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variées et si Hombrenses que Arabe bee pour ses
travaux. On peut s'étonner seulement de l'émoi causé . . par les révélations de Dumont si l’on songe qu’elles ne
faisaient que préciser ce qui déjà, sous B Révolution, s'était dit ou éerit. Mme Roland, Mme de Staël, le marquis de Ferrières, le duc de Lévis et Chateaubriand, ne laissent là-dessus aucun doute. Dès le lendemain de la mort du tribun, Camille Desmoulins écrivait, sous la forme spirituellement pittoresque qui lui est propre :
« On sait bien qu’à limitation des acteurs du théâtre
romain, qui étaient toujours deux pour un rôle, l’un pour. la déclamation et l’autre pour le geste, M. de Mirabeau ne s’est jamais réservé que le geste, et s’est toujours reposé du son sur une personne cachée derrière la toile. » Les Souvenirs de Dumont avaient soulevé en partie cette toile. Un livré publié en 1874 par M. Ph. Plan, sous le titre de : Un collaborateur de Mirabeau, abonde en documents inédits qui permettent de pénétrer, dans la
- plus large mesure, le secret des ORPEDnONS auxquelles Mirabeau faisait appel.
Pasteur de l’Église: réformée, -précepteur dans des familles nobles, et, depuis, bourgeois de Genève, Reybaz avait connu, au cours d’un premier voyage en France, quelques-uns des hommes célèbres de l’époque, et particulièrement Voltaire, qui appréciait son esprit, à la fois littéraire, scientifique et philosophique. Ayant pris parti, dans les luttes intestines de sa cité, pour la cause de la vérité et de la justice telles que sa conscience d’honnête homme la lui imposait, Reybaz se réfugia à Paris, où il développa sa culture, déjà si étendue et si forte. Trois de ses compatriotes, Clavière, Duroveray et Dumont, qui
travaillaient, depuis plus ou moins longtemps, pour
Mirabeau, Voulurent: en août ou septembre 1789, le faire entrer en relations avec le tribun déjà célèbre, Méfiant et de mœurs rigides, Reybaz se déroba. Mirabeau mit
- d'autant plus de prix à le conquérir et ne négligea, sous.
une forme respectueuse qui ne lui était guère habituelle, aucune attention pour le séduire et se l’attacher. Il avait
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services que pouvaient lui rendre ce Malone déjà formé,
de janvier 1790, commencèrent entre lui et Reybaz une correspondance et des relations qui ne s’achevèrent qu'avec la mort de Mirabeau. Les dons oratoires de Reybaz s’attestent par un simple fait : nommé en 1794 représentant de Genève à Paris, il prononça, en remettant ses lettres de créance à la Convention: un discours dont le succès fut tel que l’Assemblée en ordonna la traduction . dans toutes les langues. Mirabeau utilisa avec un art admirable les ressources de cet homme supérieur. Les lettres qu'il lui écrivait, déposées à la Bibliothèque de Genève avec les brouilloris préparés par Reybaz, permettent d'attribuer au pasteur genevois la paternité presque exclusive d’un discours, non prononcé, mais ones! composé, en faveur du mariage des prêtres, et la rédaction intégrale du discours que Talleyrand lut, | ie la mort de Mirabeau et selon son désir, sur l’ Re des successions en ligne directe.
Mais les documents publiés ne permettent pas qu ’on s'en tienne là, et il faut mettre au compte de Reyÿbaz d’autres discours, lus par Mirabeau à la tribune, qui contribuèrent pour uñe large part à sa réputation. Tel est le
n’en peut douter en suivant dans la correspondance de Mirabeau et de Reybaz les indications que l’orateur donne
. qu'il lui écrivit après la triomphale séance : « Je vous envoie tous les compliments que m'a valus l'excellent discours dont vous m'avez doté. » Est-ce à dire que Mira- beau, pour employer l’ expression de Camille Desmoulins, n'eût fait que le geste? Il résulte de sa lettre qu’il avait
ajouté « un petit nombre de pages et dissimulé quelques mots destinés à resfer dans l'impression. » C’est donc que le fond du discours était bien de Reybaz. Mirabeau, d’ailleurs, songeait à ne pas perdre le bénéfice de ce succès et il écrivait à son collaborateur : & N. B. Suivez
na delle eut de p d'œil, des
__et également apte à la plume ou à la parole. Dès le mois
célèbre discours sur les assignats du 27 août 1790. On
à son « faiseur », et surtout en lisant ce passage du billet
des DANEAE OR ENT TS
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à une réplique. » La réplique eut lieu le 27 septembre. Dans l'intervalle, Mirabeau ne manqua pas d’exciter le zèle de son collaborateur, de lui suggérer des idées, des arguments et des développements, de lui envoyer des documents et des renseignements, et surtout de lui signaler
contradiction qu'on avait, non sans raison, dirigé contre lui. Quoique la question ne fût pas encore à l’ordre du jour, il lui écrivait, le 10 septembre : « Je vous demande
bien la chose ».
