‹ Miscellaneous works of Edward Gibbon, EsqChapitre 43 sur 165 · GENTES · texte numérisé non relu

GENTES

J’ExPOSERAI le système da savant Freret sur la population de l'Italie. v. rx. de ra-

émie des

Je sens qu’il peut avoir ses endroits foibles, mais en général il me pro Dalles Lettres,

tom. xviii. p. 72

simple, lumineux, et fondé sur les grands principes. II suppose, 1, i Que les premières peuplades se sont faites par terre. 2. Que ces peuples nomades, peu attachés à leurs terres, cédoient sans peine aux nouvelles migrations, et qu’ainsi c’est à l'extrémité méridionale de l'Italie qu'il faut chercher ses premiers habitans. 3. Que l'Italie, entourée de hautes

mon-

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montagnes, doit avoir reçu ses premiers peuples par les gorges où elles sont les moins difficiles à franchir pour des sauvages, à qui de pareils obstacles devoient être très importans. Voici les colonies :

1. Colonies Illyriennes. Ces nations, qui n’étoiént séparées de l'Italie que par la partie la moins élevée des Alpes, y passèrent bientôt. Il y avoit trois nations Illyriennes, 1. Les Liburni; 2. Les Siculi; et 3. Les Veneti. Les Liburni occupèrent enfin toute la côte orientale depuis Mont Garganus jusqu’au pays des Salentins. Ils étoient distingués en trois tribus: 1. Les Apuli; 2. Les Calabri ; et 3. Les Peucetii ou Pædi-

‘culi. On voit par Strabon qu’elles avoient une langue commune, et par

Pline que les Peucetii étoient d'origine Illyrienne. Il paroît que les

N.B.Jenevois Peligni et les Prætutii avoient aussi-une origine Liburnienne. 2. Les

point la preuve

ue les Siculi toient d’origine Hlyrienne.

Siculi s’établirent sur la côte occidentale. Il paroît que ce nom géné. rique, aussi bien que ceux de Osci ou Opiques et d’Ausones, comprenotent tous les peuples depuis le Tibre. On peut se contenter de cette idée générale, sans vouloir déméler la confusion qui règne dans: les

‘auteurs à l'égard des petites guerres et des migrations de leurs tribus

particulières, dont il se forma enfin les cités des Latins, des Sabins, des Samnites, &c: Une tribu-qui n’est connue que par le nom générique de Siculi le porta en Sicile 80 ans avant la guerre de Troye, 1364 ans avant J.C. selon la. chronologie d’Hérodote et de Thucydide. 3. Les Heneti ou Veneti conservèrent toujours leur pays. Ils devinrent bientôt les alliés des Romains contre leurs ennemis communs les Gaulois, dont Polybe les a bien su distinguer par la langue. Ils n'étoient point Celtes; ; encore moins étoient-ils Paphlagoniens.

II. Les Colonies Ibériennes. Ces peuples n’étoient point renfermés dans les limites de l'Espagne. Ils occupoient un territoire très étendu entre les Pyrénées et les Alpes, et ce fut en se répandant de proche en ‘proche le long des côtes qu’ils franchirent à la fin les Alpes maritimes pour passer en Italie, qu’ils parcoururent plutôt qu'ils ne s’y établirent. Dans leur marche un détachement Ibérien passa du promontoire Populonium dans la Corse, où ses mœurs et sa langue, malgré tant de mélanges, se conservèrent jusqu’au tems de Senèque qui sut les distinguer de celles des Grecs

et des Liguriens. Une autre tribu Ibérienne, (Jes Sicani,) poussée peu à peu jusqu’au promontoire de Rhegium, passa en Sicile et se fixa dans Ja partie occidentale de l'île où les Sicudi les trouvèrent. Cette circon-

stance

ANTIQUE ITALIA. os | 239

stance feroit croire que leur migration en Italie a dû avoir lieu près de 1500 ans avant J.C. Ne seroit-elle pas par hasard le-voyage d’Hercule avec les bœufs de Geryon? Les uns et les autres traînent avec eux des troupeaux nombreux, seules richesses d’un peuple pasteur; ils partent du même point, suivent la même route, surmontent les mêmes obstacles que leur opposoient les nations de la Ligurie et du Latium, s'arrêtent au : même terme, le pays d’Eryx, où ils fondent une colonie après avoir vaincu les naturels du pays. Ces conformités sont grandes, et je ne les ai point choisies. : | |

