REPROCHES DU MARI
Monsieur. — Non, Madame, je ne me pique pas d'être meilleur que les autr:: mais je ne comprends pas du tout la vie chrétienne comme vous...
Vous allez à la messe le dimanche, soit! vous communiez de temps à autre avec vos filles, très bien! Mais les choses en vont-elles mieux pour cela à la maison ?
Vous négligez votre famille.
Vous n'exercez aucune survciilance sur vos €nfants… Vous ne savez iccepter aucune contrainte, aucun sacrifice, si léger qu'il soit; vous 1€ songe: qu'aux amusements, à la toilette, à la satisiaction de vos caprices et de vos goûts mondains…
Ah! vous voulez savoir ce que j'ai à VOUS Téprocher. Eh bien! Madame, je vous le dirai une fois
pour toutes.
Votre luxe et vos folies nous mèneront à la ruine. l'ai beau vous prier de ménager, de faire des économies; non, il vous faut pour vous et vos filles des toilettes coûteuses et extravaganies. Il faut courir les soirées, les bals et les théâtres. Et vous, mère de famille, vous, femme de quarante ans, vous y
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traînez vos filles et ne rougissez pas d’y porter des toilettes encore plus malséantes que les leurs.
Voilà de belles mœurs chrétiennes, en vérité! de beaux exemples donnés à vos filles et à vos garçons! Du reste, vous les laissez suivre leurs caprices en toute liberté... Jamais de conseils, jamais de reproches; rien.
Vous avez fait de ma maison le rendez-vous de toutes l:s femmes désæuvrées de la ville, de toutes les médisantes du quartier.
L'autre jour, j'ai surpris une des conversations qu'on y tient et j'en ai entendu de belles sur le compte du prochain.
Vous avez, j'en conviens, une rare habileté pour saisir les travers et les défauts des autres, vous tournez finement en ridicule les toilettes et les personnes, vous faites vos remarques d’une manière très drôle. Aussi obtenez-vous auprès de vos visiteuses un sucès de rire qui flatte votre vanité. Mais dites-moi, Madame, au milieu de ces saillies et de ces spirituelles boutades, que faites-vous donc de la charité chrétienne?
Madame. — Je ne parle que de ce que tout le monde connaît.
Monsieur. — Soit! mais voudriez-vous être trai-
tée de la sorte? Seriez-vous flattée d’être la risée de toutes ces dames?
Mais je suis loin d’avoir épuisé tous mes griefs. Vous menez vos filles à tous les amusements de la ville : au bal, au concert, même au théâtre...
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Madame. — Quel mal y at-il pour une femme mariée d’aller à la comédie?
Monsieur. — Les pièces qu'on y joue sont mauvaises, vous le savez. On y tourne sans cesse en dérision le mariage et la fidélité conjugale. Les hommes eux-mêmes en sont scandalisés…
Madame. — Moi je suis une honnête femme, on n'a jamais eu rien à me reprocher.
Monsieur. — Mais alors, vous, honnête femme, pourquoi aller à ce théâtre rire des maris que l’on trompe, applaudir les femmes qui trahissent leur devoir et se donnent des amants? Ces leçons-là conviennent-elles à une chrétienne?
Madame. — Je ne prends pas de mal à cela.
Monsieur. — Mais votre présence seule en pareil lieu est un scandale... Vous encouragez les autres à y aller... Vous soutenez de votre argent une institution malsaine... Vous vous faites complice des péchés qui s’y commettent.. Si vous étiez vraiment unc femme chrétienne, vous auriez peur d’une pareille responsabilité. Et vous avez l'imprudence
de conduire vos filles à cette érole de corruption!
Madame. — Elles ne comprennent pas. Elles sont trop jeunes.
Monsieur. — Mais n'est-ce pas le moyen de les aider à comprendre? d'éveiller en elles des passions qui dorment encore au fond de leur cœur? D'ailleurs, sur ce point, ma résolution est bien arrêtée : ni vous ni vos filles ne mettrez plus désormais les pieds au théâtre...
Ne vaudrait-il pas mieux donner aux pauvres l’argent que vous dépensez si mal à propos?
Que faites-vous pour eux?
Madame. — Je suis de toutes les œuvres de charité, de toutes les associations picuses, de tous les bazars de la ville. 1
Monsieur. — Oui, vous êtes de toutes les sociétés, de tous les bazars de la ville... mais voulez-vous que je vous dise pourquoi? Parce que vous avez là une excellente occasion de sortir et de vous amuser. Le bazar pour vous est une fête, ce n’est pas un sacrifice : vous y rencontrez vos amies, vous y recevez vos connaissances, tout cela vous plaît.
Mais visitez-vous les pauvres? Epargne/-vous pour eux quelque chose sur votre toilette ou votre sensualité? Faites-vous partie des sociétés qui travaillent pour les habiller, les nourrir, les assister dans la maladie? Non. Vous n'aimez pas ces œuvres pratiques. Votre vie est toute au plaisir, à la frivolité, à l’égoïsme.. Rien ‘ur le sacrifice, rien pour Dieu.
Et vous prétendez être une femme chrétienne! Où sont vos œuvres?
Madame. — Je communie de temps à autre avec mes filles.
Monsieur. — Vous communiez!... Franchement,
ne feriez-vous pas peut-être mieux de ne pas le faire? Communier, selon moi, c’est s'engager publiquement à suivre les enseignements de N.tre-Seigneur ct à imiter ses exemples. C’est donc remplir ses devoirs à la maison, s'occuper de ses enfants, faire du bien
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aux autres, et votre journée est pleine de frivolités et d'œuvres mondaines….
Encore une fois, où sont vos œuvres chrétiennes? Tenez, Madame, finissons! Vous avez voulu savoir ce que j'avais à vous reprocher. Je vous l’ai dit, et, si vous m'avez com” ris, j'espère que vous changerez de conduite.
L'avocat du diable. — Non, elle ne changera pas. Les habitudes sont trop fortes maintenant et la frivolité trop grande. Les paroles du mari glisseront sur le cœur de cette femme, comme l’eau sur la cire, sans y faire la moindre impression
Elle continucra donc d'être une coquette et une mondaine, tout en se croyant cependant chrétienne, parce qu’elle va à la messe le dimanche et qu’elle communie de temps en temps avec ses filles.
— Ces visites m'ont intéressé. Je rais maintenant à quoi m'en tenir sur ces femmes mondaines qui, le dimanche et les jours de communion, essaient de se mettre un masque religieux sur le visage. Mais j'ai hâte de visiter les hommes et de voir comiment ils peuvent être à la fois chrétiens et moñdains, les moyens qu'ils inventent pour allier eñsernble le devoir et le plaisir, Dieu et le diable. Expliquez-moi donc ce mystère.
— Reposons-nous un peu... nous reprendrons ensuite notre course à travers la ville.