‹ Miscellaneous works of Edward Gibbon, EsqChapitre 18 sur 165 · RE · texte numérisé non relu

RE

Lausanne, Janvier 23, 1758.

RÉMARQUES CRITIQUES SUR LE NOUVEAU SYSTEME DE CHRONOLOGIE DU CHEVALIER NEWTON.

Lz nom de Newton réveille l’idée d’dn génie profond, lumineux, et original. Son système de chronologie suffiroit seul pour lui assurer l’immortalité. Il le composa pour satisfaire à la noble curiosité d’une princesse, qui avoit l'honneur d’être. de ses amies, et qui en étoit digne. —

Magnum regius sed enim miseratus amorem Deedalues, ipse dolos tecti ambagesque resolvit Ceca regens filo vestigia. (1) (OA

id. vi.v.28.

” L'expérience et l'astronomie, voilà le fil de M. Newton. De ces deux principes simples, combinés avec les monumens les plus purs de l’anti-

quité, i a vu naître une foule de conséquences les plus singulières. Ses

résultats diffèrent de ceux de ses prédécesseurs, souvent de plusieurs

siècles, presque toujours d’un grand nombre d’années. Ce seroit peu connoître les hommes, de croire qu’ils ayent facilement renoncé à leurs anciennes idées. Ce système a été vigoureusement attaqué en Angle-

terre (2) et en France.(3) Je vais faire quelques remarques sur les prin- (3)Pac M. Bed: cipaux points de ce système, mais des remarques telles que les put dicter ford) Bee.

le simple amour de la vérité: je me contredirai peut-être : ici je paroitrai Freret, le P. ardent défenseur du système, là armé pour sa ruine. Je peserai indiffé- 9% Ke: remment toutes les raisons qui se présenteront, quelle que soit leur

origine et quel que soit leur but. Pour de Jugement ; n’en attendez

point. Auguste ne trouvoit que trois hommes qui pouvoient être can-

didats pour l'empire. L'un y aspiroit sans le mériter, un second le : méritoit sans y aspirer. Un seul réunissoit les talens à l’ambition.(4) (4)Tacit-Annal Tien est de méme ici. 11 faut connoître peu et la trempe de ces matières, | |

et celle de son esprit, pour précipiter sa décision. Dans les sciences où

nous n’avons que la simple probabilité pour guide, la vérité ne se trouve —

que par la comparaison de toutes les circonstances qui peuvent se rap-

porter 4 l'objet qu'on examine, et dont beaucoup en paroissent d'abord

fort éloignées. Quel travail assez grand pour rassembler toutes cés cir-

constances : ? Quelle main assez délicate pour les peser avec ‘impartialité?

lité? Je commencerai par montrer les points de vue les plus favorables de ce nouveau: système, et quelques-unes des principales raisons qui peuvent l’appuyer, après quoi j ‘exposerai avec la même franchise mes doutes et. mes objections.

I. Un synchronisme des plus oc connus des gens de goût et des plus combattus des savans, c’est celui de Didon et Enée. Un poéte aussi distingué par. ses connoissances que par ses talens, les avoit fait contemporains, quoique les chronologistes les éloignent l’un de l’autre de plus de 300 ans. On sent assez que l’envie de rapprocher les fondateurs de Rome et de Carthage pouvoit avoir tenté le poëte, mais on ne conçoit pas comment, de tant de critiques que les quatre siècles suivans ont

produit, aucun ne se soit apperçu d’une licence extraordinaire, et que

Macrobe ait été le premier à la reprocher à Virgile. Dans le nouveau

système, Virgile n’en mérite point. . Troye fut prise l'an 904 avant J. C.

