‹ Miquette et sa mere, comédie en trois actesChapitre 17 sur 138 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MADAME GRANDIER

Et puis, un jour, tu as été assez grande pour avoir ta chambre à toi. On a enlevé ton lit, on a rapporté l'armoire. Je me suis vue dans la glace, je ne me suis pas reconnue. Ma jeunesse était passée sans que je m'en aperçoive I Et tu vois que je n'en suis pas plus triste pour ça.

Pas du tout, elle n'était pas passée, elle était rangée... dans un tiroir ; et, comme elle était très bien pliée, elle n'est pas abîmée du tout... Elle est encore toute fraîche, et j'ai idée que le jour où on la ressortira, on sera épaté.

MADAME GRANDIER

Quelle idée, ma pauvre Miquette ! Mon Dieu, je ne dis pas que je n'aurais pas rêvé d'une autre existence. Tiens, il y a encore des moments, quand

l'orphéon joue Une Valse, (Miquette fredonne un air de

raise.) oui, il me semble que... et d'autres fois, quand

il joue un pas reloublé, (Même jeu de Miquette.) je

m'imagine que... et alors, je pense que j'aurais pu être une femme du mon le, porter des robes avec un peu de dentelle, on, à la rigueur, beaucoup le dentelles... connaître l'élégancp, le lux^, enfin prendre du thé, dire des mots anglais, avoir un livre d'adresses, la migraine, pas d'ordre, des domestiquemalhonnêtes et, au lieu de mener une existence gênée, avoir beaucoup d'argent, — par exemple, cinquante mille francs de dettes 1

Eh bien, mes enfants!

MADAME GRANDIER

Rassure-toi, ces béliscs passent vile... et je ne re«

grette rien. D'ailleurs, toujours, à ce moment là, l'orphéon attaque la variation sur les Huguenots et je suis bien obligée de m'apercevoir que je suis en province.

Oh ! la variation des Huguenots... Quand j'entends ça, moi, je comprends lu Saint-Barthélémy.

Périne entre, tenant à la laiaae Médor. PÉKINE.

Eh bien, Miquette, et ce pauvre Médor, on ne pense plus à sa petite promenade ? Il pleure dans la cuisine.

C'est vrai ! Pauvre toutou !

MADAME GRA.NDIER.

C'est ça, va faire un tour sur le mail.

Allons, viens, mon vieux! Oui, t'es un bon chien. Tu es laid, tu es vieux, tu es mal peigné. Tu es fidèle 1 Tout ça va très bien ensemble... J'ai remarqué que les gens fidèles étaient toujours mal peignés.

PÉRINE, ahurie.

Qu'est-ce qu'elle dit?...

Je m'en vais. Mais vous, madame Grandier, vou» leE-vous savoir une chose : vous êtes encore bougrement affriolante, nom d'une bique 1

Elle tort.

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