LE CHATEAU DE NIORT
ATant les Anglais. — Le Vieux port appelé plus tard le Grenier
Le premier château
Les murs de la ville et la forteresse reconstruite
Aliéner
Apollin Briquet croyait que le château de Niort, la Tour de Magné, Salbar et le château des Iles de Brelou, avaient été élevés pour arrêter les barques Normandes qui remontaient la Sèvre ( l) .
Benjamin Fillon, lui eut volontiers donné pour origine un châtelier auquel aurait succédé une sale Mérovingienne. Il considérait toéme comme 'probable <îue.ce .point Avait été employé comme refuge dès le temps des Gaulois. (2)
N*y aurait -il point eu tout d'abord autour de la belle fontaine qui naît au sud du Donjon, un parc pour les troupeaux de la vallée de Bouillounouse (3), palissade et déjà fossoyé et telle ne seraitelle pas rhumble origine du château incendié en 1104 (4), mode
(1) Afém. soc. de slaL, 1" série, t. VI, p. 61.
(2) Lettre à Gouget. Bull. soc. de stat., 2* trlm. 1864.
(3) On ne connaît pas le nom ancien de ce petit ruisseau qui suit une vallée de peu d'étendue. Il devient le Merdusson en traversant Niort à qui il sert d'égoût.
le Merdeçon est cité dans les Hommages d'Alphonse vers 1260. C'est le Merdeson dans les Cens et Rentes dus au Comte de Poitiers publiés par M. H. Clouxot dans les Mém, des Antiq. de l'O.y 2* série, t. XXVIl, art. 74. Le Comte de Saihtb- HiBMiHB a donné Tétymoiogie dans son Tableau des rues et Places de Niort^ 1826, à propos de la rue dite par euphémisme de la Mère-Dieu. Il y avait aussi un chemin de la Merdieu à Champdeniers; transformation de la rue Merderet de Paris, ancien vicus merdosus. Cfr. Gloss. Du Cange.
(4) MCIV. Multa incendia fuerunt in casteUis Toarcii, Niorti, Belverii. Chr. de Saint-Maizent in Chr. des Eglises de TAnjou. Paul Marchegay et Mabille, 1869.
de destruction qui n'évoque pas Tidée d'un bâtiment en pierre et n^ peut s'appliquer qu'à une antique motte féodale avec donjon en bois et baUle, ne servant plus de refuge aux bestiaux .qu'en temps de guerre, munie de quelques baraquements pour une garnison ?
Le château de Niort occupait un petit promontoire peu saillant au confluent de Bouillounouse et de la Sèvre.
Il suffira de se reporter au T. XV des Archives historiques du Poitou consacré aux chartes de l'abbaye de Saint-Maixent, pour constater qu'il y avait déjà en ce lieu un point fortifié, quel qu'il fut, au x« siècle (1) .
Le premier port creusé dans l'estuaire marécageux de Bouillounouse, au nord du château, semblait s'être réfugié sous son abri tutélaire.
Il remonterait à une; beauté antiquité si le fragment de hache en pierre polie recueilli par Paul Frappier dans la vase des fondations des nouvelles halles, avait réellement appartenu à une doloire^ ce que les dimensions insolites de son tranchant sembleraient autoriser à ^penser (2).
Quoi qu'il en soit, les destinées du château et du vieux port sonjt intimement liées jusqu'au jour où Jean de Berry décidera la création d'un nouveau havre beaucoup plus vaste, vers le bief d'aval du Moulin du Roc actuel (1377). Peu importe dès lors de parler d'abord de cette annexe de la forteresse Niortaise.
Lorsque Bouillounouse se transforma en égout de la ville, son cours inférieur devint -il le Merdusson? (3) toujours est-il que le ruisseau fangeux ne tarda pas à encrasser le port qui s'était imprudemment installé dans son lit. Dans le vain espoir d'arrêter l'envasement, on l'avait bientôt détourné jusqu'au pied de la butte Saint-André. Ainsi s'était formée Vile du Pa-
(1) Cfr. : L. LU. LX. LXXX.
(2) H. C. Cettsei Rentes, tir. à p., p. 10, n. 3.
(3) Un ruisseau qui traverse Cliarroux retient encore le nom de Merdenson. Il y a encore le Merderet à Valognes dans le Cotentin. Nous trouvons en Espagne, au pied de Persa redonda, l'un des 7 camps où Scipion l'Airicain logea ses troupes pendant le siège de Numance « Le Merdancho ruisseau modeste coulant à travers un marais une onde impure ». Pierre Paris, Promenades arcli. en Espagne. Paris Ernest Leroux 1910. Xuraance, p. 207, 217, 232.
Ne serait-on pas en droit de se demander si ce vocable qu*on rencontre partout, n*est pas antérieur chez nous à la fondation do la ville par les Plantagenet et le nom primitif resté inconnu du ruisseau de Bouillounouse déjà pollué par la vase de ses marais ?
lais desservie par Téglise Saifit-Gaudent bâtie dans Tenceinte même du château, mais ce ne fut qu'un piètre remède, le bassin restant privé de toute eau de chasse hors des temps de crues. Bien qu'il fût abandonné depuis un temps immémorial, le souvenir du vieux port persista jusqu'à la fin du xviijo siècle. On l'appelait le port du Grenier ou plus simplement le Orenier. Le préfet Dupin y constata en 1803, lors de la construction des halles Brisson, l'existence d'un pavé qui lui parut avoir appartenu à un bassin (1) et telle pourrait bien être l'origine de ce nom de Grenier que M. Etienne Clouzot devjait retrouver appliqué au bassin des portes de la Roussille.
Un arceau resté longtemps debout après l'abandon, fermait l'entrée du Grenier du côté de la Sèvre. Il apparaît très nettement dans la vue de Niort de Claude Chastillon dont les dessins auraient été pris du temps d'Henri IV (2).
Tout près, en amont, on voyait la poterne de la Grenouille sur la Sèvre, desservie par un passage longeant le bassin du Grenier au nord, indispensable pour son utilisation^ qu'a remplacé la rue Brisson actuelle.
Divers îlots enfin avaient surgi au dessous des gués de la Sèvre auxquels ont succédé les vieux ponts. Ceux que l'on voyait en face du Grenier et à la formation desquels les vases du Merdussoa ne furent pas étrangères, doivent être mentionnés, car c'est entre eux et celui qui recevra plus tard le Moulin du Château, que se trouvait le bras de rivière, resté toujours libre jusqu'au xviii« siècle, qui donnait accès au Grenier (3).
Tout porte à croire que l'abandon du Grenier suivit de près l'inauguration du port de Jean de Berry, aussi les renseignements qui s'y rapportent sont-ils des plus rares. ;M. H. Clouzot note cependant en 1494, dans le compte de Pierre de Pontbriand, échanson du roi, capitaine du Château, la mention d'«une claveure Bernardine avec la clef, faite à la porte par laquelle on sault du Chasteau au
(1) Statistique des Deux-Sèvres. Citations de M. H. C.
(2) Jean Boisseau. Topographie française avec les gravures d'après les dessins de Cl. Chastillon,
(3) La carte de Masse 1609 donne toutes ces pfécieuses indications. Nous eu devons une épreuve considérablement développée à M. H. CLorxor que nous ne saurions trop remercier de son obligeance.
Arch. nat. N. 3, n' 9.
port de Nyort (1). » Il eût été pourtant mieux de dire «à V ancien port de Niort, » le Grenier étant déjà très certainement abandonné. On constate, en effet, Texistence en la même année 1494, d*une largo passerelle jetée sur tout le travers de la SèvrCy de la porte de fer du Donjon à la tour ovale du fort FoucauUy barrant entièrement entre le Donjon et l'îlot du moulin du Milieu le bras de rivière qui avait servi de voie d'accès au Grenier.
