LE PRECURSEUR
Notre Seigneur Jésus-Christ semble avoir voulu mettre la personnalité de Jean-Baptiste à l’abri des contestations et des vaines discussions de l’avenir, lorsqu’il a dit de lui: ‘'Entre tous les fils des hommes, il n’en a pas surgi de plus grand.” (i) Voici une attestation qui en vaut la peine. Le Verbe fait chair présente son Précurseur à l’admiration de la postérité; la raison qu’il en donne est une supériorité telle qu’on ne peut lui trouver, parmi tous ceux qui sont nés de la femme, de terme de comparaison. La figure de Jean- Baptiste a donc comme une transcendance. Il faut l’appeler grand, puisque le Christ l’a ainsi défini, et l’a placé, pour les siècles, sur un socle très-élevé. Les titres que l’autorité divine confère sont immuables. Aussi la piété des âges saluera-t-elle toujours, dans le Précurseur, la plus haute expression de notre humanité, après la Vierge-Marie. Il occupe, en effet, l’un des sommets de l’histoire religieuse. Qu'il nous soit permis de préciser en quoi a consisté la grandeur de Jean-Baptiste, et de quels éléments divers est faite la gloire unique qui l’entoure immortellement.
Sa grandeur vient d’abord de ce qu’il appartient à l’ordre prophétique. Son nom a été inséré dans les
(i) Matth, XI, 11.
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oracles, (z) Son image s’est profilée il l'horizon du monde, bien avant de devenir une réalité. Les grandes lignes de son histoire ont été tracées des siècles avant qu’il ait commencé à la vivre. Une existence idéale, dans les livres de la Révélation divine, a précédé son apparition ici-bas. Voilà un incomparable privilège, qu’il est seul à partager avec le Christ-Jésus et avec la Vierge sa Mère. L’Incarnation du Verbe est le fait le plus considérable de tous les temps. Tout roule autour de ce mystère auguste. L'histoire du monde a là son principe et sa fin. Tout l'Ancien Testament est ordonné vers lui comme vers son centre. C’en est le seul objet, en définitive. Or, Jean-Baptiste devait jouer un rôle de premier plan dans ce drame infini par lequel un Dieu allait se faire homme. 11 était appelé à être le Précurseur immédiat du Verbe. Au sens littéral de ce mot, il devait "courir devant" le Christ, cetmme les hérauts d’armes couraient devant les rois; il devait lui frayer la voie, le voir de ses yeux, le distinguer parmi la foule des vivants, le désigner du doigt aux peuples, se porter garant, devant l’univers entier, de l’authenticité de sa mission messianique. Rôle supérieur, en vérité. C’est une grandeur que de pouvoir découvrir ce qui se cache dans le lointain des âges. Aussi les prophètes furent-ils des grands hommes: ils ont lu, dans la lumière divine, les événements futurs, c’est-à-dire que Dieu les a fait participer à l’un de scs attributs, par lequel il voit tout dans un perpétuel présent. La prophétie est un don proprement surnaturel. A la gloire d’avoir entrevu dans la lumière
(i) Mal, te h, III-j, Isa, XL, }Jrr. I.
Le Précurseur
incrééc, tout comme les prophètes, l’Incarnation du Verbe, Jean-Baptiste a joint le privilège incomparable d’être le témoin du mystère attendu et désiré. Cet homme se dresse à la frontière de deux âges: en lui se clôt l’Ancien-Testament et s’ouvre le Nouveau; (3) en lui un monde s’achève et un autre s’inaugure. Il est une synthèse et une aurore. Le rêve et la réalité magnifique, les promesses et l’accomplissement, voilà ce qu’il devait signifier, et ce qui devait faire de sa carrière quelque chose d’unique, dans l’histoire religieuse. Parce qu’il devait être au premier plan du mystère de l’Incarnation, composer avec le Christ et la Vierge-Marie la trinité visible en laquelle serait comblée l’espérance des siècles antiques, il a partagé avec ces grands personnages la gloire de figurer dans les oracles, et d’occuper une place éminente dans le cycle des prophéties messianiques.