D’autres fois, Mirabeau sollicitait des variantes, qui, sous la forme de « papillons marginaux », lui donnassent la latitude de modifier le texte selon le moment auquel il interviendrait dans la discussion. Ainsi fit-il pour un discours, que d’ailleurs les circonstances ne lui permirent pas de prononcer, en réponse à la proposition de Lavenue
œuvre, pour son compte et sur ses instructions, depuis un mois, Mirabeau se mit, pour un jour et une heure
était prêt, « ou plutôt qu’il n’avait nul besoin de préparation >. L’audace, on le voit, ne lui manquait pas. Il faisait travailler Reybaz, par des flatteries habiles
d'adoption, l’extradition. De toutes ces demandes, qui
que là puissance encyclopédique de son correspondant, il faut retenir l’intérêt exceptionnel que Mirabeau attachait à l'institution d’une éducation nationale, « ancre de la Révolution, disait-il, et, après la liberté de la presse, le " seul palladium de la liberté publique ».
Tous ces documents, en établissant la part si impor-
tante que prit Reybaz aux discours de Mirabeau, ont, du
V4. Le £ ; z Lave un | grand soin à Mnieurs fn de obtenir prêts
l'importance qu’il y avait à le justifier du reproche de
Ain
le plus tôt possible une bonne copie afin que j'apprenne :
d'imposer les rentes. Quoique Reybaz travaillât à cette
quelconques, à la disposition du Comité, disant qu'il
et des câlineries délicieuses, sur tous les sujets : la peine de mort et les réformes criminelles, l’éducation publique, le duel, les rapports du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif, l’organisation des gardes nationales, le droit
prouvent l'étendue de ses préoccupations en même temps
| même coup, ou par” une ‘confirmation éclatante les us autrefois si discutées, d’Étienne Dumont.
Très instruit, d’un jugement très sûr, collaborateur de 7 Je . Bentham et remarquable publiciste, Dumont a rendu à : Mirabeau des services qui ne peuvent pas se contester. Faut-il pourtant lui attribuer tous les discours et toutes . les adresses dont ses Souvenirs réclament la paternité? Il y en a beaucoup, et des plus célèbres, comme le 708 discours du 8 juillet 1780 sur le renvoi des troupes. La bonne foi de Dumont est certaine, mais l’inexactitude, pe ___ prouvée sur quelques points, de ses affirmations, démontre combien il est difficile, ou même impossible, … d'établir la vérité entière sur l'étendue des collaborations dont bénéficia Mirabeau. Je n’en veux qu'un exemple. Lisez les Souvenirs de Dumont; il s’y déclare l’auteur de ten l'adresse, noblement vibrante, qui suivit le ‘discours sur $ le renvoi des troupes, et il fournit, au sujet des circons- tances de la préparation de cette adresse, de curieux . détails. Mais ouvrez, d’autre part, l'Histoire de l’Assemblée Constituante, d'Alexandre Lameth, qui n’était pas un. ‘ami de Mirabeau : « Comme re du comité d… ns rédaction, dit-il, j'ai vu faire presque entièrement sous : À mes yeux cette fameuse adresse... Le mérite Laporte sa “qu'y a eu M. Dumont, c'est d'y avoir associé des sentiments de modération et des idées de convenance. Quant “+3 : à l’éloquence passionnée qui respire dans cette allocution 4 “
Re
vraiment nationale, on ne peut en refuser le mérite à. Mirabeau. » | Tout ce que l’on peut faire, dans ces conditions, et à - part quelques exceptions qui permettent plus de préci- - sion, c’est de dresser la liste des ouvriers employés par Mirabeau dans ce qu’il appelait son « atelier ». À côtéde Reybaz et de Dumont, il faut faire une place, un peu ce moins grande, à Duroveray, mais on ne saurait exagérer VE Je rôle que joua Pellenc : secrétaire de Mirabeau, Pellenc >. fut, par ses aptitudes variées, le principal collaborateur FE du tribun, lequel utilisa sa remarquable intelligence et - 4 ses ressources pour de nombreux et importants travaux.