Plus tard, on comblait à l'extrémité occidentale du port abandonné un espace suffisant pour former une sorte de quai en retour au sud de la poterne de la Grenouille, appelé à desservir le moulin du Château. On lui enlève même, au milieu du xyiii^^ siècle, une largeur de trois toises dans toute sa longueur pour la continuation jusqu'à la Sèvre du grand égout de la Brèche (2) Finalement, il est devenu le fossé Nord du Château, livré à la culture maraichère. Vendu avec la forteresse en 1791, on ne lui trouve plus qu'une contenance de 420 t. q. dans le procès verbal d'expertise de Pinoteau.
Après l'incendie de 1104, la forteresse n'avait point tardé à être rétablie et cette fois sans nul doute plus solidement.
Dès le 19 Avril 1134, Guillaume IX comte du Poitou, signe une charte pour l'abbaye de Fontevrault dans la cour du château de Niort, in aulâ Niortensis Castri (3) .
Ce dernier comte du Poitou mourut sans autre enfant qu'une fille, Eléonore, plus connue sous le nom d'Aliénor. On lui fit épouser dès qu'elle fut nubile, le fils de Louis le gros, roi de France, qui succéda à son père en la même année (1137) et fut Louis VII le jeune. Cette union toute politique, vrai mariage d'enfants, eut des conséquences déplorables. On raconte que Louis VII ayant eu, certain jour, la fantaisie de se faire couper les cheveux, Aliénor dit qu'elle avait cru épouser un roi fet non un moine.
C'était tout au moins un moine bourru. Il aVait déjà noyé, dans le sang une sédition des Orléanais, (4) lorsque les habitants de Poitiers, à leur tour, se fortifiant et se constituant en Commune,
(1) Arch. hist. du Poitou, t. XX, p. 297.
(2) Les travaux ne furent reçus qu'en 1758, Cfr. Inventaire Briquet. CelU) utile dérivation mit fin aux pestilentielles inondations du Merdusson.
(3) P. Marchboat. Chartes de Fontevrault. Bibl. de l'école des Chartes 1858, p. 323. (^itat. d'U. Clouzot.
( ) Bbrtbold Zillsr et A. Lccuaibb. Louis VI et Louis VU, Paris, Hachette pet. in-16.
entraînèrent toute la province dans leur révolte (1138). Cette fois, il est vrai, la haute autorité de Suger, abbé de St-Denis, ancien ministre de Louis le Gros resté au service du nouveau roi, pt rintervention d*Aliénor en faveur de ses sujets et compatriotes, apaisèrent la colère du' monarque et provoquèrent des tnesures de clémence plus efficaces sans doute que les massacres pour le maintien du prestige d'un prince de 18 ans. (1)
En 1141, Louis VII est de nouveau en Poitou ; on le îrouve; siégeant à Niort (2) dans son palais où il signe avec plusieurs témoins une charte en faveur de l'abbaye de Nieul sur l'Autise (Àctu7n publiée apud Niortum, anno Incarnationis 1141 astantihus in Palatio iiostro quorum nomina substiiuia sUnt. (3):
Quoi qu'on en ait dit, il paraît difficile de contester sérieusement qu'il s'agisse bien ici du château de Niort transformé momentanément en \rd\ais par la présence du Souverain. Enfin, l'existence dans la ville naissante, très restreinte, de tout autre bâtiment assez vaste pour loger cette nombreuse assistance, resterait fort problématique .
On peut faire observer combien il est peu probable que le comte de Poitou en 1134 et le roi de France en' 1141, aient été reçus dans un modeste château en bois.
Le caractère emporté de Louis Vil se révèle de nouveau en 1143, lors «le l'incendie de Vitry, qui, malgré Suger, eut pour conséquence la plus im politique des Croisades. Pendant cotte désastreuse expédition d'outre mer, surviennent les galanteries de Saladin et de la jeune reine. Suger meurt en 1152 et dès )a même année, Louis VII incapable de résister à ses impulsions naturelles, fait prononcer son divorce.
Aliénor, de son côté ,que les scrupules ne retiennent guère, met un empressement peu louable à convolet* de nouveau avec Henri Plantagenet, comte d'Anjou et de Normandie qui reçoit à son tour les immenses domaines des comtes de Poitou, ducs d'Aquitaine, auxquels vient enfin se joindre la couronne d'Angleterre en 1154. Aliénor a alors 32 ans et le jeUne roi 21, aussi ne
(I) De la Boltctikiie. Fragnicul inéilU de la vie de Louis VU pn'puive ^mr Suger.
Bull, (les Antiff. de 10., t. XIV.
(È) Pourb'en fixer le lieu où la charte est signée, le Glossaire de Du Congé, dans sa liste des palatia, ajoute après Mortum palatium, in Pictonibus ad npam Se pans,
(3) Baluze XLVII, 30i. Gallia Christ, t. 2. Instruct. col. 386. Teulet Laycll4*s de TKcole des Charles. Ch. Arnault,, ffist. de Nieul, p. 16<».
faut-il pas s'étonner outre mesure sî l'époux, cette fois, met le trouble dans le ménage. La reine se Venge cruellement; Henri la tient 16 ans en prison et les choses vont de mal en pis' jusqu'à la mort de ce prince (1189), Aliénor soulève contre leur père, leurs fils qui bientôt se battront eatre eux. On dirait une famille d'Atrides. Ces Plantagenets se croient issus du Diable et viqtimes de la fatalité comme les héros antiqties.
Les chartes de concession de droit de commune à Poitiers et à La Rochelle par Aliénor, sont signées de Niort en 1179. La vieille reine <jui a ressaisi une dernière fois le pouvoir à la mort de Richard Cœur de Lion, (1199) accorde enfin le droit do franche commune à Niort par lettres données en 1203 à Fontevrault et décède dans cette abbaye dans le délai de moins d'une année.
L'architecture des tours jUmeUes, seule partie encore debout de la Vieille forteresse Niortaise, révèle le Xll** siècle. M. Joseph Bcrthelé croit qu'elles s'élevèrent de 1155 à 1160 ; pour M. AlfreJ Richard, la construction n'en aurait été commencée qu'en 1174.
Ces deux savants l'attribuent donc au roi Henri II, second époux d'Aliéner.
Châteaumur dans la Vendée, offre certaines analogies. Conmie il a été dit, l'existence à Niort, aVant les Plantagenets, d'un autre château solidement 'établi mais Inoins important, reste fort probable .
Au XUI® siècle la Tour de Niort est souvent citée, on a pu donc être porté à croire qu'il n'y eut tout d'abord qu'une iour unique, et de là à un premier château en pierre intérieur laux Anglais, la conclusion était facile, la contemporanéité des tours jumelles devenant manifeste par l'identité des marques de tâcherons encore Visibles à leurs bases malgré la reconstruction paiaoIJe de la tour Nord après son éboulement pn 1749, il se peut qu'on ait déjà désigné sous le nom de tour% tout; le système de défense comme on le faisait encore sous le 1®^ Empire.
Quoi qu'il en soit, il est généralement admis que les Plantagoïiet édifièrent entièrement le château au xiP siècle.
On pense même que désireux de créer sur les bonis de la Sèvi-e un centre de résistance et d'approvisionnement, ils pensèrent les premiers à faire de Niort une véritable ville en élevant une enceinte englobant les trois bourgades jusque là séparées par la vallée de Bouillounouso.
Niort devient ainsi une véritable place forte, elle sera même par la suite souvent une place de frontière, sièges et autres faits de guerre ne lui seront pas épargnés. Son rôle militaire ne finira qu'avec les guerres de la Vendée. Thibault de Boutteville donne 1350 toises à sa muraille abandonn,ée à la commune par le Décret du 14 ventôse an xiii.
La vente commencée en 1806 ne se termina que dix ans plus tard.
