‹ Miscellaneous works of Edward Gibbon, EsqChapitre 94 sur 165 · I. CLrassx · texte numérisé non relu

I. CLrassx

C Crispi SALUSTI Opera que extant omnia, cum selectissimis variorum

Observationibus, Ex accuraià Recensione Ant. Thystt. Lugd. Bate.

- J’ai eu aussi sous la: main C. Crisp: Satysrit que extant Opera. Eutet. Paris. 1744.

C. Crispus SALUSTIUS, qui nous est connu sous le nom de l’historien Salluste, naquit à Amiternum au pays des Sabins A. U. C. 669. Après avoir rempli l’emploi de tribun du peuple, il fut chassé du sénat par les

‘censeurs à cause de l’infamie de ses mœurs; il ÿ rentra par le moyen de César qui le fit questeur, préteur, et ensuite gouverneur de la Numidie. Ce fut dans ce dernier emploi qu’ayant amassé de grandes richesses par la concussion, il se trouva en état d'acheter ces fameux Jardins de Salluste qui ont toujours été si célèbres à Rome. Nous ne savons rien de lui depuis cette époque jusques à celle de sa‘mort qui

VOL. III. | ZZ | arriva

Janvier 49,

et Ÿ

(Vie Line arriva quatre ans avant la bataille d’Actium, A. U. C. 718. (1) Ce fut M.Philippe Apparemment dans cette période qu’il .éerivit les ouvrages que nous Ban de Paris. avons de lui. M. Philippe paroît en douter, puisqu’il met la composidou tion de la guerre de Jugurthe, et se autres ouvrages, comme des süites immédiates de soli tribuhät, quoiqu’avec un air peu assuré.

(9) Bell Cain, Pour ce qui est des passages de Salluste où il dit expressémerit (2) qu’il avoit déjà abandonné la poursuite des honneurs publiques, et qui ne peuvent se rapporter à aucun tems antérieur à sa préture, ils ne lui paroissent pas décisifs, puisqu’il conclut en disant qu’ou il n’espéroit

plus d’honneurs, où qu'il cachoit bien finement son ambition. J’avoue

que Salluste, homthe très capable de dissimuler ses Véritables senti-

mens âilleürs, étoit bien capable de le faire dans cet article. Mais il

me paroit Que dans fine chose de fait aussi publique il tie Vauroit

guères osé, et que ce passage sé rapporte bien plus naturellement à la

vie de tranquillité qu'il menoit dans ces jardins délicieux après son

retour d'Afrique. Et je crois que si on fait attention à deux chapitres.

ce) Idem, Bell de ses ouvrages. (3) On y verra une réfutation formelle des: accusaen tions qu’on lui intentoit sur cette vie de mollesse; aecusations qui ne sauroient convenir qu’aux dernières années, de sa vie. Outre que,

suivant la remarque de M. Philippe, ses ‘histoires ne sentent paint le

jeune homme, mais paroissent bien plutôt le fruit de l’age et de la

maturité, j’aurai même deux raisons particulièrés pôtr le croire de

chacun ‘de ‘ses ouvrages qui tious restent'eh’eñtier: I. Si vous éonsi-

dérez le caractère qu'il nous donne de Caton dans sa guerre Catilinaire

et le parallèle qu’il engfait avec César, vous verrez qu’elle ne pourroit

point avoir été écrite qu'après la mort de ce dernier. Salluste l’auroit-

il mis au niveau de César et kri donné même en quelque façon l'avan-

tage, lui ‘qui, dévoué à la fortune de César, savoit qu’on ne pouvoit pas

lai dépliire davdntage ‘qu'en ‘encensant les vertus d’un homme qu'il

haissoit persohnellement, ét Contre qui il cofapoka déux invectives. —

même après sa Mort? Qu'on‘prenne garde toujours.que je‘me fonde

bién plus sur le caractère de Salluste ‘que sur celhi de César. Un

(4) Voyez sur- ‘Cicéron, Qui portait la dignité dans le sein même de adulation, (4) vengee pour Lie pouvoit déferidre Caton sansrque César y répomdit autrement qu'en paies. homme de lettiés; mais notre historien, le flatteur le plus ‘effront‘,. h'auroit jamais risqué sa faveur afin de pouvoir contredire cequ'il avoit

| : luimême.