A nu . S ; ( 302)
Cette Ste se CombIOté par. ie correspondants occa- -sionnéls : tels l’abbé Lamourette pour les travaux relatifs à la Constitution civile du clergé; l'anglais Clarkson pour un discours lu aux Jacobins contre la traite des l nègres; Clavière pour les questions relatives à la Caisse Are d'Escompte; un consul français en Orient, Peyssonnel, pour certaines affaires diplomatiques; un conseillée à la SET Cour des Monnaies de Nancy, M. Beyerlé, pour la refonte ‘2/00 du régime des monnaies. ; 1 Tous les discours préparés par ces collaborateurs n ont pas été prononcés; on en a trouvé beaucoup d’inédits dans les papiers de Mirabeau. Ils démontrent combien * Gœthe avait raison de louer en lui le génie particulier qui le faisait agir avec les autres et par les autres. Chamfort disait que Mirabeau était le briquet qu'il fallait * à son fusil. Ce « briquet » avait une magie souveraine. Quand il fut brisé, bien des lumières qu’il avait allumées # è restèrent sans emploi. Mme de Staël a constaté très justement qu'après la mort de Mirabeau aucun de ses , amis « n'aurait pu écrire ce qu ‘il savait leur inspirer ». - Mirabeau inspirait en effet ses collaborateurs. Il leur . à expliquait, plus ou moins longuement, tantôt par une plan d'ensemble, tantôt par des idées de détail, ce qu'il attendait d'eux. Quand il demandait à Reybaz une réplique sur les assignats, il précisait les « trois choses capitales » qui devaient entrer dans cette réplique. Quelques … jours après, des circonstances particulières lui suggéraient l'idée d’un parallèle entre la vie de l’agioteur et celle de l’agriculteur, et la nécessité d’un « alinéa obligeant pour : Paris ». Il s’excusait de ce surcroît de besogne avec une flatterie à laquelle Reybaz ne pouvait pas rester ihsens . -* - sible : « Eh! disait-il, qui pourrait aussi bien que vous- | même raccorder quelque intercalation dans votre superbe ouvrage? Vale et me ama. » Quand le débat sur la régence lui apparaissait comme dangereux pour la ‘ monarchie et qu’il éprouvait la nécessité d'y intervenir, il envoyait chercher Pellenc, auquel il disait avoir passé * sa doctrine, et il voulait l'emmener à la campagne pour
y mottre toutes leurs forces. » Par l'intermédiaire du . comte de La Marck, il lui donnait ses instructions : « Qu'il scrute dans le plus grand détail le décret, qu’il
en recherche tous les dangers pour la liberté publique; qu'il l’envisage sous tous ses rapports; qu’il ne prenne
que des notes, mais qu'il développe assez ses notes pour
que je les parle avec fécondité. » Il y a dans cette =. dernière phrase une indication précieuse sur la méthode oratoire de Mirabeau. On lui a souvent refusé un certain don de se mouvoir librement dans les discussions politiques, en dehors du discours qu'il avait préparé. L'erreur, ou, si l'on veut, l’exagération est évidente. Souvent il lisait; et même il se plaignait un jour à Reybaz que. < l'écriture du secrétaire, toute charmante qu’elle fût, était un peu petite à la tribune ». Mais souvent aussi il . parlait « avec fécondité », soit sur les notes qu'il s'était fait préparer, soit même, au témoignage d'Arthur Young, sans le secours d’aucune note. Il s’assimilait, dans les matières les plus ingrates, les données qu’on lui avait fournies, au point de posséder le sujet comme s’il l’avait étudié lui-même. Les discours sur les mines étaient, je l’ai
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dit, de Pellenc, mais aucune objection ne prit Mirabeau au dépourvu, et il répondait avec une précision merveil- leuse à toutes les questions qu’on lui posait au cours des 2% débats. ss NANTES Res à A = D'autre part, il remaniait avec un grand soin les dis- “ cours dont il avait suggéré les lignes générales et les
détails essentiels. Soucieux de la diction, il coupait, il
allégeait les phrases; il excellait à donner la vivacité de
l'allure oratoire aux dissertations un peu dogmatiques de
ses Genevois, trop fidèles à leurs anciennes habitudes de à
prédication, Ayant l'oreille musicale, il savait la valeur
des mots; il n’ignorait pas qu'il suffit parfois d'en déplacer . deux ou trois pour transformer une phrase et lui donner __ l'harmonie et la mesure. Ne s’excuse-t-il pas auprès de Reybaz d'un « bien qu’il a ôté pour la prononciation »?.
Il faisait, il est vrai, des changements d’une autre impor-.