(@ Newton, Didon acheva de bâtir Carthage l’an 884, (5) Enée et Didon furent bien form. Traduct. contemporain et quoique peut-étre ils ne se soient jamais vus, encore lon, ci p.50. moins aimés, il y a bien de la différence entre se servir des priviléges de son art et attribuer des actions 4 des personnages qui ne les ont jamais fait, mais qui auroient pu les faire, et renverser tout l'ordre des tems pour . __ produire des situations frappantes; entre faire voyager Henry IV. en 6) Comme, Angleterre (6) et ménager une entrevue entre le Duc de Guise et la “son Heariede. Pucelle d’Orléans. Les Romains ont bien suivi la chronologie technique pour leur propre histoire; mais puisqu'ils s’en sont écartés dans un article aussi essentiel, il est naturel de croire que les archives de Carthage leur ont fourni des mémoires opposés à ceux des Grecs et que ces (7) Plaut, Pe derniers ignoroient. La fameuse scène de Plaute (7) prouve que la langue Punique étoit assez commune à Rome pour leur faciliter l’usage 8)Selot. Bel, de ces monumens, et l'exemple de Salluste (8) fait voir combien ile

“ere étoient disposés d’en en profiter.

(9) Cicer. Di. IL La tradition ancienne de l’Italie donnoit Pythagore pour maître à Frein Numa. La chronologie ordinaire met entr'eux un siècle d’intervalle, et 10) Dag ee les écrivains suivans ont mieux aimé suivre cette chronologie que la trs- Disert. dans dition.(9) Newton la rétablit, cette tradition. Numa monta sur le trône gurélicad en 610 au gré du nouveau système. Mais quoi qu'en dise M. Freret, tres. (19) l'époque la plus incontestable de la vie de Pythagore, c’est l’observa- Vnlies. tion qu'il fit de la planète Vénus en 612. (11) Limagination seroit | | fachée

facheé dé perdre ce dynchiroitisme : ‘elle aime à envisager le législateur aux pieds du philosophe, ét à retrouver dans le génie et l'expériènce de ée grand maître le germe de ces institutions qui ont rendu le peuple Romain maître de tous les peuples. La raison n'ose l’abandonner ; sans son secours elle auroit trop de peine à rendre raison d’une conformité de ‘ doctrine aussi singulière que celle de ces deux grands hommes. Cette conformité brille dans plusieurs institutions Romaines, (12) mais encore (12) Telle mieux dans ces livres de Numa qu’on déterra plusieurs siècles après la ronde da Temmort de ce prince, et qui contenoient la philosophie Pythagoricienne. pie poor (13) Elle n’oseroit jamais prétendre que Numa dans sa campagne Sa- (1 (18) Plin, Hist, bine, sans livres, sans communication, et sans voyager, se soit rencontré ww avec Pythagore dans tout ce que la philosophie a de plus sublime. Le Plus les dogmes de ce dernier étoient abstrüs, éloignés de la route com- Vater. Maxi mune, plus ce phénomène devient difficile à expliquer.

a £68 Quiconque a lu ce qui nous reste sur l’histoire ancienne de l'Egypte n’a vu qu’un chaos composé d’élémens qui se détruisent les uns les autres. -Si cet homme s’est trouvé quelque talent, il a essayé de le débrouiller, maïs pour peu qu'il ait eu de bonne-foi, il à reconnu bientôt la vanité de ses efforts. (Cependant dans ces déserts on avoit, mais en petit nombre, quelques indices qui paroissent devoir guider le voyageur avec sureté. En voici deux qui regardent le tems de Séséstris, époque de la grandeur Egyptienne. L'un lie l'histoire d'Egypte avec celle de la Grèce, en nous assurarit que le Sésostris des Egyptiens étoit l'Egyptus des Grecs, et son frère Armais le même que Danaüs. (14) Lhutre re- (14)osept. garde les affäires des Hébreux. Toutes les circonstances concourent à rap 108.” nous engager A ne point séparer Sésostris, conquérant d’Asie, d’avec Sesac qui pilta Jérusalem du tems dé Réhoboam. L'autorité de Joséphe y met Île sceau. (15) Ces deux synehronismes ont partagé les savans. (15)Joseph.