lui-même dit de Caton en écrivant à César ; (1) où d ne lui donne pour (ot (1) 1. Bpis. ad tout mérite qu'un génie rusé et harangueur. IL La raison que j'ai pour croire que la guerre Jugurthine p'est point un ouyrage antérieur À sa préture est tirée de Ja matière que le compose. Dans quel tems peut-il avoir mieux conçu Je dessein d'écrire l’histoire d’ane guerre particulière qu’alors lorsqu'il étoit gouverneur de la province qui én avoit été le théâtre? La circonstance qu’on nous a conservé de son voyage pour examiner les lieux célèbres, (2) .et les citations qu'il fait S)Dela Mot des livres Puniques, ne gauroient être conciliées avec une autre a ment des He. toriens, tom‘.

riode. p- 356, 3U1.

Quoique Salluste fut un homme des mœurs les plus déréglées, et

qu'à cause de cela il avoit été (comme je l'ai déjà dit) chassé du sénat par les censeurs, il ne laisse pas de prendre le ton dans ses ouvrages d’un vieux Æabricius. Aucun des historiens Latins ne fait d’aussi fréquentes ni d’aussi vives plaintes sur la corruption de son temps. A tout propos.de.ces actions de débauche, d’avarice, de cruauté, et d'injustice, dont :les annales de ce siècle n'étaient que trop semplies, il prend occasion. de.les çénsyrer.en cles mettant en ,ppposition avec les -mœurs des anciens. Les préfaces à ces deux histoires ne sant autre Chase. . Bien plus, très.peu de tems après son expulsion du sénat, Æcrivant deux lettres. publiques 4-César sur:la manière dont on pouvait rémédier aux désordres de l'état, il ne s’en .prend qu'à la corruption . des Romains qu'il falloit.extirper. (4) (3) te En nd - Nous n'avons aujourd’hui que deux ouvrages de Sallugte dans Fur. l'état où il les a publiés :. 1,.La, Conjuration de -Catilina, et 2. La

Guerre de Jugurthe ; deux morceaux dit-jl lui-même dés plus cu- . sieux, et des.plus intéressans,de toute l'histoire Romaine. Il avoit fait outre cela une histoire. de son. tems depuis A. U..C..665, jusques à

A.:U. C.681. Il ne.nous.en, reste «plus que.quelques harangues et un

assez grand nombre de; fragmans détachés, dont :la plñpart nous. ont

été. conservés. par les vieux .grammairiens. Tout le monde sait que Salluste .s’est distingué dans le genre concis, mais. peut-être tous n'ont

pas fait la remarque que. l'usage :fréquent qu’il fait des infinitifs, abso-

lus y contribue beaucoup. La plüpart de ses lecteurs peuvent y avoir trouvé quelquefois de l’ekscurité, toujours. une, certaine .dureté ; mais malgré tout cela ce.style.a bien ses beautés, et me paraît même assez ZZ2 propre

(1) De la Mothe leVayer,Jugem.

des Hist. tom. i.

(2) QuiatiL 1.

