‹ MiscellaneesChapitre 25 sur 30 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

. . . Ah! si tous les matins étaient comme celuici!

Le soleil est magnifique et doux. Il n'éclate pas. Sa splendeur est équilibrée. Toute chose reçoit une part égale de ses dons. Une sérénité riante est épandue. Le fond du ciel est pâle, presque blanc, mais gai, sans nuage. Pas de vent. Des souffles intermittents et tempérés, qui m'apportent la bonne odeur du sol, des germes neufs, des bourgeons, des sèves en travail, des feuilles près d'éclore.

En entrant dans la chapelle, j'ai trouvé qu'elle embaumait. Il y avait sur l'autel quatre lys vivants. C'était assez pour parfumer discrètement le saint lieu. Et domus impleta est ex odore unguenti. Je n'aime pas les fleurs coupées, et arrangées en gerbes. Elles se fanent si vite. Et, par une étrange association, elles me rappellent la mort. Le parfum d'un bouquet évoque toujours pour moi une image de deuil. L'on en met tant dans les chambres funéraires! L'on en prodigue tellement autour des tombes. Quand la fleur est sur sa tige, que ses racines continuent à puiser dans la terre leur vie lente et mystérieuse, l'impression est toute différente. J'adore respirer son arôme.

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Lys! lys! vous êtes par excellence la fleur des autels. Car le Christ-Jésus vous a consacrés. Sa parole vous a rendus immortels. Vous appartenez à l'évangile. La liturgie a raison de vous revendiquer pour ses parures. C'est parmi vous que le Bien-Aimé fait paître son troupeau, au dire du Cantique. Vos pétales immaculés sont le symbole de la beauté des Vierges. Et vous avez la grâce des attitudes. Un souffle fait mouvoir votre tige flexible. N'est-ce pas ainsi que l'âme doit s'incliner au vent de l'Esprit?. . .

. . . Ma vie est prise par le travail de pensée. Tout le jour, je demeure penché sur mes manuscrits, sur mes livres. Je ne m'en plains pas, certes. Cela seul m'attache à l'existence, le labeur intellectuel suivi, profond, assidu. En dehors de là, rien ne m'intéresse, absolument rien. S'il me fallait abandonner ou délaisser ma librairie, pour d'autres emplois, si je voyais mes heures les plus précieuses dévorées par ce qui s'appelle l'administration, je crois que j'en mourrais d'ennui. Comment font-ils donc, ceux qui ne lisent pas, qui ne se rafraîchissent pas l'esprit dans un commerce avec les grands auteurs? Pour moi, je ne conçois la vie qu'absorbée par l'exercice de la pensée. Comme elle m'apparaîtrait morne et vide sans cela!

Je ne suis sorti que vers la fin de l'après-midi. Car il faut bien aller prendre un peu l'air. Au reste, ces promenades solitaires ne sont pas du temps perdu. Souvent l'inspiration me vient au cours d'une marche lente à travers les rues paisibles, ou dans les bois

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proches. Et la nature est toujours si belle, si charmante, et, sur un fond éternel, si variée dans ses effets! Aujourd'hui, par exemple, vers l'heure du soir, il se donnait une fête dans les hauteurs des cieux. Le soleil, boule pourpre, plongeait rapidement derrière la crête des collines. Des traces de sa chute demeuraient dans l'espace, sous forme de longues traînées violettes ou roses, de laines mauves, d'îles en feu. Quel sort enviable, s'en aller ainsi, s'évanouir à l'horizon du monde, en semant des fleurs, en faisant éclore un parterre infini de pétales aux nuances les plus délicates, s'ensevelir dans un linceul aux couleurs de lis et de lilas! Manibus date lilia plenis! . . .

. . . Vidi turbam magnam. Les élus se présentent aux yeux de saint Jean en foule absolument innombrable,— les élus, non pas les anges, car les commentateurs nous disent que ce texte de l'Apocalypse doit être entendu des humains glorifiés. La sanctification ici bas, prélude et condition essentielle de la gloire céleste, est-elle chose aussi difficile qu'on le pense, et presque impossible? Est-ce un privilège seulement réservé à une élite, soigneusement triée sur le volet? Tous les chrétiens n'y sont-ils pas au contraire appelés? Estote prfecti, a dit le Divin Maître. Parole d'un caractère universel. Large invitation adressée à tous les rachetés. Plus qu'une invitation: un ordre. Le ton est impérieux: soyez. Si la perfection était quelque chose d'à peu près inaccessible, si ce n'est à de rares initiés, comment le Sauveur en aurait-il fait une

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obligation générale? Aurait-il manqué de psychologie? Il y a une autre expression du Christ: haec est autem voluntas Dei, sanctificatio vestra. Or, la volonté divine ne peut avoir qu'un objet pratique. Si ce qu'elle nous propose est hors d'atteinte à nos moyens, n'est pas à la mesure commune, la voilà donc rendue vaine. A preuve que la sainteté n'est pas un état exclusif, dans lequel s'insère une infime minorité, c'est précisément le spectacle que saint Jean a vu dans une extase: turbam quam dinumerare nemo poterat. Le ciel n'a rien d'aristocratique, en ce sens qu'il ne s'ouvre pas seulement aux âmes extraordinaires dont la vertu a éclaté ici-bas. Tous y ont accès, ou du moins tous sont invités à y entrer, comme à ce banquet dont parle la parabole évangélique. Et parmi la foule des élus, le plus grand nombre s'est sanctifié dans le secret. Dieu seul a contemplé la beauté de leur âme, comme Lui seul pouvait la couronner de gloire. Même quand la vertu des saints s'est manifestée, ce qui en jaillissait au dehors n'était qu'un pâle reflet de la réalité intérieure.

Saint Thomas nous dit que la sainteté implique deux qualités principales, à savoir, d'abord: munditia, c'est-à-dire la netteté de l'esprit, du cœur, de tout l'être.

C'est la traduction du mot grec: aytos, sans terre, sans alliage, sans souillure. Sanctus, quasi sanguine tinctus. Sous l'Ancienne Loi, celui qui était aspergé du sang de la victime expiatoire était considéré comme lavé de ses tâches. Ce rite était un symbole de l'avenir, l'ombre de la vérité. Pour acquérir cette netteté sans

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