« Niort possède un niouunienl, le Doujon »
Jules QciCHiiuT, cité par M. Jos. Berthelé-
Le Château et le Fort Foucault. — I^es Moulins du Château
Le Donjon
Le château ferme du côté de la Sèvre au sud du Merdusson la muraille urbaine et pénètre comme un coin dans la ville close. Son enceinte particulièrej, flanquée de 12 ou 13 tours (1) reliée par <les courtines de hauteur Variable, est protégée par la Sèvre, le bassin du Grenier et sur les autres points par de larges fossés. (2) Elle se présente sous la forme d'un pentagone ir régulier de 700 mètres de développement, borné à l'Ouest par la rivière, au Nord par le vieux port, à TEst par la rue du Jeu de paume (3), par le cimetière de Saint-Gaudent, puis jusqu'en Pelet, (4) par des propriétés particulières, aiî Midi I)ar l'une des nombreuses rues qui ont porté ce nom de Pelet (5) .
Le tout formait, fossés et fort Foucault compris mais en déduisant les murs et les tours (sic) (6), une superficie de 10.600 t.q. environ d'après l'estimation des expjrts en 1791 dont il nou^ faut contenter.
Jusqu'au xvi*^ siècle, le château ne conimuniffua avrc la villr
(1) Thibault de BouleviJle (V. ITli) arrive luriiio, nous no sivou:* hop rouiment, à en compter jus^]u'à !G.
(î) Le Grenier voué à renvasemcnt après la création du Port de Jean de Berry, nelait plus considéi-é que comme un fossé du château, le gouverneur le loua ù son profil, aux maraîchers avec les autres douves de la fortei-esse. On sait que là pril son origine la culture de Taugélique.
(3) Rue Thiers actuelle.
(t) O nom rappelle les Pelletiers établis fort anciennement dans ce quartier. Ils eurent une église dédiée à ^aint-Vaisc que meutioune encore le Hnind (iauthier à la fin du XI 11' siècle.
(;>) Aujourd'hui rue de TAbrcuvoir.
(6) Par suite de réserve ou de non valeur. Dans le total, Foucault avec ses annexes est compris pour 558 t. q.
que par Utt pont levis placé au Nort-Est, conduisant à un couloir défendu par deux portes. En 1587, Catherine de Médicis vint conférer avec les envoyés de son gendre, le roi de Navarre, dans réglise de St-Gaudent bâtie sur Tesplanade. Pour s*éviter les désagrément de la vieille entrée, elle fit jeter un pont-levis à Tangle Sud-Est du fossé et percer une tour dans Taxe de ce pont. Ce passage fut maintenu par la suite pour la commodité du service, il débouchait sur le cimetière de St-Gaudent situé entre le fossé et la rue du Jeu de paume.
De Tautre côté de la SèVre, s'élevait dans un ilôt relié à la rive droite par un pont levis, le Fort Foucault remontant au moins au XIII® siècle mais dont l'origine n'est pas connue. Formé de quatre; tours reliées par des courtines, il n'occupait, avec un îlot contigu, qu'une superficie de 558 t.q. La terrible inondation de 1657 le ruina complètement, il ne fut pas rétabli. 'A peine en subsiste-t-il aujourd'hui la moitié inférieure de la tour ovale (1) sur le grand bras de la Sèvre qui le sépare des îlots des moulins du milieu, débris qui ne permettent de tirer aucun remeignement de son architecture. On ne sait même d'où il tirait son Inom . ^ ^
Dès la fin du xv*^ siècle, on trouve une large passerelle en bois s'amarrant par un pont-levis à cette tour ovale et terminée à l'autre extrémité, par un second pont-levis à la porte de fer ou de secours du château, après avx)ir pris un pQinl d'appui sur le principal îlot du moulin du milieu. Cette pasjserelle fut emportée par les eaux en 1657, il n'en fut pîuà |)ârlé par la suite, aucun plan, ni dessin n'en subsiste, on l'avait réparée en 1494, comme aucune partie mobile du tablier hors les deux ponts-levis de chaque extrémité, n'est signalée, on doit en conclure qu'elle barrait entièrement le bras de la Sèvre qui servait d'entrée du Grenier ,elle ne pouvait donc avoir été établie avant l'abandon du premier port au xv^ siècle. Comme
^1) Cette tour ovale servait de corps de garde où Ton mettait 10 hommes en temps de troubles. (Constat fait par devant notaires & la requête de Jacques Noyer S' de la Rose, qui commandait au château en Tabscnce de Navailles, après l'inondation de 1G57.
Inventaire Briquet, n' 50 c une autre tour qui fait flanc à la fois sur le grand canal du côté du Château, sur celui qui vient de l'abreuvoir aux chevaux du côté du Petit Moulin et sur le bief au moulin du Roc, servant de bastion, enfin deux autres tours sur le bief du Roc, le tout fortement endommagées par la crue. Jbid.
ia même observation est applicable à tout pont de pierre qu'elle eût remplacé, nous sommes donc conduits à nier Texistence de ce pont de pierre. (1)
La .porte de fer du château devant le Donjon, sur la Sèfore, voûtée et cantonnée *^ de deux tourelles, offrait en réalité la seule entrée monumentale du Château. Son seul nom de porte de secours montrerait que là s'étaient amarrées les barques venant de la rivière. Rien ne s'oppose, à ce que dans l'origine, château et fort Foucault, n'aient été reliés que par leur moyen.
Nous avons ipentionné, en 1494, l'existence du'une porte faisant encore communiquer le château avec le vieux port déjà a2»andonné depuis longues années, aussi ne faut-il pas s'étonner s'il n'en est plus parlé dans la visite d'Androuet du Cerceau, en
Cette fois, il s'agit d'une nouvelle issue de la forteresse bien autrement importante. «C'est : « Un escalier de 20 marches de pierres de taille, neuf, haut de 10 pieds, pour monter dans la tour proche 4e la tour du maire (2) au droit du Moulin du Château^ avec une muraille de parapet de 2 toises de long environ, haute de 6 pieds et de 2 pieds d'épaisseur. » Il est évident quo cet escalier mettait la forteresse en communication avec le Moulin du Châteati, Le soin apporté à sa création ou à son rétablissement montre- assez de quelle importance il devenait alors pour le service dei la forteresse.
Bien qu'il eût été compris dans le domaine royal dès 1490, le Moulin du Château, complètement isolé, soit par la Sèvre, soit par le Grenier, était resté longtemps dans de déplorables conditions d'exploitation. Il est probable qu'on y avait pouvu peu après l'abandon du Grenier. Un plan du Ministère de la Guerre de 1768 (3), nous montre une sorte de quai partant du Moulin du Château tendant vers la future rue Brisson. Ce passage dont la création s'explique par l'envasement du Grenier, semble avoir été établi fort anciennement.
Le constat notarié après l'inondation de 1657, considère le Moulin du Milieu comme ayant été aussi chargé du ravitaillement
(1) Los oUations de la n. i, p. 13 des f'ens et renies doivent s'appliquer à un autre pont.
(2) La tour du maire était comprise dans l'enceinte du château, baignée par la Sèvre et & l'entrée du Grenier. Celle dont parle du Cerceau, se trouvait immédiatement après au midi.
<3; Aussi communiqué par M. H. Ctocioi.
du Château. Or, ce Moulin dn Milieu dans des conditions d'exploitation autrement favorables que le iMoulin du Château par le dehors et relié à la forteresse par le pont de bois, avait été aliéné dès le xvi® siècle ; il y avait donc eu urgence d'assurer prompteraent le service de la garnison au moyen du Moulin du Château^ d'ailleurs plus voisin, ce qui devenait très possible depuis l'établissement du quai créé sans nul doute peu après l'abandon du Grenier.
Ces conditions meilleures pour le Moulin du Milieu, d'ailleurs aussi compris dans le fief royal dès 1490, avaient déjà conduit M. H. Clouzot à faire de ce moulin beaucoup plus important que le Moulin du Château, le premier de ceux qui furent chargés du ravitaillement de la forteresse (1) .