propre pour l’histoire, puisqu'il cache en quelque façon les circonstances peu intéressantes qui pèsent de tems à autre sur la plume de

l'historien ; en ne laissant point reposer le lecteur, mais l'entrainant avec une rapidité égale à travers les jardins et les bruyères. Il faut pourtant faire attention à une fort bonne chose que dit là-dessus De.la Mothe le Vayer: (1) Que quoiqu ‘on puisse dire que Salluste et Tacite sont tous les deux des auteurs concis, c’est d’une façon bien différente, puisque celui-ci l’est autant pour les choses que pour les mots, au lieu que Pautre écrit pour le fonds des matières d’une façon aussi diffuse que Tite Live lui-même; quoique je ne sois pas de l’avis de ce savant, qui entend de cette façon-là le bon mot de Servilius Nonianus, que Salluste et Tite Live “ Pares magis esse quam similes.” : Il semble que s’il avoit bien considéré le passage de Quintilien, (2) où il se trouve, il auroit vu qu'il ne falloit point le prendre d’une façon aussi particulière, et que son-auteur ne vouloit parler par là que de l'égalité de mérite de ces deux grands écrivains quoique leur talens fussent aussi difftrens. Pour ce qui est du fonds de l’histoire, Salluste n’est pas tout à fait exempt du reproche d’avoir fait paroître de la passion dans. ce qu’il a écrit au sujet de Cicéron et de César. On l’accuse d’avoir caché plusieurs faits assez considérables, par haine pour l’un et par flatterie pour l’autre. Il est au moins certain que, quoiqu'il donne à ce premier le titre d’Optimus Consul et qu’il ne lui attribue rien qui en soit indigne, les nones de Décembre font une bien autre figure dans les ouvrages de Cicéron lui-même que dans la conjuration de Catilina. Comme Salluste avoit été tribun du peuple, et qu’il étoit créature de César qui ne

fatsoit que faire revivre le parti de Marius, il n’est point étonnant qu’il

ne se montre aucunement favorable à celui du sénat, qu’il regardait

‘comme une oligarchie toute pure. Aussi quoiqu'il n’entreprenne point

(2) 3 Prim. Epist.

Ceasar.

de justifier tous les procédés du peuple, l’on voit assez ce qu’il pensoit h-dessus. Il est charmé, par exemple, de pouvoir attribuer à Sulla, chef des Optimates, toutes ces cruautés abominables qui le rendaient si odieux, ($) mais il n’a garde de dire mot des horreurs dont les deux

* Marius, Cinna, Carbo; Damasippus, remplirent Rome pendant qu'ils .

avoient fe dessus.

Je ferai deux petites remarques sur un couple d'endroits de Salhiste, qui me paroissent en demander. 1. Parlant de la corruption des Ro- | mains,

mains, il cit ** Igitur primo pecuniæ, dein imperii, cupido crevit.” (1) (1 ) Bell. Catilin. Un moment après il dit “ Sed primo magis ambitio quam avaritia animos hominum exercebat ;”” et il en donne une raison toute naturelle, . que l’avarice n’a rien que de sordide, au lieu que la vertu et le vice se proposent les mémes objets d’ambition, et ne différent que dans les moyens qu’ils employent pour y parvenir.(2) Cette contrariété, qui (3) 1dem.c.11. paroit si marquée, n’a point arrêté les commentateurs que j’ai: ils n'en ont rien dit, Pour moi je ne saurois mieux résoudre ce nœud Gordien qu’en le coupant, et je rectifierois sans balancer le second passage sur le premier. Ce qui m’y détermine, outre le témoignage de l'histoire, c’est le raisonnement qu’il y fait, au lieu que le premier n'est qu’une simple affirmation. 2. Nous décrivant le caractère des compagnons de Catilina, Salluste dit, “ Quicunque impudicus, adulter, ganeo, alea, mani, ventre, pene, bona patria laceraverat.” (3) L’expression pene (8) Idem, e. ¥4. est si forte, que bien loin de la souffrir dans une histoire grave, nous en serions choqués dans un roman; comment donc comprendre que Salluste, dont les écrits ne respirent que la sévérité et la vertu, se soit sérvi d’une expression qui les choquoit autant que celle-là ? car penis n’étoit point de ces mots que la bienséance permet pour nommer les choses qui lui sont contraires. Cette réponse, qui est assez naturelle, m’est d’abord venue dans l’esprit, mais un passage de Cicéron prouve qu’elle ne vaut rien, le voici: “ Caudam antiqui penem vocabant ; ex quo est, propter similitudinem, penicillus. At hodie penis est in obscenis. At vero Frugi-ille Piso in annalibus suis queritur adolescentes peni deditos esse. Quod tu in epistolä appellas suo nomine, ille tectius penem. Sed quia multi, factum est tam. obscænum, quam id verbum quo tu usus es.” (4) ‘Vous voyez par la que le mot penis, innocent dans son (ole Famili D origine, était devenu si obscéne qu’ il parle avec surprise de Pison qui ix. 26 s’étoit servi d’un terme qui n’auroit point été permis de son tems qui étoit néanmoins celui de Salluste. Si j’osois hasarder une conjecture au sujet de cette difficulté, je dirois que peut-être Salluste étoit Stoicien, secte qui avoit pour maxime fondamentale d’appeller un chat un. chat.(5) Nous savons que cette doctrine avoit fait beaucoup de pay- (9) A Pari. tisans à Rome dans ce siècle-là, et le caractère de sévérité qu'il se donnait tant de peine pour affecter y convient fort bien. J’ai consulté quelquefois une traduction Françoise de Salluste par M. l Abbé