III. Les Colonies Celtiques. LesUmbri, Ambra, ou Ambrones, étoient d'origine Gauloise selon le témoignage de Bocchus, et l'on sait l'aventure des Liguriens de l’armée de Marius qui reconnurent pour leurs parens une tribu Helvétienne de leurs ennemis à leur cri commun d’Ambrones. Ces colonies peuplèrent une grande partie d'Italie depuis les Alpes et l'Addua jusqu’au Tibre et au Nar. Mais l'invasion des Toscans leur en” leva la meilleure partie’ de leurs établissemens, et sépara les cités qui prirent le nom de Ligures d'avec celles qui conservèrent celui d'Umbri. Je -vois que l’Abbé Langlet de Fresnoy place cette migration dans les tems les plus reculés, à Yan 1912 avant J.C. J’ignore ses raisons, mais je crains qu’elles ne tiennent au roman des Titans du P. Pezron. Il ne faut pas confondre cette migration des Celtes avec celle de Bellovesus vers l'an 600, qui reprit sur les Toscans les pays entre les Alpes et l'Apennin.

IV. Les Colonies Pélasgiques. Toutes les fables que Denys d'Hali: carnasse en a débitées ne sont propres qu'à y répandre des doutes. L’Arcadie, pays méditerrané, qui n’avoit point de vaisseaux à la guerre de Troye, fournit, dix-sept générations auparavant dans le tems qu’elle étoit sauvage, une flotte nombreuse à Oenotrus qui va peupler l'Italie. Rejettons hardiment tous les systèmes, toutes les conjectures, et tous les détails d'un historien qui évite les difficultés et qui dissimule les contradictions dans les siècles reculés où nous voyons à peine la lumière. Etendons notre idée des Pélasges à toutes les nations barbares qui habitoient la Grèce, la Macédoine,et I’Epire, et qui ne quittoient ce nom générique qu’à mesure qu’elles entroient dans le corps Hellénique. Quelques-uns de ces peuples passèrent en Italie. En sacrifant tous les accessoires de cette tradition il en faut conserver le fondement, Je vou-

| drois

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VOL. i I. H H °

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des moissons trois fois tous les ans. 2. LespaysdesSabins, des Messapiens et des Dauniens produisent les meilleurs olives du monde. 3. Les vignobles de la Toscane, d’Albe et de Falerne produisent des vins exquis avec très peu de culture. 4. Elle abonde en excellens pâturages que nourrissent un nombre infini de bœufs, de chevaux, de moutons, et de chèvres. 5. Les fôrets qui croissent sur ses montagnes escarpées fournissent les plus beaux boix de construction; ces forêts sont remplies de gibier, et le sein des montagnes renferme des mines de toutes les espèces. 6. Les rivières navigables réunissent toutes les parties de l'Italie, et ses eaux minérales offrent par-tout des soulagemens pour les maux. 7. L'air et le climat sont très tempérés dans toutes les saisons de l’année, ine Geog |. L’Italie paroit faite pour conquérir l'univers. 1. La mer et les montagnes la rendent presqu’ inaccessible de toutes parts. 2. Le petit nombre de ports de mer qui s’y trouvent, sont grands et excellens. 3. La variété qui régne dans son climat et dans son terrein en met aussi dans les esprits et dans toutes les productions de la nature. Plin. Hit Ne- In toto orbe et quacunque cœli convexitas vergit, pulcherrima est 18. omnium, rebusque merito principatum naturæ - obtinens, Italia, rectrix parensque mundi altera; viris, feminis, ducibus, militibus, servitiis, artium prestanti4, ingeniorum claritatibus; jam siti ac salubritate cœli atque temperie, accessû cunctarum gentium facili, litoribus portuosis, benigno ventorum afflatu, (etenim contingit recurrenter positio in partem utilissimam et inter ortus occasusque mediam,) aquarum copia, nemorum salubritate, montium articulis, ferorum animalium innocentia, soli fertilitate, pabuli ubertate. Quicquid est quo carere vita non debet, nusquam est prestantius. Fruges, vinum, olea, vellera, lina, vestes; ne equos quidem in trigariis præferri ullos vernaculis, animadverto; metallis auri, argenti, æris, ferri, quæ diu exercere libuit, nullis cessit, et nunc lis in se gravida, pro omni dote, varios succos, et frugum pomorumque sapores, fundit. Ab ea, exceptis Indi fabulosis, proxime quidem duxerim Hispapiam, quacunque ambitur mari.

