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L’hirondelle

M1NNIE BRANDON

Froid! froid!... Nul artifice, je deviens froid!... Qu’y prétendre?... Ma compagne est une révoltée, m’ôte l’appétit, — et le vent, le vent du Nord se hâte, sèche mes feuilles à la douzaine...

« Trop rapide, ce vent? »

J’ai beaucoup souffert!

« Mes torts, des torts graves? >»

Regardez mon amoureuse... N’en a-t-elle point? N’a-t-elle pas changé à mon instar?... Elle avale, avale sans trêve, use de verres chaque jour plus larges, plus profonds... Elle a choisi boire et moi, au lieu de me préférer!... Elle me juge aveugle,

idiot!... Elle s’hébète, chanle Navire !... Elle va au cabaret borgne, maintenant, sur le zinc!... Elle veut que je l’épouse, le veut avec pleurs, avec rage, sitôt qu’elle est ivre!... Et hier, hier, — il bruinait, je tousse, je garde la chambre, — on a volé notre servante, on lui a volé du vin, de son vin au litre... Minn!... Ce ne peut être que Minn !

Après le flux, le reflux : les vagues s’éloignent, les vagues se tassent... Mon ménage en est au reflux. Il ne communique, ne s’approche que le moins possible, depuis deux semaines. Aucun choc

MINIVIE BRANDON

n’a eu lieu ; mais, par le printemps effectif, de l’hiver nous émotionne, un hiver de grésil, de neige, de frôles muets... Elle, Minn, s’est comprise devinée encore, et moi, je l’observe, me pèse, mâche des résolutions, — une résolution extrême...

Donc, pour m’accrocher à de l’avenir, à un avenir inévitable, pour le préparer de force, pour me plaindre, je me suis rendu au Café d’Irlande, un dimanche, tard : John y est, pipe dans la barbe, moustaches humides.

— Good evening ! 1 ... Assieds ton der-

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