CONSEILS DU DIABLE
Désormais, plus de prière le matin ni le soir.
Plus de messe le dimanche.
Surtout plus de confession ni de communion.
Si votre femme vous reproche votre négligence, dites-lui brusquement de se mêler de ses affaires, vous n’avez pas besoin de ses remontrances…
— On peut tout aussi bien prier Dieu à la maison qu’à l’église. Vous n'aimez pas la grand’messe, c’est trop long... Les sermons du curé vous ennuient: c'est toujours la même chose... 11 y a longtemps
que vous savez tout cela... D'ailleurs, ça vous agace les nerfs d'entendre sans cesse parler d'argent.
Ah! vous êtes sur la bonne corde : jouez de cet air-là souvent et longtemps.
— De l'argent, de l'argent, notre religion est une religion d'argent, les prêtres ne pensent qu'à l’argent, ils ne parlent que d'argent, ce sont tous des faiseurs d'argent.
Fermez les oreilles aux réponses de bon sens que les catholiques vous feront.
— Sans doute, les prêtres des Etats demandent de l'argent aux fidèles... Il le faut bien, puisqu'il s'agit de bâtir églises, écoles et presbytères. Il le faut bien pour faire vivre le pasteur qui n’a pas d'autre moyen d'existence. Il le faut bien pour soutenir les œuvres de la paroisse... Mais si les prêtres demandent souvent, ils demandent peu à la fois. Personne ne se trouve à la gêne pour avoir donné un cinq cents, un dix cents qu'il eût dépensés à acheter un cigare ou à boire un verre de bière... Où sont les Canadiens qui se ruinèrent en donnant trop à l’église? Plusieurs, au contraire, sont aujourd’hui dans la misère, pour s’être montrés trop généreux envers l’aubergiste et le marchand de toilettes.
Pour vous, moquez-vous de ces raisons-là... Dites avec plus d’insolence que jamais qu'il ne vous plaît pas d'enrichir le curé à vos dépens.
Donc, point d’argent pour le prêtre.
‘Point d'argent pour l’école.
Point d'argent pour l’église.
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Gardez vos piastres pour habiller vos filles en demoiselles, et surtout pour aller boire à l'auberge avec vos camarades.
L'AUBERGS
Dans les paroisses canadiennes, l’auberge est trop souvent, sinon l’église, du moins la triste chapelle où le diable rassemble ses fidèles pour les endoctriner et les prêcher.
C’est le rendez-vous des buveurs et des ivrognes; de tous ceux qui ne savent point parler sans emprunter au démon son “vocabulaire de blasphèmes et de paroles sales.
C'est là que les fainéants et les lâches viennent tuer le temps et s’abrutir.
C'est là qu’on raconte les histoires scandaleuses de la ville, là aussi qu’on se moque de la religion et des prêtres.
À l’auberge, chacun a son franc-parler; la boisson délie les langues et fait dire ce qu’on a dans le cœur; et, ma foi, ce n’est pas beau de voir et d'entendre ce qui grouille au fond du cœur d’un habitué de cabaret. d
Mais revenons à notre Canadien, en train de devenir un vire-Capot.
Le diable lui conseille fortement de fréquenter l'auberge, — Là, tu crieras plus fort que tous les autres : « Les curés ne travaillent que pour l’ar:
gent; c’est impossible aux Canadiens des Etats de faire leur religion; on leur arrache tout ce qu'ils gagnent; on les ruine en quêtes... »
Si quelque malin vous demandait combien vous avez donné pour l’église et l’école, depuis cinq ans que vous habitez la paroisse, répondez hardiment : « Moi, j'ai pour pratique de ne payer le prêtre que lorsque je l’emploie; autrement, non... » Or, comme vous n'allez plus à la messe ni à confesse, que vous ne faites plus de pâques, vous ne risquez guère de dépenser vos piastres au profit de votre curé.