ACTE TROISIÈME
s'agit de vous et de moi. Si je vous disais : « Madame Grandier, vous me plaisez infiniment, je vous plais beaucoup... Moi, le marquis de La Tour-Mirande, je vous demande votre main... nous vivrons très heureux et nous n'aurons pas du tout d'enfants...» Qu'estce que vous répondriez?
MADAME GRANDIER
Mais...
LE MARQUIS
Vous répondriez oui...
MADAME GRAXDIER.
Non; je refuserais.
LE MARQUIS
Oh! mais, sacrebleul Cesfemmes sont décidément d'une fierté intolérable!
Ce n'est pas de la fierté, monsieur le marquis, c'est de l'honnêteté.
LE MARQUIS
Refusé, moi ! El pourquoi, je vous le demande! Pourquoi! Au nom de scrupules idiots! Vous êtes une brave femme! Parfaitement digne de nous. Vous valez beaucoup mieux que plusieurs de mes aïeules. Je neinrle pas de Marie-Vicloire-Cyprienne, celle-là a couché avec le roi, c'est sacré. Mais il y en a d'autres... Fichtre! Alors quoi? Quelle raison avez-vous? Vous êtes d'excellente famille...
MADAME GRANDIER
Ma belle-mère était née Pichon.
LK MARQUIS
Pichon! C'est épatant !... sans compter que vous
avez beaucoup d'allure, de branche, des bras superbes !
MADAME GRANDIER
Oh!...
LE MARQUIS
Superbes, je les ai appréciés tout à l'heure.
MADAME GRANDIER
Mais, marquis, qu'est-ce que vous dites? Qu'est-ce que vous dites?
Je dis que vous feriez une figure magnifique à la Tour-Mirande! Je vous vois au coin de la cheminée, dans la grande bergère, sous le portrait en pied d'Hugues- Aldebert, dans cette robe-là...
MADAME GRANDIER
Dans cette robe-là ?
LE MARQUIS
Plus je vous regarde, plus vous me plaisez. Vous êtes charmante. Mais, sacrebleu, c'est que c'est parfaitement vrai ce que je vous dis là?
MADAME GRANDIER
Mais, alors?
LE MARQUIS
Alors, pour être marquise, il ne vous manque plus que de m'épouser, de vous faire faire des cartes de visite et de vous brouiller avec des israélites.
MADAME GRANDIER
Je n'en connais pas.
LE MARQUIS
Il faudra en connaître pour vous brouiller avec eux.