tance. Il intercalait des développements et des idées nou-
L'ORATEUR
velles. Il imprimait son originalité et sa marque au tra-
vail impersonnel d'autrui. Ce que Dumont dit de ses pro-
cédés d'écrivain s'applique avec la même exactitude à ses procédés d’orateur : « Quand il avait un fond et des matériaux, il savait élaguer, rapprocher, donner plus de force et de vie, et imprimer au tout le mouvement de l'éloquence. C'est ce qu’il appelait mettre le trait à un ouvrage; ce trait était une expression singulière, une image, une saillie, une épigramme, une ironie, une allusion, quelque chose de vif et de tranchant qu'il croyait absolument nécessaire pour soutenir l’attention. »
Ainsi Mirabeau faisait sienne l’œuvre d'autrui. Mais sans ses collaborateurs il n'aurait pu suffire à l’écrasante besogne que sa réputation lui imposait. Dans le monde nouveau qu'édifiait, jour par jour, l’Assemblée Constituante, toutes les questions se posaient. Mirabeau n'était ni étranger ni indifférent à aucune. Tous les débats l’attiraient. Aucun orateur ne possédait une compétence aussi étendue et une autorité aussi grande. Ceux-là mêmes que son passé, sa vie actuelle et d’invincibles préventions détournaient de lui accorder leur estime, ne pouvaient se refuser à reconnaître sa compétence presque universelle, sa clairvoyance, son bon sens, aussi courageux que lumineux. Le mot qu'il avait dit sur Sieyès : « Son silence est une calamité publique » était plus vrai de lui que de l’abbé théoricien dont quelques formules, heureuses d’ailleurs et décisives, avaient épuisé la force d’action. Dans cette Assemblée qui lui avait interdit l’accès du ministère, le besoin de sa parole, de ses directions, de ses conseils, se faisait impérieusement sentir. Comment Mirabeau se serait-il dérobé? Mais comment, seul, aurait-il pu faire face aux nécessités de l’ordre du jour le plus encombré et le plus mobile qui fut jamais? Il était, selon son expression pittoresque, toujours « sur le trépied ». Il disait aussi : « Le recueillement et la méditation nous sont entièrement ravis; il nous est devenu presque impossible d'organiser un grand travail, lors même que nous en aurions des matériaux préparés ». Si l'on ajoute son immense correspondance personnelle,
HMInABEAU,
les notes qu'il rédigeait pour la cour et le temps que lui prenaient ses plaisirs, on ne peut être surpris des collaborations auxquelles il faisait appel. Elles étaient pour lui une nécessité. Il ne les niait pas. Et ceux qu'il employait étaient fiers de concourir à sa gloire. Il leur semblait, comme l’a dit encore Dumont, qu’ils avaient introduit leurs enfants obscurs dans une grande famille. Ces enfants, d’ailleurs, ils avaient parfois de la peine à {es reconnaître. On a souvent cité, à cet égard, la phrase fameuse de Cicéron : « Que Sulpicius ait à parler sur l'art militaire, il aura recours aux lumières de Marius; mais ensuite, en l’entendant parler, Marius sera tenté de croire que Sulpicius sait mieux la guerre que lui. » Il fallut à Mirabeau plusieurs Marius. Mais Clavière et Reybaz ne l’admiraient-ils pas s’il parlait finances, Dumont s’il controversait sur le droit public, Lamourette s’il évoquait les conciles, Pellenc s’il dissertait sur les mines? Tous reconnaissaient sa supériorité dans la spécialité dont ils l’avaient instruit. Quand il avait « bien appris la chose » qu’ils lui avaient préparée, il s’affirmait comme leur maître. Mais surtout ils saluaient en lui une force propre et une spontanéité de génie qui n’appartenaient pas à Sulpicius.
C’est quand il ne devait rien à personne que Mirabeau, supérieur à lui-même, était vraiment incomparable, Ses improvisations, où passait toute l’ardeur de son âme brûlante, jetaient dans l’Assemblée des torrents de feu. Là, il se donnait tout entier, tumultueux, vibrant et pathétique, dédaigneux et menaçant, impétueux et ironique, sans jamais perdre son sang-froid au milieu des passions qu’il déchaînait, heurtait ou calmait à son gré. II maîtrisait les volontés, il dominait les rancunes, il imposait silence aux jalousies impatientes et aux ambitions rivales. Tous, subjugués, se taisaient. De l’aveu de Barnave, nul alors ne pouvait l’atteindre et aucun orateur ancien ou moderne, n’a surpassé la force et la beauté de son talent.
Ce talent, d’où lui venait-il, comment s’était-il formé ?
