‹ Miquette et sa mere, comédie en trois actesChapitre 40 sur 138 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

Les Mêmes, LE MARQUIS.

LE MARQUIS

Urbain I mon garçon, tu vas me faire le plaisir de prendre ton chapeau, (urbain hésite puis le prend.) ton parapluie... (Même jeu.) Ensuite, tu prendras la porte, puis la deuxième rue à droite et la troisième à gauche. Tu enfileras la route nationale numéro 32 bis, qui te conduira à mon beau château de Tour-Mirande. Tu y rentreras, tu monteras dans ta chambre et tu pourras continuer la rédaction du « Journal de ta vie ». Va I... Va !

Urbain terrifié sort.

MIQUETTE, à part.

Il lui a résisté un peu, mais pas beaucoup.

LE MARQUIS, à part.

Elle est très gentille ! (Haut.) Mademoiselle Miquette, je viens jouer ici une scène du répertoire. Avez-vous vu la Dame aux camélias ? Oui, sans doute, car vous aimez le théâtre.

MIQUETTB.

Oh! monsieur le marquis, comment savez- vous T

LE MARQUIS

Je l'ai lu dans le journal.

Dans le journal?

LE MARQUIS

Oui, dans le journal de la vie de mon neveu. Il est, d'ailleurs, parfaitement idiot, son journal, et rempli de fautes d'orthographe.

Comment I vous le connaissez?

LE MARQUIS

Depuis ce matin. Je l'ai trouvé au milieu du billard.

Oh ! Il m'avait dit qu'il l'avait caché.

LE MARQUIS

Eh bien, il l'avait caché au milieu du billard. C'est une mauvaise cachette. Or, en le feuilletant, j'ai découvert que le comte Urbain vous aimait, sans que je l'y aie autorisé. Voilà pourquoi je viens jouer ici le rôle du père Duval, avec cette différence que le père Duval est un caractère bourgeois et sans prestige, tandis que je suis, moi, une nature brillante et corrompue.

Mais, monsieur le marquis...

LE MARQUIS

Bref, je viens, mademoiselle, vous réclamer mon neveu...

MIQUETTE, très troublée.

Je ne comprends pas.. .

LE MARQUIS

Mon enfant, regardez-moi. On ne me met pas dedans. J'ai vu trop de gens et trop de choses. Vous ignorez, sans doute, que, quoique bien jeune encore, j'ai joué sous le second Empire un rôle considérable. C'est moi qui ai présenté Hortense Schneiler au prince de Galles, j'ai tutoyé Rigolboche, Octave Feuillet et le grand-duc de Bade, j'ai versé du Champagne avec le roi de Saxe dans le piano du Grand- Seize. Dans ce temps-1 », il nous était encore permis d'être utiles à notre pays! C'est au cours de ces travaux que j'ai acquis un jugement prodigieux, un bon sens fou et une volonté stupéfiante.

MIQOETTE, à part, terrifiée.

J'ai le trac.

LE MARQUIS

Or, sachez-le, j'ai décidé, immuablement décidé, d'abord que mon neveu ne ferait jamais qu'un mariage de mon choix, ensuite que ce mariage serait un mariage d'argent. Sachez aussi que je vous ai comprise en un clin d'œil. Vous êtes une petite roublarde.

Moi?

LE MARQUIS

On est jolie, adroite On s'est dit : ce comte Urbain est une bonne pale, simple, sans malice, un enf.mt le monterait. Avec un peu de coquetterie, on le chambrera et l'on de viendra tout doucement comtesse del.n Tonr-Mirande

50 MIQl'ETTE ET SA MÈRE

Moi! faire un calcul pareil! Oli ! c'est indigne n> direçi. Vous n'avez pas le droit, monsieur le marquis. Non, vous n'avez pas le droit !

LE MARQUIS

Enfin, ma petite, qu'est-ce que vous voulez mie je. croie? Si vous ne pensiez pas à vous faire épouser, compticz-vous alors devenir la maîtresse de ce garçon 1

Sa maîtresse! Je suis une honnête fille, monsieur, et il n'est permis à personne d'en douter, vous entendez, à personne. Et ce n'e I pas parce que vous avez fait le Jacques sous le premier Empira que je vous laisserai dire des choses pareilles]

LE M Ai: QUI S.

Comment le premier Empire? Le second ! Le second !... Enfin, quoi, qu'est-ce que voulez faire d'Urbain?

L'aimer.

LE MARQUIS

?acrebîeu! Vous n'avez que deux mains, la droite et la gauche, Inquelle vouliez- vous lui donner?

îe ne sais pas, moi... les deux...

LE MARQUIS, à part.

Elle est vraiment gentille! (liant.) Ecoute?., men e.nf.mt, je vous ai comprise en un clin d'oeil. Vous r'p- une brave petite fille... une petite provinciale «''-ri-'i=e, rangée, vous n'êtes pas née pour les avent'ire? . et vous v< yez vous-même que cette histoire

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