‹ Miscellanées bibliographiques (volume 2)Chapitre 9 sur 101 · DU PAPIER · texte numérisé non relu

DU PAPIER

ans prétendre traiter cette question ab auo, sans parler des matières premières des manuscrits; du Papyrus d'Egypte, du Liber, des feuilles de palmier, des peaux d'animaux préparées pour les Pentateuques hébreux; nous ne laisserons pas cependant de jeter un léger coup d'œil sur l'origine et la fabrication du papier.

C*est en Chine que nous trouvons les premiers vestiges de papier de soie ou de coton ; longtemps employé par les Arabes^ le papier de coton broyé et réduit en bouillie, autrement dit Papier bombycien, ne s'introduisit en Europe que vers le commencement du dixième siècle ; sa pâte grossière sans grains ni vergeure, sa mauvaise qualité qui donnait prise à l'humidité et aux atteintes des insectes le fit interdire pour l'inscription des actes publics. — Une ordonnance rendue en 1221 par l'Empereur Frédéric II annulait tous les actes écrits sur ce papier et fixait un délai de deux ans pour leur transmission sur parchemin.

Le papier de lin ou de chiffes fut découvert en Allemagne

selon Scaliger; Scip. Maffeï çn donne l'invention aux Italiens, tandis que d'autres versions en attribuent l'honneur à des Grecs réfugiés à Bâle vers 1170, ou à unPadouan nommé Pax en 1 301. On peut dire néanmoins en toute certitude que le papier de chiffons existait en Europe dès le quatorzième siècle. — Sous le règne des Valois, de grandes papeteries s'établirent en France, à Troyes et à Essonne, et, dans les premiers livres imprimés par Fust on peut voir encore dans la pâte des papiers de chiffons différentes marques filigranes, telles qu'une tète de bœuf, une croix^ une hache, une rose, un griffon^ une étoile, un serpent, une couronne^ qui servaient à distinguer l'origine des fabriques.

En 1786, Léorîer de Tlsle, manufacturier à Bruges, fit divers échantillons de papier fabriqué avec de la guimauve, de la mousse^ du sureau, des orties, des roseaux et du chiendent; les Œuvres de M. de Ti/fc/te, imprimées à cette époque, ont été tirées sur du papier fait d'écorce de tilleul, mais hâtons-nous de dire que toutes ces expériences ne réussirent qu'à moitié; le marquis de Salisbury trouva le moyen de faire du papier avec de la paille, d'autres en fabriquèrent avec du tan, même avec de la fécule de pommes de terre ; ce sont là des curiosités à citer, mais rien de plus .

La première machine à fabriquer du papier d'une longueur indéfinie fut inventée en 1799 par Denis Robert d'Essonne ; et, en 181 3, M.Leistenschneider imagina une autre machine travaillant seule et qui arrivait à fournir une trèsgrande quantité de feuilles sans le secours d'aucun ouvrier.

C'est vers le milieu du dix-huitième siècle que les Anglais composèrentle Papier dit Velifiy qui, parsa force, son poli, sa blancheur, la finesse de son tissu, sans linéaments et sans

vergeuires ni pontuseaux, acquit vivement une très-grande vogue. M. Didot l'aîné se mit avec activité à en étudier la fabrication, et, grâce à l'intelligence et aux bons soins de M. Johannot d'Ânnonay, il parvint à le faire exécuter en France : le Virgile de Vaskerville publié en 1757 est le premier ouvrage pour lequel le papier vélin ait été employé.

En dépit de ces heureuses tentatives, le papier de coton est le plus usité aujourd'hui dans la majeure partie des éditions modernes. Ce papier, qui n'a rien de solide, de durable, ni de riche, ce vilain papier spongieux et sans consistance, ^briqué à la mécanique, sert à l'impression des romans, des volumes d'histoire et de philosophie. Dans cent ans, il ne restera de tout cela qu'une a&euse bouillie dont les épir ciers ne voudront pas.

Les papiers dits de Hollande, au contraire, les papiers de Rives, d'Arches, de Saint-Omer, lespapiersanglaisde la marque Whatman ou Turkey Mill offrent des garanties de durée indiscutables. Ils ont la résistance et la sonorité, l'aspect harmonieux, la netteté, la finesse, la régularité du tissu .

Les papiers de chanvre ou de lin se fabriquent quelquefois à la main, c'est ce qu'on nomme : papiers à la forme ; pour les papiers à la mécanique, une modification importante y a été apportée ; des cylindres qui tranchent et hachent le fil ont remplacé les pilons qui le broyaient. On fait plus vite, m^s fait-on mieux ?

Les principales qualités d'un papier sont celles qui constituent Pégalité de ses feuilles, sa régularité d'épaisseur et de nuances; un éditeur doit soigneusement surveiller ces dètûls; lorsqu'un papier n'est pas d'équerre, les marges sont inégales et les Blancs ne sont pas de même dimension, lorsque l'épaisseur des feuilles diffère, l'impression est moins

nette et tour à tour grise ou noire; les nuances disparates, enfin, occasionnent cette variété de tons qui détruisent l'harmonie d'un volume.

Les papiers se débitent par rames ou par mains; la rame se compose de cinq cents feuilles, la main de vingt-cinq. Les divers formats les plus usités sont les suivants, selon la progression de leurs dimensions : le Telliire, le Petit Poty le Pot, le Double-Pi^y la Couronne^ VEcu, le Raisin, le Grandraisin, le Jésus, le Grand-Soleil, le Grand-aigle, le Grandmonde.

Nous ne détaillerons pas les avantages de chacun de ces formats, nous nous sommes bornés à réunir ces quelques notes ; peut-être un jour reprendrons-nous la question pour traiter du Hollande, du Chine, du Whatman et autres papiers de choix.

Jehan Guet.

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