tiquitat. Ju- Suivant leurs goûts différens, les uns (16) se sont attachés au premier, (46)Comare 4 les autres (17) ont bâti leur chronologie Egyptienne avec le secours de Userius, Cum ©

ee dernier. Le systèmé de M. Newton adopte ces deux époques à la fir

fois, les fait rencontrer au ‘même tems, et réconcilie tous ces savans en Marnham, Hitige, én profitant de ce que leurs différehs systèmes peuvent fournir de “ “ solid un ey. fo, > EV. Rien de’ plas’ célèbre parmi es pbëtes, c'est à dire parmi les histotitns de Tüñtiquité, que: les quatre agès du genre humain, qu’on dis- VOL. III. | K tinguojt

(18) Vid. Poetas tinguoit par les noms des métaux. (18) Les savans de nos jours, y ont

ræcos et

tinos fere pe trouvé, les uns des chimères poétiques, les autres des vestiges de l’histoire.

ante Ovid. que les Hébreux nous ont laissé des premiers siècles. Rien de plus forcé

Live ée Gt de plus vague que tout cela. Rien de plus-naturel ni de plus précis que les idées de M. Newton. Ces quatre siècles sant les quatre générations, ou les cent quarante ans entre l’arrivée de Cadmus en Grèce et

la prise de Troye, pendant lesquelles la Grèce a perdu les mœurs à me-

(19) Newtons Sure qu'elle a reçu les arts de l'Egypte et de la Phénicie. (19)

com ua V, Le Bacchus des Grecs, disons mieux: des Egyptiens, n'est plus une personne allégorique ni même un prince dont l’époque se perd dans l’obscurité des tems, et dont la plipart des actions doivent s’expliquer en les

(20)Banie, rapportant à ses attributs ; (20) c'est un prince qui civilisa l'orient, ré-

re 2 pandit les arts de nécéssité et d'agrément dans toute l'étendue de ses con:

266: quêtes, qui poussa jusqu'aux Indes, souffrit beaucoup de la part du Roi

de Thrace, et dontil faut placer l’époque, comme les Grecs ont fait, une génération ou deux après Cadmus.

Voilà quelques avantages du nouveau système, Peut-être on y ajouteroit facilement plusieurs autres, Avant que de passer aux endroits foibles, remarquons trois choses.

I. Onest d’abord révolté de la hardiesse de M. Newton. On est surpris de voir un Anglois deux mille ans après. que les Grecs avoient réglé leur chronologie, venir accuser les Acusilaus, les Ephores, les Eratosthenes, les Apollodores, &c. d’avoir ignoré les premiers élémens de la chronologie de leur patrie. Mais dissipans l'illusion; ce n’est point des.

, témoins qu'il rejette, c'est des critiques dont il détruit les suppytations..

Ils avoient formé leurs calculs long-tems après l'événement, et ils s’étoi-

(21) tsa Ent servis d'un principe erroné en les formant.(@1) M. Newton lui en

is a substitue un autre. Peut-être. leurs raisons valent-elles mieux que les.

rations. siennes, mais ce sera leurs raisons qui vaudront mieux ef non point leur autorité. Je me retracterois cependant si je voyois la nécrologie originale des.prétresses d’Amycles, dont nous parle M. Freret, et que M.

(22) Mémoires l'Abbé Fourmont doit avoir apporté en France. (24) Mon éloignement

Belles lettres, de Paris me laisse ignorer si le voyage de ce savant est dévenu public.

x PR II. Ne pourroit-on pas substituer à la fameuse division des tems de Varron, une autre qui auroit au moins cet avantage qu'on en sentiroit

d’abord les raisons ? La voici; le tems inconnu sera celui pendant lequel les

les Grecs n'ont point eu de lettres,-ou jusqu’à l’arrivée de Cadmus. La tradition peut conserver les principaux événemens, rarefnent les circonstances, et presque jamais les dates. Le tems fabuleux s’étendra jusqu'à ja mort de Cyrus. Les Grecs pendant cet espace ont éu des écrivains et’, des monumens, mais point d'historiens. Les prêtres et les poétes cor rompirent la religion qui n’étoit que l’histoire des premiers siècles. Le tems historique commence avec les premiers historiens, Cadmus de Miléte,