La grandeur de Jean-Baptiste tient, en second lieu, aux événements qui ont précédé et accompagné sa naissance, ainsi qu’à la façon dont il s’est préparé à remplir sa mission extraordinaire. Il y a eu des merveilles divines autour de sa conception et de son berceau. Son père était grand-prêtre de la tribu d’Abia. Il exerçait dans le Temple sa fonction sacerdotale, quand, “à l'heure de l’encens,” l’image de l’ange du Seigneur, Gabriel, lui apparût, pour lui annoncer qu’un fils allait lui naître, “et il sera grand
(3) Sum. thcol. III Pars. quæs. XXXVIII. Arc. I, ad primum. Fuit terminus legis et initium Evatigelii.
MlSCELLANEES
devant Dieu, et rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère.” (4) Or, Zacharie et sa femme Elisabeth étant avancés en âge, avaient perdu tout espoir d’avoir de la postérité. Cependant, la parole du messager céleste ne tarda pas à s’accomplir. Contre toute possibilité humaine, Elisabeth sent qu’elle va devenir mère. Le Tout-Puissant, qui fera germer la Vierge- Marie, a rendu féconde cette femme vieille et stérile. A ce miracle va s’ajouter cet autre: l’enfant sera sanctifié et recevra l’usage de la raison dès avant sa naissance. Aussi quand Marie, en qui le Verbe s’est incarné par l’opération du Saint-Esprit, vient ”à travers les montagnes” (5) visiter sa cousine, celui qui serajean s’agite dans le sein maternel; l’approche de Celui qu’il aura pour tâche d’annoncer comme venu le fait frémir; il est comme impatient de témoigner déjà en sa faveur. (6) Tout cela n’est-il pas très beau et très grand? Quel caractère auguste est empreint sur cet enfant! Il y a comme un parallélisme entre les faits de sa naissance et ceux de la naissance du Verbe. Il y a une affinité dans les merveilles qui les signalent. L’apparition de Jean est comme la première ép&euve, l’ébauche de celle de Jésus. Il y a parallélisme également, frappante similitude, entre la vie que tous deux ont menée avant d’inaugurer leur ministère public: vie cachée, vie mortifiée. Tout jeune encore, Jean quitte la demeure de ses parents et s’enfonce dans le désert de Juda: une âpre solitude devient le lieu où va s’achever, dans la pénitence, dans un contact intime avec l’Esprit de
(4) Luc, I. 5 et seq.
(5) Luc, I. 39.
(6) Luc, I. 44.
Le Précurseur
Dieu, sa formation morale. Là, il médite sur les volontés divines à son égard, là il mâte sa chair dans d’effroyables mortifications. Avant de prêcher aux foules la pénitence comme préparation au royaume de Dieu, il la pratique lui-même: coepit facere. Ses grandes austérités exténuent son corps. La vie de l'esprit ne fleurira que plus intense dans une chair dévastée par le jeûne. La prière, l'élan mystique absorbent sa pensée qui ne donne rien à la terre, et qui est orientée vers la seule affaire du salut, laquelle est déjà pour Jean "l’unique chose nécessaire," ainsi que dira son Maître. (7) La solitude trempe les âmes; elle fait "les héros, les artistes et les saints." (8) Elle est la mère des hautes inspirations et des enthousiasmes sacrés. C’est elle qui prépare la parole humaine à jaillir de source, et à s’ouvrir dans les cœurs des prolongements sans fin. La solitude est le pain des forts. Il faut avoir de la grandeur d’âme pour l’affronter. Mais aussi, comme elle sait récompenser ses fidèles en centuplant leurs qualités natives! "L’homme vaut surtout par la flamme qu’il porte en lui. Le rayonnement d’un être est en fonction de sa vie intérieure.” (9) Jean-le- Précurseur, dans le désert de Juda, a cultivé la flamme divine; il s’est élevé au-dessus de lui-même dans la contemplation des vérités essentielles; de degré en degré, il a atteint le sommet de la grandeur spirituelle. Son action extérieure va s'exercer avec un succès prodigieux; sa parole sera triomphale; son influence
(7) Luc, X-41.
(8) Edouard Estaunié. Solitude.
(9) Henry Bordeaux, Réponse à Al, Bremond.
aura dans les âmes des répercussions infinies, car tout cela s’alimentera aux sources profondes et divines. . .
