L'ESPRIT DE CONTRADICTION
Rien n'’agace un homme et ne l'irrite davantage que de se voir sans cesse contredit par sa femme... dans les petites choses comme dans les grandes, dans ses idées comme dans ses goûts. S'il dit blanc, elle dira noir; s’il dit noir, elle dira blanc; s'il expose un pro,:t, elle fera aussitôt des objections et les maintiendra avec une obstination dont rien ne viendra à bout. Bref, en toute occasion, l'homme est sûr de trouver sa femme, non pas à côté de lui pour l'aider, mais en face de lui, bien campée dans l'opposition.
Chose étrange! Souvent la femme ne s'aperçoit même pas de ce défaut. C’est chez elle une tournure d'esprit, une disposition naturelle qu'elle n'a jamais remarquée. Il y a plus; changeant de rôle, elle tiendra son mari responsable du manque d’harmonie qui trouble le ménage. « … J'ai un homme bien difficile d'humeur... Impossible de nous accorder ensemble... il est toujours d’un avis contraire au mien. » Madame pose en victime, quand son esprit de contradiction est la seule cause de cette pelile guerre à coups d'épingle, qui entretient une irritation constante entre les époux.
Dans ces conflits d'opinion, qui doit avoir le dernier mot? Qui baissera pavillon le premier? Qui sacrifiera ses idées et ses goûts?
Quand deux personnes se rencontrent à l'improviste, au tournant d'une rue, elles se jettent ensemble à droite et à gauche, et dans leurs efforts maladroits pour s’éviter, elles se retrouvent toujours nez à nez, jusqu'à ce que la plus sage s'arrête et donne à l’autre le temps de passer, Ainsi fora l’homme. Pour avoir la paix au logis, il cédera. Mais l'homme n'aime pas beaucoup à céder, surtout quand c'est toujours son tour.
Voulez-vous un exemple de cette tournure d’espiit?
Exemple de l'esprit de contradiction
Le mari. — Le temps est beau aujourd'hui, si nous allions faire une Promenade en ville...
La femme. — J'ai mal à la tête... Je préfère rester à la maison.
Le mari, — Ia journée a été rude. Je vais ce soir me reposer au logis.
La {-mme. — J'aurais Pourtant bien aimé prendre l'air. Voilà plusieurs jours que je n'ai pas mis le picd dehors.
Le mari. — Si nous faisions dimanche prochain une excursion aux chutes de Montmorency... Qu'en dis-tu?
La femme. — J'aimerais mieux aller à la Jeune.
Lorette. J'ai là des amies que je n'ai pas vues depuis
longtemps.
Le mari. — Nous aurons une belle journée demain.
La femme. — Je ne pense pas... le soleil s’est couché trop jaune ce soir...
Le mari. — Pour notre prochaine soirée, n’oublie pas d'inviter M X... Je lui ai des obligations particulières.
La femme. — Ah] pour cela non, je n’inviterai pas cette femme... Je lui en veux... elle a la langue trop longue.
Fatigué de ces contradictions perpétuelles, l'homme finit par en prendre son parti. Il ne tiendra plus aucun compte des goûts ni cs désirs de sa femme, il ne lui fera plus aucune confidence: il réglera sa vie selon son bon plaisir. Voilà une femme qui s’est fermé par sa faute la porte du cœur de son mari. Réussira-t-elle jamais À se la faire ouvrir de nouveau? Ce sera difficile.
Pourquoi donc, Madame, n'être point d'accord habituellement avec votre mari?
Pourquoi ne pas céder avec grâce À ses désirs dans les choses légitimes ou indifférentes?
Cela demanderait, sans doute, le sacrifice de vos propres goûts, mais ne le faisie-vous pas volon: tiers, avant le mariage, au temps de la fréquentation? Pourquoi ne point continuer dans le ménage une pratique si salutaire à la paix et au bon accord?..
Vous seriez alors Pour voire mari une confidente et une amie; il vous dirait ses Projets et vous ferait connaître les secrets les plus intimes de son cœur. Certes, la chose vaut bien quelques sacrifices, n'est-ce pee, Madame?