Hécatée, et Hérodote.(23) | (25) Joseph :

III. Quand je parle de cet esprit original qui brille dans l'ouvrage de 1088. New- Newton, je ne prétends parler que des deux preniiers chapitres. Les form. c.i p.97.

uidas m voce

autres, où il veut régler l’histoire des Assyriens, des Babyloniéns, des Aura. Mèdes, et des Perses, n’est plus la même chose. Ce nest pas qu'on n’y trouve bien des remarques curieuses. Mais l’âme de Newton étoit faite . pour fonder et pour détruire des empires et ion pour éplucirer des détails minutieux, Je pense même que peu de lecteurs se rendront a la transposition de Cyaxare et d’Astyage; et que beaucoup souhaiteront qu'il eut cité quelquefois le Chevalier Marsham.(24) 24) Marsbam, Je vais à présent proposer mes objections. Elles ne serviront peut- secu. eave pe être pas à éclaircir la question, mais elles pourront toujours faire sentir 909) See. combsen elle est difficile à éciawcir.

E Je disois que M. Newton s’est servi de l'expériencé pour élever son: nouveau système. Voicr comment il raisomoit. Les Grecs ont fürmé leur chronologie en donnant à. leurs roid les uns avec les autres 35 à 40 ans de règne. Or l'expérience fait voir que ce nombre est beaucoup trop grand. Les rois d'Angleterre, de France, et presque tous lés autres: quiont régné dans les tems. vraiment historiques, n’ont régné qu'environ: dix-huit à vingt ans chacun. Il faut donc rabattre environ la:moitié de la durée qu’on attribue à leur histoire; (25) ou pour parler plus exacté- (26) Newt ma ment, il faut faire cette réduction dans la proportion de quatre à sept. Li p. 52. om (26) Il n’y auroit rien à mordre dans ce raisonnement; il faudroit (6) Idem. ¢. 1. d’abord lui accozder qu'il vaut mieux corisulter la nature que les. hommes, sil étoit question d'une suite de rois qui eut régné dans tout autre tems que dans ces. siècles reculés. Mais le cas est un peu différent, et les supputations de Newton ne suffisent pomt ici. 1. Si on doit ajouter quelque foi aux monumeus les plus respectables, la vie des-hommes, et par-cnaéqnent leurs règne, .oit-beaucoup plus longue que la nôtre.

K 4 Suivant

Saivant la chronologie ordinaire, Phoronée étoit. contemporain de Jacob; Cécrops de Moyse, et Cadmus et: Danaiis de Josué. Les Hébreux de ce tems-là approchèrent presque toujours de cent ans et souvent les passoient. Au dire d’Ephore les anciens rois d’Arcadie vivoient trois cens (27) 7) Heidegger. ans ; C’est beaucoup, quand ce ne seroit que des années lunaires. (87) La triarch Exer- nature paroit même avoir observé une certaine gradation en réduisant la

itat.

ke. op. À Ar- vie de l’homme au niveau d’a aujourdhui. Homère reconnoît une grande

er civ.” différence entre les héros du siège de Troye et les hommes de son tems, et quoiqu'il parle proprement de la force du corps, il est à croire que la ge, Out at nature nese bornoit pas 14.(28) Ce n’est proprement que du tems de Solon souvent dans QUE la vie ordinaire des hommes étoit fixée 4.70 ans. (29) Or on sent (29) Herodot. 1. d’abord le peu d’équité du procédé de M. Newton. C'est juger des “ hommes sur des loix toutes différentes de celles qu'ils ont suivies. 19. Non seulement la nature avoit trés bien pourvu a la conservation de ces

princes, mais le genre de vie qu’ils menoient étoit propre à leur assurer .