Sed neque Medorum sylvæ, ditissima terra, * Nec pulcher Ganges, atque auro turbidus Hebrus Laudibus Italie certent, non Bactra neque Indi, Totaque thuriferis Panchaia pinguis arenis.

Virg. Geog. |. ii.

gravide fruges, et Bacchi Massicus humor

Idem. Georg. |.

vy. 148.

Implevere:

Implevere : tenent oleæque armentaque leta.

Hinc bellator equus campo sese arduus infert.

Hic ver assiduum atque alienis mensibus estas: Virg. Georg. |. Bis gravide pecudes, bis pomis utilis arbos. he 149. At rabidæ tigres absunt, et steva leonum

Semina : nec miseros fallunt aconita legentes :

Nec rapit immensos orbes per humum, neque tanto

Squameus in spiram tract se colligit anguis.

Adde tot egregias urbes operumque laborem,

Tot congesta manû præruptis oppida saxis,

Fluminaque antiquos subterlabentia maros.

An mare, quod supra, memorem, quodque alluit mfra ?

Anne lacus tantos?

Hec eadem argenti rivos, ærisque metalla | | Idem. |. ti. 165. Ostendit venis, atque auro plurima fluxit.

$. METALLA. Il y a beaucoup de mines en Italie, mais le sénat avoit Pin. Hist. Nat. défendu qu’on les exploitat. Rois

4, Vina. . De quatre-vingt sortes que les a anciens comptoient de VINS’ Idem. xiv. 11. célèbres, l'Italie seule en produisoit les deux tiers.

5. Frumentum. Le froment d'Italie l’emportoit sur tous les autres, Idem. xviii, 7. au. Var.

pour le poids et la blancheur. Hist.lix.c. 16.5 6. UrBEs. Il y avoit autrefois en Italie (dit Elien) 1197 villes. i, Anti ‘i

7. Forma. Ab Alpibus incipit in altum excedere, atque ut procedit se Pompon. Mela media perpetuo jugo Apennini attollens montis, inter Adriacum et Tus- 2e Pa cum, sive (ut aliter appellantur) inter superum mare et inferum, excurrit © Vossian. diu solida. Verum ubi longé abit in duo cornua, funditur respicitque altero Siculum pelagus, altero Ionium; tota apgusta et alicubi multo quam unde cœpit angustior.

8. APENNINUS. L’Apennin, après avoir cotoyé la Ligurie, perce dans Strab. - Geog. I l'intérieur du pays, et partage l'Italie par sa largeur depuis Pise jusqu’à ” pe Ancone et Ariminum. De-la il s'étend au midi et divise ce mème pays par sa longueur. Il approche toujours assez de la mer Adriatique jusqu’au territoire des Lucaniens ; de-là il s'incline insensiblement du côté de la mer Toscane, et va finir enfin à Leucopetra près de Rhegium.

9. Reciones. Auguste, après avoir étendu l'Italie jusques dans l'Is- V. Prin He trie et la Gaule Cisalpine, partagea ce pays en onze régions, savoir, | 1. Campania; 2. Lucania et Bruttium; 3. Apulia; 4. Samnium; 5. Pi-

1192 cenum ;

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cenum; 6. Umbria; 7. Etruria; 8. Flaminia ; 9. Liguria; 10. Venetia; 11. Transpadana. :