L'enceinte du Château limitait une esplanade fort étendue où se groupèrent, dit-on, à l'origine les maisons de la paroisse de Saint-Gaudent. L'église avait été démolie à la fin du xvi® siècle., et la paroisse, après avoir absorbé celle de Saint-Vaize, disparut à son tour dans celle de Notre-Dame en 1600. Stiint-Gaudent avait desservi la garnison, qui, après l'occupation protestante, n'eut plus qu'une chapelle.
On ne trouve gxière' en outre sur l'esplanade que des bâtiments de servitudes 'et quelques logements. lUne salpêtrière entre la tour sud du Donjon et la Sèvre, prendra le nom de magasin |^ poudre en 1791. Un magasin à mèches, à plomb's et à boulets, a été installé dans un bâtiment qui domine la muraille au dessus de la rue du Jeu de Paume.
Le 3 février 1728, visite est faite des travaux exécutés par la ville dans l'appartement que Simonneau, garde d'artillerie, va occuper au Château (2).
Il y a un jardin et un logement pour l'ingénieur attaché au Château et aux Murailles de la ville, quoique cet officier préfère habiter au dehors.
Jusqu'à la Révolution, le Gouverneur occupe un "bâtiment et
(1) Voyez le plan joint aux Cetis et renies. Nous nous réservons de traiter dans un article à part rintéressante question des Moulins du domaine dont Torigine est inconnue.
Nul n'a mentionné quel fut le premier moulin de la Sèvre. Peut-être n'en viton pas avant le XIII* siècle.
Une tradition très répandue rapporte que le plus ancien moulin de la région fut celui de Compéré aujourd'hui démonté.
(2) Inventaire Briquet.
un jardin au dessus du Grenier en avant de la porte principale de Tesplanade.
Depuis longtemps tout le reste de Tancienne baille du Donjon n'est plus occupé que par les jardins loués au profit du gouverneur avec les fossés, et par les habitations des maraîchers. Il y a un puits au milieu de toutes ces cultures, c'était sans doute celui qui fut nettoyé au temps d'Alphonse.
Ces jardins avaient-ils réellement été créés sur l'emplacement des maisons détruites de la paroisse Saint-Gaudent ? Ne voit-on pas dans tous les châteaux de grands espaces libres destinés à servir de refuges aux populations en temps de guerre?...
Le 14 mai 1791, la ville achetait le château au district, elle abandonnait l'année suivante le Donjon au département, moyennant une sonune à déterminer dans le prix d'achat, mais faute de paiement, la situation de l'un et l'autre resta fort précaire jusqu'au jour où le Décret de 1808 les mit enfin en possession sans bourse délier.
Cependant en 1792, par une sorte d'accord tacite avec l'Etat, la commune transportait le siège de son administration dans l'ancien logement du gouverneur qu'elle ne devait abandonner que 74 ans plus tard pour se mettre en location rue Royale (Thiers). tandis (que le J)épartement tranïjformait le Donjon jpn maison d'arréi. . Les guerres de Vendée amènent une occupation militaire, la commune en profite pour se refuser à payer toute indemnité de location.
En 1798, le Département obtient |du Directoire de la Répup blique l'abandon de la moitié sud de l'Esplanade pour la création d'un jardin botanique destiné aux élèves de l'Ecole Centrale alors que la ville se voit refuser l'autorisation de bâtir un théâtre et une bourse sur le fossé de la rue Civique (Thiers) .
Le Décret de 1808 n'amena aucun changement, il fallut l'ordonn.ance royale du 16 janvier 1817 pour décider la ville à ouvrir des rueâ sur l'Esplanade et à mettre en vente les terrains disponibles.
Enfin, la Préfecture construite sur l'emplacement du Jardin Botanique fut inaugurée en 1832, et de tout le Château, il ne resta plus que le Donjon.
Le Donjon est le dernier asîle de la défense. A Niort, comme ailleurs, il s'isole au milieu du Château avec ses douves particulières et n'est accessible qu'au niveau du premier étage.
Le nôtre a le caractère très spécial de présenter deux touis
nettement séparées. Chacune d'elles offre un plan carré renforcé aux angles et sur les trois faces apparentes par des tours engagées. Elles sont actuellement couvertes par des plates -formes crénelées.
Primitivement, une simple courtine a dû les réunir au niveau du pi%mier étage. Elle a été remplacée au xv« siècle par un énorme bâtiment. Le tout forme une masse imposante qui offrait à Arcisse de Caumont un lointain souvenir de l'aspect du palais des papes à Avignon (1).
Bien qu'on ait détruit à une époque assez récente l'escalier qui, de la grande salle basse voûtée établie au-dessous de l'ancienne courtine, montait au terre-plein placé en avant du bà4.iment Gothique, c'est encore aujoiurd'huiy comme jadis, au niveau du premier étage qu'on pénètre dans le Donjon.
Un escalier, que le procès -verbal d'expertise de 1791, dressé en prévision de la vente, dit fait en bois, conduisait à un pontlevis jeté sur la douve de l'Est, amarré au terre -plein, au niveau du premier étage (2) . De là un degré de pierre monte à la petite porte ouverte sur le couloir coudé qui mène aux appartements élevés entre les deux tours. Ces appartements ont accès sur deux /vis étroites pratiquées dans les tours qui permettent d'atteindre l'étage inférieur, desservent successivement les autres chambres de ces tours et arrivent enfin aux esplanades.
Au second étage, le bâtiment Gothique communique encore avec les chambres correspondantes des tours, mais en considérant la porte ouverte dans la tour sud — la seule qui n'ait pas été rebâtie — on remarque des arrachements qui montrent de façon ostensible^ qu'elle a été ouverte après coup. Les nouveaux constructeurs n'avaient donc rencontré avant leurs travaux que les seules portes qui s'ouvraient jadis de la courtine par eux détruite, sur les deux tours, au niveau du premier étage. On avait très sagement compris dans le principe que tout autre moyen de communication entre ces tours n'eût fait que compromettre la défense de celle qui résistait encore, l'autre prise.
Les appartements auxquels on parvient tout d'abord par le petit degré de pierre, reposent sur une longue voûte qui porte le
(1) Congi'^s de Niort, Afém. soc. de siaL, V srrie, t. JV, p, 161.
(2) C'est du haut de ce pont que, le 15 mars 1793, la municipalité niortaise, arrêta par sa courageuse intervention, la compagnie de Montai banais manœuvrant une pièce d'artillerie, en marche sur le Donjon pour massacrer les prêtres inser» mentes.
millésime 1752, très lisiblement inscrit. Elle recouvre une sorte de casemate placée au-dessous de Tancienne courtine dont la disposition ancienne est difficile à déterminer, «elle s'ouvre sur rétage inférieur aussi voûté des deux tours. On se gêna peu au xv® siècle, pour l'éclairer au couchant par de hautes baies fort étrangères à toute idée de défense, sans doute ne pensa-t-on qu'à rendre plus commode le service du four littéralement creusé dans le mur opposé. Mention a déjà été faite de l'escalier aujourd'hui détruit, voisin de ce four, qui, de cette casemate, conduisait au terre-plein ménagé à l'Est au devant du bâtiment gothique au niveau de la plate -forme de la courtine détruite.
On remisait dans ma jeunesse la guillotine dans la vaste salle basse. V§rs 1854, i'ar^jhitecte départemental Murisson» à la recherche, semble-t-iJ, d'un trésor imaginaire, bouleversa sans raison les trois appartements inférieurs du Donjon, en. abaissa le niveau et rendit leur accès difficile.
L'architecte mal avisé découvrit dans la casemate un puits aujourd'hui obturé, qui pendant quelques années, fut muni d'une pompe. 11 mit même au jour un certain nombre de boulets d'un assez gros calibre, peut-être provenaient-ils du puits?
En 1749, la paroi extérieure de la tour nord se détacha sur une surface étendue (1). Dans une lettre adressée au prince de Conti, gouverneur du Poitou, le 26 janvier 1750, par de Carrel, lieutenant du roi, commandant au château, jon lit qu'on s'empressa de refaire une grande partie de cette tour « par en haut et par en bas, croyant .jCfue le reste était bon et que l'ouvrage était pnèfe d^etre achevé lorsque la tour entière s'écroula le 14 septembre (1749) sur les cinq heures du matins ce qui ébranla le reste de l'édifice. » De Carrel ajoute même igu'il y a des proposition^ pour démolir le Donjon.