La grandeur de Jean-Baptiste tient enfin à la manière dont il s’est acquitté de son rôle sublime; il y a apporté zèle, désintéressement, délicatesse, humilité, abnégation, fidélité. Son attitude a été d’une correction absolue. Jamais il ne s’est départi des devoirs que lui prescrivait son mandat d’ambassadeur du Verbe Incarné. Il saura s’effacer à temps devant ce dernier, et confondre sa gloire dans celle de la Lumière Infinie à laquelle il était venu pour rendre témoignage, (io)
C’est beaucoup d’être appelé à une haute fonction. Mais ce n’est pas tout, certes. Car l’on peut s’y montrer inégal ou inférieur. Ou, après avoir commencé de la remplir dignement, tomber en route et oublier à quoi elle engage. Pour l’accomplir intégralement, l’intelligence seule ne suffit pas; il y faut aussi la rectitude de la volonté, un caractère ferme. L’union de ces deux facultés, intelligence et volonté, leur parité en quelque sorte, leur collaboration étroite en vue d’une noble fin, voilà en quoi consiste la vraie grandeur humaine. L’intelligence indique la voie; la volonté donne la force d’y marcher. A quoi sert-il d’entrevoir un but élevé, si les défaillances du caractère empêchent d'y atteindre? — En Jean-Baptiste, il y a eu alliance parfaite, merveilleux équilibre des puissances intellectuelles et morales. Il a été un homme de génie et un
(io) Joann, 1-8.
Le Précurseur
homme de haut caractère. Et ses facultés humaines se sont embellies de sainteté.
Quand l’évangéliste dit de lui: “Fuit homo missus a Deo, il y eut un homme envoyé de Dieu, dont le nom était jean,” (n) l’on peut jouer sur ce mot "homme” le prendre au pied de la lettre, et affirmer que le Précurseur fut un "homme” au sens strict et plein de ce beau vocable, le type le plus parfait et le plus représentatif d’humanité qui ait jamais paru. Voyons-le à l’œuvre. Sa mission est une mission de prêcheur. Il est envoyé pour annoncer comme révolue l’Incarnation du Verbe, c'est-à-dire la parole de Dieu fait homme. Son rôle, à lui, est également verbal. C’est en lui et par lui que le Verbe prochain va faire entendre ses vibrations. Il est l’écho anticipé de la voix éternelle. Jean-Baptiste commence donc à parler, du fond de son désert. Sa parole retentit immédiatement au loin, elle ébranle les cités et les bourgs. Les solitudes s’animent et se peuplent: les foules accourent écouter cette voix dont l’accent ne ressemble à rien de connu: elle est étrange, âpre, mordante, et cependant si séductrice; elle pénètre comme un fer aigu dans les consciences, les secoue, les bouleverse, et finalement les transforme. L’éloquence est peut-être le plus puissant moyen d'action qu’il y ait ici-bas. Celle du Précurseur se renforce d’un élément surnaturel qui la rend irrésistible. Elle conquiert les peuples en les flagellant. Un moment arriva où ce prêcheur solitaire, dénué pourtant de l'appareil dont s’entourent ceux qui aspirent à commander, cet homme austère dont la seule ressource
(n) Joann , 1-6.
était une éloquence enflammée, se trouva investi cl une autorité égale, sinon supérieure à celle des grands de ce monde. Son empire moral sur les foules était tel qu’il contrebalançait celui d'Hérode même. Et comme, selon l’expression de l’Ecriture, l’on était à la plénitude des temps,” que l’atmosphère du monde était en quelque sorte grosse du Messie, les peuples s’apprêtaient à proclamer Jean “le Messie attendu et promis.” (ix) Il n’y avait que le Messie, pensaientils, pour faire de telles œuvres, opérer de pareilles conversions en masse. Seule la parole messianique pouvait avoir cette ampleur, et ce charme, et cette vertu.