L'ORATEUR Le marquis de Mirabeau disait que tous les siens tenaient des Glandevès « un certain genre exubérant ». Dès l’âge de dix ans, le jeune Gabriel affirmait cette filiation par l'habitude de « pérorer », que son père constatait en lui. À dix-neuf ans, le marquis reprochait à son fils ses mensonges, mais il ajoutait qu’ils étaient « presque persuasifs à force d’éloquente effronterie ». A Saintes, cette séduction de sa personne et de sa parole avait, malgré l'éclat” de ses scandales, « partagé la ville et la province entre la raison et lui ». A vingt-deux ans, Mirabeau déconcertait son oncle par « une tête pleine d’élévation, de feu, de nerf et de gloire... Quand il ressasse quelque chose, disait le bailli, il avance le front et ne regarde plus nulle part... S'il est conduit à parler raison, Cicéron n’est qu’un sot auprès de lui. » À Pierre-Buffère, pour fonder le régime des prud'hommes, Mirabeau déploya « une souplesse, une rondeur et une activité », dont son père s’émerveillait. Huit ans après, ce père flétrissait « l’horrible talent » de son fils et son « adresse à chercher le côté qui porte à la persuasion ». Les plaintes tragiques qui s’élevaient du fond du donjon de Vincennes ne l’émouvaient pas : il disait du prisonnier qu’ «il était né pour le pathos comme un lévrier pour la course ». Avec le sens aigu de la haine, il démêlait combien son talent était fait de réminiscences et d'emprunts, mais ce qu’il avait d'originalité lui échappait. , C’est à Vincennes, au cours de ses quarante mois d'emprisonnement et de solitude, que Mirabeau, protégé par le travail contre le désespoir, a formé son génie. Non seulement sa voracité intellectuelle a tout absorbé, mais l'écrivain a préparé le tribun. Le premier peut-être, Sainte-Beuve, a remarqué que les Lettres écrites de Vincennes sont remplies « des mouvements, des excla-' mations, et des gestes involontaires de l’orateur ». Brusquement, cessant de s'adresser à Sophie, Mirabeau interpelle un auditoire idéal, qu’il fait le témoin et le juge de ses infortunes ou de ses idées. « L’orateur a beau : être en cage, il se relève, il s’agite, et le cachot, tout
sourd qu'il est, retentit. » J'ai essayé plus haut de mettre en lumière la force et la variété d’éloquence que Mirabeau déploie dans les Mémoires qu'il adresse à son père, à M. de Maurepas, à M. Lenoir. Ce sont d’admirables pages oratoires, composées comme des plaidoyers, faites pour être dites, associant tous les genres, depuis l'ironie âprement mordante jusqu'aux accents les plus douloureusement pathétiques. Au moment où sa libération se prépare, Mirabeau écrit à son oncle, le 25 décembre 1770, une lettre curieuse, heurtée et éloquente, où il affirme son mépris pour le plus grand nombre des lois positives et, sans nier ses fautes et ses torts, essaie de les expliquer. Ïl a obtenu le pardon personnel de son père, mais il ne veut pas, dit-il, « plaider avec la reconnaissance », et, s'adressant au bailli, il ajoute : « Voici à peu près comment j'oserais défendre ma cause à votre tribunal ». Et c’est bien à un tribunal, toutes portes ouvertes, devant le public rassemblé, qu'il s'adresse. Sa voix s'élève, il n'écrit plus, il plaide, il parle, il attaque : « Si ceux qui m'accusent étaient de bonne foi, ils ne s’opposeraient point à ce que j’emploie tous les moyens d’une légitime défense; ils ne m’auraient pas fait condamner au silence des morts, que, du moins, on ne persécute pas; ils ne déroberaient point mon existence et la connaissance de mon sort à toute la nature; en un mot, ils n'auraient pas tant d'inquiétude, de soupçons et de craintes, s'ils n'étaient embarrassés de leurs rôles. Que mes ennemis s'élèvent hautement, sans m'attaquer dans l'ombre des bureaux! Les lois sont-elles donc sans force dans ma patrie? Le souverain n’en est-il plus le gardien et le protecteur? Les magistrats ne suffisent-ils point pour m'absoudre ou me condamner? » La lettre-défense se poursuit sur ce ton, véhémente et précise, hardie, pressante et fière. Elle annonce les vigoureux mémoires produits devant le
tribunal de Pontarlier et elle prépare les admirables plai-
doiries dont la Cour d’Aïx aura l’émouvante surprise. Au lendemain de ce procès retentissant, l’orateur s’est révélé à lui-même et imposé aux autres. À son insu, il
continue à se préparer, par une gymnastique où s’assouplit son talent, au rôle que lui réserve le destin. Publiciste et pamphlétaire, il multiplie les adresses, les dénonciations, les brochures, les répliques. Il s’institue l'avocat des financiers, ou leur adversaire, il défend les Juifs et les Bataves; il accuse ceux-ci, il protège ceux-là, il est partout; son père avoue qu’ « il y a du caractère dans ses impudences mêmes » et qu’ « il a bien acquis l’exercice de l'outil de la parole ». Après la lettre aux Hollandais réfugiés, il reconnaît que Mirabeau s’est fait « un singulier tribunal politique et d’une grande force ». Pendant la campagne de Provence, dont il suit avec intérêt les incidents, il parle du « miraculeux orateur », et c'est ironie sans doute, mais, tout d'un coup, il semble entrevoir la séance immortelle qui jettera son fils dans la lutte et dans la gloire : « Il se fera des affaires qui impliqueront l’immunité des États Généraux : auquel cas le voilà un personnage! »