L'Intendant heureusement en décida autrement. L'ingénieur Artus, chargé de diriger les travaux, laissa la tour réédifiée moins hauie que sa jumelle et les divers dessins, antérieurs à 1749, conservés au Ministère de la guerre, montrent bien qu'il en avait toujours été ainsi malgré la gravure de Chastillon qui la représente à la fois plus haute et plus étroite, seconde inexactitude encore facile à constater à l'heure actuelle.
(1) Un dessin découvert par M. Hihri Clouzot au Ministère de la guerre, repro» duit l'aspect de la tour Nord après ce désastre etjaissc une triste opinion de l'état général du Donjon au milieu du XYIII* siècle.
-latine fausse tradition pieusement entretenue par les gardiens, fait naître Madame de Maintenon, en 1635, dans l'un des appartements de la tour rebâtie après 1749. Sa réédification ayant été loin d'être une restUtUion^ arrivons enfin à la tour sud entièrement conservée. Tout en répétant encore que l'identité des signes lapidaires, encore très visibles à la base des deux tours, montre la parfaite contemporanéité de leur édification première.
A la tour sud, les caractères architecturaux du xii® siècle sont manifestes. Notons sans nous arrêter à des détails inutiles, les deux arcs extérieurs qui laissent un vide entre eux et lé corps de la tour, rappelant les mâchicoulis si caractéristiques que l'on retrouve à Château -Gaillard, bâti par Richard Cœur de Lion. L'un de ces arcs suspendus regarde le midi, l'autre, diamétralement opposé, domine le grand bâtiment du xv« siècle qui s'est substitué à la plate-forme primitive e>t suffirait à prouver qu'à l'origine, la tour était complètement dégagée au nord, l'utilisation pour la défense des projectiles jetés par le grand mâchicoulis devenant autrement impossible.
Les Gtouverûeurs de la Ville et du Château
Plus habile ou moins scrupuleux que les autres chevaliers Poitevins faits prisonniers à Mirebeau avec Arthur de Bretagne^ qui périrent au château de Korff en Angleterre, Savary de Mauléon était entré au service de Jean Sans Terre. Le jeune Arthur meurt assassiné à Rouen par son oncle ; Philippe Auguste poursuit le jneurtrier devant ses pairs, fait prononcer la consfication de tous ses biens relevant de la couronne de France et se met en devoir d'exécuter la sentence.
Mort et Poitiers se donnent au roi de France (1204) (1), mais SaVary réussit à s*emparer de Niort par surprise le 1®^ mai 1205. Il savait que suivant un antique usage, les Niortais en ce jour allaient couper des branches d'aubépine dans la campagne. Des soldats Anglais, laissant leur harnais de guerre, firent de même, puis mêlés aux bourgeois, entrèrent en ville et se saisirent d'une porte par où leurs compagnons les suivirent sans plus attendre. (2)
A la suite de ce coup d'audace, Jean Sans Terre fait de SaVary son Sénéchal en Poitou, emploi qu'Henri III lui rendra en 1222 malgré ses fréquentes oscillations politiques.
Philippe Auguste meurt en 1223, Louis VIII envoie le Connétable de Montmorency en Poitou ; le 3 Juillet 1224, Tarmée royale met le siège devant Niort défendu par Savary qui se rend au bout de sept jours. Le féroce souSard entre au service de la France, ses variations continuent, il meurt enfin en 1233.
En 1236, des bandes de prétendus croisés se présentent devant le Château où se sont réfugiés les juifs de la ville qu'ils
(1) D'après une autre version admise par L. Favre et M. Joseph Berthelé, Aymery, vicomte de Thouars, sénéchal du Poitou pour Philippe-Auguste, aurait pris et rançonné Niort au nom du roi de France, en 1204.
(2) Shakspeare aurait-il emprunté à ce fait historique l'épisode de la forêt qui marche dans Macbeth ?
pourchassent. Obligés Ifie se retirer, ils Vont faire une autre tentative sur Tabbaye de Maillezais.
Louis VIII en mourant avait constitué le Poitou en apanage à son fils Alphonse. Le fgjur Saint -Louis en investit son frère à Saumur en 1241. On sait quelle fut à cette occasion TaUitude d*Hugues de Lusignan, comte de la Marche, poussé par sa femme l'impérieuse Comtesse Reine, Veuve d'Henri III roi d'Angleterre. Louis IX soutient son frère ,contre le baron iTévolté, s'empare de Frontenay après 15 jours de siège et Hémolit cette forteresse trop voisine de Niort (1342) (1).
. Après la bataille de Crécy gagnée par Edouard 111 ^ contre Philippe VI auquel il dispute la couronne de France (27 août 1346), le comie de Derby envoyé en Poitou échoue devant Niort défendu par Guichard d'Angle.
La bataille de Poitiers, plus désastreuse encore que Crécy (1356) a pour conséquence le traité de Brétigny qui livre le Poitou et plusieurs autres provinces à l'Angleterre . î'axart ou Tassart de Bazingant ou plutôt Basinguehem, était Châtelain du Châtel de Niort au moins depuis 1353. Ce fut lui qui, à la requête des Commissaires Français, remit le château à Ichan Chandos, lieutenant du roi d'Angleterre. Les clefs lui furent rendues jusqu'au lendemain où Guillaume de Montendre les reçut au nom d'Edouard III.
En 1368, le prince Noir convoquait tous ses barons à Niorli pour en obtenir des subsides, sans autre résultat que de relever les affaires du roi de France.
Le 25 juin 4369, Charles V citait ce prince devant son parlement pour non observation de la paix jurée et sur défaut de comparoir, faisait occuper le Poitou.
Eh 1372, Richard d'Evreux et Thomas de Percy qui n'avaient I)u secourir Poitiers à temps, se jettent sur Niort sans garnison, elle n'<'ii résiste pas moins par patriolisine jiiais la ville est forcée et livré<' au pillage, les habitants massacrés.
Sous le gouverneur Jean d'Evreux, elle devient le centre de ralliement des Anglais. Ce capitaine va au secours de Chizé dont le Château est assiégé par Du Guesclin et pour mieux reconnaître ses soldats, il leur donne des tuniques blanches. Du (luesclin prévenu, bat et fait prisonnier Jean d'Evreux ; Chizé se rend ; sans tarder, le connétable fait endosser à ses hommes les
(1) On doit à Alphonse la construction de» Halles dans la vallée desséchée cl comblée du Merdusson.
tuniques blanches des Anglais et se présente devant Niort dont la ^arjiison ouvre ses portes, croyant reconnaître les gens partis pour Chizé le matin (1372) .
Le Poitou fut compris dans Tapanage de Jean cle Berry, frère de Charles V, qui fut pour Niort un autre Alphonse. Ce prince fit rétablir les halles à moitié n»nVersées par un ouragan, creusa le nouveau port avec la rivière neuve (1377) qui y conduisait et mourut en 1416.
Sous Charles VII le duc d'Aleiiçon reçut encore Niort comme apanage mais n'y laissa que le souvenir de ses exactions (1).
Le Dauphin envoyé en Poitou pour rétablir l'onlre en 1439, paraît avoir donné aux Niortais des preuves de bienveillance. Tel fut peut-être Tun des motifs qui les firent jeter dans la Praguerie avec le duc d'Alençon en 1440. Cette fatale détermination entraîna de justes représailles de la ^art de Charles Vil mais le Dauphin parvenu à la couronne n'oublia ses anciens alliés ; avec Louis XI s'ouvre une ère de paix et 9e prospérité qui ne prit fin qu'avec les guerres de religion.
Le nouveau roi s'empressa de faire mettre en liberté le duc d'Alençon dont la condamnation à la peine capitale en 1458, avait été commuée en prison perpétuelle (2) .