M. l'Abbé Thyon. Ne l'ayant peint lu je m°en dirois rien, si non que si elle est fidèle pour le fonds elfé ne l’est point pour 1a forme, puisque le style concis de ses deux petits ouvrages se trouve noyé dans deux grands in-douze. EHe est accompagnée 4’uh assez grand nombre de notes historiques et critiques qui m’ont paru bonnes; j’en rapperteraïi ‘une au sujet d’une correction du texte.. Notre auteur, dans-sa seconde lettre à César, en faisant une énumeration des cruautés que la faction &esnobles avoient exercées ‘aprés leur victoire sur leurs ennemis, à dessein de les rendre odieux, dit, selon toutes les éditions, *“ At ‘hercule riuac cum Catone L. Domitio.” Quoiqu'il y ait quelque difficulté sur le prénomen du Domitius que Pompée vainquit en Afrique pendant la dictature de Sylla, on peut pourtant croire que Salkiste vouloit-pariet de celei-la.' Mais pour le Caton-on ne trouve aucun à qui:on puisée ‘le a) Ton. À p. rapporter : M. Thyon voudroit (1) donc qu’en lut, “ At hinc cum Cer- + bone, L. Domitio.” Tout ‘le monde -connott le fameux Carbon qui périt en Ttalie après la victoire de Sylla, et par 14 même notre auteur ata blanié non seulement la éruauté:tle tout le parti mais encore de Pompée en; particulier, lequel en effet est accusé-d’avoir servi les san-

wlans sacrifices du dicteteur:avec tin peu’ trop- d’empressement. Au reste:M. Thyon se'trompe: torsqu ‘il nous dit que‘te-ptre de Pom- (2) Idem. p. 38. pée mourut pendant-son-consulat. (2) Il-n’y-a rien de-plus certain que - “qu’il ne mourut que dans le consulat de Cinna et d'Oétavius, deux ans

(3) V. Vell. Pee’ aprés le sien. (8)

ot. -On-a beaucoup attaqué'Salluste sur-ce ‘que, par une affectation blamable, il-vouloit toujours ‘préférer les mots-et les: maniéres d'écrire surannées à:celles usitées deson tems. Une des choses qui choque le plus ‘un lecteur moderne c’est: de le voir préférer continuellement les à aux i dans des mots tels que lacrymæ, maximus, ‘&c. ‘Mais quoique la dermiére façon d'écrire gagna le dessus dans la suite, la première étoit ‘encore fort-en usage dens son siècle : car Varro assuroit, au rapport de (4) 4) V jes Ene Cassiodore, (4) que ce n’étoit.que Pautorité du premier César, qui la dans V'Edition recommandoit tant par ses preveptes que par son exemple, qui donna la

de ses Ouvra par Am. Mon. vogue à Py, tanus, p. 881.

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