‹ Miscellanées de médecine dosimétriqueChapitre 18 sur 246 · VI · texte numérisé non relu

VI

TRAITEMENT DE LA COQUELUCHE PAR LACIDE SULFUREUX, PAR LE DOCTEUR MOHN, DE CHRISTIANIA.

Ce traitement consiste à placer l’enfant dans une chambre où l’on a laissé brûler une mèche de soufre. En laissant de côté ce que cette méthode a d’irritant pour les voies aériennes, elle fait voir que le soufre est un parasite très puissant. La dosimétrie a fait connaître les avantages du sulfure de calcium dans les affections zymotiques et parasitaires.

DE LA MORPHINOMANIE.

(Société médicale de l’Élysée, 1890.)

On se plaint de l’extension de la morphinomanie, mais à qui la faute si ce n’est aux médecins qui abusent des « piqûres », les uns pour se faire bien venir de leurs malades, les autres pour se débarrasser de leurs plaintes. Il en est de la morphinomanie comme de l’alcoolisme, dont quelques médecins se rendent également complices sous prétexte de traitement. Si l’alcool peut faire du bien, il fait également énormément de mal : le traitement de Todd est là pour le prouver. Ni la morphine ni l’alcool ne sont des remèdes, mais des extincteurs des systèmes nerveux et sanguin, et la dégénérescence physique et morale d’un peuple en est la conséquence, à preuve les Chinois pour l’opium, les Anglais pour l’alcool, Il faut donc éclairer le public sur le danger de ces deux agents. Il faut ensuite qu’il soit défendu aux pharmaciens, sous peines rigoureuses et même infamantes, de délivrer de la morphine sans prescription de médecin. Des mesures analogues doivent être prises contre les droguistes et les sages-femmes, que la loi ne surveille pas d’assez près, car ce sont eux surtout qui commettent les abus. Il n’est donc pas impos-

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE.

sible, sinon de supprimer, du moins de restreindre la morphinomanie.

Les piqûres de morphine trouvent leurs indications dans les douleurs lancinantes, comme dans les névralgies, les cancers, encore est-il préférable de les combattre par les défervescents, notamment l’aconitine, l’hydroferro-cyanate de quinine, l’iodoforme combinés à la codéine. Le Répertoire a donné l’histoire d’un malade qui depuis trois ans souffrait d’une névralgie des trijumeaux, que la morphine n’avait pu calmer, et qui fut supprimée par les moyens que nous venons de citer. Chez les névrosiques, ce sont les névrosthéniqiies auxquels il faut avoir recours, notamment la strychnine, qui empêche la mobilité nerveuse et l’agitation à laquelle ces malades sont en proie, qui les prive de sommeil, d’appétit, et leur fait croire qu’ils vont devenir fous. L’hyosciamine est un excellent adjuvant de la strychnine dans ces cas. Quant à la morphine, il faut en déshabituer ces malades, même en les trompant, par des piqûres inoffensives. Les manicomes sont la caractéristique de nôtre époque. Les maisons spéciales pour la morphinomanie ne seraient pas un obstacle au mal, mais plutôt la preuve de son extension, comme en Allemagne, où ces établissements pullulent grâce à la condescendance des médecins.

TRAITEMENT DE LENDOMÉTRITE PUERPÉRALE PAR LE CURETAGE ANTISEPTIQUE, PAR LE DOCTEUR BRAUN VON FERNWALD.

{Arch. f. Gynœchol ., XXXVII, 1890,)

L’endométrite, c’est l’utérus qui faute d’involuer est resté béant après l’accouchement, les produits épithéliaux, ainsi que les débris du placenta putréfiés, donnant lieu à une infection générale. C’est ce que l’auteur a voulu établir par le curetage, se basant sur cent et un cas qui ont donné une mortalité de 4,8 p. c. Ce résultat est sans doute favorable, mais prouve les mauvaises conditions de la maternité de Vienne. Nous pensons que mieux vaut provoquer le retour de l’utérus sur lui-même par la strychnine, après un lavage à fond avec le chloral au borax, d’après la formule du

docteur L. Hébert, de son vivant pharmacien en chef de l’Hôtel-Dieu de Paris :

Chloral ..10 parties.

Borax. .. 5 »

Eau distillée .. 500 »

une cuillerée à potage pour une injection avec l’appareil A. Eguisier, avec une eau tiède légèrement phéniquée.Cette injection est à la fois désinfectante et calmante, à cause du chloroforme à l’état naissant. Si la température de la femme s’élève au delà de 37,5, 38“ c., on donnera immédiatement l’aconitine, la digitaline conjointement avec la strychnine : un granule de chaque tous les quarts d’heure jusqu’à la chute de la fièvre. Le curetage n’est jamais exempt de dangers, à preuve que l’auteur dit : « La fièvre ne tombe pas toujours ; on a observé même quelquefois, immédiatement après l’opération, un frisson suivi d’une élévation de température d’un demi à un degré. Mais cette augmentation passagère ne doit pas inquiéter, car la décroissance ne lardera pas à se produire, soit brusquement, soit d’une façon rémittente. » Nous ne voudrions pas en jurer, car tout frisson après couches peut donner lieu à une fièvre typhoïde. Le curetage de l’utérus c’est comme une plaie qu’on voudrait modifier par le grattage ; et d’ailleurs ne remédie pas à l’infection septicémique.

TRAITEMENT DE LA D1PHTHÉRIE PAR LIN0CULAT10N DES MICROBES DE l’ÉRYSIPÈLE, PAR LE DOCTEUR BOBCHINSKI.

(Messager d'hygiène publique : Medizina, 1890.)

L’auteur dit que son fils était tombé malade en 1882, d’une forme très grave de diphthérie gangreneuse : Température 37°,5, état comateux, paralysie des muscles de la déglutition, faiblesse du cœur. Le processus diplithérique avait envahi la région nasale. Pendant qu’on attendait à chaque instant la mort de l’enfant, un érysipèle se forma à la partie externe du nez et se répandit rapidement jusqu’au front. Le lendemain un changement brusque se produisit dans l’état du malade : la fièvre tomba, la connaissance revint, les membranes diphthéritiques de la gorge disparurent, les ulcères gangreneux devinrent rouges, la mauvaise odeur de la

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE. 37

bouche disparut, les écoulements du nez cessèrent, et vers midi de la même journée l’enfant demanda à boire, puis à manger, malgré la paralysie des muscles de la déglutition. Enfin, à la stupéfaction de tout le monde, 1 enfant guérit complètement en fort peu de temps. Ce fait confirme la doctrine d’Hippocrate et, par conséquent, n’aurait qu’une importance relative, n’étaient les expériences qui en furent la suite. L’auteur cite des inoculations de virus érysipélateur dans quatorze cas de diphlhérie gangreneuse paralytique, où il n’y eut que deux décès. C’est, comme on le voit, un pas en avant dans la prophylaxie vaccinale inaugurée par Jenner et suivie par les bactériologues actuels. Seulement nous ferons remarquer que ces inoculations ne doivent pas détourner du traitement antidiphthérique du docteur Fontaines, de Bar-sur-Seine.

Page 1