En 1562, Poitiers est aux mains des Huguenots ; Guy de Daillon, comte de Lude, gouverneur du Poitou, se réfugie à Niort.
"En 1568, La Marcousse gouverneur catholique, rend la ville à Coligny et à Dandelot à la Vue du canon qu'ils ont Tait venir de La Rochelle. La reine de Navarre et les j)rinces confisquent les biens ecclésiastiques au profit de la Cause et les mettent bn vente.
Le 20 Juin 1569, Niort est assiégé par du Lude qifi, 'cl'uii îlot où il est allé camper, dirige ses derniers efforts contre la tour de l'Espingole (3). Pluviault accouru à la rescousse force le blocus, reçoit le commandement, est blessé et remplacé
(1) Jean H, était un Valois, le P. Anselme le fait naître en 1409. D'après L. Favre il serait devenu .seigneur de Niort dès li2îi, il a tout au moins ce titre en 1 'ti8. il fut le compagnon de Jeanne d'Arc.
(2) 'Ses intrigues avec le duc de Bourgogne lui valurent une autre condamnation à mort en 1474, à laquelle il échappa encore. 11 mourut enfin en 1479 après 17 mois de captivité. (P. Anselme).
(3) La position de l'armée assiégeante a paru étrange, elle n'en est pas moins constatée par d'Aubigné qui connaissait bien les lieux. L'ilot, c'est le pré Jamonneau. On voit donc que la rivière neuve existait déjà, ce qui prouve que cet émissaire du port de 1377 est dû h Jean Berry comme le port neuf.
par La Brosse. Du Lude lève le siège le 2 juillet laissant Téglise Notre-Dame éventrée et sans toiture (1).
'On sait que les assiégés arrêtèrent l'élan des colonnes d'assaut en faisant lever les vannes des moulins. De ouels moulins s'agit-il?
La Popelinière dit à ce feujet : « ce tjui avait été fait tout à i)ropos la nuit précédente durant laquelle les assiégez envoyèrent un homme au prochain moulin pour retenir l'eau et la faire par ce moyen enfler à l'endroit des dites murailles, à quoi, ne prenant pas garde, les assaillants se trouvèrent plus avant dans l'eau qu'ils n'eussent jamais cru. » Ne semble -t-il pas que les assiégés n'auraient pas eu tant de précautions à prendre avec les moulins qu'ils avaient sous la main (Moulins du Château et du milieu) et que ce sont les vannes de moulins situés en amont du pont de Niort qu'ils firent manœuvrer? Comment aussi expliquer autrement l'envoi pendant la nuit d'un émissaire spécial?
Après Moncontour (1569), les vaincus se rabattent sur Niort dont Coligny laissa le commandement à Mouy. Ce chef, en repoussant l'avant-gârde Catholique qui le somme de se rendre, est traîtreusement blessé à mort près de Cherveux par Maurevel (2), La Brosse conduisit la garnison à La Rochelle et le 8 octobre le duc d'Anjou entra à Niort avec son armée victorieuse.
En 1578, Niort est au nombre des villes de sûreté laissées aux huguenots .
En 1580, Philippe Frézeau de la Frezelière, capitaine du château do 1560 à 1566, réapparaît comme gouverneur de la ville et du château et intervient à la deman le des habiiiints pour faire éloigner la compagnie de Sourdis dont on avait à se plaindre.
Dans la nuit du 27 décembre 1588, Saint-Gelais surprend Nibrt. Jean de Chourses, seigneur de Malicorne, qui av^ait succélé. en 1585, comme gouverneur du Poitou, à son oncle (iuy de Daillon du Lu le, privé de sou artillerie restée sous les halles, est obligé de rendre le château. Le roi de Navarre, arrivé le 27. confie la ville et le château à Jean de Baudéan Parabère, lieutenant général du Bas-Poitou en 1598 et de toute la province en 1599, maréchal de France en 1622, mort en 1631.
Henri de Baudéan, baron de Pardaillan, son fils aîné, fut gouverneur du Poitou par provisions du 15 février 1633 et lieutenant
(1) Cfr. la gravure de Cl. Chastillon dans la Topographie de Jean Boisseui.
(2) C'est ce Maurevel qui blessa Coligny quelques joui*s avant la Sainl-U..rthéleniv.
général en AQgoumois, Saintonge et Aunis, il mourut en 1653. Bien qu'il eût été installé solennellement comme gouverneur de la ville et château de Niort, le 5 mars 1613, Jean de Baudéan Tarahère, son père, en exerça les fonctions jusqu'en 1625. Ce fut en conséquence, le dit Parabère qui, malgré son âge avancé, rcvut à Niort, le 23 mai 1621, le roi Louis XIII allant au siège Vie Saint-Jean-d'Angély. Sa fidélité éprouvée n'empêcha pas le roi de faire occuper le château et ses avenues par deux compagnies Françaises et deux compagnies Suisses, envoyées en avant-garde. Parabère s'était empressé de faire réintégrer l'artillerie au château. On y trouve tout au moins en 1608 deux couleuvrines bàtardc^s fondues à Niort en 1688, aux armes de Henri III, de la ville et du maire Pastureau, avec cinq milliers de poudre.
Henri de Baudéan, comte de PardaUlan, eut à se démettre Iî 6 janvier 1625 des fonctions de gouverneur de la ville et du château qu'il n'avait jamais exercées, en faveur de son puîné Charles de Baudéan, comte de Neuillan, mort en 1644, qui transmit cette charge à son fils François aussi comte de Neuillan, mort à Arras en 1648, à 19 ans, des suites d'une blessure reçue à la bataille de Lens.
Suzanne de Baudéan Neuillan, sœur de François, épousa en 1651, Philippe de Montault Bénac, duc de Navailles, .plus tard maréchal de France, mort en 1684, à qui devait aussi échoir le gouvernement de la ville et du château de Niort. Nous ignorons la date de cette promotion, postérieure peut-être à sou mariage, car le 25 novembre 1651, un différend éclate entre les capitaines des régiments Français et Suisses envoyés à Niort et de la Grange, commis par le roi pour le gouvernement des vUle et château (,1) .
Dans une lettre adressée à Colbert, datée de La Rochelle le 22 avril 1666, Navailles rapporte que les Niortais avaient tenu deux fois son beau -père (2) assiégé dans le château parce qu'il y avait donné asile aux gens qui levaient les deniers du roi qu'ils voulaient jeter dans la rivière,
Tout cela s'est fait, dit-il, durant l'administration du cardinal de Richelieu, longtemps après la prise de La Rochelle. Ces deux renseignements suffisent pour reporter les deux émeutes de 1628 (année de la paix de La Rochelle), à la mort du cardinal en 1642.
(1) Afém. soc. hist. et scient., t. 1, p. 3îKi.
(2) Le comte de NeuUlun.
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eu
Simon Robert, notaire à Germond, a consacré un passage de son journal à l*aventure d'avril 1633 :
« Le Vendredi 22 avril 1633, y eut tumulte à Nyort et se tua du monde de la ville par gens qui se retirèrent au Château et les jours suivants.
« Je sceus le Mardi 26 avril au soir que ceux du Château et ceux de la ville étaient d*accord et que les barricades qui estoient à tous les cantons de la ville de Nyort, se deffoisoient et les retranchements. Les bateries cessèrent dès Dimanche dernier (24 avril) environ midy que Monsieur le Commandant de la Porte (i) arriva à Nyort. Il se tua plusieurs personnes de Nyort par ceux qui estoient dans le château. Ceux qui estoient au chasteau voulaient mettre impôts à quoy ceux de la ville s*opposoient. ,0n disoit que ceux qui estoient on chasteau tiroient avec coups de mousquets et arquebus tous ceux qu'ils pouvoient de la ville (2) . »
On ne voit pas pourquoi S. Robert se serait tu sur Tun des deux prétendus sièges. Il est possible que Navailles qui ne savait rien que par ouï -dire, ait signalé à tort une seconde émeute des Niortais, enfin on peut voir dans les deux jours de lutte (3), quelque image des deux sièges.
