‹ Miquette et sa mere, comédie en trois actesChapitre 37 sur 138 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

On se doutait de rien, et puis...

On s'aimait. Alors, c'est vrai?

URBAIN

Je vous aime !

MIQUETTE, regardant la carte.

Follement... il y a follement, sur la carte... (Elle reprend la carte.) Oh! que c'est joli, ce bouquetde marguerites. Ah ! vous en avez un goût ! Mais, du moment que c'était pour moi, il aurait suffi d'un timbre d'un sou au lieu de deux 1

URBAIN

Ça ne fait rien. Les questions d'argent ne comptent plus pour moi, dans un moment pareil. Je vous aime !

Ah !... Et depuis quand?

URBAIN

Je ne peux pas savoir quand ça a commencé, puisque je ne sais pas comment ça m'est arrivé.

Moi, je sais!... Je me rappelle!.. C'était au passage à niveau de Saint-Saturnin.

URBAIN

Oh! je me souviens aussi!... J'allais de Château- Thierry à la Ferté !

Et moi, je revenais de la Ferté à Château-Thierry. Je vous ai aperçu de loin sur la route, et je me suia dit : « Quelle bonne figure il a, M. Urbain ! »

URBAIN

Et moi, j'ai pensé : « Ce qu'elle a l'air futée, la petite du bureau de tabac! »

Nous nous approchions l'un de l'autre.

URBAIN

Nous allions nous croiser...

Quand crac!...

URBAIN

On a fermé le passage à niveau !

Je me suis accoudée sur la barrière.

URBAIN

Moi aussi.

Je vous ai regardé.

URBAIN

On s'est regardé.

Je me suis mise à rire.

Elle rit.

URBAIN

On s'est mis à rire.

Il rit.

Alors une harmonie délicieuse a rempli l'air.

URBAIN

C'était la dame dugarde-barriôre qui soufflait dans, son petit cornet : Pin ! Pin ! Pin 1

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