FERRAND
Etre TAmour aujourd'hui je désire.
Non pour régner sur la terre et les cieux, Mais pour régner sur le cœur de Thémire; Seule, elle vaut les mortels et les dieux ; Non pour avoir son bandeau sur les yeux, Car de tous points Thémire m'est fidèle ; Non pour jouir d'une gloire immortelle, Car à ses jours survivre je ne veux : Mais seulement pour épuiser sur elle Du dieu d'amour et les traits et les feux.
VOLTAIRE
(A M^f la marquise du Châteîet, qui jouait à Sceaux, che^ M^f la duchesse du Maine, le rôle d'Issey en 1 7^7
Etre Phébus aujourd'hui je désire,
Non pour régner sur la prose et les vers ,
Car à du Maine il remit cet empire ;
Non pour courir autour de l'univers,
Car vivre à Sceaux est le but où j'aspire ;
Non pour tirer les accords de sa lyre,
De plus doux chants font retentir ces lieux ;
Mais seulement pour voir et pour entendre
La belle Issé, qui pour lui fut si tendre,
Et qui le fit le plus heureux des dieux.
Maintenant nous vous ofirons une pensée philosophique de Montaigne, délayée par un poète, jadis fameux, mais qu'on ne lit guère à notre époque.
MONTAIGNE
Je conçois aisément Socrate en la place d'Alexandre; Alexandre en celle de Socrate, je ne puis.
J.-B. ROVSSEAU
Vous chez qui la guerrière audace Tient lieu de toutes les vertus, Gmcevez Socrate en la place Du fier meurtrier de Clitus.
Vous verrez un Roi respectable, Humain, généreux, équitable, Un Roi digne de vos autels.
Mais à la place de Socrate, Le fameux vainqueur de TEuphrate Sera le dernier des mortels.
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Lamotte, on le sait, a pris sans scrupule à Voltaire ce vers célèbre :
Le premier qui fut roi fut un soldat heureux.
H est certain, par exemple, que ce vol ne lui a guère profité!
Pour en revenir à la prose, voici un curieux échantillon des firéquents emprunts faits à Montaigne par Charron :
MONTAIGNE
Si TOUS avez vescu un jour, vous avez tout veu ; un jour est
égal à tous jours. Il n'y a point d'autre lumière ny d*autre nuict.
Ce soleil, cette lune, ces estoiles, cette disposition, c'est celle même
que nos ayeuls ont jouye, et qui entretiendra vos arrière-neveux.
Et, au pis aller, la distribution et variété de tous les actes de ma
comédie se parfoumit'en un an. Si vous avez pris'garde au branle
de mes quatre saisons,* elles embrassent l'enfance, l'adolescence,
la virilité et la Yidliesse du monde. Il a joué son yen ; il n*y sait autre finesse que de recommencer : ce sera toujours cela même.