Navailles signale le mauvais état du château et son importance.
« Il n'y a ni portes, ny pont-levis, ny couverture pour mettre les soldais à couvert, ny canons montés, ny pas une munition. J'ajouteray que le château de Nyort est dans le plus mauvais était qu'ail puissi^ estre (4) et que c'est la seule place qui puisse tenir la province dans l'obéissance, que sa situation est très avantageuse estant sur la rivière de Sôvre qui va se jetter dans lu mer, qu'il se débite toutes les années pour deux millions ou de sel ou de bled dans le port de la-ditte ville, qu'il y a beaucoup d'huguenots dans la province, que c'est un lieu fort peuplé où il y a 7 à 8.000 habitans, que les peuples en sont fort séditieux et arrogans (5).
(1) Araador «le La Porte, chev. de Malte, grand prieur de France, oncle du maréchal de la Meilleraie. Le roi venait de lui donner le gouvernement de La Hochelle. pays d'Aunis, Brouage et lies adjacentes. .11 est évident qu'il venait en toute hâte avec nés soldats à Tappel du Comte de Neuillan dont la situation parait avoir été asse?: précaire.
(2) Arch. htst. du Poitou,, t, XXV, p. 397.
(3) Vendredi 22 avril et samedi 23.
(4) Celte plainte; fut sans doute entendue car le Èi août 1673 un arrêt du Conseil d'Etat ordonne qu'une somme de 5i20 11 v. aux mains du receveur des Octrois, sera employée aux réparations des magasins, ponts et portes du Château.
Ap. Briquet. Inventaire des Archives de Niort).
(5) Navailles devait cependant léguer un hôpital à ces habitants séditieux et arrogants.
« J'ai crcu estre obligé de vous rendre compte de ce détail qui n'a d'autre fin et intérest que le service du roy (1) ... »
L'affreuse Dragonnade, de cause non religieuse, que les Niortais eurent à subir en 1668, montre clairement qu'ils li^av aient pas toujours tort. Sur le bruit d'une sédition imaginaire colpoiïté à Paris par La Vieuville, gouverneur du Poitou, par haine des habitants, sept régiments de cavalerie vivant à discrétion, leur furent imposés, ce fut un désastre dont Niort ne s'était pas encore relevé cinquante ans après (2) .
Il semblerait que de Lassara, maréchal de camp des armées du roi, ait succédé immédiatement à Navailies, mort en 1684, car il figure dès 1689 comme gouverneur de la ville et château de Niort.
En 1716, c'est le marquis de Vilaine, lieutenant général des ai'mées du roi, ce qui n'empêche pas Jacques de Chasteauneuf, seigneur de Pierre Levée, de se dire au temps de sa mairici perpétuelle, si désastreuse pour la Ville (1692-1717), lieutenant pour le roi des ville et château de Niort et inspecteur des Milices bourgeoises .
Après Vilaine, le marquis de Castellane, ambassadeur à la Porte, se voit attribuer le gouvernement de la ville et du château avec deux mille francs d'appointements, sans s'astreindre davantage à la résidence. Il avait cependant son logement au château avec le commandant pour le roi. Les cinq lieutenants de la compagnie d'Invalides détachés au château se logent en ville (3) .
En fait, Vers 1742, tout l'état -major se compose du gouverneur et du commandant pour le roi en son absence, et la majorité a été jointe au gouvernement avec huit cents francs d'appointements.
Castellane était encore en fonctions en 1744. Cette sinécure paraît avoir fini avec lui et si de Carrel, lieutenant du château (1750-56), prend parfois le titre de gouverneur de la ville, rien ne prouve qu'il en ait jamais eu la charge effective.
Dumouriez, maréchal de camp de la 12*^ Division militaire, est le dernier officier supérieur qui ait résidé au château. Il en partit lors de sa promotion au Ministère de la guerre, le 12 avri! 1792.
(l)Doc. inéd. sur l'iiist. de Fr. Corresp. adra. s. L. XIV-, t. IV, p. 691. LeUrcs div. 20.
(2) Cfr. Election de Mort au XVII' siècle.
Pap. Mémorial de la Um. Bastard.
Bardonnet. Ephémérides.
(3) Mém. de Thibault de BoutteviUe vers 1742. "
Les Châtelains, Capitaines et Gk>UYerneurs du Château
Pendant longtemps ce ne fut qu'en présence de l'ennemi que ville et château furent aux mains du même officier.
Lorsque Niort se rendit aux Anglais, le 29 septembre 1363, les habitants firent setUs leur soumission. Tassart de Basinguehem qui commande au château à titre de châtelain au nom de Jean le Bon, en remet les clefs à Jean Chandos, lieutenant du roi d'Angleterre, qui lui confie jusqu'au .lendemain où il les donne ^ Guillaume de Mon tendre, pour Edouard III.
On ne connait pas d'autre officier commandant au château avant la fin du xv« siècle, ni quand le titre de chMelam- se changea en celui de simple ca'pUame.
Pierre de Pontbriand, échanson du roi, que nous avons déjà signale en 1494, était déjà! capitaine du château dès le 23 octobre
Après lui, il est non moins impossible de déterminer les compagnies qui tiennent garnison au château que de donner les noms des officiers qui y commandent.
Jacques de Conigham Ec^', Sgr de CheiVeux donne quittance de ses gages comme capitaine du Château le 31 Juillet 1514 et le 8 juillet 1516 (1). '^ •
Aymon Goullard, capitaine de Niort, s'unit le 26 août 1549 à Guyonne <iu Puys (2) ; Guyonne du Puys épousa en secondes noces en 1560 Philippe Frézeau de la Frézelière, capitaine du Château de Niort (3), Philippe Frézeau avait eu d'un précédent mariage un fils, François Frézeau de la Frézelière tué par les Huguenots le 15 Décembre 1566.
En la dite année 1566, Antoine de Lezay, Seigneur de Surimeau, quoique protestant, est nommé capitaine du Château par lettres royales '(4).
(i) Fonds Briquet, 80.
(2) Arch. de la Barre.
(3) 2' Dict. Beauchet FiUeau.
(4) Babdorubt, EPHéMiRiDBS, Mém. soc. Stat., 3* série., 1. 1, p. 254.
En 1580, Philippe Frézeau de la Frézelière réapparaît comme Gouverneur catholique de la ville et du Château (1). Il est après Malicorne, lieutenant général en Poitou et meurt en 1590
Nous avons trop longuement parlé des Baudéan pour y revenir (2). I/éloignement du gouverneur de la ville et du château amena souvent la désignation d*un officier particulier pour le château. C'est ainsi qu'on trouve commandant au château pour ' Navailles, successivement en il657 Jacques Noyer Seigneur de la Rose et en 1677 le sieur de la Jarrie (3).
Dans les dernières années du règne de Louis XIV des compagnies d* Invalides viennent occuper le château.
De la Tuillière est dit capitaine des Invalides du château avant 1728 (4).
L'Etat de 1744 donne de curieux renseignements sur les officiers commandant au château : « Celui qui tenait cette place n'avait primitivement que 50 1. d'anciens gages. L'un d'eux se fit enfin donner un brevet de commandement mais sans appointements. Il mourut vers le temps de la Régence, Le roi nomma M. Morin de Préville à ce poste avec 3600 fr. d'appointements (5). Il se trouva dé.sagréable à M. le prince de Conti (6). On .le fit passer à Marienbourg et M. Jusset de la Marre lui a succédé mais il n'a que 2.400 1. (7). De la Marre était en fcmctions en 1727, il mourut au château en 1749.
De Carrel est mentionné^ de 1750 à 1756.
En 1757, De Lannoy est capitaine de la Compagnie des Invalides du Château.
Bruchard de la Pomélie commandant pour le roi dans le château en charge dèg 1763, meurt en 1785.