La situation était délicate; elle posait à la conscience de Jean-Baptiste un problème redoutable. Combien il lui eût été facile de se substituer à celui qu’il représentait! Il n’avait qu à se laisser faire, et les multitudes le saluaient du titre de Messie. Le Précurseur prenait la place du Maître; 1 ambassadeur ravissait à son roi la couronne. Ce problème, laissons Jean-Baptiste lui donner la seule solution qui fût en harmonie avec la mission qui lui avait été confiée; laissons cet homme de devoir écarter, d une main ferme, la tentation insidieuse qui eût changé en gloire éphémère l’immortalité véritable qui l’attendait.
Sommé de se définir lui-même, de déclarer qui il est, il repousse le titre incommunicable de Messie; il refuse même de s’auréoler du prestige attaché au nom et au souvenir de l’illustre prophète Elie: ”Je suis,
CO Luc, III, 15.
Le Précurseur
répond-il à l’admiration éperdue des foules, la Voix de Celui qui crie dans le désert: préparez les voies du Seigneur, rendez droits ses sentiers.” Ego, vox clamantis! Une voix seulement, un son qui frappe 1 air, et puis s'éteint. Celui que ma voix annonce, il est si grand que je ne suis même pas digne de dénouer la courroie de ses souliers. 11 est la realite, dont je suis le pâle symbole. Il est la lumière véritable, veis laquelle je veux lever vos yeux, et moi je suis son ombre. Il est la voix éternelle; j'en suis le faible écho dans l’espace et dans le temps. (13)
La grandeur de Jean-Baptiste, c est là qu elle éclate, dans la sincérité de cet aveu, dans cette fidelité à sa mission, dans cette renonciation volontaiie a tout ce que les hommes lui offrent, et dont 1 acceptation serait la trahison de son idéal surnaturel, dans cette humilité, cette abnégation, cette droiture de conscience, qui le soustraient à toute illusion, et marquent sa carrièie d’une splendide unité, et font qu elle nous semble belle et harmonieuse comme la musique des spheres. "Voici l'Agneau de Dieu! dira-t-il, en montrant le Christ. “Il faut qu’il croisse et que moi je m’efface. ”(14) C’est la conclusion de sa mission de Précurseur, ce sont ses dernières paroles publiques. Son îole magnifique se ferme là-dessus. Sa grande ame est testée jusqu’à la fin dans la ligne du devoir. "Pour avoir été supérieur à l'amour-propre, il est arrivé à la gloire et à une position unique dans le panthéon religieux de l’humanité,” a dit un penseur.
(13) Marc , Luc, Joann.
(14) Joann, I, 19, III, 30.
Mais il eût manqué quelque chose à la noblesse de cette vie, si une mort sublime ne fut venue la couronner. Pour avoir un dénouement digne de tout son passé, il fallait que pareille carrière se terminât par l’effusion du sang. Nous avons constaté un parallélisme entre les origines de Jean, messager du Christ, et celles du Christ, son Maître. Le mystère divin les baigne toutes deux. Ce parallélisme s’est continué dans leur vie. Il s’est retrouvé dans leur mort. Il fallait que l’un et l’autre scellassent dans leur sang leur mission extraordinaire, et donnassent leur vie pour le triomphe de leurs idées. Jean le Précurseur est mort aussi pour un principe, en témoignage d’une vérité surnaturelle. Pour avoir revendiqué, en face d'un roi, la sainteté du mariage, flétri une union incestueuse et adultère, il a eu la tête tranchée. (15) Par là aussi, il a été précurseur: "Le décollé d’Hérodiade ouvrit l’ère des martyres chrétiens; il fut le premier témoin de la conscience nouvelle. Les mondains, qui reconnurent en lui leur véritable ennemi, ne purent permettre qu’il vécût. Son cadavre mutilé, étendu surle seuil du christianisme, traça la voie sanglante où tant d’autres devaient passer après lui." (16)
(15) Marc , VI, 14-19.
(16) Cf. les magnifiques considérations de S. Ambroise, De Virginibus, lib. III, Nous ferons remarquer que S. Jean-Baptiste a etc le premier à employer le non /tcet qui est devenu la formule de l'Eglise dans toutes ses revendications d'ordre moral, et même disciplinaire et administratif.
