J.-C. PRINCE, V.G
"Montréal , 2.8 mai 1847.
" Mon cher frère,
"J'ai appris avec douleur l'affligeant accident arrivé au bon frère Jean’, heureusement qu'il a un courage à toute épreuve, ce bon chrétien-là!
Monseigneur Le Prince
"S'il n'a pas la fortune de ce monde , il aurait sûrement les trésors du ciel. Je vois que l' on r est hâte de lui venir en aide; je n ai qu une bien petite offrande à lui envoyer . Quant à vous autres , vous êtes en état de supporter bien des pertes de moulins avant d' être à la besace; aussi je pense que vous n'avez pas eu la larme à l'œil pour votre petit malheur. Il faut d' ailleurs apprendre à faire des sacrifices .
"J'ai transmis à M. Langevin la bonne lettre que vous lui écriviez. C'est vraiment une perte pour le commerce canadien que la mort de Al. Masson. Mais les riches, a la fin, n'ont plus qu'un tombeau tout comme les plus pauvres. Heureusement que Al. Masson est mort en très bon chrétien! Aussi je me suis empresse d aller a son service funèbre.
"Notre bon évêque vient d'arriver, à la grande joie de tous ses chers diocésains . Il nous apporte toutes sortes de bonnes choses de la ville éternelle ; et des Freres et des Sœurs pour instruire notre jeunesse. Adieu jusqu au revoir. Mes affections à toute la famille.
"J.C., Ev. de Martyropolis ."
Ces deux lettres sont révélatrices de la nature aimante de Monseigneur Le Prince; et la dernière renferme des indications intéressantes pour l’histoire du diocèse de Montréal. A cela se borne ma collection d’inédits de mon grand oncle maternel. Et pourtant, il a écrit beaucoup, je ne parle pas ici de ses nombreux articles parus dans les Mélanges Religieux dont il fut longtemps le directeur, car nous les avons heureusement; je parle de sa correspondance. En dépit de ses occupations de rédacteur de revue, de
vicaire -général et de coadjuteur, il se tenait en relations suivies avec les membres de sa famille; il prodiguait ses lettres, surtout à ceux d’entre eux que la vocation appelait au sacerdoce ou à la vie religieuse. Mon oncle Jean-Joel Le Prince, chanoine de St- Hyacinthe, en avait toute une liasse, qu’il me donna à lire. Comme elles étaient belles. Elles débordaient de tendresse paternelle. Mais j’étais trop jeune pour sentir tout le prix de ces missives. Que sont-elles devenues? Quel a été le sort de tant d’autres que le grand évêque adressait aux siens, et où il s’épanchait avec tant de liberté? Hélas! Je crains bien qu’elles ne soient perdues. Et je le regrette. Chaque famille devrait avoir ses archives, conserver avec un soin jaloux tout ce qui peut lier les générations nouvelles aux anciennes. C’est ainsi que se créent les traditions. L’on ne sait pas assez comme il est précieux de sentir du passé derrière soi, et quel trésor se constitue, pour l’histoire générale, dans la préservation de tous les documents particuliers. Surtout quand un membre d’une famille a tenu un rôle dans l’Eglise, la politique ou les lettres, tout ce qui émane de lui est infiniment précieux; et il faudrait garder toutes les manifestations de sa pensée, toute chose où s’est inscrite la pulsation de sa vie. Pour ce qui est de Monseigneur Le Prince, il savait si bien tourner une lettre, avec tant de simplicité, de naturel, il y mettait tant de cœur, que je regarde comme une infortune l’anéantissement de sa correspondance intime où sa grande âme se reflétait.