ACTE PREMIER
On se doutait de rien, et puis...
On s'aimait. Alors, c'est vrai?
URBAIN
Je vous aime !
MIQUETTE, regardant la carte.
Follement... il y a follement, sur la carte... (Elle reprend la carte.) Oh! que c'est joli, ce bouquetde marguerites. Ah ! vous en avez un goût ! Mais, du moment que c'était pour moi, il aurait suffi d'un timbre d'un sou au lieu de deux 1
URBAIN
Ça ne fait rien. Les questions d'argent ne comptent plus pour moi, dans un moment pareil. Je vous aime !
Ah !... Et depuis quand?
URBAIN
Je ne peux pas savoir quand ça a commencé, puisque je ne sais pas comment ça m'est arrivé.
Moi, je sais!... Je me rappelle!.. C'était au passage à niveau de Saint-Saturnin.
URBAIN
Oh! je me souviens aussi!... J'allais de Château- Thierry à la Ferté !
Et moi, je revenais de la Ferté à Château-Thierry. Je vous ai aperçu de loin sur la route, et je me suia dit : « Quelle bonne figure il a, M. Urbain ! »
URBAIN
Et moi, j'ai pensé : « Ce qu'elle a l'air futée, la petite du bureau de tabac! »
Nous nous approchions l'un de l'autre.
URBAIN
Nous allions nous croiser...
Quand crac!...
URBAIN
On a fermé le passage à niveau !
Je me suis accoudée sur la barrière.
URBAIN
Moi aussi.
Je vous ai regardé.
URBAIN
On s'est regardé.
Je me suis mise à rire.
Elle rit.
URBAIN
On s'est mis à rire.
Il rit.
Alors une harmonie délicieuse a rempli l'air.
URBAIN
C'était la dame dugarde-barriôre qui soufflait dans, son petit cornet : Pin ! Pin ! Pin 1