une toute autre durée que celle de nos rois. La vie de ceux-ci est toute

propre à les conduire bientôt au tombeau; les plaisirs les plus recherchés

mènent peu à peu le fainéant. Les fatigues les plus excessives détrui-

sent dans peu le héros. Ajnsi nos princes sont ordinairement eeux de

leur royaume qui vivent le moins. En voici un exemple pris sur un

assez grand nombre. Les trenté rois de France de la troisième race ont

vécu 1427 ans en tout. Ce n’est que 473 pour la vie de chaque roi,

Que le sort de leurs sujets est différent! Voyons combien une trentaine

de gens de lettres, dont la vie étoit simple, quoique les travaux fussent

grands, l'ont emporté sur eux à cet égard. Prenons les trente premiers

de là liste que M. de Voltaire a mis à la fin de son siècle de Louis XIV.

À mettre leurs vies à la suite les unes des autres la somme sera de 1919

ans, qui en font presque 64 pour la vie de chaque savant. Or la vie des

..prinees Grecs étoit très différente de celle des nôtres, on ne se tromperoit

pas méme en assurant qu'elle étoit encore plus amie de l’homme que

celle des gens de lettres. . Peu de travaux, encore moins de luxe. La

petitesse de leurs états ne leur laissoit que la décision de ce petit nom-

bre de disputes qui doivent s'élever parmi un peuple simple et sans

richesse, et le commandement de ces armées qui faisoient des guerres, ou

plutôt des incursions, dans le pays de leurs voisins. Aussi la plüpart

sont mort dans un age fort avancé entre les bras de leurs sujets. Vous

ne

we. voyez pas une soule minorité dans la liste des rois d'Athènes, et seulement deux dans celle des rois de Sparte.

II. On a dela peine à se prêter au nouveau système an sujet des rois d'Egypte qui ont reçu l’apothéose, Ammon,: Osiris, &c. Peut-on se persuader qu'ils n'ont été connus en Egypte que cinq cens ans avant Hérodote, du tems de qui les prêtres avoient reculé les règnes de leurs dieux de plus. de quinze mille ans, et avoient couvert leur histoire d’un voile allégorique, sans que des mémoires de familles, sans que des généalogies des compagnons de Sésostris y apportassent le moindre obstacle, et cela dans un tems où la connoissance des lettres fournissoit des moyens de transmettre les événemens à la postérité tout autrement — sûrs et précis que les hiéroglyphes ? (30). M. Newton paroît n'avoir été (50) Theat in sur ses gardes contre la vanité des Egyptiens que pour mieux se laisser sous Osiris. éblouir par celle des Grecs. Ce peuple, dont lorgueil sur son origine n’étoit égalé que par son ignorance, ne pouvant pas s'élever au niveau des Egyptiens, rabaisaoit ceux-ci au sien, et tâchoient de faire croire premièrement que les dieux Egyptiens étoient descendus de ses héros ; (31) ensuite, par une fable un peu moins grossière, qu'ils en étoient (SV. fabolam contemporains. On pourroit même dans ces fables trouver de quoi apud Ovid. Meébranler le nouveau système. Cécrops de. Sais en. Egypte apporta en r. TT Grèce le culte de Minerve (32) adorée depuis long tems en Egypte. (ss) Mytholog, Cécrops aborda en Attique 1080 ans avant J. C. suivant M. Newton, Ban, om tom. iid mais Minerve ou Myrine n'étoit, suivant ce même M. Newton, que ? ” cette reine des Amazones, qui en 974 accompagna Osiris dans ses expéditions. (38) Mars et Neptune plaidèrent devant l'Aréopage sous le &. Newton, règne de Cranaus.(34) Je ne conclus rien de cette fable, sinon que sous «it p. 197. | le règne de ce prince les personnes et le culte de Neptune et de Mars far, Epoch étoient déjà connus-dans la Grèce; mais cette conclusion n’est pas compatible avec les principes de M. Newton, puisque Mars et Neptune, autrement appellés Osiris et Typhon, ne devinrent fameux que près de cent ans après le règne de Cranaus..(35) ($5) Newton, III. J'ai dit, il y a un moment, que le synchroniame de Danaüs et p iB ee de d'Egyptus avec Sesac, lève de grandes difficultés; mais il faut avouer © sen aussi qu'il en fait naître d’autres non moins considérables. Il faut l'acheter par le bouleversement total de la généalogie des rois d'Argos. Abes, le père d’Acrisius et tle bisayeul de Persée, qu'on a toujours regardé

