‹ Miscellanées bibliographiquesChapitre 4 sur 52 · PAR LA BRUYÈRE · texte numérisé non relu

PAR LA BRUYÈRE

ET CBLLE DES

RÉFLEXIONS OU SENTENCES ET MAXIMES MORALES (PAR LE DUC DE LAROCHEFOUCAULD)

N a toujours regardé comme édition originale des Caractères de La^ruyire^ un volume de format in-12, bien imprimé, en lettres d'une grosseur respectable, et que Ton décrit ainsi :

Les Caractères de Théophraste traduits du grec, avec les caractères ou les mœurs de ce siècle. A Paris, chez Estienne Michallet, 1688, in-12 de 30 feuillets préliminaires non paginés, texte commençant à la page 53 et se terminant à la page 360, plus I feuillet pour le Privilège daté du 8 octobre 1687, et I feuillet d! errata terminant le volume.

Ce livre, rare et très-recherché, atteint, dans les ventes publiques et chez les libraires, des prix énormes. Dans ces derniers temps, plusieurs exemplaires ont été payés de 700 à 1,000 francs; et jamais personne n'avait eu Tidée d'établir aucune différence entre tous ceux qui sont passée en vente.

Il y a quelque temps, je découvris un exemplaire de l'ou-

vrage en question, semblable pour le titre, l'impression et le nombre de pages à tous ceux connus jusqu'ici, mais présentant de nombreuses variantes dans le texte.

Après avoir étudié les différences qui existaient entre ce livre et ceux que j'avais sous la main, je me suis aperçu que tous les exemplaires ordinaires contiennent un certain nombre de feuillets cartonnés^ c'est-à-dire des feuillets qui furent remplacés après l'impression par d'autres sur lesquels on avait fait des corrections. Ces feuillets, sans doute incorrects au gré de l'auteur, furent coupés certainement dès l'origine, et on ne laissa que des onglets, sur lesquels furent collés les feuillets corrigés. On voit parfaitement ces onglets dans les exemplaires reliés en vieux veau.

J'ai compté jusqu'à dix-huit cartons, dont je vais indiquer ici la place, afin que mes lecteurs puissent bien connaître ce livre précieux :

Feuillet signé Cji dans le Discours sur Thiophraste. (Cvij) pages 61-62

Gvj

(Gxi)

— 165-166, coté parerreur 265-166

Hv

(Hx)

(Hxij)

Kiij

(Lîx)

(Lxij)

— 263-264, coté parerreur263-i64

Mv

— 273-274, coté parerreur 173-274

(Nxij)

(Oiii) - 317-318

(Oxj) — 333-334 (Pix) — 3 S 3-3 54 Q, après la page 3 60 ( Privilège, avant V erratum) .

L'exemplaire curieux, non cartonné, ne contient aucun de ces changements. C'est peut-être le seul ou bien un des rares exemplaires qui ont échappé aux corrections. Il appartient aujourd'hui à M. de V***, et nous félicitons cet amateur distingué d'en avoir fait l'acquisition, même à un prix considérable.

Il faut bien dire cependant que le haut intérêt qui s'attache dès à présent à ce livre n'influe en rien sur la valeur littéraire ou bibliographique des exemplaires cartonnés; en réalité, ceux-ci renferment le seul texte admis par La Bruyère, carie ^oin avec lequel les mêmes feuillets ont été remplacés dans tous les exemplaires prouve que cette opération a été faite d'après ses ordres, pour modifier quelques phrases et souvent quelques mots tout au plus. Le livre non cartonné que je viens de citer est donc une curiosité bibliographique, et à ce titre n'en a pas moins une grande valeur.

Une particularité analogue se rencontre dans quelques exemplaires de l'édition originale dés Maximes de La Rochefoucauld.

Voici la description de l'édition princeps :

Réflexions ou sentences et maximes morales. A Paris, chez Claude Barbîn, 1665. In-12 dé 5 feuillets préliminaires,}' compris le frontispice gravé par Steph. Picart, — 19 feuillets non chiffrés pour le Discours sur les Réflexions, — 150 pages.

— plus 5 feuillets pour la Table des matières et le Privilège. V Achevé J'imprimer est daté du 27 octobre 1664.

La dernière maxime est numérotée CGC XVI (316) et se termine en haut de la page 143.

Mais on a découvert, il y a quelques mois, des exemplaires de cette même édition dont les derniers feuillets prouveraient quil a été fait d'abord un tirage à très-petit nombre, et que l'auteur a ensuite arrêté l'impression pour y ajouter quatre maximes; car, dans le tirage en question, la dernière réflexion est numérotée CGC XII (3 1 2) et finit à la page 141 . Le nombre total des pages est de 148, avec les mêmes feuillets non chiffrés indiqués plus haut pour e commencement etia fin.

La dernière pensée sur la mort, qui est sans numéro dans Tun et dans l'autre tirage, paraît avoir été réimprimée dans le dernier, ou au moins corrigée, car on remarque sept ou huit mots orthographiés différemment.

Quelques amateurs ont réuni dans le même volume ces deux tirages des dernières pages, et les exemplaires ainsi formés ont une grande valeur. On peut bien les estimer de 1,000 à 1,200 francs.

Je souhaite à mes lecteurs de rencontrer à bon marché ces livres précieux, et beaucoup d'autres encore, ne fût-ce, par exemple, que la première édition jusqu'ici inconnue du Gargantua de Rabelais, ou la 4® édition des Essais de Montaigne.

ASMODÉE

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