‹ Miracles de Nostre Dame par personnages (volume 4)Chapitre 3 sur 16 · LA FILLE ROYNE · texte numérisé non relu

LA FILLE ROYNE

Sire, je ne refuse pas Vostre gré faire. .

La PREMIÈRE DAMOISELLE

Ha ! chiére dame débonnaire,

Départir de vous tant me grève

Qu'a po que le cuer ne me crève. 1690

Certes, mie ne vous lairay;

Avec vous vivray et mourray.

Amée m^avez de cuer fin ; Et puis que de vous voy la fin, i6g5 Certainement je seray celle

Qui enterray en la nascelle Aussi tost conme vous ferez, Et si mourray se vous mourez, Tant vous ayme de bonne amour.

1 700 Entrer cy dedens sanz demour

Vueil, puis qu^y estes.

Deuxiesme chbvaubr M^amie, grant folie faites; Ne scé conment vous abelist. Se vent lève et mer s^orgueillist, 1 7o5 Vous noierez ysnel le pas.

Pour Dieu mercy n'y alez pas ; Créez conseil.

La première damoisbllb Sire, aler avecques 11 vueil Et moy pour elle a mort offrir, 17 lO S'il fault que la doie souffrir.

Tant Taime, voir.

Le PREVOST

M^amie, je vous fas savoir De ce faire vous tien pour sote.

Boutons ce batel si qu^il fiote.

1715 Ho ! la mer de nous le départ.

Sire, alons nous ent d*autre part Vers noz hostiex.

Deuxiesme chevalier d^Escosse Alons ! a Dieu, dame gentiex, g6 b

Qui vous soit aide et confort, 1720 Et, si li plaist, vous vueille a port

Saine mener!

La fille Mère Dieu, de dueil démener Ay je cause ? Certes, oil,

^^^blJI

Quant cy me voy en tel péril

Que ne gars l'eurc qu'en mer verse.

Ha ! Fortune, tant m'es perverse !

A bon droit or de loy me plains

Et com dolente me complaîns.

Qui m'as mis ou hauU de ta roe

Et m'as puis jette en la boe,

Mais pis, car sanz gouvernement

Suy de haulte mer en tourment

Qui trop malement sur nous queurt.

Biau Blz, se Dieu ne nous sequeurt.

Vous ne moy ne pouons durer

Ne cesie mer cy endurer;

Et s'il estoit que je sceusse

De certain qu'en seur lieu fusse,

Si ay je bien cause de pleur

Et assez angoisse et doleur,

Et tout pour vous, mon enfant chier :

Ne vous sçay lever ne couchier,

Ma

Ne si ne vous sçay de quoy paistre.

Ha! vierge de qui Dieu volt naistre,

De nous aidier ne soies lente;

Reconfortés ceste dolente

Et menés a port de salut.

Fleur de qui le fruit tant valut

Qu'il fu soufKsant pour le monde

Jetierde la prison parfonde,

i-So

Jetiez nous de ce péril, dame,

Et faites com piteuse femme.

Vierge, périr ne me laissiez;

Mais a droit port nous adressiez

De sauveté.

NosTRE Dame

Fil, pour rîDÛme bonté

Qui en vous est, soiez d^accort Que nous aillons donner confort g6 c

Celle dame la sanz attente, 1760 Que paour de noier tourmente

En celle mer.

Dieu Mère, vous la devez amer, Car je voy qu^elle le dessert :

Vous et moy de cuer prie et sert, 1765 Et porte en tresgrant pacience

Le mechief, Tinconvenience Et la dure maleurté Qui, sanz abatre, Ta hurté Et encore la hurte fort.

1770 Sus! alons li faire déport,

Sanz plus attendre.

NosTRE Dame Anges, pensez de jus descendre.

Et chantez, en nous convoiant,.

Si hault c'on vous soit cler oyant.

1775 Que chanterez ?

Le premier ange Dame, quanque conmanderez De cuer ferons.

Dbuxiesmb ange Gabriel, or ça, que dirons En la alant ^

Le premier ange 1780 Mon ami, nous irons disant

Ce rondel ci sanz retraire.]

RONDEL

Tresdoulce vierge débonnaire.

Séjour de vraie humilité.

En qui Dieu prist humanité; 1785 Pour les humains d'enfer retraire

Souffri vo fil mort a vilté,

LA FiLLE DU ROY DE HONGRIE

Tresdoulce vierge débonnaire Séjour de vraie humilité.

Pour c'a chascune et chascun plaire

Doit qu'il vous serve, en verilé,

Et qu'il die par charité:

Tresdoulce vierge débonnaire,

Séjour de vraie humilité,

^■tf<;

En qui Dieu prisl humanité.

Dieu

Pour ce qu'en ta ncccessiié.

Belle amie, maydeas quis

Et de cuer ma mère requis

Qu'elle le gardast de noier,

^^Ki

Ne te vueil je point denoier

Que n'acomplisse ta rcqueste.

Ne crain plus de mer la lempesie,

Confortes toy.

La fille

Sire, sire, raison pour quoy?

N'est merveille se je la doubte.

Je voy puis ça, puis la me boute :

Une heure hausse, une autre abesse.

De paour ay telle tristesce

Ne sçay que faire ne que dire.

Qui estes vous qui parlez, sire,

Si seurement?

tsio i

Dieu

Je sui qui Gs le firmameni.

Jesui qui toutes choses fis

De nient, je sui qui père et filz

Sui de ma fille et de ma mère.

Je sui celui qui mort amére

Page 1