ITERUM VERBUM DEICO
Lan dernier, Mgr L.-A. Paquet, de l'Université Laval, théologien le plus profond qu’il y ait dans le monde, nous donnait le tome premier d'un Cours d’ éloquence sacrée. Il y exposait les principes et les préceptes qui régissent la prédication, fonction sublime réservée de droit divin aux eveques, et que les preties exercent en vertu d’une délégation. Collaborateurs des évêques dans le ministère des âmes, ils reçoivent de ceux-ci la redoutable mission d enseigner aux fidèles les vérités du salut. Nous avons cherché à dire tout le bien que nous pensions de ce tome premier, si chargé de substance, si clair, si fort. L’éminent prélat vient de compléter son oeuvre par un tome deuxieme où il étudie les genres et les modèles. . . Nous avons donc un ensemble parfait, admirablement bien ordonne, qui devrait se trouver dans la bibliothèque de tout prêtre, non comme un ornement, mais comme ouvrage à lire et à relire, à méditer. Combien les leçons qu’il renferme méritent d’être suivies par tous ceux à qui I incombe, soit divinement, soit par extension, le 1 difficile devoir de dispenser aux âmes le parole de vie!
(i) Mgr L.-A. Paquet, Cours d' éloquence sacrée. Tome deuxième. / Genres et modèles.— Québec, Impr. Franc. Miss. 192.6— Cf. L'Action Française. Septembre 19x5, et Estampes.
Ce tome deuxième contient onze leçons, chacune consacrée à un genre de prédication. Voici comment l’auteur procède: il expose d’abord les règles fixées par l’Eglise et par la tradition pour chaque genre: le catéchisme (z), le prône et l’homélie, le sermon ordinaire, le sermon solennel, les panégyriques de saints, les discours ou allocutions de circonstance, les sermons de mission, les retraites spéciales, la conférence, l’oraison funèbre, la parole eucharistique. A cela s’ajoutent quatre appendices: le premier reproduit une conférence faite au congrès diocésain des prêtresadorateurs de 1915; les autres traitent de la prédication mariale, de la prédication ascétique, de la prédication sociale.
Tout prêtre peut être appelé à exercer l’un ou l’autre de ces divers genres. Cependant, pour le prêtre dans le ministère, les leçons les plus pratiques, sont la première, la deuxième, la quatrième et la onzième. Celles-ci sont, je dirais, d’usage courant: c’est elles qu’il faut bien connaître dans toute leur étendue et tous leurs détails. Les autres, bien qu'utiles à tous, s’adressent plus particulièrement aux religieux, aux missionnaires, à ceux dont la vocation spéciale est de prêcher, et qui peuvent dire, avec l’apôtre saint Paul: ' ‘ positus sum ego praedicator. Pour moi, Dieu m’a établi prêcheur.” (3) L' appendice sur la prédication mariale
(2.) L'auteur remarque justement que l’enseignement catéchistique n'est pas, à proprement parler, un genre de prédication, mais que nous ne pouvons nier les rapports d'étroite parenté dogmatique et morale qui régnent entre le catéchisme et la prédication proprement dite. (P. 9-10;. Il ajoute aussi que le prône, s’il est bien fait, constitue un document historique de premier ordre (P. 34).
(3) II Tim., 1-11.
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Iterum Verbum Dei
est également d’une utilité journalière, étant données l’importance de la dévotion à la Sainte Vierge, et la nécessité pour tout prêtre de paroisse de l’inculquer dans les âmes; tandis que ce qui regarde la prédication ascétique intéressera surtout les prédicateurs de retraites dans les communautés religieuses. L’appendice concernant la prédication sociale ne s’adresse également qu’à une classe particulière de prêtres. Mais ce Cours embrassant tous les genres d’éloquence sacrée, force était de consacrer à chacun un chapitre. De la sorte, nous avons un ensemble où évêques, missionnaires, simples prêtres, tous ceux qui ontcharged 'âmes, à un titre ou à un autre, peuvent venir s’instruire des procédés propres aux divers modes d’enseignement d’une parole qui doit toujours porter, à quelque sujet qu’elle s’applique, et dans quelque circonstance qu’elle se fasse entendre, une caractéristique essentielle, celle d’être la parole de Dieu. Ceci ne peut jamais être oublié.