Le dernier titulaire fut Marc Antoine de Montfalcon, chevalier d'Adhémar, major au régiment de Chartres, par provision du 26 Décembre 1785 (8).
(1) Babdorhmt, /. c, p. 30o.
(2) 111. Gouverneurs de la viUe et du château.
(3) H. Proust, nev. et dép., t. III, p. 124.
(4) Etat de 1728.
(5) Comme le dit judicieusement M. H. Proust, il fut le mieux appointé de touî«.
(6) Gouverneur du Poitou.
(7) On lit à la suite :
« Ce château est une vieiUe pièce qui consiste en deux donjons à l'antique. On y lait tous les ans des réparations pour Tempôcher de tomber ». On n'était plus qu*à cinq ans de l'écroulement de 1749.
(8> H, Pkoubt., /. c.
La garnison de la forteresse Les prisonniers de guerre et les prisonniers d'Etat
Tout d'abord les officiers commandant au château sont à la tête de leur propre compagnie comme on peut juger par les quittances délivrées par Tassart de Bassinguehem le 2 mai 1353 et le 31 mai 1366 (1).
On ne sait si la compagnie de Sourdis éloignée en 1580 sur la demande des habitants, par Frézault de la Frezelière, était logée dans le château. La chose est peu probable pour les trois compagnies de pied dont se compose la garnison de la ville, réduites en 1599 à deux sous les ordres de Parabère et de Joncquières.
Ces officiers ont 33 écus 1 1. par mois et Parabère, comme gouverneur, reçoit une seconde fois la même somme.
Au siècle suivant les régiments prennent peu à peu les noms qu'ils ont conservés jusqu'à la fin de l'ancien régime.
Le 5 septembre 1712 c'est une compagnie du régiment do Normandie qui tient garnison au château, on y amène 300 prisonniers faits à Denain dont le logement est assigné dans la vieille forteresse. Le roi, on ne sait pourquoi, en a confié la garde à la milice bourgeoise au grand dépit des officiers de Normandie. Une rixe éclate entre le capitaine des Norriers, le lieutenant Teille de l'Aubray, de la garnison du Château et Jean Gabriau de la Garlière capitaine au régiment de la ville faisant fonctions de major, venu pour établir les corps de garde. Gabriau est traîtreusement assassiné sans qu'intervienne le maire perpétuel, Jacque3 de Chastoauneuf Seigneur de Pierre Levée, accusé même d'avoir favorisé l'évasion des coupables que, suivant l'ordinaire, des lettres de grâce mettent â bientôt à couvert.
(1) Nicolas Odde était alors receveur général pour le Roi. Arch. hist. du P., t. XX, p. 281).
' . '.On' avait eu déjà des prisonniers de Rocroy en 1643, des Espagnols en 1676 et en 1691 la forteresse, quoique mal close, devait continuer à recevoir des prisonniers de guence par la suite. Lors de la visite des bâtiments du roi en août 1779, à Toccasion de la prise de possession de son apanage par le comte d'Artois, il est encore parlé des appartements que l'on prépare au château pour les prisonniers de guerre que Ton attend.
Dans leur nombre doit figurer la duchesse de Rohan Soubise et sa fille qui n'avaient pas voulu être comprises dans la capitulation de la Rochelle en 1628 et qui ne furent élargies qu'apis l'amnistie générale accordée par TEdit de 1629.
/ A Paris, l'hôtel des Invalides ne fut achevé qu'en 1706. On y réunit jusqu'à 10.000 vétérans (1). Les inconvénients de cette concentration excessive ne tardèrent pas à se faire sentir, on se décida à envoyer des compagnies en province où on les mit en garnison dans de vieilles bicoques dont la garde n'avait plug grande importance, c'est ainsi qu'on en voit aux châteaux d'Angers et de Niort, on les y maintient jusqu'à la fin de l'ancien régime. Bien que l'Etat de 1716 ne parle point de la présence de cette garnison spéciale comme d'un fait nouveau, les vétérans ne purent arriver à Niort avant 1713, la présence d'une compagnie de Normandie est tout au moins constatée au château, le 5 septembre 1712.
On en sait encore beaucoup moins pour les prisonniers d'Etat que pour les prisonniers de guerre, bien que l'Etat de 1716 dise qu'il y en avait presque toujours au château.
Le sieur de Jousserans est envoyé au château par lettres de cachet du 8 juillet 1728 mais il n'y a aucun logement pour le recevoir, il demande en conséquence ou à être élargi, ou à aller coucher en ville sur parole. Nous ignorons ce qui fut décidé mais il est évident que Jusset de La Mare, capitaine au château se soucie fort peu d'avoir en garde des prisonniers d'Etat.
Vers 1728 encore, on lui expédie Cornier de Chabant ancien gendarme réformé de la garde du roi, en état de rébellion, et le dit La Mare le laisse échapper sous prétexte qu'il est « commandant au château et non pas geôlier (2).
(i) BoaiUBT, Dxct. des Lettres, des Sciences et des Arts. (2) Etat de 1728.
Le 23 mars 1751 Tlntendant enjoint à de Carrel de mettre en liberté les jeunes gens qu'il tient en prison sans nous indiquer les causes de cette détention.
Sous la Fronde encore, La Roche Alais, secrétaire de l'assemblée de la noblesse tenue à Niort pour protester contre la taxe qu'on voulait lui imposer, est arrêté par les gardes du duc de Roannès, gouverneur du Poitou, et conduit par eux au château. Les autres nobles marchent sur Niort pour /forcer sa prison mais il se dispersent sur l'intervention de Madame de la Roche Alais qui s'oppose à ce que l'on tente rien de vive force pour délivrer son mari.
Le 14 mai 1757, Thibault François Gaspard Forien seigneur de St-Juire et <lu Flessis Asse, président du Présidial de Poitiers depuis le 11 Décembre 1737 est relégué au château de Niort, (l!) Sa détention ne s'explique guère, cependant on voit, dès 1735, ce Présidial entrer en lutte avec l'hôtel de ville de Poitiers et l'on ne sait trop comment finit ce différend.
La prison du Palais serv^ait pour la garnison du château aussi bien que pour celle de la ville et les juges dii Siège^ royal, conformément aux règlements des 10 octobre 1642 et 4 novembre 1651, avaient à connaître de tous crimes et délits commis par les officiers et soldats, ainsi soustraits pour cause de suspicion très légitime à la juridiction militaire (2).
On conçoit que la perte de ce privilège ait amené de longues protestations et provoqué des tentatives heureusement sans résultat pour mettre fir^ à l'action des juges civils.
Le l*^"" mars 1662, injonction était faite à M. d'IIlon colonel et autres officiers du régiment d'Infanterie Irlandaise en garnison k Niort, de ne point s'opposer à ce que les juges du Siège instruisissent les crimes et délits commis par les officiers et soldats de ce régiment (3) .
Telles sont les notes que j'ai pu réunir en grande hâte, sur la demande pressante de M. Georges Clouzot, en un moment où leur insuffisance éloignait de moi toute idée de publication. On me tiendra compte, je res{>ère, de ce sentiment très mo;tivé.
Remerciements bien sincères â tous ceux qui ont bien voulu
(1) Journal de Cliarmoleau. Arch. hisi. du /*., l XV, p. i06.
(2) L'insubordination des Dragons nolamment est restée proverbiale. A Niort, comme aiUeurs, ils en donnèrent de trop fréquentes preuves.
(3) Soc. hist, et scient. Mém., 1"* vol,, p. 30G.
m'aider et surtout à M. Henri Clouzot, conservateur . à la bibliothèque Forney, seul digne d'un pareil travail, que de vives instances n'ont pu malheureusement décider à l'entreprendre, à M. S. Canal, archiviste des Deux-Sèvres, toujours disposé à faire profiter les chercheurs des documents confiés à ses soins, et à M. Alphonse Farault, sous -bibliothécaire de îa ville de Niort, qui m'a permis d'utiliser ses précieuses notes.
Niort, Mai 1912,
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