L’apostrophe à Dreux-Brézé a fait de Mirabeau ce personnage. Elle a créé sa légende: Il semble qu’on ne puisse pas se le représenter autrement que la tête léonine renversée en arrière, le bras tendu en défi et en menace, la voix impérieuse, faisant reculer devant la volonté du peuple la monarchie vaincue par l’audace du droit triomphant. À vrai dire, la légende, comme il arrive souvent, ne diffère de la réalité historique que par des nuances. Elle est moins ici une déformation qu’un accroissement. Les moyens physiques de Mirabeau faisaient partie de son éloquence. Ils étonnaient et dominaient presque avant même que l’orateur eût parlé. Il s’avançait vers la tribune d'une marche brusque. Taillé en hercule, les épaules larges, la tête volumineuse sous une immense chevelure qu'il arrangeait avec soin, Mirabeau donnait tout de suite l'impression de la force. Sa figure, sillonnée par la petite vérole, était laide, mais de cette laideur, transformée par les jeux de la physionomie, il excellait à se faire une puissance. Quand il secouait « sa terrible hure », il était effrayant, et nul n'osait l’interrompre. Ses yeux, où Cha-
| L'ORATEUR
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teaubriand vit de l’orgueil, du vice et du génie, Jançaient
des éclairs. Mais quand il les « couchait » d’une certaine façon, ils avaient une séduction irrésistible. Sa voix, musicale et chantante, n’était pas un moindre instrument de conquête. Il la modulait avec une habileté infinie, tantôt caressante et douce, tantôt éclatante comme un tonnerre dont les coups irrités ébranlaient l’Assemblée. A part certaines irruptions foudroyantes, son début était généralement pénible, embarrassé, oppressé. Il paraissait hésiter devant les mots, comme un homme qui s’esxaie à un fardeau trop lourd. Même dans l’action, son débit restait noble et imposant, malgré des intonations passionnées. Il articulait avec une netteté qui ne laissait rien perdre et qui, dans cette salle immense, portait les sons jusqu'aux extrémités. On trouvait, quand il débutait, que sa déclamation un peu emphatique tenait trop de l’art du comédien.-Mais le charme opérait bientôt et emportait tout. On lui savait gré de si bien lire et de si bien dire. Nul, même Talleyrand, qui pourtant débitait à merveille, ne l’égalait, et le discours sur les successions, qui avait valu à Mirabeau un grand succès aux Jacobins, parut tout autre quand l’évêque d’Autun en donna lecture. Mirabeau avait le geste ‘animé, mais ne faisait pas de la tribune une cage dans laquelle il se débattait. Il avait plutôt de la gravité que de l’agitation. Son sang-froid était surprenant. Les flots qu’il déchaînait se brisaient contre lui sans l’émouvoir. Quand il lut son discours sur la dénomination à donner aux Communes, il en était presque à son début, mais déjà il se possédait tout entier : les injures, les imprécations et les menaces fondirent sur lui : il resta impassible. En descendant de la tribune, il se tourna vers le Président et lui déclara d’un ton solennel : « Je consigne sur votre bureau le morceau qui a excité tant de murmures et qui a été si mal compris. Je consens à être jugé sur son contenu par tous les amis de la liberté. » Dans le débat soulevé à propos des troubles de Marseille, la droite coupait toutes ses phrases en l’appelant calomniateur, menteur, scélérat, assassin. Il s'arrêta
PIN ANR ST x PNR LRO PU A NT AE RTS SPA Ce 2 É Rats SE PER M En" PE RAT
\ : L'ORATEUR un instant, et, segardant ces exaltés, qui le salissaient d’un ignoble vocabulaire : « J'attends, Messieurs, dit-il, que
ces aménités soient épuisées. » Puis, il reprit son discours |
au point où il l'avait interrompu.
L'escrime de la tribune lui convenait moins qu’à Barnave, dont il n'avait ni la facilité d'improvisation dans les idées générales ni les facultés de dialectique. Sa méthode de travail et la multiplicité des questions qu’il embrassait excluaient les réflexions prolongées et la connaissance approfondie des détails du sujet. Si la réfutation devait être immédiate, il lui arrivait d’être pris au dépourvu. « Je vois bien, disait-il à Dumont, que pour improviser sur une question, il faut commencer par la bien savoir. » Il ne savait pas toujours. L'abbé Maury, ayant surpris cette infériorité, se joua de lui plusieurs fois, avec une irritante malignité. Aussi Mirabeau le détestait-il, tandis qu'il estimait la droiture sérieuse de Cazalès. Mais il fallait prendre garde à ne pas trop provoquer le tribun, car une terrible réplique pouvait remplacer l’argumentatioa défaillante. Barnave lui-même en fit la cruelle expérience. Discutant une proposition de Mirabeau sur la graduation des emplois, il s’enhardit à le plaisanter au sujet du délai de dix ans proposé afin d’en préparer l'exécution. Agacé, Mirabeau s’écria : « Le préopinant paraît oublier que, si les rhéteurs parlent pour
vingt-quatre heures, des législateurs parlent pour le
temps ».