L’exposé des procédés par quoi se différencie, dans l’unité d’une même doctrine et d’une même morale, la dispensation du verbe divin, est accompagné ou suivi d’exemples où l’on voit concrétisées les formes multiples d’éloquence sacrée. Ici, la matière était abondante. L’auteur n’avait que l’embarras du choix. Combien riche en modèles oratoires est la littérature catholique, infiniment riche. Les Pères de l’église grecque et de l’église latine ont créé de nombreux chefs-d’œuvre en fait d’homélies, de sermons, d’oraisons funèbres. L’Italie et l’Espagne ont aussi apporté une importante contribution à cet antique héritage de la
parole chrétienne. L Irlande a eu le Père Thomas Burke, et l'Angleterre Newman. II n’est pas exagéré de dire que, de toutes les nations modernes, c’est la France qui, sur ce point, s’est le plus distinguée, la France des trois derniers siècles. Ozanam disait que Dieu avait donné à la France le génie de l’éloquence. Le mot est très juste. Elle s’en est servi, elle s’en sert toujours pour glorifier la vérité religieuse. Au dixneuvième siècle, elle a produit des orateurs sacrés, un Lacordaire par exemple, qui, pour la flamme de 1 éloquence, peuvent être égalés aux plus puissants orateurs de tous les temps. De notre temps même, de ses évêques, des ses religieux et de ses prêtres continuent à illustrer la chaire chrétienne par leur parole chaude, vivante, et bien dans la tradition apostolique. Mgr Paquet a puisé dans ce trésor qui s'accroît et se renouvelle de siècle en siècle, depuis les premiers temps du christianisme jusqu’à nos jours. Il a opéré une judicieuse sélection parmi cette incomparable moisson, fruit du génie inspiré par la foi. De ce chef, son ouvrage, déjà si remarquable par ses définitions précises, savantes, de ce que chaque genre requiert et suppose, peut être dit un florilège précieux. Des morceaux cités, s’il en est de connus, combien d'autres seront une révélation pour la plupart, et mettront sur la trace de modèles dont la fréquentation est si nécessaire. (4)
(4) Nous attirons particulièrement l'attention de nos lecteurs sur la péroraison d'un discours prononcé en Bretagne, en 1S68, par Mgr Freppel, pat ce qu elle convient admirablement à certaines situations J Amérique. Elle contient la thèse, nettement énoncée, de la langue gardienne de la foi. (P. 151-3-4.)
Iterum Verbum Dei
Dans une note, Mgr Paquet avoue qu’il lui eut été agréable de faire figurer, à côté des extraits oratoires qu’il a reproduits, quelques-unes des plus belles pages des discours religieux prononcés dans le passé par nos orateurs canadiens les plus en vue. Et il ajoute: “le manque d’espace nous interdit cette patriotique fierté.’’ (5) Nous regrettons aussi qu’il n’ait pas été permis à l'auteur de céder à ce si légitime sentiment. Nous avons eu nos orateurs de la chaire. Si aucun n’a laissé d’enseignement suivi, il serait cependant facile d’extraire de leurs paroles éparses des envolées qui ne dépareraient pas les plus beaux modèles insérés ici. L’éloquence religieuse au Canada-Français mériterait une étude qui n’a jamais été faite encore. Elle aura la place d’honneur dans l’histoire à venir de notre littérature. Il ne sera que juste d’y mettre Mgr. Paquet lui-même au premier rang. Son Cours d' éloquence sacrée n’est pas seulement l’œuvre d’un théoricien qui a puisé ses principes et ses considérations aux meilleures sources, il est l’œuvre d’un maître de la chaire, il est la condensation d’une expérience personnelle à laquelle nous devons des choses parfaites dans les divers genres d’éloquence sacrée. Coepit facere et docere. (6) Si l’on ne sait bien que ce que l’on a enseigné, peutêtre est-il requis, pour donner un enseignement vraiment profitable, surtout en une matière si haute, d’avoir soi-même pratiqué ce que l’on prêche. C’est le cas de l’auteur. Son ouvrage en reçoit une garantie et une efficacité souveraines. Que Mgr Paquet soit remercié et félicité de son travail si parfait à tous égards.
(6) Ace. I. 1.