En parlant des avantages qu'offre l'exploitation de nos mines, je me permets de citer un extrait d'un journal américain " The Conservative " publié à New- York, dans son numéro du 5 novembre 1880.

Page 1