‹ MiragesChapitre 14 sur 30 · FLVTES DANS LE SOIR · texte numérisé non relu

FLVTES DANS LE SOIR

PlÛte, âjne sonore et docile h la fois,

mon haleine en vous, qu'harmonisent mes doigts,

ô flûte, s'épand telle une âme mineure;

âme de reflets et de limpidités,

toute confondue avec les chauds étés,

les charmes divers ou fugaces de l'heure.

Flûte, je dirai la végétale odeur qu'émanent les pins maritimes, le cœur des roses, les fruits préférés des priapes ; je dirai la pêche aux duvets délicats, et l'épaisse pulpe et le suc des muscats ruisselant du toit par mille lourdes grappes.

Flûte, je dirai le secret épicé d'un poivrier bleu que la brise a bercé ; je dirai les sons, les lueurs embuées, l'espace inquiet peuplé de mouvements vagues, de frissons futiles et charmants, de bruissements, d'images, de nuées.

Flûte, je dirai le svelte javelot

des ifs ; je dirai l'eau qui sommeille et l'eau

qui glisse, légère, avec des pieds habiles ; 67

je dirai le vol des papillons poudreux, l'ombre qui s'étend le long des chemins creux, le visage blanc des midis qui rutilent.

Flûte, je dirai la trirème d'argent de la lune aux bords des infinis, nageant vers quelque archipel de planètes nocturnes ; la cigale ardente, ô flûte, et les pipeaux fraternellement accordés des crapauds, et l'épi sculpté des vasques taciturnes.

Flûte, je dirai la luciole aux yeux

clandestinement allumés par les dieux

pour être une lampe en des mains de vestale ;

la muse qu éveille un écho du passé,

son rire dansant et son pas nuancé,

ses talons étroits revêtus de sandales ;

et puis je dirai pour les belles-de-nuit

mes pâles désirs, mon nostalgique ennui,

et tout ce qu'apporte une peine irréelle ;

je dirai mes pleurs, mon trouble et mon tourment

dans l'âme du soir, douce mortellement...

Flûte, âme docile, âme sonore et grêle !

SOVPIRANT LVNAiRE 69

Dlanc Paon qui déployez ainsi qu'un éventail

votre queue, et de large en long, beau noctambule,

grave, cabré, royal — pour Elle, vaine bulle,

lampe vénitienne ou reine de sérail,

marchez, dodelinant de l'aigrette ; Pontife

des luxes, qui lui dédiez en ut majeur

ce lent frémissement de plumes, votre griffe

trace — pour Elle, encor — un frêle hiéroglyphe

dans le sable neigeux où va Votre-Blancheur.

Muet, vous décrivez cette sensible gamme

des poses, qui lui plaît, j imagine ; elle, Dame

très chauve, des hauteurs de l'astral infini

mire au bassin dormant le rond visage uni

dont s'inspire, blanc Paon, tout votre épithalame!

Et vous marchez de large en long, au bord de 1 eau,

précautieux, comme engoncé dans votre roue,

beau soupirant lointain de Celle qui se joue,

peut-être, oii ne voit point derrière le halo

des brumes ; celle-là qui rit ou fait la moue,

sans qu'on s'en doute, et qui, Belle au visage uni,

sur le bassin dormant, de l'astral infini,

pour vous, blanc Paon royal, éventail noctambule,

se mire — ronde et blonde lampe... vaine bulle...

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