gardé comme fils de Lynceus et petit-neveu de Danaiis, se trouvera beaucoup plus ancien que celui-ci, d’une famille très différente, et le même qu’un autre Abas qui. vint s'établir dans l'ile d’Eubée. Il n'y a personne peut-être qui ajoute moins de foi que moi aux généalogies du tems fabuleux ; mais ceux qui veulent les prendre pour règle le plus souvent, et qui essayent d’en tirer des preuves victorieuses, ne doivent pas les fouler aux pieds, sur-tout lorsqu'il est question d’une des généalogies les plus anciennes et les plus illustres de la Grèce, dont per conséquent la succession a dû se conserver avec plus de pureté que les autres. Le savant M. Freret a fort bien senti combien le système de (30), Mémoires Newton étoit foible de ce cété-la. (36)

Belles Letres, IV. Homère et Hésiode ont vécu 400 ans avant Hérodote. Cet his- (37) Herodot. torien le dit lui-méme,(37) la Chronique de Paros en tombe d'accord, et: B29 en M. Newton se félicite de se rencontrer avec le père de l’histoire, (38) Chron, Reform. Ils vécurent donc environ l’an 879 avant J.C. Mais cette époque ne pm tombe, suivant M. Newton, que 34 ans après la prise de Troye. Or à,

qui persuadera-t-il.qu'Homère (car je ne dis rien. d Hésiode} wait vécu: qu'une génération après ce fameux événement ?. S'il y en a quelqu'un, qu’il écoute un ancien auteur qui l'a réfuté d'avance-avec. autant de selidité que d'élégance. “ Hic longius à temporibus belli qued eomposuit Troici, quam quidam rentur, abfuit: nam ante annos nongentos quin- (39) Unerius a JUaginta floruit, intra mille natus est, quo nomine non est mirandum nue. quod sepe illud usurpat Of: viv Pperés sic1,(39) hoc enim ut hominum ita (40e Pas Pater. sæculorum notatur differentia. (40) On est sûr de plus que dans quelque. c. 6. endroit des colonies que naquit Homère, il y naquit après l'établisse- (s1) Idem. L1. ment des Grecs dans ce pays-là. Or la première migration qui se fit. Me ok de la Grèce dans l’Asie Mineure, savoir celle des Eoliens,. ne se fit que. tom. ii. p. 363. quinze ans après le retour des Héraclides,(41) ou en 810 suivant les (62) let. principes de M. Newton.

Rei, Hist. V. Parmi les premiers Grecs qui civilistrent l'Italie, Evandre tient. Vir, Ænsid. un rang distingué. qn apporta dans ce pays la connoissance des lettres,, (48) Rosin An- et quantité d’arts utiles.(4£) On l’en recompensa en reconnoissant sa 1 tp. 286. mère Carmenta pour une divinité.(48) Cet Evandre vint en Italie 60 Halicarn li ans avant la guerre Troyenne, suivant Denys de Halicarnasse (44) ou. Cis) Newton, | 39 ans suivant M. Newton(45) Hercule fut l'hôte de cet Evandye ; ce p. 19. fut chez lui qu ‘apres avoir défait Cacus, il abolit les sacrifices humains. qu'Œnotrus,

qu'il est question de l’Hercule Egyptien, et rapporte cette action à Sé- p. 16.

| Quwensuite Ascanius fondera Albe, (trente ans après l'arrivée d’Enée en

qu'Œnotrui, fils de Lycaon, avait apporté en Italie.(46) Newton eroit (46) Dionys

alicarn, I, i.

