‹ Miscellanées de médecine dosimétrique (volume 2)Chapitre 124 sur 179 · TRANSFUSION SOUS-CUTANÉE DU SANG · texte numérisé non relu

TRANSFUSION SOUS-CUTANÉE DU SANG

Le docteur Fies, dans le Nederl. Tydsch. van Geneeskunde, 1882, relate le cas suivant où l’injection sous-cutanée lui a réussi.

« Dame d’âge moyen : polype utérin ; métrorrhagies abondantes. Au moyen de la sangsue artificielle de Harder on recueillit sur le mari de la patiente 70 grammes de sang. Ce sang défribriné, filtré à travers une toile fine, fut injecté sous la peau de la région dorsale, en trois endroits différents, avec la seringue de Pravaz, de la capacité de 25 grammes. Une heure après l’opération, la malade semble ressuscitée. La transfusion est répétée trois fois, les jours suivants. Le rétablissement a été complet. L’auteur recommande de prendre les précautions suivantes : 1° il faut se servir pour l’injection de sang humain; 2° les instruments

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

dont on se sert doivent avoir une température de 37 à 40° c. ; 3° l’endroit où l’on va pratiquer l’injection doit être massé pendant longtemps, sans cette précaution, le sang ne pénètre point dans le torrent circulatoire, mais subit sur place l’altération du sang épanché dans le tissu cellulaire sous-cutané. «

Un fait est un fait; celui que nous venons de relater soulève cependant de nombreuses objections. Comment comprendre que les globules rouges dont le diamètre excède celui des pores des vaisseaux, et qui n’ont pas le mouvement amjboïde propre aux globules blancs, comment comprendre, disons-nous, que les globules rouges aient pénétré dans le torrent circulatoire — car la malaxation n’a pu changer en rien les rapports des parties ? Nous pensons, au contraire, que la pénétration a été directe par la piqûre, de la même manière qu’on injecte les lymphatiques au mercure, par piqûre, sous une pression déterminée. Quoi qu’il en soit, le fait du docteur néerlandais méritait d’être mentionné. Il fait voir que pour la transfusion il faut se servir de sang défibriné, à la température de 37 à 40° c. Grâce à la seringue de Pravaz, d’une contenance de 25 grammes, l’opération se fait d’elle-même, sans qu’on ait à craindre la pénétration de l’air dans les veines. Le Répertoire a relaté le cas d’un individu qui, par suite de graves blessures de chemin de fer, était exsangue et sans vie apparente. A peu près 90 grammes de sang défibriné ont été injectés dans la veine saphène, et le blessé, revenu à la vie, demanda à manger, ayant oublié son accident. Le lendemain on pui, lui pratiquer l’extirpation du bras droit dans l’épaule et l’amputation de la jambe gauche. Celle du côté droit — qui était également très compromise— guérit contre toute attente. L’opéré ne cessa pas une seule fois de prendre ses repas comme s’il avait été bien portant, et on lui donna de l’arséniate de strychnine et de l’arséniate de fer pour soutenir ses forces.

Il y a dans la transfusion du sang toute une question de physiologie ; celle du rôle du sang lui-même : ainsi les globules rouges sont les vecteurs de l’oxygène et, comme tels, se renouvellent sans cesse. Le nombre des globules injectés importe donc peu, puisque une fois arrivés aux poumons ils y rétablissent l’acte de l’hématose, et que les globules qui arrivent de la périphérie se chargent de nouvelles quantités d’oxygène. Le sang agit ensuite par son sérum, c’est-à-dire son albumine et ses sels ; et quant à la fibrine, c’est un pur déchet. De là, l’indication de défibriner le sang avant de l’injecter. Jusqu’ici l’opération de la transfusion est restée dans les limbes de la médecine opératoire ; aussi combien d’opérés sont morts sous le couteau ! Avec les moyens d’hémostase actuels, le danger est

moindre, mais encore faut-il le prévoir. Dans une ablation de tumeur au cou, nous avons vu pareil accident se produire en plein amphithéâtre. Qu’on juge de l’effroi des assistants! Rien navait été prévu : dira-t-on que la responsabilité du chirurgien est nulle? Quant à nous, nous ne le pensons pas. C’est un malheur, si on veut ; mais un malheur qui eût dû être prévu. On ne fait pas, en général, la transfusion parce que l’opération n’est pas réglée ; mais en se comportant de la manière que nous venons de dire, rien de plus simple et de plus pratique. On ne fera pas seulement' la transfusion pour les cas chirurgicaux, mais aussi pour

les cas médicaux, tels que les anémies profondes.

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