I] saisissait, avec une promptitude extraordinaire, dans une discussion, le point faible de l'argumentation qu’on lui opposait et il ne démêlait pas moins rapidement et moins nettement l’état d'esprit de l’Assemblée. La puissance de l’orateur s’accompagnait en lui de l’habileté du tacticien. Il savait céder à point ou, d’un mot bien choisi,
d’un trait bien frappé, terminer le débat et achever son.
adversaire.
Il prenait au passage les réflexions ou les allusions qu’il enteñdait, il les faisait siennes en leur donnant un éclat et une force qui les transformaient. Dans une
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réponse à à Barnave, il. commença son discours par une piquante attaque : « J'ai dit depuis longtemps que la facilité était un des plus beaux dons de la nature, mais à la condition de n’en pas abuser; ce que je viens d'entendre ne me fait pas changer d'avis. » Il n'avait jamais rien dit de semblable, mais il utilisait, pour son exorde, une phrase de Chamfort, avec lequel il venait d'échanger ses impressions. La magnifique évocation du Capitole et de la Roche Tarpéienne, qui secoua l’Assemblée d’un frisson, lui fut suggérée par un mot de Volney ou de Rivarol, entendu au moment où il montait à la tribune : « Eh bien ! Mirabeau, hier au Capitole, aujourd’ hui à la Roche Tarpéienne! » Il n’est pas jusqu’au : « Silence aux trente voix! » qui ne lui ait été inspiré par des réflexions faites avant lui, Le président d'André avait répondu à une exigence
trop vive de Charles Lameth : « Je ne puis cependant,
monsieur, soumettre l’Assemblée à la puissance de trente de ses membres. » De cette observation courtoise, présentée à voix basse, Mirabeau avait fait un cri sublime et tragique, dont la brutalité impérieuse résume une politique et vaut un discours. |
Il s'indignait avec véhémence, mais il avait aussi de l'esprit, et du meilleur, dans tous les genres. À d'Épremesnil, qui s’obstinait à invoquer la loi salique, il répliquait : « Moi aussi, je demande à parler sur la loi salique,
et je promets de ne pas même exiger qu'on me la repré-
sente ». Interrompu par une voix, qui lui disait : « Vous êtes un bavard, et voilà tout », il se tournait vers le Président : « Monsieur le Président, je vous prie de réprimer
l'interrupteur qui m'appelle bavard ». En se défendant contre toute participation aux troubles d'octobre, il tempérait de bonne humeur l’âpreté éloquente de son ardent et magnifique discours. On l’accusait d’avoir parcouru les rangs du régiment de Flandre, le sabre à la main. C'était le confondre avec M. Gamaches : « Ainsi, tout pesé, tout examiné, dit-il, la déposition de M. Valfond n’a rien de vraiment fâcheux que pour M. Gamaches, qui se trouve légalement et véhémentement soupçonné d’être fort laid,
RS ET ns M an ee De + T'as Ra | ;
| L'ORATEUR
puisqu'il me ressemble. : » M. Virieux se targuait d’avoir
reçu de lui, à ce sujet, des confidences compromettantes : « Il est étrange, ce M. Virieux! S'est-il, en aucun temps, montré l'ami si sincère de la Constitution actuelle, qu’un homme dont on a tout dit, excepté qu’il soit une bête, l'ait pris ainsi pour son confident? ». Au cours du débat sur le serment ecclésiastique, comme il parlait du spirituel, la droite éclata en murmures : « Je supplie la partie de l’Assemblée qui m'interrompt, répliqua-t-il sans se troubler, d'observer que je ne vise pas à un évêché. » Après un discours de l'abbé Maury : « Il m'a été difficile de deviner si le préopinant était monté à la tribune pour son plaisir ou pour le nôtre ». Comme on discutait la question de la régence et que le serment de la Constitution paraissait devoir être imposé au futur régent, M. de Montlosier fit remarquer que des circonstances particulières, comme un voyage d'outre-mer, pourraient empêcher la prestation : « Je crains que le préopinant ne se soit trompé, observa Mirabeau; il a dit voyage d’outremer; peut-être voulait-il dire voyage d’outre-Rhin. » Cette allusion à l’émigration eut le succès qu'elle méritait.
Ce sont là des aspects, qu’il ne faut pas négliger, de
l'éloquence de Mirabeau, mais son génie oratoire est ailleurs, plutôt fait de puissance que de finesse et de passion que d'esprit. Il est essentiellement véhément, sans toujours échapper à la déclamation. Mirabeau n'avait pas l'imagination créatrice. Il n’y a pas dans ses discours de ces rapprochements ou de ces contrastes qui frappent par leur nouveauté, par leur force ou par leur grâce, et qui font de Bossuet un grand poète. Les images qu'il emploie sont banales. Il compare la banqueroute à un gouffre ou à un abîme, et s’il atteint à la beauté, c’est par le mouvement et par l’action, mais non par l’image.