sostris qui revint en Egypte par les Gaules et l'Italie après avoir défait les fils de Geryon en Espagne vers l’an 1008. Cette conjetture se confirme par la coutume reconnue des rois d'Egypte depuis l'expulsion des pasteurs, d’abolir par-tout ces sacrifices abominables; mais comment peut-on la concilier avec la chronologie, puisqu’ Evandre re vint en Italie que 65 ou du moins que 44 ans après Sésostris? Au reste cette remarque ne porte point autant sur le corps du système que les quatre premières Peut-être même, qu'on y répondroit facilement par un léger changement. | |

J'allois finir; mais une réflexion s’est d’abord offerte à mon esprit; je me rappellois avec combien d'art M. Hooke avoit voulu régler l’histoire Romaine sur les principes de Newton, et combien d’argumens spécieux if avoit apporté pour faire voir que les sept rois de Rome n’avoient régné que 119 ans au lieu des 244 qu'on leur donne ordinairement. (47) J'ai (47) Journal. voulu faire le même essai sur l’histoire des Latins, et montrer au moins at.1. 7” que des auteurs anciens paroissoient appuyer à cet égard le nouveau système. |

Virgile met dans la bouche de Jupiter une magnifique prédiction de la future grandeur des Romains. En parlant de leurs ancêtres les Troyens, il dit qu’Enée sera toujours victorieux pendant trois ans,

Tertia dum Latio regnantem viderit æstas, | | | Ternaque transierint Rutulis hiberna subactis. (48) Gs) ve ; : v. 265.

Italie,) et que cette ville sera le siège de l'empire pendant trois cens ans, Hic jam tercentum totos regnabitur annos Gente sub Hectored. (49) | (49) Idem, Li.

Arrétens-nous: Albe fut donc détruite, suivant Virgile, 330 ans après Varrivée d’Enée en Italie, ou 337 ans après la prise de Troye, puisque selon ce même Virgile, Ænée erra sept ans, avant que d’arriver à la terre promise ; |

—- nam te jam septima ponat | Omnibus errantem terris et fluctibus æstas. (50) (50) Virgil ° LL

° Mais We 755.

Mais suivant les chronologies ordinaires Virgile auroit fait. ici une bévue singulière, puisqu'elles disent qu’Albe fut détruite vers le milieu du règne de Tullus Hostilius, environ cent ans après la fondation de Rome, époque qui tombe 432 ans après ‘la prise de Troye. Une différence de — 232 ans sur cinq à six siècles n'est pas à mépriser. Le système de . Newton est aussi favorable à Virgile que les autres lui sont contraires. 337 ans après la destruction: de Troye nous conduisent à l’année 567 avant J.C. époque qui coincide bien avec le règne d’Hostilius : .car ce prince étoit le troisième successeur dé Romulus dont nous fixons l’époque $1) Newton, à l'an 627:(51) Il y a même quelque chose de plus précis. Plutarque ci.p.9% nous a conservé l’ancienne tradition sur le tems de Numa, lorsqu'il dit qu’on déterra les livres de Numa 400 ans après sa mort. ‘On les déterra en 181;. donc il mourut en 581, et son successeur pouvoit bien régner encore en 567. Qui est-ce qui peut lire ce morceau de Virgile, sans sentir le dessein et l’art du poéte, qui dans le tems même qu'il conduit Ænée chez Didon, répond à ses critiques de la seule manière que la rapidité de sa marche, et la grandeur de son sujet, pouvoit lui permettre, en leur. faisant sentir qu'il suivoit un système de chronologie (que Newton n'a fait que rétablir) où ce synchronisme d’Ænée et de Didon n’étoit plus une licence poëtique ? Virgile n’est pas le seul qui révoque en doute la chronologie vulgaire des rois de Latium. Justin en réduit la durée à trois cens ans. “ Al- (52)Jutin. bam longam condidit que trecentis annis caput regni fuit.”(52) L’au- Lalli. ¢.4- torité de Justin sera peu de chose si l’on veut, mais celle de Trogue Pompée, qu'il ne fait qu’abréger, sera toujours regardé comme du plus grand poids. Les anciens mettoient cet- historien dans la classe des (53) Fl. Vopise. Tacites, des Tite Lives, et des Sallustes.(53) Tite Live lui-même, ce evi. père de l’histoire Romaine, qui fait paroître quelquefois. tant d’attache- (54) Tit. Li. Ment pour la chronologie ordinaire,(54) et qui la prenoit pour sa règle wii pace, invariable.dans les tems qui ont suivis la fondation de Rome, paroît y ajouter peu de foi pour les siècles antérieurs. Rien de plus naturel à un historien Romain que de marquer la durée du règne de chaque roi (29) Ti. Ur Latin dont il rapporte le nom.(55) Il se tait sur cet article. Rien de 1, 6 à plus nécessaire que de marquer au moins l'intervalle entre la prise de Troye et le règne de ‘Romulus. I! ne le fait point. Bien plus, parlant de la destruction d’Albe, il dit qu’elle suivit de quatre cens ans sa fondation.