Constantin, qui réforma dirat-je, ou qui confondit toutes les anciennes constitutions, fit plusieurs changemens en Italie. 1** Il ajouta aux anciennes limites d’Auguste, les trois îles de Sicile, de Sardaigne, et de Corse, et la Rhétie, partagée en deux provinces. 2°“ Il établit trois provinces nouvelles: les Alpes Cottiennes, qui comprenoient ces montagnes proprement dites, et une partie de la Transpadana; le Picenum. Suburbicarium, qui comprenoit la partie méridionale de l'Umbrie; et la Valeria, qui cotoyoit le chemin du même nom et qui détachoit du Samnium la partie septentrionale de cette province. : 3"* Il en supprima deux, la Transpadana, qui fut partagée entre les Alpes Cottiennes et l'Emilia ; et l’'Umbria, dont la partie septentrionale, .qui seule conservoit son ancien nom, fut réunie avec la Toscane. Ainsi l’Italie, selon la distribution de Constantin, contenoit dix-sept provinces, savoir, 1. Venetia ; 2. Emilia; 3. Liguria; 4. Picenum Anonarium vel Flaminia; 5. Alpes Cottie; 6. Rhetia prima; 7. Rhetia secunda; 8. Tuscia et Umbria; 9. Picenum Suburbicarium; 10. Campania; 11. Sicilia; 12. Apulia et Calabria; 13. Lucania et Bruttium; 14. Samnium; 15. Valeria; 16. Sardinia; 17. Corsica. 4° La division d’Auguste étoit utile seulement aux géographes, ou peut-être aux censeurs. Celle de Constantin étoit. une véritable division politique, qui établissoit dans chaque province un gouvernement et des magistrats particuliers. Sept de ces provinces, la Venetia, Emilia, Liguria, Flaminia, Tuscia, Picenum Suburbicarium et Campania, avoient des consulaires pour gouverneurs; trois d’entr’elles n’avoient que des correcteurs, la Sicile, l’Apulia, et la Lucania; les sept autres, les deux Rhéties, les Alpes Cottiennes, le Samnium, la Valérie, et. les îles de Sardaigne et de Corse étoient seulement aux ordres d'autant de présidens. 5° Le diocèse d'Italie étoit partagée en deux vicariats ; celui d'Italie proprement dite, et celui de Rome. Le vicaire d'Italie résidoit à Milan et gouvernoit les sept premières provinces, qui, après avoir été anciennement hors de l'Italie, s’étoient appropriées ce nom exclusive- Pour eet article, ment. Le vicaire de Rome tenoit sa cour dans cette capitale. Sa juri- V. Notit Uti- …. . L ” esq: Imper.com diction s’étendoit sur les dix autres provinces, qu’on ‘appelloit communé-

L'Hist. Civ. de ment les provinces suburbicaires. 6° Comme la police ecclésiastique

seco toe i. ‘s'est formée sur celle de l’empire, l’évêque de Rome n’étoit que métro-

96—101, et ’ e e feat, w politain

politain des provinces suburbicaires depuis Constantin jusqu’a Valenti- Berg, Grands ; nien III; il n’étoit pas même exarque ;. pour mériter ce titre il falloit p. 460. gouverner un diocèse entier ; mais il avoit plus d’autorité que les évêques d'Alexandrie et d’Antioche qui l'étoient : comme il n'avoit dans sa juridiction que de simples évêques, c'étoit à lui seul à leur donner l'ordina-

tion et à décider des élections litigées.

Fines. Du côté du midi, les bornes ont toujours été déterminées par Clovier, Ital. la nature. Sur la mer Adriatique, elle eut pour bornes successivement, p. 16. les rivières Arsis, Rubico, Formio et Arsia ; et sur la Méditerranée l’Arnus et ensuite le Varus. Depuis que la Gaule Cisalpine y a été comprise, elle s'est toujours étendue jusqu’au sommet des Alpes.

Lonertupo et Latitupo. Depuis la ville d'Augusta Pretoria jusqu’

à celle de Rhegium, l’on comptoit 1020 milles en suivant la route de Rome et de Capoue. C’est le calcul de Pline, mais il paroît trop fort. Entre ces deux endroits à peine peut-on trouver 800 milles. Cluvier, qui a senti la difficulté, y répond fort bien. 1.11 ne faut pas tirer une ligne droite, mais lon doit suivre le grand chemin dont la direction naturelle n/auroit point suivi celle de Pline. 2. Les milles Romains étoient plus grands que ceux dont on se sert aujour d’hui ; sur-tout dans l’état ecclésiastique et le royaume de Naples. Ce même Pline fixe sa plus grande largeur entre le Varus et l’Arsia à 410 milles.

Aër. L’Abbé du Bos croit que les environs de Rome sont moins froids qu'ils ne l’étoient autrefois. A. U. C. 480 Phiver y fut se violent que les arbres moururent. Le Tibre prit dans Rome, et la neige demeura sur la terre pendant quarante jours. Le Tibre pris n’étoit pas méme un événement singulier.

Hibernum fracta glacie descendet in amnem, Juvenal. Satir. Ter matutino Tyberi mergetur, et ipsis "ss Vorticibus timidum caput abluet.

Plusieurs passages d’Horace supposent les rues de Rome pleines de Du Bos, Reflex. neiges et de glaces. Aujourd hui le Tibre n’y géle guéres plus que le 1 Paint. tom. i Nil, et c’est beaucoup si la neige s’y conserve pendant deux jours.

Quand on dit que le climat de Rome est changé, on se trompe. Le longerce, p. passage d’Horace sur le Tibre gelé ne prouve rien. I] a gelé en 1709,

il geloit pendant les grands hivers, et gèle encore. Dans l’Ombrie, où étoit

Horat. Epist.

Cluv. Ital. Ant.

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