Au contraire, il est doué de ce qu’on peut appeler l'imagination historique. Il excelle à ressusciter les faits du passé et à les jeter, frémissants de vie, dans le débat pour l’éclairer, le passionner ou le précipiter vers sa fin. A la noblesse de Provence, qui le chasse de ses rangs, il
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oppose le souvenir vengeur de Marius. A la délégation chargée d'obtenir du roi le renvoi des troupes, il rappelle la bonté généreuse et habile de Henri IV faisant passer des vivres à Paris qu’il assiégeait. Comme Louis XVI hésite à donner son adhésion à la Déclaration des droits de l'homme proclamée par l’Assemblée, Mirabeau, pour concilier son double respect de la souveraineté nationale et de l'autorité royale, renferme un avertissement dans un souvenir historique : « Il me semble, déclare-t-il, qu'on pourrait faire au roi une adresse dans laquelle on lui parlerait avec cette franchise et cette vérité qu’un fou de Philippe mettait dans ces paroles triviales : Que ferais-tu, Philippe, si tout le monde disait non quand tu dis oui? » Lorsque Maury attaque imprudemment jes droits de l’Assemblée, c’est avec la célèbre parole de Cicéron, amenée avec un art prodigieux, que Mirabeau fait honneur à la Constituante d’avoir sauvé la République.
Et jamais il ne se servit avec plus de force heureuse de cette puissance d'évocation que dans le débat soulevé par la motion imprévue de dom Gerle. Le chartreux jacobin,
dans une inspiration imprudente, avait demandé que la
religion catholique fût proclamée religion nationale. Ce fut un déchaînement de passions violentes, dont ne put triompher une déclaration de La Rochefoucauld, qui invitait l'Assemblée à ne pas délibérer sur la motion, tout en proclamant son attachement au culte catholique qu’elle
avait mis au premier rang des dépenses publiques. La
confusion et le tumulte étaient extrêmes. Brusquement, Mirabeau y mit fin. Un député, rappelant que Louis XIV avait promis devant Cambrai de ne jamais tolérer dans cette ville le culte protestant, demandait l'exécution de cette promesse. Mirabeau se leva pour protester contre « cet acte despotique, qui ne pouvait servir de modèle aux représentants d’un peuple libre ». Puis, d’un accent magnifique : « Puisqu'on se permet des citations historiques dans la matière qui nous occupe, je n'en ferai qu’une. Rappelezvous, messieurs, que d’ici, de cette même-tribune où je parle, je vois la fenêtre du palais dans lequel des factieux,
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d L'ORATEUR
Ron des intérêts temporels aux intérêts les plus sacrés de la religion, firent partir de la main d’un roi des Fran-
çais, faible, l’arquebuse fatale qui donna le signal du..
massacre de la Saint-Barthélemy. » D'abord stupéfaite et comme atterrée, l’Assemblée se recueillit dans un profond silence, puis les applaudissements et les acclamations s’élevèrent vers Mirabeau, frémissant encore. Ce fut un de ses plus grands triomphes. Quelques jours après, comme Roederer, tout en le félicitant, lui faisait observer qu'il avait exagéré, puisque de la tribune il ne pouvait apercevoir le Louvre : « Vous m'y faites penser, répondit Mirabeau. Dans ce moment d'inspiration, ce que j'ai dit, je le voyais. » Rien ne révèle mieux que cette réponse la spontanéité et la force de son génie d’orateur. Il disait un jour à Barnave : « Il n’y a pas de divinité en toi. » Lui, il est égal aux plus grands, parce que la divinité l’a visité et inspiré.
Il aimait passionnément la vie, dont il avait épuisé toutes les jouissances, maïs il avait aussi, et moins par orgueil que par noblesse d’âme, le culte de sa gloire, qu'il confiait à l'avenir. Il attendait sa réhabilitation du temps, « ce juge incorruptible, qui fait justice à tous », et de l'impartialité de l’histoire. Les scandales de sa jeunesse et les défaillances de son âge mûr lui avaient interdit de donner son entière mesure. Il souffrait de cette impuissance comme d’un tort qu'il faisait à l'intérêt national. « Oh! disait-il à Cabanis, si j'eusse apporté dans la Révolution une réputation semblable à celle de Malesherbes! quelles destinées j'assurais à mon pays! quelle gloire j’attachais à mon nom! » Ces pressentiments ne le trompaient pas. Il a laissé un grand nom, que la légende auréole, mais son destin fut inférieur à son génie.