datioh({56) :Alhe (je l'ai déjà dit) fut détruite par les Romains environ (56)Tit. Liv. L cent:ans après la fondation de Rome suivant la chronologie de Tite Live. "***

Cet auteur-ne diffère pas de beaucoup de Virgile, ce qui est déjà d’un grand poids, mais il ne se rencontre pas. précisément avec lui, ce qui est bien davantage. |

Quelqu'un qui voudra comparer ma citation de Virgile avec le texte de cet auteur, trouvera peut-être que je lai tronqué, et que la suite fait bien voir qu’il faut entendre ces 300 ans de l'intervalle entre la fondation de Rome et celle d’Albe, et non entre la-fondation de cette dernière ville et sa ruine. Quiconque me fait cette difficulté, je le prierai de peser ces” deux réponses, et de choisir entr’ elles.

I. Que la licence d’un poéte dispensoit bien Virgile de cette exactitude génante. Il suit plutôt l'ordre des choses que celui des tems, et il pénsoit qu’il n’étoit permis qu’à l’annaliste d'interrompre son discours par une parenthèse, pour apprendre à son lecteur que, quoique les rois d’Albe ayent bien régné en tout 300 ans, néanmoins il faut compter. 60 de ces ans depuis la fondation de Rome. Y a-t-il quelqu'un d'assez peu de * goût pour en blâmer Virgile? S'il y en a qu'ils sachent qu’ils blament de plus ou moins tous les grands poétes. ‘“Quos hic noster auctores habet, quorum æmulari exoptat negligentiam, potius ‘quam istorum obscuram diligentiam.”(57) (57) Terent

II. Qu'en avouant que Virgile s'est tenu dans les bornes qu’o ‘on lui Re vois prescrit, on peut le défendre en disant qu’il n’a voulu parler que des années Albanes de dix mois et de 304 jours seulement.(58) Romulus (5g) pits, les mtroduisit à Rome mais Numa les abolit. Virgile peut avoir trouvé Ss. Ant

Roman. sub ces époques dans des monumens Latins ou Romains qui conservoient le vo Ans

vieux Calendrier. Les premiers 37 ans jusqu’à la fondation de Rome se Anar À R fom réduisent à 31, et les 300 suivans à environ 249, en tout 280. : Or la prise de Troye tombe en. 904, suivant Newton. 280 ans nous conduisent . jusqu’à lan 624, époque qui ne diffère que de deux ou trois ans de celle . de la fondation de Rome selon la nouvelle chronologie, Quand l'ouvrage posthume de M. Freret paroîtra, on peut espérer de voir éclaircir des matières que je n’ai qu’effleuré. Les questions en litige auront reçu tout le degré de lumière dont elles sont susceptibles, par les combats de ces deux grands hommies.

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